LIVRE I
Charles, son neveu, pour luy faire perdre aucune chose de son bien, mais pour plutôt le croître et augmenter et qu'elle n aimoit pas mieux à garder le droit de sa fille, qu'elle voudroit faire celuy de son dit neveu, mais que, touchant le fait des dits duchés et comtés qui sont les principales pièces de sa maison, qii'elle n'entendroit point qu'autre qu'elle et sa dite fille y puissent quereller aucune chose, néanmoins qu'elle feroit chercher les titres de la maison et par exprès le dit contrat de mariage du dit duc Jean I" avec Marie de Berry pour savoir si par iceluy mon dit sieur le comte Charles pouvoit prétendre le retour des dites terres et aussi de ses autres titres et pièces au contraire, et, cela fait, leur feroit réponse briève ' ». La réponse fut que lacté de mariage en question ne permettait pas à Charles de revendiquer les terres qui, cependant, au strict point de vue personnel, étaient siennes ; d'autres actes de mariage tels que ceux de Jean II avec Jeanne de France et de Pierre de Bourbon avec Anne de France ' établissaient — disait la réponse — le même manque de droits. La tante de Charles, fort peu désireuse qu'il en fût ainsi, lit appeler son conseiller Philippe Billon ainsi que son lieutenant d'Auvergne et résolut de les envoyer à Paris. Elle voulait, en réalité, se mettre à couvert aux yeux du roi, mais que les terres ne fussent pas perdues pour sa maison ; en se prononçant elle aurait paru consentir au mariage, et il était encore trop tôt pour jouer la partie capitale ; elle désirait explorer le terrain ahn de ne s'y aventurer qu'en tonte connaissance.
Marillac, accompagné de Rion, commença par prendre
2. Des lettres à rocca?ion du contrat de mariage de Pierre de Bourbon avec Anne de F'rance portent en etï'et que tous les duchés de la maison de Bourbon qui sont réversibles à la couronne soit comme apanages, soit en vertu des clauses opposées dans les anciens traités de mariage faits entre Jean de Bourbon et Marie de Berry reviennent à la couronne à défaut d'héritiers mâles. Ces lettres sont aux Archives : J, 953, n" 30.
à Paris les renseignements nécessaires; il retonrna ensuite chercher Charles à Moulins, et, ù Orléans, le 3 octobre 150i, celui-ci fit savoir au roi de France que les duchés d'Auvergne et de Bourhonnois ainsi que les comtés de Clermont et de Forêts lai étaient échus en partage par le décès de son oncle le duc Pierre, <( luy requérant que d'icelles le vouloit recevoir en foy et hommage' ». Le roi dilléra sa réception en le priant d'attendre un certain temps. Charles rejoignit sa tante à Moulins « et avec elle demeura comme par avant, toujours bien entretenu de la dite dame et de ladite dame Suzanne sa hlle, et luy toujours s'exercitant en actes de jeune prince tellement que toutes gens des serviteui's de la dite maison et les sujets le suivoient comme s'il eût été leur seigneur-». Ainsi Charles de Bourbon commença de vivre son procès dès son adolescence, ce procès qui devait durer toute sa vie, vie qui est elle-même une sorte de procès contre la France, l'Espagne et l'Italie. Sa mort n'y mit pas tin tout en l'achevant à sa perte, car la procédure continua. Il est curieux en etlet de constater de quelle façon persistante le destin se plut à contrecarrer cet homme remarquable''..
S'il n'y avait pas encore do procès proprement dit, tous les éléments de son éclat étaient accumulés. Ceux qui s'intéressaient au sort de Bourbon lui certifiaient que tout viendrait à souhait selon son bon plaisir. Ils