LIVRE I
citaient l'exemple de son frère Lonis qui avait mal disposé le duc Pierre à son endroit en brusquant les choses; ils ne manquaient pas de manifester qu'ils seraient très mécontents de passer au service du duc d'Alençon qu'ils considéraient comme un étranger. Il ne faul pas oublier à ce sujet que les difiTérences entre provinces étaient alors considérables, et à un point dont on ne se ferait guère l'idée aujourd'hui; Marillac écrit : « Le pays de Normandie dont les mœurs et coutumes sont contraires à la douceur et façon de vivre du pays de Bourbonnois. o La tante de Charles pensait comme ses gens. Son neveu remplaçait « l'hoir mâle » et, de la sorte, les biens restaient à la famille ; n'ayant plus ni père ni mère, il était à ses yeux le gendre rêvé ; les discussions, ou du moins une partie d'entre elles, seraient supprimées et elle espérait le mènera sa guise " bien obéissant et morigéré ' », action enviée par toutes les belles-mères et difficile à Fégard du duc d'Alençon. « Cependant, ma dite dame déguisa son esprit et lit tant envers le roy qu'il fut content et consentit au département du dit mariage d'Alençon et que le dit comte Charles épousât la dite dame Suzanne de Bourbon ; et ù cela luy aida bien M""" Anne de Bretaigne, royne de France, laquelle a toujours aimé la maison de Montpensier'... » Il est certain que la reine dut contribuer pour beaucoup au consentement du roi. Les ennemis des Bourbons étaient nombreux; la politique do la maison régnante consistait naturellement à empêcher la puissance des autres maisons et qu'une surtout pût s'élever trop haut, au point presque d'égaler la sienne; tout redouter pour la couronne restait une vigilance naturelle et salutaire; le souvenir du duc de Bourgogne vivait encore dans toutes les mémoires. Gra ville, amiral de France, ne manqua pas de faire remarquer au roi que la maison de Bourbon, s'il accordait le