‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 92 sur 366 · De la mort de Suzanne de Bourbon · texte numérisé non relu

De la mort de Suzanne de Bourbon

118 LE conlNétable de boukbon

sur ce que ce prince aimoit naturellement le bien et l'épargne, quoiqu'il fût magnifique dans les occasions d'éclat et que, s'étant marié pour devenir riche, il pourroit bien se remarier pour conserver ses riciiesses. Elle employa pour le sonder l'amiral de Bonnivet.

Mais elle ne savoit pas qu'il étoit le plus malpropre de tous les hommes quelle pouvoit choisir pour lui rendre office, car, encore qu'il eut toutes les qualités nécessaires pour négocier délicatement une affaire de cette nature, il y avoit pourtant deux raisons qui eussent obligé la Duchesse à jeter les yeux sur un autre, si elle les eut connues : l'une qu'il aimoit la duchesse dAlençon, sa tille, et que la vertu de cette princesse, au lieu de surmonter sa passion en lui ôtant l'espérance, lui avoir fait commettre des folies, lesquelles, à la vérité, n'avoient point eu de succès *; mais elles ne dévoient pourtant être pardonnées ni à l'excès de son amour ni à sa qualité de favori si le roi n'eût eu plus de condescendance pour lui que de justice pour sa sœur. L'indulgence dont on avoit usé a son égard avoit bien couvert sa passion, mais ne lavoit pas domptée... L'autre raison étoit que Bonnivet, en qualité de favori du roi, ne travaillait qu'à la disgrâce du connétable pour se faire donner ensuite le commandement des armées : bien loin d'augmenter le crédit de ce prince et de l'affermir à la cour en lui faisant épouser la mère du roi. En quoi l'erreur de la duchesse d'Angoulème étoit d'autant plus à plaindre que cette princesse passiounée avoit choisi Bonnivet pour son confident et ne lui celoit aucune de ses plus secrètes pensées, — Il faut avouer pourtant qu'encore que Bonnivet eût été bien intentionné pour le mariage dont on le prioit d'être médiateur, il n'en eut pas mieux réussi, car, outre qu'il trouva le connétable si persuadé de la justice de sa

1. Varillas met en note marginale : « 11 l'avoit voulu forcer trois fois dont elle se défendit si bien, que la seconde fois il fut obligé de garder plus de cinq semaines la chambre à cause des égratignures. »

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