LIVRE IV 44i
classe ne ressemblaient pins à des hommes, mais à des fantômes, à des squelettes vivants. La faim qui les dévorait fit bientôt naître parmi eux la mortalité, et celle-ci la peste. Il n'y avait plus do rue à Rome qui ne fût encombrée de pestiférés morts ou mourants et de malades qui invoquaient à j^rands cris le trépas pour mettre un terme à leurs souffrances. Bientôt la contagion passa du peuple au soldat ; elle s'avançait de rue en rue, de maison en maison. La rapidité de sa marche ressemblait à ces feux d'artifice en usage dans les fêtes publiques qu'une étincelle tombée sur la poudre suffit à enflammer et dont toutes les pièces s'embrasent successivement^. »
De temps en temps, dans le silence ou par dessus les rumeurs, on entendait s'élever la chanson faite par les aventuriers français qui avaient suivi leur ancien connétable :
« Quand le bon prince d'Orange Vist Bourbon qui estoit mort Criant : Saint-Nicolas !
Il est mort, Saincte Barbe !
Jamais plus ne dist mot, A Dieu rendit son àme.
Sonnez, sonnez trompettes Sonnez tous à l'assaut ; Approchez vos engins, Abattez ces murailles :
Tous les biens des Romains Je vous donne au pillage -. »
Et, au milieu de l'universelle dévastation, le Souverain Pontife se frappait la poitrine en s'écriant : « Deifs meiis^ in te speravi, salvinn me fac ex omnibus jjersequentibus me et libéra me •'. »