‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 33 sur 366 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

eux par ce fait insignifiant que Charles d'Autriche, alors âgé de quinze ans, fut émancipé cinq jours après l'avènement de François, de telle sorte que les deux gentilshommes les plus puissants d'Europe se trouvèrent déjà face à face en quelque sorte K On se flatta toutefois, de part et d'autre, de les réunir. C'était bien diflicile ; et François ne pouvait s'empêcher de considérer Charles comme son vassal. D'Autriche on demanda donc à marier Charles à Renée de France, seconde fille de Louis XII, qui apporterait en dot le Milanais et l'Astéran ; on désirait aussi le renouvellement du traité de Cambrai; on n'osait avouer qu'on voulait la Bourgogne. Les pourpalers durèrent et furent compliqués, notre chancelier et Gattinara se tenant l'un et l'autre sur la défensive ; on traita cependant le 24 mars 1515. Une alliance et la promesse du mariage étaient établies; Renée apporterait le Berry et 200.000 écus ; si le mariage se rompait par la faute de la France, elle s'engageait à cédei" le Pontliieu, Péronne, Amiens, Abbeville et Monldidier. C'était parer au plus pressé mais laisser l'avenir aussi incertain. François voulait gagner du temps. 11 sut en profiter pour se concilier Venise et négocier avec Gènes; ensuite il s'occupa de l'Italie, surtout du Milanais et du royaume de Naples; et, au commencement de mai 1515, il prépara la guerre. Des levées de lansquenets furent faites en Allemagne ; les Suisses, sans succès d'ailleurs, furent sollicités. Afin de mieux voir les choses et tout juger par lui-même, il nomma sa mère reine régente et gagna bientôt Grenoble oii l'armée se réunissait. — Bourbon s'y trouva.

Sa situation était belle à la cour. En plus de l'office

1. Au portrait de François I" attribué au Mathelot, il faut opposer celui de Charles, cfaprès JeannetClouet. du musée de Windsor: « ... Regardez à la lampe, a dit Michelet, cet enfant pâle en velours noir, ligure intelligente et froide où la lèvre inférieure accuse le sang d'Autriche, où la mâchoire de crocodile rappelle la forte race anglaise... »

du Languedoc, il avait « tous autres états et pensions que les ducs de Bourbon ses prédécesseurs avoient accoutumé d'avoir des rois précédents qui étoient la grand 'Chamberrie de France, 14.400 livres tournois de pension et les greniers de leurs terres et seigneuries ' ». Le titre de connétable donné à vie et qui ne pouvait être retiré'^ lui conférait une grande puissance, la seconde peut-être après celle du roi. Il commandait en effet à la noblesse en cas de guerre ; en temps de paix, il l'ordonnait et la préparait. « Pour ce que le dit office du Connétable a principal regard sur la gendarmerie de France, mon dit sieur, étant à Paris, assembla les sieurs de Lautrec et de la Palisse et sieur Jean-Jacques de Trivulce, maréchaux de France et plusieurs autres seigneurs gouverneurs du pays et capitaines des gens d'armes de pied et leurs lieutenants jusques en grand nombre pour dresser et mettre par écrit les ordonnances sur le fait de la guerre et de la police que les gens darmes auroient à tenir allans et venans à la guerre en leurs garnisons et dehors. Pour lesquelles ordonnances faire, mon dit sieur, en sa personne, et les dits maréchaux, gouverneurs et capitaines furent ensemble plusieurs journées et jusqu'à ce que les dites ordonnances furent faites et accomplies qui semblèrent légales à chacun qui les a vues combien que depuis ont été très mal gardées et entretenues-^ » — . Il négocia ensuite le mariage de sa sœur Renée avec Antoine de Lorraine à laquelle il donnait en dot 26.000 livres tournois et suivit le roi qui allait se faire sacrer à Reims « à la façon accoutumée des autres rois de France, ses prédécesseurs^ ». Bourbon y remplaçait le duc de Guyenne et figurait parmi les douze pairs « qui doivent service au dit sacre '' ». Au dîner

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