LIVRE IV
remparts et de bonnes garnisons, ne produisit aucun effet, au contraire. Les capitaines se retirèrent en refusant les propositions de Ferraniosca, et les soldats, furieux dès qu'ils les connurent, le cherchèrent pour le tuer; lui aussi ne dut son salut qu'à sa fuite rapide; ayant été averti à temps du péril, il se sauva sur un cheval que lui donna Fernand de Gonzague '.
Le parti de Bourbon était maintenant bien pris. Le retour en France était impossible et eut répugné à son caractère; il savait à n'en pas douter qu'il n'aurait jamais auprès de l'empereur la place si souvent promise; il tenait une arme unique dans la main, cette bande d'aventuriers féroces, exaspérés par la misère, terribles quand ils seraient à l'œuvre ; il résolut de s'en servir et de les déchainer à travers l'Italie. Si l'entreprise manquait, du moins il aurait essayé l'impossible et tomberait glorieusement devant le monde attentif qui n'avait su ni se servir de lui ni le comprendre, loin d'une patrie ingrate. Ses mercenaires avaient fait pour lui ce à quoi ils n'eussent consenti pour aucun autre et, au fond, l'aimaient. Bourbon devait en être singulièrement touché; détesté de tous, il goûtait l'âpre orgueil de plaire à ce qu'il y avait alors en Europe de plus brave, de plus entreprenant, de plus cruel et de plus désespéré. 11 les interrogea lui-même sur ce qu'ils désiraient faire et quand ils lui eurent crié qu'ils voulaient aller de l'avant : « Et moi, dit-il, j'irai avec vous". » Il fut aussitôt décidé que l'armée se mettrait en marche le lendemain. — Le marquis delVasto avait tout tenté pour l'arrêter et refusa de le suivre. Bourbon le supplia de rester à la tète des Espagnols dont il était le capitaine général. « X'avez-vous pas,
1. Lanz, Id. Lettre de Ferramosca : « ...Ils me conseillèrent de sortir de San Juan... Je pris un cheval de Fernando de Gonzaga et je partis d'abord; après mon départ ils vinrent en troupes me cherchant par toute la maison de Bourbon. »