CONNKT, »C lOUHBOlf. T. I
que {$i «Hi autre eùA été le sujet de oeUe eoofi* dence.
La convferMilioii n'avait pas eûeore ' repris soB cours, lorsqu'un huissier vint annoncer au prunier chambellan <|iie deux -honunes'dont il apportait les taoïns écrits sur «ôi. bittet pUé priaient monsieur le connétable de leur ao»
corder un instaut d'entretien , toute affaire 'cessante. Montagnac-Tausanne hésitait à déférer à celte invitation , quand le duc , qui snraÉt l'oreille à ce qui se passait, commanda qu'on lui remit le papier. A peine y eut-il jeté les yeux , qu'il se leva de table et qu'il oridonna qu'en le laissât seu I.
Ses traits étaient agités , mais on 9f remarquait plut6t «h sentiment de joie concentrée qu'une expression de contrariété ou de mécMitentement.
Lorsque la salte fut libre , sur un geste du connétable n Thuissier introduisit deux étrangers. L'un était un vieillard vêtu de noir , au maintien noble et digne; l'autre , un homme de guerre , botté , éperonné , et encore tmit couvert de la poussière du voyage. Ce dernier, dans la force de l'â^^Ot avait la mine arr<^an(e et fiere. Son visage , couturé de blessures cir
catriflëe», kééioigiMiiC'asftes^s^ terrifies qu'il avait rend«iS' h sod pay^» ^ '
DuphiS'bHi qu'il les apkfcvH, le fcotinétable courut au^evant d'eux.
•*- ¥ovsiici , DMxisieiir le màn^hal de Lautvee } ^écna«44i en «^adreosani; 'à rhomine Imh lafré. Vous ici sans un ordre àa t^ei.! Qliel que soit le motif qui ymis amené ,' tM^yes le bienvenu 800» mon toit 9 et vous ansSi, monsieur le surtBtendaqtiSemblad^ay i Que voolet^T<His de moi? Disposes, je voÉis prié, -de mén épée^t* de m4>n crédita An fait, de quoi 8'«%it-il?
— J'ai perdiittidn armëe, tnonsienr^le oonnélabte^ «t^ partattt,' meti^ honneui^l murmura d'une voir profeiMb le maréchal - de Làiitirec. ; Ma belte «nuée- d^itaiie , qui m'avait gagné vÎDgl batailles V je l'ai perdue par' la faute des' traîtres q« m'ont volé mon argents ' — Vous eomaissec,' monsieur leeo^nnétable ,' poursuivit Jacquet de Beaune, baron de Semblaneay, là baine de la reine mëre pour la maison de Fmx. C'esrt pour punir cette illustre famille dans là personne dé monsieurle murëcbalde Lautrec, son aîné , que madame Louise a'retenn lès quatre cent mille éeus destinés à la solde' des'troopes.
ont passé à rennemi; les YénitUiiB, nos alliés, ont prj» la fuite, les Fraoçaid. se SMI ûit tuer! * . .
le maréobali baissa la tète, et Ton put voir deux larmes rouler ikns les profiMulea eicMri* oes de ses joues.
Le connétable Uû serra la 'RMÛi.
— Et vous au/(si, monsieur de Lautrec, et VOUA aussi « ik vous ont choisi peor vielime I Les misérables! Us ont* donc juré la perte du royaunie ! ils veulent donc pousser à bout tout ce qpe li| France renferme .denobleet de généreuse, sang ! Ce n'était pas assec des concussions et des rapines souterraines ocrées parles lansquenets de la finance^ sousleraimteau delà royauté I Le brigandage a jeté le masque l C'est en plein jour» messieurs , que Ton n^t àaaola fortune publique! La reine mère est, par la grâce dç Dieu, le d^e chef de eette bande, et monsieur le chancelier de France est 9on lieutenant ! nous vivons dans un beau temps, n'estce pas , messieurs? Mais patience , patience I nous verrons la fin de tout ceci !
Le connétable se promenait à gramds pas et paraissait livré à une vive agitation. Le raaré-
chalet le surintendant 9'eatretenaient à voix basse. Monsieur de Bourbon se retourna brusquement de leur côté*
— Etvousave^, messieurs, des pneuves de ce que vous avancez?
~ La quittance de madame Louise est dans mon coffire-£ort , répondit le surintendant des fimvnces*
— Monsieur le maréchal de Lautrec! monsieur le baron de Semblançay ! reprit le connétable, dans une heure trouvez-vous à Thètel des Tournelles! Apportez avec vous la preuve du crime ! Je vous présenterai moi-*méme au roi, et, en présence de toute la cour, nous demanderons justice .
— Dans une heure nous y serons , dit le maréchal de Lautrec. Puisse ma reconnaissance , monsieur le connétable , être à même de s'acquitter un jour envers vous !
Charles de Bourbon reconduisit ses hôtes jusqu'à la porte de son hôtel. Dès qu'ils furent piM^is , le duc donna Tordre à tous ses gentilshommes de se tenir prêts , en habits de gala , pour se rendre à l'hôtel des Tournelles , 011 le roi donnait une fête. Guette nouvelle produisit une surprise générale , car depuis long-
temps lé connëtabie évitait de se mettre en contact avec les courtisans de François I^, ses ennemis pour la plupart. En une demi^tiente tout fut préparé; les archers vêtus de leurs hoquetons aux armes de France à ta bande de gueules; les laquais en livrées splendides, portant des flambeaux de cire à fa main; les chevaux caparaçonnés et battant du pied le pavé de la cour sous la houssîne des pages. Le connétable félicita lui-même toute sa maison de la promptitude avec laquelle ses ordres s*é^ taient exécutés. Montagnao-Tausanne donna le signal du départ, et le cortège se mit en marche.
Le duc cheminait, sans mot dire, au mifîeu de cette longue cavalcade. Il fut tiré de sa rêverie par un grand bruit d'éclats de rire qui se flt entendre à quelques pas en avant.
— Qu'est ceci? demanda-t-il en poussant son cheval hors des rangs.
— Monseigneur, répondit de Varennes, qui se porta vers la tête du cortège, j'y' vais voir.
Il revint au bout de quelques minutes , pendant lesquelles la cavalcade avait fait halte. Il était suivit par sept ou huit jeunes gens , de la
onliMMidir'Oolibélàble, q^i ebnAiHKakht devant eox tM»e fettiiiie du peuple , dont lesyeax hagards et les bizarres paroles excitaient leur hflarité.
-*- C'est une vieille folle , monseigneur , dt| àe Varemes, que vos archers emmènent à h»
ge61e, pour s*étre permis «^idsult^r plusieurs personnes de votre maison.
Monsieur de Bourbon 6t signe aux archers de ne point paâser>outre. > <•
— Monseigneur, raconta Fun^des officiers du eue j lÉMHis étions descendus dft ehevilpour regarder , au •clair de la kttie / quelques mainants pendus , de par le roi 5 ftux édfèif es du car^ fefottr voisin, lorsque cette bohème îCalielMiej que voici, et qui rèdait de ce cMé, sAlnsdotit0 pour quelque maléfice de son 'médier, sVst prise à nous dire qu'elle vendrait voir tons \e$ arbres de France rompre sous lepoidd de ptt^ rcils fruits.
•^ Efle a inéme ajouté, -p^Niniuivit'di» Le»^ cure , que bientôt il y peus^el*âât dés capes de gentilshommes an lieu de sh}^ons de paysans.
— Alorft, reprit un autr(e, nou» avenus vottki que cette deviiieresse halsile nops tirât nofi^ horoscope à chacun.
. «— Ne s'e8l*elie pas avisée de noua traitar 4e gibier de potence ^ nous désigviwit par nos noms?
— Nous vous prions , monsieur le duc , de permettre qu'elle soit châtiée , car en apercevant vos couleurs et votre écussoa , elle a osé dire que le maître rejoindrait bientôt les valets.
— Et quand l'un de nous est venu à prononcer le nom de monsieur, de Semblançay , eUe a crié : A Montfaucon, !
— J'aurais pardonné l'injure qui n'offensait que moi , dit le connétable ; mais insulter un vieillard honorable , quand il expose ses jour» pour démasquer l'imposture , c'est up crime qui mérite punition. Cette femme recevra vingt coups de fouet, et, si nous apprenons qu'eUe recommence, nous lui donnerons le logis .011 elle prétendait nous envoyer.
Les archers se mettaient en devoir d'exécuter la sentence, qui^id la vieille , s'éohapp^pt tout à coup de leur^ mains :
,*— Mpn0eigii^ur,s'écria-t-elle, permettezmoi deifti^ m^ts pour ma défense. Yps valets me .feront tout à l'hère payer mes pi|roles assez cher.
— Cinq amiites .pour ta luu'angue !
Un éclaûp de joie brilla dans les yeux de la vieille. Elle passa les mains sur son front, connue pour rassembler ses idées , et, les doigts aocrochés dads les. mèches inégales de ses cheveux gris flottant sur ses épaules :
— Ce n'est pas la première fois, dit-elle, que mon sang va couler par vos mains. Charles de Bourbon , tu as fait de mes champs paternels une moisson de csurnage où les hcMnmes tombaient comme des épis ! Mes enfants, pauvres et innocents siioutons qui léchaient les mains de leurs bourreaux , tes soldats les ont égorgés ! Sois maudit 1 l^a sorcière italienne , comme tes valets l'appellent , te prédit à toi , roi de l'orgueil , que tu boiras un jour tes pleura et ta honte au lieu de vin parfumé. Peut-être vivra-t-elle asseï pour le voir. Sois maudit ! et, que dans tes rêves la voix de l'Italie agonisante te crie incessamment à l'oreille : Dieu t'a marqué pour l'abîme! Bojirbon, tu marches à ta perte ! sois maudit!
— > Tu ne te plaindras pas du moins de ma patience , reprit le ccmaétable , qui avait jusque-là retenu à grand'peine l^inchgnation de ceux qui l'entouraieat.
La vieille fut livrée à' qd piyet d'archers qui hii applk[ua sur le lien méd» , et sans désemparer, la «orrectioit qu'avaient si bien méritée ses insolences^:
La cavalcade poursuivit tranquillement sa route. Elle était dé^ bien loin du lieu de la scène , qu'on apercevait «aoore dans les profondeurs de la nuit le flambeau de résine fu*mant qui éclairait les arcbers h la^besogne , et l'on entendait la voixaigué delà vieille crier ces mots , qui retentissaient dans la r«re sîleneieuse ; — Bourbon ! tu marches à ta perte!
soismaudit! ^
Pendant ce temps, la duchesse d'Ango»lème , éblouissante de pierreries et de brode-' ries d'or, dont l'éclat suppléait à cehii que les* années lui avaient ravi, recevait k Th^tel des Toumelles les hommages de tout ce que la capitale renfermait de noblesse et de noms bien famés. La veuve de Charles d'Orléans , comte d'Angouléme , n'avait jamais passé pour belle , même à la cour, et dans la fleur de sa jeunesse. Ses traits durs et anguleux , l'expression presque masculine de sa physionomie, la sévérité glaciale de ses petits yeux gris , et les lignes proéminentes d\in nez aquilin dé^
meflurémeiit prononcé, étaient peu faits pour avoir jamais inspiré un plus tendre sentiment que le respect.* Quarante-sept ans d*àge que la duchesse comptait alors n^iyoutaient rien , on le conçoit, aux charmes dont la nature ingrate l'avait si msd pourvue dans sa parcimonie.
L'àme ardente de la reine mère cherchait donc dans les intrigue^ et dans les haines Taliment dont elle avait besoin. Ne trouvant oi^ exercer le pouvoir de ses charmes , elle s'était armée du pouvoir de son rang et de son autmté. La fête donnée par le roi , son fik , était pour elle une occasion d'étaler à tous les yeux le crédit dont elle jouissait.
François I^, occupé de débiter ses galanteries spirituelles aux dames, et d'échanger mille quolibets ingénieux avec les brillants jeunes gens qui formaient le cercle de son intimité, abandonnait à sa mère le solennel ennui des compliments et des félicitations.
Madame Louise jouissait en véritable souveraine de cet encens de flatterie, qui brûle incessamment autour dès fronts couronnés.
Derrière elle se tenaient ses amis et ses créatures, qui attendaient impatiemment que le moment fût venu d'humilier et de perdre
I*eiui6iiii commun dont ib étaient jaloux.
Monsieur de Montchenu vînt serrer aflfectueusement la main de Tamiral de Bonnivet»
qui s'entretenait à voix basse avec monsieur Chabot de Brion.
— Hé bien ! dit-il, quoi de nouveau ?madame d'Angouléme a-tp-elle vu le roi?
— Sa Majesté, répondit l'amiral, n'a rien à refuser à sa mère, comme vous savez.
— Ainsi le procès aura lieu?
— Sans doute , ajouta monsieur de Montchenu. Quand cet homme vaniteux sera dépouillé de ses terres et de ses pensions « il faudra bien qu'il affiche un peu moins de mépris pour les favoris, comme il nous appelle.
— Moi , poursuivit Chabot de Brion , je l'at toujours haï pour son faste depuis le jour du • couronnement du roi. Je le vois encore à cheval à c6té de Sa Majesté : il semblait qu'il voulût éclipser son maître. Sa robe longue de douze aunes avait coûté , dit-on , trois cents écus d'or par chaque aune; elle était fourrée de martres zibelines, et son bonnet, chargé de bagues jusqu'à la valeur de cent miUeécu».
— Au baptême de son fils , le petit comte
deClermont, célébré au château de Moulins arec une pompe vraiment royale), je me souviens, dit l'amiral , qu'il traînait à sa suite cinq cents gentilshommes yétus de velours de Lyon, et dont chacun avait reçu de lui en présent une chaîne d'or à trois tours.
— Tout récemment encore , messieurs , quand on lui donna l'ordre d'aller défendre la Picardie , il y entra avec six mille hommes de pied et huit cents chevaux levés de ses propres deniers.
— Aussi , interrompit l'amiral dé Bonnivet, le roi le jugeant trop riche , divisa-t-il ses quatre gouvernements. Au duc d'Alençon il donna la charge de la Champagne ; à monsieur de Lautrec , le duché de Milan ; au duc de Vendôme, la Picardie ; à moi , la Guyenne. Le connétable n'a pas oublié cette injure , messieurs, non plus qu'il n'a oublié qu'au passage de l'Escaut, le commandement de l'avant-garde lui fut retiré par le roi pour le donner à mon* sieur d'Alençon.
— Je fais des vorax, répliqua monsieur de Montchenu , pour que madame d'Angoulème rogne enfin les griflTes de ce lion affamé qui menaçait de nous dévorer tous. Mais croyez-
vous, mon cher amiral, qu'après son ayénture de cette nuit , monsieur de Bourbon , pour soutenir sa bravade, ose tenir parole eft sepré^ senter aux Toumélles?
— Il est Capable de tout. Maïs chut! voici madame la duchesse qui aborde monsieur le chancelier. ÉloignonsHiiOus un peu.r Demain, nous saurons ce qu'on aura décidé.
Du milieu d'un groupe d'ambassadeurs et de seigneurs étrangers où elle se plaîsatt à exagérer encore l'immense influence qu'elle exerçait sûr l'esprit du roi , la duchesse d'Angouléme venait en effet d'apercevoir le chan* celier Duprat qui semblait s'efforcer d'arriver jusqu'à elle ; aussitôt elle s'adbeminaversfaii , et, kii faisant signe de la suivre dans l'embrasure d'une fenêtre : •
— Hé bien, monsieur le chancelier, me garantissez-vous l'appui du parlement? .
~r Madame , répondit 0uprat en s'inelinant jusqu'à terre, le parlement se met à vos pieds.
— C'est bien , fit la duchesse ; il Caut maintenant terrasser le nouvel ennemi qui nous menace. Monsieur de Lautrec;..
— Est à Paris , je le sais; mais ce que vous
ignorez peut-éire , e'e^t que raonsieur dé Bourbon se propose de le présenter ce soir au roi.
— Grand Dieu ! comment parer ce nouyeau coup? murmura madame Louise de Savoie, qui sembla pâlir sous l'épaisse couche de carmin et de céruse dont ses joues royales étaient emponrprées. Dans un instant ils seront ici!
Le roi est là qui attend Fentrerue que lui a fait demander monsieur le cbnnétable ! Je suis perdue si monsieur de Lautrec parvient à lui parler ! Cette quittance de quatre cent mille éeus que j'ai eu l'imprudence de laisser entre les nuûns du sarintendimt , ils ne manqueront pas de la produire. Allez! oourez, monsieur le chancelier , voyez monsieur de Semblançay ; il faut le prier, le séduire , le menacer au be* smn!
Le chancelier se prit à sourire ; la duchesse attendait son avis avec anxiété.
— Le séduire? répéta Antoine Duprat.
Inutile, madame, il vaut mieux l'accuser!
— Par quel moyen? tirez-moi de ce nouveau péril.
— J'ai pourvu à tout.
— Monsieur le chancelier , s'écria la du-
chesse, vous êtes ma providence! Voulex-yous le collier de Saint-Michel ?
— Madame , répondit le rusé magistrat eli^ sUnclinant de nouveau, madame , je ne suis ni duc ni pair...
— Voulez* vous le devenir?
Les yeux d'Antoine Duprat s'allumèrent d'un cercle de feu omnme les jeux d'un loup à l'aspect d'une brebis éloignée de ses gardiens. 11 se contint pourtant, et, affectant une hypocrite modestie, il répliqua :.
— Simple, gentilhomme d'Auvergne, de maître des requêtes de l'hAtel du feu roi Louis Xll, devenu par vos bontés premier président du parlement de Paris, puis chancelier de France , je laisse à de plus ambitieux des titres dont je ne suis pas digne.
— Que souhaitez-vous enfin ? interrompit la duchesse impatientée de ses réticences* Parlez! dites un mot!
— Madame, répondit le chancelier avec un calme parfait, j'ai toujours pensé que les clefs de Saint-Pierre ouvriraient bien des portes à la France si elles tombaient jamais dans les mains d'un Français intelligent, actif, dévoué à la famille de ses rois.
Madame d'Angouléoie le regarda d'un air étonné.
^ — Mais je n'ai pas le pouvoir de vous faire pape, monsieur, balbutia-t-elle. Vous n*étes encore pourvu que d'un évèché , ei «pour sié-r ger au conclave , il faut un chapeau de cardinal.
— C'est ce que j'allais fiiire observera Votre Miyesté.
— Vous serez cardinal , monsieur le cliancelier. Mais vous avez, dites-vous, le moy^n d'annuler les., preuves de monsieur le surintendant.
— Oui, madame.
-^ Quel est ce moyen ?
Antoine Duprat releva la^ tête, et, insinuant doucement sa main dans sa simarre, il. de* meura quelques instants à contempler en si^ lence l'impatiente impétuosité de la reine mère ; puis, enfin, il laissa tomber lentement ces mots dans l'oreille de la duchesse :
— Cette quittance sur laquelle reposent toutes le^ espérances de vos ennemis... . ils ne. la produiront pas , caria voici !
— Ma quittance ! s'écria la duchesse en froissant entre ses ipains le papier que veaai|; , de
lui remettre le chancelier de France; ma quittance, c'est bien elle! mon cher Duprat, vous aurez votre chapeau de cardinal.
-^ Vous me comblez , madame , balbutia la future éminence.
— Tous aurez de plus, sur les biens de monsieur de Bourbon, après le gain du procès, les baronnîes de Tfaiern et de Thouri , que vous convoitez depuis longtemps, je le sais. Maintenant dites-tnoi par quel heureux hasard cette pièce importante...
— Rien de plus simple : un commis nomme Gentil , gagné à prix d'ai^ent... une promesse d'avancement...
— Que je me charge de tenir! Vous porterez maître Gentil sur la liste des conseillers à nommer. A cette heure , que la comtesse de Chateaubriand , que messieurs les marëdbaux de Foix et de Lautrec, ses deux frères ^ shmissent à monsieur de Bourbon pour me perdre ! Je les défie tous!
€omme la duchesse d'Angoulème prononçait ces paroles , une vaste rumeur se fit entendre , et la foule des courtisans ondula en tous sens , pressée par une autre foule qui débouchait du grand escalier de marbre du pa-
— ÎS6 -
lais, et qui venait se mêler à elle. La duchesse frënsH en reconnaissant Fécusson die France à la bande de gueules brodé sur les habits des pages rangés aux portes extérieures des salons royaux. Tous les regards étaient fixés sur les notables personnages qui formaient le cortège du connétable, et^qui précédaient sa personne.
- En tète marchaient les officiers ordinaires de la maison de Bourbon; puis uneafluence de gens d'épée ', dé robe «t de finance ^ ses affidés; ses amis et commensaux , parmi lesquels monsieur Jean dcFoîtiers, seigneur -et comte deSàint^Vàllter^ Monseigneur Févéqued^Autnn , et Monseigneur de Chabannes . évéqoe dn Puy.
I^ connétable parut le dernier dans un costume magnifique , le sourire sur les lèvres , et répondant par un salut de la main aux hom»
mages et aux salutations qui l'accueillaient sur son passage.
Malgré la froideur cérémonieuse qui existait depuis quelque temps entre le roi et son cousin , les courtisans continuaient à encenser le général illustre et le prince du sang royal , puisque l'ordre 'du maître souverain et le com-
— sa -
plaisant arrêt du parlement ne leur avaient pas encore fait une loi de l'ingratitude et de l'insulte.
La dudbesse d'Ângouléme voulut éviter la rencontre du connétable ; maiscehii-ei la salu^ gracieusement en lui disant bien bas :
— Vous voyez , madame , que je suis exact à mes rendez-vous.
La duchesse aperçut le roi qui s'approchait du groi^ au milieu duquel se tenait mctpsîeur de Bourbon ; elle sortit de la foule avec le chanr celier. Le connétable s'avança vers le roi, le chapeau à la main. François , à qui la présence du héros dont il était jaloux n'inspirait pas moins déboute que de mauvaise humeur, s'efforça de trouver une parole aimable pour mieux cacher l'injustice du traitement qu'il lui préparait; mais les deux cousins ne purent si bien maîtriser leurs secrets sentiments, qu'uii peu d'aigreur ne se mèlàt tout d'abord à leurs discours.
— Vive Dieu! dit le roi, quel heureux hasard vous aliène ici, monsieur le connétable? Vous ne nous habituez pas , pour dire vrai , à vous voir en notre logis, sans quelque motif qui rende votre visite nécessaire.
~5ar —
— Votre Majesté « rëpondKt le .eeunétaUe , s'étenne à bon titre de ma |H*ésenoeà l'h^td des Tournelles. Ce n'est pas en effet à la veille d'un injuste procès , qui tend à me dépouiller, de mes lûenv, que j'ai lieu de me réjouir et de venir mendier ici des faveurs* Moa bon droite sire^ est ma sauvegarde et ma seule. éspé«nmce.
— Vous avez raison, mon oousio, repartit François I*', de vous confier en vos juges.
Mais 9 il faut l'avouer , vous êtes peu endurant et bien haut à la main. Et tenez , entre nous , vous avez plus l'air à cette heure de dkler une capitulation aux Impériaux , que de soUidter la bienvdUance de notre parlement.
— Sirfi \ je ne demfuide que justice.
— On vous la rendra^ monsieur ; foi de gentilhomme! on vous la rendrai
— J'y ai compté , dit le connétable en jetant les yeux autour de lui comme pour y cherchef qi^elqu'un à qui s'adressaient aussi ces paror les. — La duchesse et le chancelier avaient quitté la galerie. — J'y aï compté, poursuivit monsieur de Bourbon , c'est pourquoi vous me voyez chez vous , prenant eu main la défense des opprimés*
. A oemMiieDt le maréchal de Lauttrec sortit de la foule et se présenta a«x regarda du roi.
T-Yous ici! s'écria François en fronçant le sourcil ; vous ici , monsieur l^maréchal de Lautrec? ici sans mon ordre? Et votre armée ?•••
— Perdue! sire, répliq^ua le connétable, pefdue par la trahison de vos favoris 1 ^
— Quoi! perdue tout entière? deipanda le roi avec désespoir.
Le connétable continua , et, à m^ure <{u'il pariait ^ ses yeux s'enflimmiaieni et semblaient jeter des^airs. ^
— Moasieur de fiayard'a sauvé lea^ débris de vos escadrons^ Pe.tont <le Milanais il ne vous reste plus par delà les Alpes que le seul château fort de Crémone ! François Sforce , Votre ennemi , commande à Milan! Gènes est.prise et pillée ! Antoine Adorne , proclamé doge par les Espagnols, au lieu d'Octavictt Frégose, qui vous était dévoué ! Pierre de Navarre , dans les fers ! les Suisses de votre garde , débandés ! les Vénitiens , vos alliés , détachés de vous ! les maréchaux de Foix et de Montmorency ; battus, blessés, écrasés! l'élite de votre jeune
noblesse tuée à cM de ses chefs! voilà! YoUà ce qii'ont fait vos courtisans ! Tout ce sang est retombé en broderies: d'or et d'argent sur leurs manteaux ; en aigrettes de diamants sur les tètefl de leurs femmes et de leui^ mattresses ! Ds en* font parade, à cette heure, sous les mille flambeaux de tos galeries ! Place ! place t Sire ! regardev-les passer I...
— Ah ! malheur sur noue! murmura le roî d'une voix profondément émue. Couvrons de deuil nos habits de fête pour pleurer ceux qvi ne sont plus (
^•Sire, repartit le connétable, couvronsnous de fer plutôt pour les venger !
Un silence d'effroi succéda au récit de cet événement désastreux* Les^ créatures etjes flatteurs de la duchesse n'osaient lever les yeux. Le roi paraissait atterré. Les vieux capi* taines froissaient avec une sourde colère la poignée de leurs épées , ou échangeaient un regard de douleur. Le connétable , les bras croisés sur sa poitrine, regardait tout le monde au visage et attendait la punition du crime qu'il avait dénoncé. Cette heure était solennelle. Elle allait décider la perte de la duchesse ou celle du premier prince du sang.
Françoîs fit signe au maréchal de s'approeber.
-—Monsieur de Lautrec , lui dît-ii , vous répondrez de l'accusation qu'on ose porter en votre nom!
^^ J'en répondrai ^ sire , repartit réVNile et le cousin de nom et d'armes de l'béroïque Gaston de Foix. Les quatre cent mille écus que m'annonçaient vos lettres ne m'ont pas été remis. Votre gendarmerie a eu la générosité de servir dix-huit mois sans toucher un denier ; mais les lansquenets et les Suisses m'ont échappé en me criant : Congé ou argenll De là tous nos malheurs !
— Et qui donc a retenu cet argent ? s'écria François I"' au comble de la fureur.
Le connétable se pencha sur l'épaule du roi et lui dit à voix basse :
— Monsieur le surintendant Semblançay vous remettra la quittance de madame votre mère.
François saisit avec force le bras du connétable:
— Mon cousin, lui dit-il, si cela est, je jure Dieu que mon respect pour elle ne la sauvera pas de la disgrâce. Mais la calomnie est
ingéiiieiise dans aeâ accusâtîéBS, vous leMres.
u'on appelle moasieiir le gurinteadant des finances.
Le baren de Sembiançay se fit jour à travers la multitade et vint tomber aux pieds du roi :
— Sire , balbutia le malbeureux vieillard , je viens mettre ma vie à vos pieds.
-^Parlez! parlez! lui criai^nm de toutes parts.
— Nommez le coupable I
— C'est vergogne de se faire ainsi prier,
— Nommez^le , quel qu'il soit , le roi le veut !
— Sire , reprit le surintendant , vous savez si pendant quarante années des plus difficiles fonctions je vous ai servi avec honneur et loyauté.
— Je me plais à le reconnaître , monsieur !
— Si dans les besoins de l'État j'hésiui à * disposer pour vous de ma propre fortune et du crédit de mes amis...
— Je le sais.
— Hé bien , le malheur des temps veut qu'une quittance soustraite dans mes papiers m'expose à passer aujourd'hui pour un diia-
pidateur des fonds de l'État^ etf«Mir mi làAe imposteur* Ah! Sire, vonstoe le eroines fw» ! vous ne ferez pas cette mortelle injure au ▼ieillard que , dans les élans de votre benlé , TOUS appeliez autrefois votre père ! Inage^e Dieu sur la terre , vous lirez comme lui dans mon âme, et vous sauverez mon nom du mépris !
— Reievez'-vous , monsieur , lui dit le roi d^un ton sévère et glacé , et ne reparaissez de* vaut nous qu'après en avoir reçu Tordre.
Semblançay- se retira* Hélas! Tinfertunéne savait pas qu'il devait témoigner de son sang ; martyr de la vérité, que son innocence et ses vertus ne sauvèrent pas. Le roi le fit pendre à Montfaucon ponr ce fait ,. quelque» années plus tard, comme Charles IX, daasle cours xle ce même siècle , Ot égorger l'amiral de Goli<gny , qu'il appelait aussi son père !
Après le départ du surintendant, François I*"* se tourna vers .un groupe de gentils-^ hommes oii se trouvaient les plus acharnés ennemis du connétable : Chabot de Brion , l'amiral de Bonnivet i. Montchenu , et d'autres enoore.
— Messieurs, s'écria-t'il , c'est à vous qu'il
- es —
appartient de venger nos frères morts! Je commanderai en personne la nouvelle armée qui passera les Alpes. Lyon sera le quartier général. Monsieur de Bonnivet, je vous nomme au commandement de Tavant-garde. Monsieur de Lorges , vous irez m'attendre avec 13,000 hommes dans les plaines du Piémont.
Je ne vous y laisserai pas languir. Nous reprendrons le Milanais , messieurs , ou les Impériaux apprendront comment un roi de France sait mourir !
— Nous sommes disgraciés, monsieur le duc, dit au connétable le maréchal de Lautrec, quand ils se trouvèrent seuls dans la longue galerie déserte que le roi venait de quitter , suivi de sa cour.
— Du fond de mon chÂteau de Moulins , repartit monsieur de Bourbon, je lui apprendrai, moi , que ce n'est pas avec des courtisans que Ton gagne des batailles !
SKGONDE PARTIfe.
LA DÉmriON.