‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 59 sur 366 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

s'en voiiloient retourner. D'autre part, la plupart des capitaines françois, voyant la grosse force de Tempereur et que monseigneur de Bourbon n'avoit en toute son armée plus de 15.000 hommes enclos dedans la ville de Milan suspecte pour Fintelligence que l'empereur avoit avec les Gibelins, étoient d'avis que mondit sieur de Bourbon n'avoit en toute son armée plus de 15.000 hommes enclos dedans la ville de Milan ; et se devoit avec son armée retirer à Pavie ; ce qu'il ne voulut faire en aucune manière donnant bien à connoître au visage que ceux qui tenoient ce propos ne lui faisoient aucun plaisir. Et tant fit avec eux ayant gagné quelques capitaines ([u'ils accordèrent de demeurer avec luy audit Milan, se contiant de prud'hommie, prudence et diligence, et aussi voyant que luy qui étoit tel personnage prenoit hardiment l'hasard et ne craignoit d'attendre la fortune dont il fut fort aise. Et leur donna bien à connoître qu'il avoit envie de ne les faire repentir de cette demeure ; car, sachant que lesdits Suisses s'en vouloient retourner et avoient voulu courir sus à ses gens, il envoya quérir Albert de la Pierre, l'un des capitaines desdils Suisses, lequel vint au poste de Novare jusques à Milan, le mardy de Pâques au matin auquel mondit sieur fit très bon et grand accueil, luy donnant à entendre l'occasion ([ui l'avoit meu de reculer de Crémone à Milan oîi il étoit en bonne équipage avec son armée et celle des Vénitiens qui étoient tous en bonne volonté d'attendre l'empereur, luy montrant à l'œil l'ordre qu'il avoit mis en ladite ville pour résister à l'ennemy et à l'intelligence qu'il avoit en ladite ville. Et tant fit par belles remontrances et prières, et pour l'amour que ledit de la Pierre portoit au roy et à mondit sieur de Bourbon, aussi pour les bons et gros présents que mondit sieur de Bourbon luy fit en robes, chevaux et argent comptant, que ledit de la Pierre luy promit que dedans le lendemain mercredy de Pâques, il luy auroit amené toute la bande desdits Suisses

dedans Milan, leur faisant faire 36 milles et ce fait s'en retourna en poste et fil tant avec les autres capitaines qu'ils vinrent le lendemain coucher es faubourgs dudit Milan où ils furent bien traités pour ce soir. Et, le lendemain, jeiidy d'après Pâques, sur les huit heures, les fit entrer en bel ordre six à six, les enseignes déployées et tambours sonans K.. »

Cette arrivée des Suisses produisit une sérieuse impression sur les habitants ; et nos troupes purent se relâcher un peu à leur égard de leur continuelle surveillance. Ce même jeudi, tandis que Bourbon était à table pour dîner, on lui amena un prisonnier espagnol qui lui apprit que l'empereur avait l'intention d'assiéger Milan à la tête de GO. 000 hommes ; il ajoutait que cette armée formidable, fianquée d'artillerie, atteignait déjà les faubourgs. Bourbon fit donner 20 écus au soldat et sa rançon à condition qu'il promît d'aller dire sur-le-champ à l'empereur que lui, Bourbon, connétable de France, « luy avoit apprêté fort bienà dîner au lendemain matin dedans Milan où il l'attendoit - ». L'armée impériale commençait à tirer contre la ville (( à coup perdu-^ » et cherchait à établir le siège ; un boulet de fer tomba mémo dans le jardin du palais où Bourbon s'était logé. Maximilien espérait surprendre le connétable. Lorsqu'il apprit que celui-ci l'attendait et qu'une armée suisse était réellement entrée dans la ville, il hésita. « Et quand ce vint audy vendredv matin, il fit accouter demy douzaine de ses gens : et, feignant de vouloir aller à la chasse, s'en partil dudit faubourg de INlilan et s'en alla j)asser la rivière d'Adde et de là print le chemin d'Allemagne, laissant toute son armée, tant Suisses que lansquenets, sous la conduite du seigneur Galéas Visconte qui avoit amené ledit empereur à Milan et qui étoit chef de tous les

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