LIVRE II
roi s'habilla aussitôt. Le connétable rangea rapidement Tarmée', tandis que l'Alviane regagnait Lodi en toute hàte^; il confia l'artillerie à la garde des lansquenets « rivaux redoutables, ennemis mortels des Suisses-^ », et disposa sa cavalerie sur deux ailes. — La plaine où allait avoir lieu le combat était sans relief, coupée de canaux et de fossés, plantée de rizières. Il n'y eut pas, à proprement parler, de tactique, mais, de part et d'autre, un héroïsme acharné, une ardeur à tuer infatigable.
Les Suisses s'avançaient en silence, sans trompettes, ni tambours'. Leur plan consistait à s'emparer de notre artillerie, puis à la retourner contre nous comme
ce que mondit sieur de Bourbon avoit dit. Et, en parlant de ce même propos, arriva sur Fheure autres messa^res dudit capitaine Lombard qui dit que c'étoient les Suisses qui venoient en bon ordre et bonne diligence et qu'il étoit vraisemblable que c'étoit pour combattre. Par quoy le roy et mondit sieur se tindrent pour suffisamment avertis. Et dit le roy à M. de Bourbon qu'il s'en retournât à lavant-garde et fit mettre chacun en armes afin qu'il ne put rtre surpris. Et soudain, mondit sieur se départit du roy et vint à l'avant-garde où il fit assembler tous les principaux capitaines, fit crier et sonner à l'étendard, et que chacun se mit en ordre sous son enseigne. Et par l'avis prit aveclesdits capitaines, tant gens de cheval ((ue de pied, mondit sieur de Bourbon envoya souvent au devant desdits Suisses pour entendre leur façon de venir et qu'ils tenoient; car entre-deux y avoit un grand canal d'eau venant de Milan, qui est profond et large. Et d'heures à autre il avoit nouvelles de leur venue, voire de moment en moment; car l'un n'étoit arrivé que l'autre ne fut parti pour aller voir lesdits Suises et en faire son rapport. Et cependant mondit sieur fit mettre en ordre les gens de guerre de ladite avant-garde, tant de cheval que de pied, pour attendre lesdits Suisses. Lesquels vindrent en très bon ordre et meilleure contenance, abandonant leurs chapeaux et bonnets et déchaussans leurs souliers pour mieux et plus fermement combattre ». — Voir aussi Varillas, p. .^8, l. 1. — D'après Fleuranges, le roi s'habillait quand le connétable vint le prévenir et endossait une armure allemande si bien faite qu'on n'eut pu le blesser « d'une épingle ». Avant l'action, le roi se fit armer chevalier par Bayard; c'est du moins ce que racontent Fleuranges et le père Daniel ; l'historien de Bayard dit que ce fut après et nous le croyons aussi.