‹ Le connétable de BourbonChapitre 1 sur 26 · LA DISGRACE · texte numérisé non relu

LA DISGRACE

SI

Un soir du* mois de juin 153d , après le couvre-feu sonné, au milieu du silence qui pla* naît sur les pavés déserts de la rue Saint-Antoine , à Paris , une femme , masquée d'un ca* chelet de velours noir, et enveloppée des pieds à la tète dans un manteau de soie de même couleur, marchait rapidement le long des murs et semblait de plus en plus hâter le pas , se retournant par intervalles , comme si elle

craignait d*étre poursuivie ou surveillée. A quelque distance derrière elle, un homme, également roulé dans son manteau , cheminait sans mot dire , réglant sa marche sur la sienne , s'arrétant lorsqu'elle s'arrêtait , et rabattant sur ses yeux son chapeau emplumé , de crainte sans doute d*ètre reconnu.

Au détour d'une petite rue la dame poussa un cri d'effiroi. Elle venait de tomber parmi une troupe de laquais ivres qui , agitant autour d'elle leurs torches fumantes, à demi éteintes , voulaient à toute force l'obliger à les suivre à l'hôtel de monsieur Chabot de Brion , putné de la maison de Jarnac , et favori du roi , où ils allaient attendre leurs maîtres engagés dans une partie d'hombre pour la nuit.

Au cri de la dame, l'homme au manteau s*approcha , et ^ prenant par les oreilles le chef de la bande avinée, il lui enjoignit , d'un geste impératif, d'avoir à passer outre. Les laquais se découvrirent respectueusement devant le muet personnage qui venait de se révéler à eux d'une façon si énergique , et ils s'enfuirent comme une volée de moineaux. La dame , ainsi délivrée , se confondit en remerclments , puis elle sollicita de son libérateur la permis-

•îoB d« êe retiver. Celui-ci rédama pour récompense de 90A servit^ la faveur de soulever le masque de la belle- voyageuse qui , toute tremblante ,. refusa par deux fois d'accorder ce qu'on lui demandait. L'homme insista arec plus d'instance , en .jurant ses grands dieux qu'il ser^t discret,. Nouveau refus plus obstiné encore que la sollicitation.

— Hé bien , dit le cavalier en saisissant la dame par la fn^, puisque vous persistez dans votre silène^,.. il faudra donc que ce smt moi qui vous dise c^ que vous venez chercher ici. Ne vous BppeUe*(-op j^as S\uEanne de Langenfeld , fille d'un capitaine allemand , employé à cette heure à recruter de l'autre côté du Rhin des lansquenets pour monsieur le oonnétai>le de Bourbon?

' — Ciel ! fit la dame masquée.

— N'appartene^z-vous pas, en qualité de dame d'honneur , à madame Louise de Savoie , duchesse d'Angoul^me, mère de notre roi François I premier du nom?

— Monsieur !

— - N'étes*vous pas mariée depuis deux mois à un jeune gentilhomme du Bourbonnais , nommé Ponthus de Saint-Romain?

— Hon IHeu , aMistez-moi I mormura la pauvre femme en s'appuyant oontre l'angle d'un mur.

— Ce soir vous avez jeté une mante sur vos épaules , mis un masque sur votre visage , et, sortant de Thôtd des Toumelles à la dérobée, sans même un laquais à votre suite, vous voici à neuf heures du soir au bout de la rue Saint- Antoine, exposée aux insultes des voleurs de nuit et des coureurs d'aventures; vous voici, jeune épouse à qui l'amour tourne la tète, cherchant un homme que vous aimez , et cet homme. . . ce n'est pas votre mari !

La dame, à ces mots, tressaillit de tous ses membres ; son implacable interlocuteur continua :

— Cet homme, c'est le connétable de Bourbon , un prince du sang royal , le premier de France api;ès le roi. C'est votre amant, madame, et il arrive ce soir à Paris de saville de Moulins en Bourbonnais. Vous vous impatientez deson retard, et vous allez l'attendre dans cette maison que voici, laquelle appartient à quelqu'un de sa suite. Refuserez-vous maintenant de me faire votre confidence?

— Monsieur de Bonnivet^ s'écria la dame

en airaehant son masque, momieurde Bonni-

Vet, ne me perdez pas !

' L*bûmme au manteau cessa de cacher son

visage. C'était en effet Guillaume Gouffier,

amiral de Bonnivet , Tun des favoris de Fiau-

çoîs I^. Il sourit doucement de la terreur qu'il

inspirait.

Suzanne de Saint-Romain était une proie digne de grossir la liste des conquêtes de l'a* mirai. Sa Ggure ovale encadrée de soyeux cheveux bruns, ses longs yeux noirs pleins de mélancolie , son esprit , sa grâce , le charme indéfinissable répandu dans sa personne, tout contribuait à exciter les désirs du muguet le plus vain qui fût à l'hôtel des Toumelles. Il est vrai qu'il avait & lutter contre un dangereux rival. Mais il lui importait peu' d'être aimé de ses maîtresses ; ce n'était pas à leur cœur qu'il s'adressait.

On se souvient que ce même personnage osa, une nuit, comme le roi François I*^ et sa suite avaient accepté un logis en son château de Bonnivet, s'introduire par une trappe dans la chambre de Marguerite de Valois, duchesse d'AIençon,sœur de son souverain. La duchesse n'échappa à cette audacieuse entreprise qu'a-

T9C Taide de %dê daooKW d*iioimeur. La vanité du favori n'aurait sans do^te pas été moins flattée desuppl^ter le connétable de Bourbon auprès de madame de Saint-Romain.

— Madame , lui dit-il avec une politessie affectée, je bais monsieur de Bourbon de tout mon cœur, c'est vrai ! Il me le rend sans marchander, c'est encore vrai. Mais la galanterie , conime la guerre, a ses lois.

— Vous n'êtes pas mon juge, monsieur, soupira Suzanne ; il faut pourtant que vous m'écoutiez. Vous pouvez me perdre, au moins vous ne me calomnierez pas. Oui, je viens ici chercher monsieur le connétable ! Oui , je l'aime; mais d'un amour trop saint et trop pur pour avoir donné à qui que ce soit le droit de me mépriser. Et comment ne l'aimerais-je pas? Dès que mes yeux se sont ouverts au jour , c'est le premier visage dont ils aient vu le sourire. Traînée tout enfant à travers les ciamps d'Italie, privée de ma mère, hélas!

que je ne connus jamais , je fus amenée par mon père au château de Moulins , chez monsieur le duc de Bourbon , où je grandis sous la protection de madame Suzanne de Beaujeu, sa femme , qui me donna son nom pour la

grande amitié qu'elle me portait. La mort vint trop tM me priver de ma bienfaitrice et m*apprendre que le sentiment de la reconnaÛBancê n'était pas le seul qui pût faire battre mon cœur. Quelle femme eût résisté au bonheur de se voir aimée d'un héros que l'Europe admt* rait déjà à l'âge oik l'on sait à peine ce que c'est que la gloire? Je le fis pourtant , moi. Je voulus conserver chaste et pure cette noble passion dont le souvenir n'aura jamais pour moi de pensées amères ni de nuits sans sommeil. Je quittai le château de Moulins. Je vins à Paris , où madame d'AngouIéme , mère du roi, m'accueillit parmi les femmes de sa suite.

— Cn an s'estpassé depuis ce jour, madame, interrompit l'amiral , et je dois avouer que depuis un an vous donnez à la cour le scandale inouï d'une irréprochable vertu. Je vous en veux pour le mauvais exemple.

— Ce fut là , poursuivit la dame , que je rencontrai monsieur de Saint-Romain, nn des gentilshommes du connétable, qui m'avait déjà vue à Moulins. Un ordre de mon père et de madame cTAngouIéme le rendit mon époux avant que j'eusse eu le temps de résister à la

violence que Pou faisait à mes affections. Depuis ce jour, je cessai même de conrespondre avec monsieur le duc qui, d'ailleurs, passa toute cette année dans son gouvernement de Languedoc; Maintenant, monsieur, vous savez tout.

Bonnivet contempla quelque temps cette lielle coupable qui frémissait sous s<hi regard. Il la rassura par ces mots :

— Puis-je vous condamner , madame , pour une faute que je voudrais prendre sur ma conscience au risque de la damnation? Non, vous n'êtes pas plus criminelle à mes yeux que notre belle comtesse de Chàteaubriant que les esprits chagrins appellent la maîtresse du roi, et que nous nommons, nous autres , le soleil de la cour de France ! Touiau plus si madame Marguerite trouverait ici la matière d'un de ces contes moqueurs dont elle égayé les matinées des Tournelles. Qui vous blâmerait, après tout, de ne pas aimer votre mari, un sauvage gentilhomme de province, assez bon courtisan cependant pour ne point s'apercevoir des prévenances et des assiduités dont monsieur le duc, son protecteur, vous environne sous ses yeux. Sur ma parole, voilà ce qui s'appelle une

habile iii|;éBuité; el cette paisible ignoranee de moiisieur deSain^RomaiIl cacbè une aeimee profonde dont je lui envie tout le premier le secret.

— Monsieur! monsieur! s'écria Suzanne, vous calomniez le plus noble des hommes ^pà soit au monde ! Je votis le répète , monsieur de Saint-Romain n'a jamais rien soupçonné...

— Les faveurs du connétable, madame, lui ont sans doute paru un hommage naturel rendu à ses mérites inconnus jusqu'alors.

— Monsieur ! interrompit Suzanne avec dignité , j'estime mon mari ; — je l'estime et je yeux l'aimer !

— El vous dites , insinua l'amkal avec cet air enjeoé qui lui servait si bien auprès des femmes de la cour, vous dites que c'est pour causer de votre conversion que vous avez rendez-^ous ce soir avec monsieur le connétable?

— J'ai désiré le voir une dernière fois, monsieur, reprit Suzanne en rougissant , une der^ mère fois , je vous jure. Le bruit de son mariage avec madame d'Angouléme n'a-t-il pas couru de nouveau ? Ne dit-ron pas que l'auguste mère de François I*' va rapprocher du trône celui que son indifférence pour elle en avait

irt longtemps éloigne? Si , comitte on l'assure , les MnëM n'ont pas affidbK Pamonr dans le eœur de œtte fière sooreraine , je yemi sans déplaisir monsieur le connétable faire à s« fortune le sacrifice des sentiments de son

— Je crois , dit Bonniret qui haussa la voix en tournant la tète vers le sombre auvent d\ine boutique oi!l Ton pouvait apercevoir quelque chose se mouvoir au milieu des ténèbres , je crois que le jour de cette bienheureuse union ne se lèvera pas encore avec le soleil de demain.

— Qui le sait , monsieur? Je veux être la première à eomplimMter monsieur de Bourbon. Quoique je n*aie pas à rougir d'une liAtson qui ftit toiijours honorable , songez que je serais perdue si madame la duchesse venait à la découvrir. Une reine qui aime n'épargné pas «ne rivale. Permettes qu>n vous quittant je mette mon honneur sous la sauvegarde de votre disor^tion.

«-^ fille ne saurait « ma foi ! être mieux placée^ cmranirol enédatant de rire.

A« même mstant . une antre lonme: ar- ' dVm TieiNard et de deux laquais

\ , sortit des profondeitfs dé Fauvent oà elle s'était teoue caehée.

BléDM décolère, elle s'a|^roch» deSaisamie et l«i saisît le bras avec forae.

— La duchesse d'Asgoulénae ! Je sois peiw due! balbutia la pauvre jeune femme en se yoilant le visage de ses den mains.

L'amovr nalheureux de la mère de Fran* çoia !«' peur son cousin Charles de Bourbon , ses jalousies et ses vengeances rérélées dans plus d'une oocasimi mémorable , sa puissante influenœ , son i^cendaot illimité sur le roi son fils , annonçaient à madame de SainUAomain combien sa pontion était fâcheuse* La présence d'Antoine Duprat, auprès de la duchesse, te présageait ncm plus rien de bon. Ce petit gentilhomme d'Auvergne, vieilli dans les plus sales intrigues de cour, était ainsî ptfvenu au rang de chancelier de France en servant les passions de la reine mère. C'est à lui que l'on doit l'invention de la vénalité des chiurges. Après la mort de sa femme, Françoise de Veny, fiUe de If idiel , seignenr d' Arbouse , il était entré dans les ordres par ambition. U Ait saccessivement évéque de Meaux , d'Albi , de^ Valence , et de Gap ; archevêque de Sens. Plus

Iwd , en 1S99, il reçut le diaptaadecardiMd.

Il travaillait en ce moment à Fdbtentf •

La reine mère serrait toujours de ses deux mains le bras de sa rivale , comme %i elle avait craint qu'elle lui pût éelii4[>per.

— Ne rétractez aucun de vos propos,, dit^ elle d'une voix saesadée et profonde. Ptoint de faux serments ! point de paijure ! J'étais là , cachée pour vous entendre. Vous avez donné dans un piège!

-« Ah , monsieur ! fit Suzanne en jetant un regard de désespoir à celui qui l'avait livrée; ah ! monsieur ! c'est une indigne trahison !

— Une trahison? répliqua. la duchesse; n'est-ce pas veus, dites , qui trahissez vos de» voirs? après deux mois de mariage, femme sans foi et sans pudeur ! Et moi , ne me trahissez-vous pas aussi ? Malheur à vous ! — Mon- 'sieur le chancelier Duprat!

A cet ordre, le vieillard, qui se tenait respectueusement derrière la duchesse, s'avança. Madame d'Angonléme poursuivit :

— Afin que cette femme ne s'imagine plus qute ce prétendu mariage entre monsieur le connétable et moi exbte autM part que dans la cervelle de quelques fous, j'adopte tous les

fhoÊB qm vous at'iAres|Nraposé^. Je yauswmm d*mtea%et demain use ae|îon idevont le parle^ ment de Paiîs , au n#m du roi ot au mien , contre monsieur de Bourbon , à cette fin cpi'il restitue k succession de madame Suzanne de Beaujeu , sa femme , c'esMi-diie tout ce. qu'il possède!

Puis , se toùrÉant vers Suzanne :

— Oui, madame, d'un mot je puis faire que œ somptueux connétable soit demain aussi pauvre que le dernier gentilhomme de ses terres. N'est-il pas vrai , monsieur le chance** Uer?

— Vous le pouvez , madame , dit le cbanoelier Ihiprat. Les biens de la duchesse Suzanne reviennent légitimement à l'État et à vous , ainsi que nous le prouverons en temps et lieu , et par actes authentiques.

— Vous l'enlmidez?

— Vous ne le ferez pas , madame, hasarda la jeune femme en levant timidement les yeux.

— Sur mon honneur ! je le ferai. Nous verrons comment son orgueil portera la livrée de la miaère! Et , attendu que c'est injustement que moqsieur de Bourbon s'est emparé des du* diés, comtés, vicomtes et seigneuries de notre

6MMÎiie de demjea, j^îMitte., moMÎew le cbaiiQelierj'poiir qé^m «npekmt la oavse, les titres de d«c de Bovritennai» et d'Auvergne soient rayés.

Êtes-your bien persuadée^ nainienant, que je ne iltei» pdfent époosar votre .oawiâafole?

En toute autre eireonst«iea.SufaBne $e.Hkt abandonnée, sans mène chercher à parer le coup qu'on lui portait ^àla vengeance de eetta femme dont eUe connaissait la caractère implacaMe; mais eetle fois ce n'était pas seulement sa vie qu'il s'agissait de défendre : c'é* taient la vie «t la fortune d'un homme qu'elle admirait et qu'elle aimait. Le pérU retrempa son audace. Elle voulut concentrer sur ellemême toute la respopsabilité de sa faute^

— Si j'ai commis un crime, madame*, voici mes mains , dit-elle , iaites-ks lier; voici ma tête , ordonnez qu'elle tombe ; — voici mon corps et mon Ame , torturez-les à votre plaisir. J'ai pu follement aimer ce que je,devais respecter; mais qu'un grand prince issu du sang royal, qu'un héros que Dieu a couvert, cmnme d'ui;! manteau , des rayons de toutes ses gloires, se soit abaissé jusqu'à l'amour

ihame ptay^e inconnue , jusqu'à la fille 4'utt ofateur eapitaioB âe set laps«mea«fts , ^voilà oè qui n'eat pas possible et ce que youSne erwyai pas f madiane. Mesurez d'un coup d'asl JTablme <pii nom^ sépaee 1 Lui au . sommet du pic qui s'éièv» dans les nuages I et moi aa plus pro«fond du gouffre! lui eu volent, lea aigles 9 et moi où rampent les vers! N'est-il pas vrtd qu'il passe chaque jour sous voa ienètves , par milliefs^ des filles et des finuuies plus, belles cent fois que je ne le suis? N'esMl pas vrai ausei que , ni piutni les ducs et les princes ^ ni parmi les rais sur leurs trônes > ni dans tout l'uni** vers rassemblé , il ne se trouverait un homme pAua accompli et plus^ digne que lui d'être aimé?

La duchesse poussa un soupir et baissa la tète.

— Qpie ^ dans un chàt<eau solitaire , poursuivit sa rivale ^ j'aie cbaraé quelques instants ka loisirs* de monsieur le duc , suit-il de là que mon aeMveair ait laissé trace dans ce cœur débordant -de tant de grandes passions? Et penaez*vous que moi-même , malgré toutes les illusions de mon amour » je ne me rende pas bonne justice et sur le peu que je vaux et sur

le pea ipie je pais? Vn an cPexil proaire tvep bien , këkft! q«e je suit abMideîuiée à non désespoir!

MadaBM d' Angouléme parut se calmer quelque peu à œs mots. L'air de sen visage deviat moins menaçant. Moins d'édairs se crmsèrent dans ses yeux. On cseur qui aime est hdiile à se flatter.

Suzanne contemplait son ouvrage avec un sentiment mél^ de crainte et d'espoir : c'était pour elle k mort ou la vie , le ciel ou l'enfer ! Quand la dudiesse lui demanda le motif du rendez-vous qu'elle avait accepté de monsieur le connétable de BourlK>n :

— C'est moi qui l'ai donné , dit-elle , ce rendez-vous. Une femme délaissée et dont on ne veut plus est si peu dangereuse. La galanterie de monsieur le duc...

— Eh bien ! répliqua la duchesse , je veux m'assurer si vous ne mentez pas, ma mie.

Donnez-moi votre masque , il me plaît d'assister à cette entrevue. Je passerai pour une femme de votre service , pour ce que vous voudrez. Vous ne bougerez pas de cette place , au moins! Et moi je me tiendrai là, derrière vous. Si monsieur le connétable

1P0US atee , ireiÉbleE pour vous et pour kii !

L'ordre éUlt presMUit : Swianne «béit. Mtts ion courage se brisa ; la seule chance qui s*offirtt à elle désormais , c'était que le connétable ne vint pas. Étai1>-ae à elle de Tespérer !

BientAt monteur de Bonnivet , qui se tenait aux écoutes , aimonça qu'il voyait au loin des toKhes brfller. Suzanne éprouva un affreux serrement de ccsnr. La luonr s'approcha. On vit distinctement un homme s'avancer. Mon* siem' de Bonnhret et le chancelier se cachèrent dans Tanj^ d'une petite rue voisine. La duchesse masquée se plaça derfière Suzanne.

Monateur de BouriK>n parut. .

Sur un gesie qn^l fit , après avoir aperçu celle qu'il cherchait, ses laquais remontèrent la rue Saint-Antoine.

— Suzanne, ma chère Suzanne! s'écria lo duc , en laissant tomber autour de lui les plis flottants de son manteau. Puis il s'arrêta pour demandes; s'il pouvait parler en jHrésenoe de celle femme masquée qu*il distinguait dans l'obscarité % quelques pa».

La duchesse dieta lu réponse de Suzanne.

Le connétaMe ne s'inquiéta pas davantage de cette aventure ; il pensa qne madame daBaint*

Ronida avait amené avee .i^e une amie dé- ▼ouée^ éépaaîunre de MoaeiH^*

.^ Depuis une heuxe a^vlenient je auis à Paris 9 dil-il en baisant avec minsport Ja main de la jeune femme. In ce moment le roi m'attend aux Toumelles ; mais » avant le roi , avant la oaur , avant toute «bose^u mande, c'est vous, Smmme, qu'il fallait que je vis#e, v«us , ma Mine si UmgHeaaa^ inflexible l

Madame de Saint^Romain le s^peussa doucement. Elle espérait par cett^ ff:oideur simulée.donner un autre eofurs à la conversation; mais moffsi^r dé Bourt>on ne tint pas ooQipte de l'avertissement.

.•^ C'est votre voix, r^prit«il, que mon ccBur avait soiC d'jfUtendre ! Cesont vos yeux dans lesquels je voulais voir encore le bpnheyr me aourirel Enfin vous voici, mon âme! Entrons dans cette maison , où tout est pr4t pour ¥0us recevoir* Ici je serais j^oux di» ciel luimême, du,.vefit qui me ravirait voj^ paroles, des indiserèêesétoaTesqui troubleraient lemystère de nos entretiom. Venez! veivezl...

. — Non.«. ohimm, moDaeigneur^ interrompit Suzanne, je n'ai qi^un instant à lester.

D'ailleurs le roi voua attend...

— Je t'aime, ingrate! le roi peui'bi««at»

tendre ! Ce rendes-votas qUe ta veax abréger, songe que depuis six mois entiers je le sallicite de toi. '

— Votre délicate générosité , moDsienr le duc, sait donner du prix même aux serWoes que TOUS rendez. A tous entendre, quand TOUS daignez céder aux importunitéa d'nae femme qai doit désormais tous être indîfii^ rente , il semble que ce soit elle qai«ionne et que ce soit tous qui receviez*

— Eh est-il donc autrement?

L'embarras de Suzanne croissait aTec Tar*deur de son amant.. Elle se débarrassa bnis*quement de ses mains , et , prenant un vÎÊmgt froid et compassé :

— J'ai désiré Vous voir , monsieur le duo , pour vous parler de mon mariage; — pour recommander monsieur de Saint-RomAin à vos bontés.

— I*fest*cé qsfè pour cela? répliqua le duc déplus en plus étonné.

— - Vous TaTez toujours distingué parmi les gentilsbommes de votre maison. Vous savez s'il TOUS est déTOué et âdèle. La justice que vous rendez publiquement à ses qualités mo-

deslet fflfc une (ureuve de k haute estime en laquelle vous le tenezi C'est mon espoir que v<NW lui fournirez Toocasiop de voua secvir en quelque chose, de mourir pour vous s*ii le faut. Tel est le véritable et Tunique motif de l'entrevue que je vous ai demandée.

Suzanne pensa expirer en prononçant ces damiers mots, que Tes élans de son cceurconliedisaient si .bien. Monsieur de Bourbon, inj Mstecomme tous les amants aimés, aima mieux la soupçonner que de la oomprendre. Il se plaignit, il s'emporta, et, dans le long résumé de Ses pi^ét^idus griefs, il acheva de tout apprendre à la duchesse qui étoufiait de rage sous son masque.

— Monsieur! monsieur! s'écria Suzanne qui oubliait son r61e en présence d'une si.

poignante aocusation, qu'il est cruel à vous de me traiter de la sorte ! Si vous saviez L . .

— Parlez, justifiez-vous, dit le duc; que craignez-vous? ne sommes-nous pas seuls?

La duchesse fit un pas vers Suzanne qui recouvra aussitôt le souvenir du péril qui la menaçait.

— Oh oui l bien seuJs ! répondit-ellç d'une voix défaillante.

^15- Monsieur deHourbon se f^doudlet m rapprocha (Telle. Un pftle et tremblant rayon de hine qui perçait en ^ moment le ridean de nuages étendu sur la face orageuse du cM permit de lire dans les traits du connëtaUe la vire émotion dont son cœur était agité.

— Écoutez , Suzanne, poursuit le duc, je TOUS aime autant qu'il est donné à un homme d'aimer et de chérir une femme.

— Silence ! pir pitié! murmura madame 4e Saint-Romain. Si quelqu'un venait à yods entendre!...

— Moi, me taire ! reprit le cminétable ; moi craindre ! non ! Dieu et * Satan ftissent-ils ligués contre mon âme ? Croyez-vous donc q^e ce ridicule mariage dont on prétend que le roi me veut affubler me rende timide et retenu à ce point de n'oser dire à une femme que je l'aime?

— Au nom duGiel ! monsieur le duc^ interrompît Suzanne qui essaya de lui fermer la bouche avec le revers de sa main.

Mais lui, sans l'écouter:

— Sainte-Barbe ! je suis trop rude courtisan pour ne pas déclarera la fiice du royaume que je ne veux point d'une fiancée qui pourrait

étM mui mira, cadiât^dk sc$ dievenx ipris louf une oonronne dk reÎDe!

-*-Ohl kifanôe! infpmîe! bdbiitia )a duchesaesoMflon msis^pie. -

Siizanae comprit que tout était perdu sans ressouffce.

--* Eh bî^p donc ! plus de lâchetés ! s'écriat-eMe. Votre courage nwTeoUe mien. Je vous aime , duc , plus que je ne tous aimai jamais ! Ni non ead yoloataire, ni l^i oomtNita de ma eonscâenoe, ni mes serments à l'autel, ni la crainte, ni l'opprobre — rien n'a pu me faire dian0er,ear jevous aime et je sais que je suis aimée devons! Cet aveu cÎMt mon arrêt de mort — o'est votre ruine aussi; — notre juge est là qui nous entend !

La .duchesse d'Angoulème foula son masque sous ses piçds. Elle était livide de fureur.

Le duc de Bourbon fronça légèrement le sourcil, fVMis son visage reprit toute sa sérénité. Les gensxle la;iuite.de la duchesse l'entourèrent; lesfbinbeaux des laquais vinrent éclairer cette scène, préhide menaçant du lugubre drame qui devait plus tard se dérouler.

— M'avez-vous assez outragée ! dit If du-

chesse en cherchant à dévorer sa honte. Ah i je me vengerai crueflement !

Puis, s'adressant au connétable :

— Moi qui , pour complaire au roi , mon fils, consentais à vous faire Fhonneur de vous accepter pour époux ! k éteindre par cette folle union les discords des branches d*Angoulème et de Montpensier... L'insulte est au comble!

— Monsieur de Bonnivet, rentrons à Thètel des Tournelles ! <~ Vous , madame , vous me suivrez, car je n'ai pas perdu mon autorité sur vous ; c'est à votre mari que je la remettrai.

— Monsieur le duc, c'est une guerre à mort entre nous; — préparez^vous-y donc ! Nous nous verrons demain chez le roi.

— Vous m'y verrez ce soir, madame.

LA Dîmes.

Madame d'Angouléme et sa suite avaientà peine disparu , que monsieur de Bourbopi, ra* justant sa cape sinr son épaule , reprenait déli<bérément le ebeoûn de 0on h^el. L'ayenUirf dont il Tenait d'être le héros et qui devait avoir, il ne se le dissimulait pas , une si terrible influence sur ses destinées futures , semblait à peine préoccuper son esprit* L'orage se eon* densait Cependant sur sa tète. Jamais, au plus fort des batailles fameuses où il s'était rencon-

tré, péril plus redoutable n'avait plané sur lui. Il rejoignit ses laquais à quelques centaines de pas, dans la rue Saint- Antoine. Bientôt il eut regagné son logis oili toute sa maison était sur pied pour le recevoir. Il traversa, le front haut, la double haie de ses gardes et de ses pages échelonnée sur son passage, puis il entra, suivi de ses gentilshommes, dans une longue salle lambrissée et meublée magnifiquement , oili un souper l'attendait.

Rien n'égalait le luxe que se plaisait à étaler le connétable de Bourbon dans son hôtel à Paris et dans ses divers châteaux de province. Plus d'une fois le roi fut jaloux de cet éclat d'un vassal qui semblait vouloir l'éclipser partout où les deux princes se rencontraient en présence. Auprès des dames, comme sur le champ de bataille , les deux cousins s'étaient trouvés aux prises plus d'une fois ; et François , malgré son esprit, sa grâce et sa bravoure , avait souvent reconnu son; maître, dans ce rival.

Charles de Bourbon , alors âgé . de trentetrois ans , n'était pas seulement un des plus renommés capitaines de son siècle ^ c'était un gentilhomme aimable et bien fait. Sa grande

reQQfl»iiiée réuDÎJiaait autour de sa personne une cour déjeunes gens des meillebres familles de France qui se faisaient honneur d'appren<b^ sous lui le métier des armes*

Il ne comptait encore que dix-huit ans, lorsqu'il acconqmgna en Italie Wroi Louia XII qui allait conquérir la seigneurie de Gènes. Le duc , oonune pour donner une idée de la somptuosité qu'il devait déployer plus tard , conduisit à sa snite , dans cette circonataiy^e , un grand équipage de cbevaux et harnais , avec cent hommes d'armes, et autant d'archers de sa maison , le tout à ses dépens , sans que le roi l'aidât d'un, denier* Deux ans après, il suivit de la même manière le roi en Milanais, où il décida le succès de la campagne. Il défendit tour à tour le duché de Milan , la Guyenne , la Bourgogne , et la Picardie , contre les Impériaux , le pape et les Suisses. Ce fut en 1515, après la bataille de ^arignan, oii ce jeune homme de vingt -six ans venait de faire des prodiges de valeur et d'habileté militaire, que François I*' lui conféra la dignité de connétable de France..

Depuis ce temps bien des nuages avaient traversé leur fraternité d'armes; et François,

ùial conseillé par sa jalousie et par là duchi d'AngouIéme , sa mère , s*était fait bn cou ble plaisir de rompre peu à peu ces liens famille et d*amiti'ë (pii attachaient l'un à V tre les deux cousins. '

Déjà , en 1816, le dtic avait vu ses gâ supprimés, au moment où il venait de pr< an roi , de sa propre cassette , Six mille ( pour payer ses bandes suisses. IMaSs la fort particulière du connétable hii' fiermettai' vivre royalement en Aépit'dëf ce» petites 1 chinations de cour dont cH voulait le rei!

victime. Il était duc de Botf^i^Iihais et é vergue , comte de Clermoitt en Beauvoisis Bfoiitpensier, de Forets, 'de là Maïkïhe e1 Clermont en Auvergne; dâupbin d*Auver| vicomte de €arlat et de Murât , seigneu:

Beaujolais, de €ombrailles, de Meroa d'Annonay, de Roche en Régnier et de B< boù^Lâncey'; pair et chambrier dé Frâi Ifèli tenant générai du roi en s'es]f>ày;s dé Bi gôgne et Languedoc , et gôuvernéfrt' de < dernière province. ' .;i •

La duchesse Suzanne, fille de inàdame  de France ^ duchesse de 'Beaujîeu , lui avait porté presque tous ces biens éri mariag<

elle était morte ea Tinstituant son héritier. G*est de cet héritée que la duchesse d'Aagouléme et le chancelier Dupr^it pensaient en ce moment à le dépouiller par un procès scandaleux , car la mère du roi était cousine au même degré de la duchesse Suzanne , et cette succession aurait pu lui ^tre légitimement dé- Yolue , si , dans la maison de Bourbon , Tordre des successions ne s*était réglé , de temp^ immémorial, par la loi salique.

Après ce qui yenait de se passer dans la rue Saint-Antoine , le duc avait donc bien des rai-^ sons pour se montrer chagrin et soucieux.

Bien pourtant ne parai9sait sur son visage.

— Quoi de nouveau, messieurs? dit-il en s'asseyant devant sa table ; et , tandis que l'un de ses pages lui donnait à laver dans une aiguière de verjapieil :

— Pas grand'chose , monseigneur, répondit Montagnac-Tausanne , son premier chambellan. Le roi , votre cousin , polit et repolit toujours niadrigaux et ballades pour ses maîtresses , sans penser que la Fortune , cette autre maltresse plus volage que toutes les autres, lui fait en ce moment mille infidélités en Milanais.

— On assure , poursuivit Pômpérant , ea|ntàine de la garde ordinaire de monsieur de Bourbon , on aasure que monsieur de Lautree vient de se faire battre en Italie.

— Tant pis , messieurs , interrompit le coanétal>le, car monsieur de Lautree est un brave homme de guerre. Je me sens porté de cœur pour lui, quoique les intrigues de cour m*aient enlevé le duché de Milan pour Fen investir.

Plût à Dieu que le roi , mon cousin , remplaçât par des gens de cette trempe les Montchenn, les Brion, et toute cette engeance de favoris qui Fempoisonnent de leurs fades conseils !

— Monseigneur, dit un gentilhomme appelé de Lescure , voici de Yar^nnes qui arrive des Toumelles , et qui peut vous donner les nouvelles les plus fraîches de Sa Majesté.

— Hé bien, que fait le roi à cette heure? reprit le connétable en vidant un verre de vin d'Espagne, Je gagerais qu^il s'entretient des affaires de son royaume avec quelque jolie femme que nous connaissons tous.

— Vous l'avez dit , monseigneur. Sa Majesté se retirait dans ses appartements avec une femme , quand j'ai quitté les Toumelles.

Cette femme prononçait même votre nom , et

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le roi arait Tair fcrt ooorroiicé àé ce ^^ti entendait.

-^ Cette fois , du moins , reprit le connétable en tendant de nouveau son verre à son éehanson , cette fois mon royal cousin ne m'aecnsera^s de loi enlever ses belles , car vous éles tous témoins que j'arrive à Paris à J'in*stant*

— De Varennes ! quelle est cette femme ?

crièrent à la fois les jeunes gentilshommes qui evtouraient monsieur de Bourbon. Dis4e-«ioos bien vite , que nous en puissions rire à aotre aise.

. — Son nom? jecf ains qu'il nesonne mal ici.

— N'importe , dis-le toujours.

— C'est... madame la duchesse d'Ailgouléme!

A ces mots succéda un morne silence. Chacun devint pensif; tous les regards se portèrent sur le connétable. L'amour de madame Louise n'était un mystère pour personne , le duc ne se cachait pas pour exprimer son dédain à cet égard ; à chaque instant on s'attendait à une eiplosion. Quant à monsieur de Bourbon , ces paroles ne semblaient avoir aucun sens pour lui ; il ne s'en émouvait pas plus

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