‹ Le connétable de Bourbon (volume 2)Chapitre 14 sur 14 · NOIES · texte numérisé non relu

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eurent en leur pouvoir ces six personnage;), ils leur tirent sur-le-champ sentir leur exigence; ils les menaçaient et les effrayaient de toutes les manières pour se faire remettre sans retard l'or demandé; mais quelque diligence que pussent faire ces captifs, quelque empressement que missent le pape et les négocians à se libérer, jamais ils ne parvinrent à réaliser la somme convenue. Alors ces féroces soldats enchaînèrent les cautions, comme de.vils criminels, les firent mener sur le Campo dl P'ior, au dessous des fourches qu'ils avaient fait dresser exprès, et tenaient des piquets tout préparés pour les empaler. Pour peu que le peuple ou les soldats eussent fait un mouvement en leur faveur, c'en était fait d'eux : leur sort était décidé. Trois fois ils furent traînés pjiles et Ircmblans sur le lieu du supplice;

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trois fois ils se firent relâcher à force de prières , de pleurs, et surlout de promesses de s'acquitter moyennant un court délai. Ils obtinrent le délai demandé ; c'était un triomphe sur la cruauté , remporté par la cupidité dont leur mort aurait détruit toutes les espérances.

Les détenus allaient frapper à toutes les portes pour amasser l'argent nécessaire , tandis que des amis assuraient leur salut par d'autres moyens : on corrompit leurs gardes , auxquels on fit préparer un excellent repas, avec des vins capiteux mêlés d'opium. Ces militaires n'étaient occupés que de faire honneur à la boisson et à la bonne chère, lorsqu'ils furent plongés dans un sommeil si profond , que des décharges d'artillerie n'auraient pu les éveiller ; c'est

ce inomenl que guettaienl les amis des prisonniers. Dès qu'ils virent que les vins avaien! fait leur effet, ils entrèrent à la dérobée dans les chambres où étaient enchaînés les ôlages; ils défirenl leurs liera , et , au moyen de cordes, ils les firent monter par la cheminée sur les toits ; ensuite , les fugitifs parvinrent, dans le plus grand secret, aux portes de Rome , d'où ils passèrent sains et saufs dans le camp du duc d'Urbin, alors établi en Ombrie ; par ce moyen , ils sauvèrent en même temps leur \ie et leur fortune.

Leur fuite inattendue et si surprenante hâta l'époque de la délivrance du pape. Son sort n'en fut cependant pas immédiatement amélioré ; les soldats allemands n'insistèrent qu'avec plus d'énergie sur la néces-

site de les soldci* , s'il voulait sa liberté. En conséquence, il recourait à tous les moyens possibles pour ramasser l'argent , et n'en découvrit qu'un seul , celui de mettre à l'enchère quelques chapeaux de cardinal : parmi les partisans de l'empereur , il se trouva des amateurs qui aspiraient à celle dignité, et qui en payèrent l'acquisition à deniers comptans; il parvint de cette manière à réaliser les sommes exigées. Assurément cet expédient n'était ni honnête ni délicat; mais, dans ce cruel embarras, il n'en sut pas imaginer d'autre pour calmer l'impatience et l'avidité des soldats.

La corruption des corps morts, abandonnés sans sépultures sur les places publiques, ro'lcur infecte des cloaques, les variations continuelles de la température

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et la mauvaise nourriture, avaient engendré la peste, dont nous avons déjà parlé. Cette maladie avait enlevé beaucoup de militaires, parmi lesquels on remarquait quelques uns de ceux qui avaient le plus dévasté les couvens.

Depuis que les soldais avaient été payés ,, on reçut la nouvelle des avantages remportés par Lautrec , général de l'armée française; les troupes allemandes et espagnoles passant en revue leurs rangs , que la mort avait éclaircis, montrèrent alors plus de propension à la paix, et se laissèrent persuader par leurs chefs de rentrer sous leurs ordres, et de les suivre partout où le service de l'empereur l'exigerait.

Le pape, voulant témoigner ses bonnes dispositions à l'égard de l'armée, et donner

une preuve de rattachement qu'il avait toujours conservé pour l'empereur, s'engagea à leur livrer pour otages cinq cardinaux à leur choix; ils en choisirent trois de Venise, Milan et Florence, dont les parens étaient attachés au parti opposé ; le cardinal Pompée en nomma deux de Rome. Il les mena chez lui dans une maison de campagne, où il les traita avec les plus grands égards et une parfaite amabilité. 11 s'occupa immédiatement de tenir la parole qu'il avait donnée au saint-père de régler, avec les agens de l'empereur, les conventions relatives à l'évacuation totale du territoire de Rome. Le pape avait complètement réussi à le mettre dans ses intérêts, au moyen de brillantes promesses. Pompée usa de toute son influence auprès des ministres impériaux pour les

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décider à se départir des conditions rigoureuses dictées par l'empereur. Ce n'était pas d'abord leur volonté; cei)endant à la fm ils s'y résolurent. Cette négociation fut habilement conduite par le cardinal , parce que don Hugues, homme sans foi et de mauvais conseils, s'était relire à Naples avec ses soldats, et que le prince d'Orange était rentré avec les siens dans les casernes.

Après sept mois de captivité au cliâteau Saint-Ange, Clément devait être délivré aussitôt la paix conclue; il avait annoncé sa résolution de sortir dans l'espace de trois jours, mais il réussit à s'échapper de nuit à l'insu des sentinelles de la porte. Il avait eu le soin de se couvrir la tète d'un méchant chapeau, d'endosser une blouse et de s'attacher une très-longue barbe;

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SOUS cet ignoble travestissement, il se fit passer pour un des domestiques du grand maître de la maison du pape. Il portait un panier au bras, une hotte et des sacs vides sur le dos. Il dit aux sentinelles qu'il avait été envoyé en avant pour préparer les logemens sur la route; que le pape devait aller à Vitube avec les cardinaux, et que lui il commanderait les provisions. A l'aide de cette ruse et de ce déguisement, il parvint à s'évader du château et à s'échapper de Rome par une porte sécrète pratiquée dans l'angle du mur du jardin de Saint-Pierre, dont la veille il s'était fait donner les clés par le jardinier en chef. Là il monta dans une voiture tenue à sa disposition par Louis de Gonzague , cité plus haut, dont il avait nommé cardinal le frère cadet. Au milieu de la nuit, ac-

compagne d'un simple paysan , il traversa à la hâte Celano, le bois de Baccano, se rafraîchit à Capranica , et arriva, par un chemin taillé dans le roc , à Orviélo , ville fortifiée.

Le lendemain matin, quelques colonels allèrent au château Saint-Ange pour faire leur cour au pape : ils savaient que, tous les matinS;,il allait entendre la messe dans la chapelle, et l'attendirent en conséquence quelque temps. Déjà une partie de la journée s'était écoulée, et il ne paraissait pas. Ils demandèrent alors aux valets de chambre si sa sainteté ne pensait point à se lever ; que l'heure était avancée, et que, pour le voyage qu'elle voulait entreprendre, il convenait de se mettre de bonne heure en route, parce que le chemin é!ait mauvais

et les journées d'hiver extrêmement courtes. Les laquais ne se doutaient de rien. Cependant ce long retard paraissait un peu suspect aux colonels; ils connurent à la fm que le pape s'était joué d'eux. Effectivement, dans ces désastreux événemens, il avait appris à les connaître, et il en avait conclu qu'il fallait s'y fier le moins possible. Le pape, arrivé à Orviéto au moment où on l'attendait le moins, fut parfaitement bien accueilli par les habitans, et reçut les visites d'une foule de personnages distingués, qui allèrent le complimenter d'avoir recouvré la liberté. Il y resta jusqu'à ce qu'il eût conclu la paix avec sa majesté l'empereur Charles V.

Telle fut la fin du pillage de la malheureuse ville de Rome, et le terme des mal-

heurs de seshabitans. Après le départ du pape, les officiers et soldats, chargés du butin, prirent le chemin de la ville de Naples, d'où on les envoya en diverses directions pour arrêter les progrès que faisait journellement la vaillante armée de Lautrec, général du roi de France.

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