‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 91 sur 366 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

comme femme Renée de France ^ « Le chancelier du Prat n'en fut pas plus tôt averti - qu'il alla trouver la duchesse d'Angoulôme et la félicita sur ce que le ciel venait de faire naître l'unique conjoncture qui restait pour exciter le connétable à l'épouser par intérêt, puisqu'il avait refusé de le faire par inclination. 11 lui apprit ensuite qu'elle étoit la plus proche héritière de la défunte, parce que la connétable était fille de Pierre duc de Bourbon, et la duchesse étoit aussi fille de la sœurde ce duc: d'où il conclut qu'il espéroit de lui en ouvrir la succession, en donnant atteinte au contract de mariage du connétable et à l'ancienne substitution de la maison de Bourbon. Ce qui faisoit agir le chancelier n'étoit pas tant le plaisir de plaire à la duchesse, quoiqu'il n'en laissât passer aucune occasion, que l'envie de se venger du refus qu'avoit fait le connétable de l'accommoder d'une terre en Auvergne proche de sa maison de Verrières oi^i il étoit né. Cependant la duchesse le remercia de même que si elle lui eût été redevable de tout le bonheur qu'elle attendoit pour le reste de sa vie. Il se chargea de soutenir les mémoires nécessaires pour l'intrusion du procès ; et la duchesse, avant que de le commencer, voulut faire une dernière tentative sur l'esprit du connétable. Elle se fondoit

quoy il y a apparence que semblable appréhension d'un procès à mouvoir pour toute la succession de la maison par deux plus fortes parties f[ui n'étoicnt alors mondit sieur de Bourbon, lequel n'avoit ny làge ny la force de le poursuivre, comme auront le roy et M"" sa mère, pourront faire quelque ouYerture. d'iuie part ou d'autre, pour transiger et assoupir ce diilerend.M. de Bourbon n'a maintenant que trente-deux ans et Madame, mère du roy, n'en saurait avoir que quarante au plus, qui n'est point âge trop disproportionné pour une si grande dame, belle, riche, et si hautement qualifiée. Que si ledit seigneur de Bourbon entend à ce mariage, la voili\ oii elle se désire, duchesse de Bourbonnois et d'Auvergne et dame de toute cette grande succession. Si, au contraire, il en fait refus, il faut intenter cette action, la poursuivre vivement, y employer l'autorité du roy, de M"" sa mère et n'y rien épargner; cela le fera penser à soy, quelc[ue farouche qu'il puisse être; et sera bien aise de rentrer en faveur par ce moyen. Sinon, comme il est prince courageux, lorsqu'il se verra menacé de la perte de tous ses biens et de ses titres et dignités, il fera quelque éclat... »

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