‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 32 sur 366 · LIVRE H · texte numérisé non relu

LIVRE H

esté amplement récompensée de toutes les adversités et inconvéniens qui m'estoient advenus en mes premiers ans et en la lleur de ma jeunesse. Humilité m'a tenu compagnie, et Patience ne m'a jamais abandonnée. »

François P'" avait belle mine à son avènement. De large encolure et de haute taille, ressemblant sans doute au portrait attribué au Mathelot et qui se trouve à Chantilly, il ornait et portait avec élégance ses vingt ans'. Il était célèbre di'jà, non seulement par la situation que lui avait faite sa mère, mais par sa force physique, ses victoires dans les tournois, ses succès à la chasse et à la plupart des exercices violents. Sa loyauté, sa passion de la gloire et sa bravoure sont demeurées à juste titre célèbres. C'est leur souvenir qui auréole les ailes et les fleurs de lys sur lesquelles se détache pour jamais aux murs de l'Histoire, FF de son nom, au-dessus de la Salamandre qui semble veiller encore tout un passé d'amours variées-. Déjà tout jeune, il avait donné des preuves nombreuses de son courage, le jour, par

1. Brantôme se scandalise, jusqu'à un certain point (railleurs;, de son luxe (111, 122). Il était considérable (voir Cottereau, //«s/o/-/rt Fi-a?iscisci, 1, ms ; lat. : 0.976, f° 29;. II aimait paraître et adorait les brelocjues. 11 n'avait pas le goût des chevaux. « Tout était or et argent sur lui, autour de lui, il ne portait r(ue des éperons d'or ou d'argent, il se servait de miroirs d'argent; il avait les doigts couverts de bagues, de diamants, de rubis, les vêtements criblés de boutons d'or, d'agrafes d'or ou d'émail; il montait une mule couverte d'un filet d'or et d'une housse garnie d'or de Chypre avec une bride de soie plaquée d'or, à boutons d'or sur les houppes. Bien entendu, ses chandeliers, sa vaisselle, même de cuisine, ses objets usuels, ses flacons de pharmacie, le rebec dont il jouait et le pupitre de ce rebec, les sceaux et contre sceaux, l'encrier étaient au moins d'argent; à peine pouvait-ou trouver chez lui un autre encrier en velours et satin blanc et noir. Les parfums délicats imprégnaient son linge et son lit : il n'admettait pour sa toilette qu'une lingerie absolument line, pour ses mouchoirs, pour ses draps, de la fine toile de Hollande. Un étui de maroquin conservait respectueusement ses chemises brodées de soie noire. Sa garde-robe, bien tendue de toile noire, contenait un bel assortiment d'habits, l'un à la mode d'Allemagne, l'autre à la mode d'Italie, toutes sortes d'habits d'or ou d'argent, brodés, frisés ou profilés, avec des martres, des zibelines, des peaux de Lombardie, etc., etc. » — De la Clavière, Louise de Savoie et François I". — La passion principale du roi était la chasse.

2. Les ailes et la salamandre étaient déjà les armes de sa mère.

exemple, où il lâcha dans la cour du château d'Amboise un sanglier, pour le simple plaisir de le percer de son épieu devant les courtisans affolés i. La noblesse Fadorait et se réjouit manifestement que la couronne fût sur sa tète ; c'est même à cela qu'il dut une partie de sa soumission. Tout lui obéit et la royauté se maintint absolue. Peu de règnes se déroulèrent aussi brillamment. Pour essayer de le ternir, certains historiens modernes se sont efforcés de montrer que les résultats en furent médiocres ; il serait plus juste d'expliquer que ses successeurs ne se révélèrent point à la hauteur de leur tâche. Avoir régné comme il régna, avoir en somme bien dirigé de son vivant les affaires françaises, cela n'est pas une petite chose et mérite mieux qu'une critique hâtive, inspirée surtout par un sentiment de républicanisme qui n'a rien à voir ici ni avec la France d'alors où il eut fait hausser les épaules au peuple lui-même. Louise continuait à tenir auprès du roi une place prépondérante. La réussite de ses projets la rendait « heureuse et beaucoup plus frescheet plus jeime qu'elle n'estoit quatre ans passés- ». Elle recevait, érigé en duché, le comté d'Angoulême, le duché d'Anjou, les comtés de Beaufort et du Maine. On l'appelait Madame.

Il était nécessaire de maintenir la paix avec Henri Vlll ; et François F'', qui le comprit, se reconnut immédiatement son débiteur pour un million d'écus. Vis-à-vis de cette maison d'Autriche qui devait demeurer si longtemps le cauchemar de la politique française, les choses restaient moins faciles. La rivalité des deux princes n'éclata pas aussitôt, mais s'établit nettement entre

1. Le récit de cette prouesse a été fait par Nicolas Sala dans Hardiesses des grands roisel empereurs (ms. B. N. ancien supplément français, 1!)1), publié par l'école des Chartes, t. Il, p. 281, reproduit dans : Paulin- Paris. Etudes sur, etc.. t. 1, p. 44.

2. C'est Gattirana qui l'écrit dans une dépêche; Mercurin de Gattinara était d'origine piémontaise el haïssait la France ; il fut conseiller de Savoie, président du parlement de Franche-Comté, puis chancelier de Charles-Quint.

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