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Le Connétable de Chester. [Des fiancés]

Le titre ft Histoires du temps des croisades donné aux romans suivants, a été décidé plutôt par l'avis d'un petit nombre d'amis que la mort a rendus maintenant moins nombreux encore, que par le propre goût de l'auteur, non qu'il ne vît clairement l'intérêt qu'exciterait le nom des croisades, mais parce qu'il était convaincu que cette sensation est d'un genre plus facile à créer qu'à satisfaire, et que chaque lecteur serait entraîné, par la mention d'un sujet magnifique, à se former l'idée d'un cadre si étendu et si grand, qu'il pourrait n'être plus au pouvoir de l'auteur de le remplir ; qu'ainsi il se trouverait dans une situation analogue à celle du nain portant avec lui la toise qui doit servir à mesurer sa propre stature, et paraissant en conséquence, dit Sterne « nain de plus d'une manière. »

C'est un fait, si toutefois il mérite d'être examiné, que l'éditeur et l'auteur, quoiqu'ils aient en général les mêmes intérêts, cessent de s'accorder en ce qui concerne les titres ; et c'est un des secrets de l'art d'écrire, si ce mot secret peut s'appliquer ici, d'en choisir un parlant, comme on l'appelle, et qui réponde à l'attente du libraire, puisque celui-ci couvre souvent ses frais et vend une édition avant que le public ait pu apprécier l'ouvrage ; mais l'auteur doit aspirer à un succès plus durable et désirer que son livre plaise encore lorsque

les feuillets en seront ouverts pour la première fois. Aussi plusieurs des meilleurs romanciers ont-ils eu soin de donner à leurs œuvres des titres qui rendent impossibles toutes conjectures préalables.

Malgré ces considérations, le nom des croisades a été placé en tête de ces histoires, et l'an 1825, fertile en projets, étant le moment fixé pour la publication, elles furent précédées d'une introduction conforme au goût du jour.

Le plan de la première histoire de ce recueil a été tracé plutôt avec le désir de tromper en général les espérances que le titre avait pu faire naître, que dans le but d'en remplir quelques-unes en désappointant les autres : aussi l'action est-elle basée moins sur un incident se rapportant aux croisades que sur un fait particulier aux mœurs qu'avaient introduites ces mémorables entreprises. Les désordres domestiques n'étaient pas le moindre mal résultant de l'étrange influence de cette superstition. Ce n'était pas chose rare qu'un croisé; au retour de ces expéditions lointaines, trouvât sa famille augmentée, d'un rejeton, sur lequel l'épouse délaissée ne pouvait donner d'explications satisfaisantes ; d'autres fois sa couche nuptiale était occupée par la simple raison que la dame du lieu avait préféré aux soins qu'exige un vieux guerrier, les doux propos d'amour d'un jeune page. De nombreuses histoires de ce genre sont racontées dans les diverses parties de l'Europe ; et le chevalier et le baron, suivant la trempe de son humeur, accordait une foi implicite aux douteuses paroles de sa moitié, eu mettait tout à feu et à sang pour venger son honneur qui , après tout, n'avait souffert que par suite de l'humeur errante qui lui avait fait abandonner ses pénates pour aller chercher des aventures en Palestine.

Une tradition écossaise, citée, je pense, par quelque ménestrel des frontières, attribue au clan de Tweedie, jadis renommé pour sa bienveillance, une origine qui aurait bien convenu à un héros de l'antiquité. Certain baron, d'un âge mûr, je suppose, avait choisi une jeune et douce compagne, que, peu de mois après leur union, il laissa en tête-à-tête avec sa quenouille, dans sa vieille tour, située au milieu des montagnes du comté de Peebles, près des sources de la Tweed. En revenant après sept ou huit ans, laps de temps qui n'avait rien d'étrange pour un pèlerinage à la Terre-Sainte, il trouva que la solitude du manoir s'était adoucie en son absence, la châtelaine ayant été consolée par l'arrivée d'un étranger, dont personne mieux qu'elle ne pouvait expliquer la présence, qui, suspendu à sa robe, l'appelait maman, tel enfin que le baron eût aimé à le nommer son fils; mais l'âge, d'après les décisions des jurisconsultes, ne s'accordait nullement

avec l'époque de son départ pour la Palestine. Il pria donc sa femme de lui expliquer ce mystère. Après avoir répandu des torrents de larmes, soigneusement mises en réserve pour l'occasion présente, la dame raconta à l'honnête gentilhomme que, se promenant un jour seule sur les bords de la rivière naissante, elle avait vu s'élever, d'un courant profond, encore connu aujourd'hui sous le nom du réservoir de la Tweed, une forme humaine, qui d'abord daigna lui dire qu'elle était le génie tutélaire du fleuve, puis , bon gré mal gré , devint le père du turbulent personnage dont la présence avait tant surpris le baron. Fort peu des contemporains du chevalier eussent ajouté pleine croyance à ce récit, bon au temps d'Homère; mais l'époux était vieux, sa tête affaiblie, la dame jeune et belle, de plus ses parents (les Frasers à ce qu'on croit) étaient puissants et belliqueux, et le baron avait assez des combats de la Terre-Sainte ; bref, il crut ou fit semblant de croire l'aventure, et accepta de bonne grâce l'enfant que sa femme et la Tweed lui offraient. La seule circonstance qui conserva le souvenir de l'incident fut que le jeune homme retint le nom de Tweed ou Tweedie. Cependant le baron ne sut pas, comme dit la vieille chanson écossaise « tenir le berceau en mouvement » et la Tweed jugea sans doute qu'un fils naturel était une postérité suffisante pour un modeste amant presbytérien. Le baron montra à ce sujet si peu de rancune, qu'après avoir élevé le jeune Tweed comme son héritier, il lui en laissa tous les droits en mourant ; si bien que le fils du dieu des eaux devint la souche des Drummelzier et d'autres nobles races d'où, suivant l'expression du berger de l'Ettrick, naquirent « plus d'un héros et plus d'un haut fait. »

L'histoire du noble Moringer est à peu près du même genre; — on la trouve dans un recueil des chants populaires de la Germanie , intitulé : Sœmmlung deutsher volkslieder, Berlin, 1807, publié par MM. Busching et Von der Hagen. Cette pièce est censée extraite d'une chronique manuscrite de Nicolas Thomœun, chapelain de Saint-Léonard en Wiessenhorn, et datée de 1533. La ballade, fort répandue en Allemagne, doit, d'après le style, avoir été composée au quinzième siècle. Le noble Moringer, puissant baron germain, étant sur le point d'entreprendre un pèlerinage à la patrie de saint Thomas, lieu dont nous ignorons la position géographique, résolut de confier son château, ses domaines et sa dame au vassal qui s'engagerait à veiller sur ces précieux gages jusqu'à la fin de la septième année. Son chambellan, homme âgé et prudent, refusa le dépôt, observant que sept jours au lieu de sept ans serait le plus long terme pendant lequel il voulût consentir à répondre de la fidélité d'une

femme L'écuyer, plus confiant, accepta la mission refusée par le chambellan, et le baron partit. Maintenant les sept années sont écoulées à l'exception d'un jour et d'une nuit, et une vision apparaît au noble pèlerin dormant sur la terre étrangère.

« Le noble Moringer dormait dans un verger, lorsqu'une vision prophétique se glissa sous ses sens assoupis, et une voix murmura a son oreille : « Il est temps de t'éveiller, sire chevalier, ta dame et ton domaine choisissent un autre maître.

« Ta tour voit flotter une autre bannière, tes coursiers reçoivent d'autres rênes , tes braves vassaux se courbent sous d'autres lois, et celle que tu aimas, jadis si fidèle et si belle, s'unira cette nuit, sous le toit de ton père; à l'héritier de Marstetten. »

Moringer s'éveille, et prie son patron saint Thomas d'éloigner la honte qui le menace, et à laquelle sa dévotion pour lui l'a exposé. Saint Thomas , sensible au reproche, fait un miracle. Moringer se rendort, et lorsqu'il ouvre les yeux, des objets bien connus frappent ses regards. A droite est le manoir de ses ancêtres, à gauche le moulin bâti , suivant la coutume, peu loin du château.

« Appuyé sur son bourdon de pèlerin , il se dirige vers le moulin . — • son beau visage est si altéré que nul ne reconnaît son seigneur. Le baron dit au meunier : — Mon ami, dites, par charité, à un pauvre pèlerin quelles nouvelles sont ici?

« Le meunier répond : — Rien de nouveau, si ce n'est que la dame châtelaine a choisi un nouvel époux ; son mari est mort, dit-on, en pays lointain; sa perte afflige nos âmes, c'était un digne seigneur.

« Je tiens de lui ce moulin , qui me permet d'y vivre libre. — Puisse Dieu donner au baron le repos dans la tombe , son œil fut bienveillant pour moi! Lorsque viendra la Saint-Martin, et que les meuniers recevront leur paie, le prêtre qui priera pour Moringer aura châsse et étole à la fois. »

Le baron va frapper à la porte du château, qui est verrouillée pour prévenir toute invasion tandis qu'on s'occupe des préparatifs de la noce. Le pèlerin supplie le portier de le laisser entrer, il l'en conjure par ses propres souffrances, et au nom du dernier Moringer: la dame du château ordonne qu'il soit introduit.

« D'un pas triste et lent Moringer traverse la salle; il s'assied le cœur plein de soucis : aucun de ses vassaux ne paraît le reconnaître. Oppressé par la douleur, il reste au dernier rang ; les instants qu'il passe ainsi sont courts, et jamais minutes ne lui parurent si longues.

<j Le jour est écoulé, la fête finissait, voici l'heure du soir, et bientôt ce temps où l'épouse nouvelle se retire dans la chambre nuptiale. Un des conviés dit alors : Par un constant et antique usage, nul hôte ne peut reposer sous nos toits sans avoir d'abord mêlé sa voix h la nôtre. »

Ainsi interpellé, le baron déguisé chante la mélancolique complainte qui suit :

« Froid est le lai du vieillard glacé par l'âge ; ainsi chanta le pèlerin : dons précieux, brillants habits, ne peuvent délier sa langue appesantie. Autrefois, semblable à toi, joyeux fiancé, je m'assis à un banquet aussi splendide que le tien , et près de moi une fiancée aussi belle était mienne aussi.

« Mais le temps a sillonné mon visage et blanchi mes cheveux , et elle a délaissé ce front ridé, cette barbe blanche, pour la brune chevelure et le teint frais d'un jeune jouvencel. Fortuné jadis et maintenant pauvre pèlerin , je parcours le dernier terme de la vie , et je mêle à vos chants joyeux le lai du vieillard que l'âge a glacé. »

« La dame, émue par les douloureux souvenirs que rappelle le chant du pèlerin , lui envoie une coupe remplie de vin. Après l'avoir vidée , il y dépose son anneau nuptial , et la renvoie a la dame en la suppliant de vouloir bien faire raison à son vieil hôte.

« La noble dame aperçoit l'anneau, elle le regarde, l'examine, et aussitôt un cri perçant et les mots : « Moringer est ici ! » retentissent dans la salle. Elle s'élance de son siège, des torrents de larmes lui échappent; mais si elle pleure de joie ou de douleur, c'est ce qu'une femme pourrait mieux vous dire.

« Elle bénit à haute voix le ciel et tous les saints d'avoir ramené Moringer avant l'heure de minuit. Des serments réitérés se pressent sur ses lèvres : elle jure, elle proteste que jamais épouse n'a mieux gardé sa foi, et ne fut si cruellement éprouvée.

« — Oui, dit-elle, j'ose réclamer ici l'éloge dû a ces respectables matrones qui gardent avec constance la promesse jurée; car comptez comme il vous

plaira, pourvu que le calcul soit juste, sept fois douze mois et un jour se seront écoulés quand la cloche sonnera minuit.

« Alors Marstetten se lève, tire sa dague, s'agenouille devant Moringer, et jetant l'arme a ses pieds, il prononce ces mots : — *■ La parole, la foi d'un chevalier ont été violées ; voici , Monseigneur , l'épée de votre vassal 3 et voici aussi sa tête.

« Le noble Moringer sourit, et dit a haute voix : — Celui qui parcourt le monde durant sept ans et un jour recueille la sagesse ; ma fille a quinze ans, la renommée la dit douce et belle ; elle remplacera l'épouse que vous perdez, et je la nomme mon héritière.

« Le jeune époux aura une jeune compagne , celui dont les cheveu s ont blanchi conservera la vénérable moitié qui a su garder son serment avec une exactitude ponctuelle ; mais béni soit le bon gardien qui m'a ouvert la porte ; demain il eût été trop tard. »

On trouve aussi dans la riche moisson des ballades allemandes une autre version de cette histoire qui a fourni à M. Tieck, dont les travaux en ce genre sont si remarquables , le sujet d'un de ses drames romantiques. Il serait superflu d'entrer dans ce détail, puisque l'auteur qui trace ces lignes a conformé son plan à la version conservée dans le manoir de Haighhall, jadis résidence de la famille de Bradshaghe, maintenant celle des comtes de Balcarras, leurs descendants par les femmes. L'aventure ressemble beaucoup à celle du noble Moringer, seulement il ne s'y trouve nul miracle de saint Thomas qui puisse choquer les croyances d'un bon protestant. Mes nobles amis, le lord et lady Haighhall , ont bien voulu me permettre d'imprimer l'extrait suivant de leur généalogie.

Sir William Bradshaghe, se- Mabel, fille et seule héritière

cond fils de sir John, était un de Hugh Noms de Haghe et

grand voyageur et un soldat; il Blackrode de ce mariage. fut marié à IN. 8. L. 2.

Une tradition d'une vérité incontestable nous apprend que cette Mabel se maria a un chevalier gallois durant l'absence de sir William Bradshaghe, qui guerroya dix ans en pays lointain. A son retour, il vint sous l'habit d'un pèlerin demander l'aumône a la dame de Haghe- lorsqu'elle le vit, elle s'aperçut qu'il ressemblait a son premier mari, et pleura; sur ce, le chevalier la maltraita, et sir William, s'éloiguant, se fit reconnaître de ses

vassaux ; le chevalier prit alors la fuite, mais sir William le rejoignit près de Newton Parke et le tua. Le confesseur de ladite dame Mabel lui donna pour pénitence d'aller une fois chaque semaine pieds et jambes nues a une croix près de Wigan; elle vécut méprisée de son noble lignage. En ce jour, on la nomma Mab ; sa tombe est placée dans l'église de Wigan, on y voiÉ leurs portraits. An. : Dom. : 4515.

Plusieurs vertiges de la pénitence de lady Mabel et de sa mélancolique aventure subsistent encore aux alentours de Haighhall. On se souvient d'avoir vu toute l'histoire peinte sur les vitraux d'une fenêtre de la salle, où, par malheur, elle n'a pas été conservée. La croix de Mab existe encore. Un vieux bâtiment en ruine passe pour avoir été le lieu où lady Mabel était condamnée à expier sa faute en venant de Haighhall , pieds et jambes nues , y faire sa prière. Ce précieux débris auquel se rattache un si curieux souvenir est malheureusement presque détruit. Le temps et des réparations successives ont fait entièrement disparaître, dit M. Roby, les effigies du chevalier et de la dame qui étaient placées sur leur tombe. Ces divers détails se trouvent dans les Traditions du Lancashire\ de M. Roby auquel je renvoie le lecteur pour d'autres particularités. Il ne semble pas que sir William Rradshaigh ait conservé une éternelle rancune contre la trop pressée lady Mabel, quoiqu'il se montre certainement d'une trempe plus forte que les barons écossais et germains qui figurent dans les précédents récits. Cette tradition, que l'auteur a sue dès sa première jeunesse , lui a été racontée par feu lady Belcarras. Il en fut si frappé qu'étant alors très-prodigue de son érudition de légendes , il l'inséra sous la forme d'une note dans Waverley2, le premier de ses délits littéraires. S'il eût connu aussi bien qu'à présent toute la valeur d'une telle histoire, il est probable qu'ainsi dirigé dans la composition d'un poëme épique par l'inimitable recette que le Guardian nous transmet, il l'aurait tenue en réserve pour l'avenir.

Ce.conte, néanmoins, n'ayant pas été dit en entier, offre de plus beaucoup d'intérêt, et se liant suffisamment aux croisades, les guerres entre les Gallois et les lords normands des marches ont été choisies comme une époque où l'on pouvait agir sans cérémonie avec la vérité stricte de l'histoire , sans que la rencontre d'aucun fait bien connu vienne rendre la narration invraisemblable. Il est possible cependant que le passage suivant sur les guerres de Gryffyth, dit Edwin , fasse

4. Très-élégant ouvrage, 2 vol., 1829, par J. Roby, M. R. S. J. 2. Voyez Waverley. dans la présente édition.

mieux connaître , avec ses meurtres et ses violences , la période sur

laquelle s'appuie la probabilité du récit.

« Ce prince , Gryffyth , de concert avec Algar, comte de Chester, banni d'Angleterre comme traître, sous le règne d'Edouard-le-Confesseur, entra dans le Herefordshire , et mit ce pays fertile à feu et à sang pour venger la mort de son frère Rhees, dont la tête avait été envoyée à Edouard , d'après l'ordre de ce monarque , fondé sur les actes de violence commis par lui sur les frontières anglaises. Le comte d'Hereford, neveu d'Edouard, voulant mettre un terme à ces ravages» marcha contre Gryffyth et Algar avec une armée qui n'était pas seulement composée d'Anglais , mais aussi de mercenaires normands et français qu'il entretenait à sa solde. Il rencontra l'ennemi près d'Hereford et offrit un combat qu'accepta avec joie le prince gallois, déjà vainqueur en cinq batailles rangées , et auquel la victoire avait toujours été fidèle. Par l'ordre du comte, et à l'imitation des Normands, les Anglais combattirent à cheval, ce qui était contraire à leurs habitudes ; mais les Gallois chargèrent avec une telle furie que ce seigneur et la cavalerie qu'il commandait furent effrayés au point de prendre honteusement la fuite sans en être venus aux mains ; les Anglais suivirent leur exemple, et leurs adversaires, après avoir tué ou blessé tous ceux qu'ils purent rejoindre , entrèrent triomphants dans Hereford, pillèrent et brûlèrent la ville, rasèrent ses murs, massacrèrent quelques habitants, firent beaucoup de prisonniers, et, pour employer les expressions de la chronique galloise, n'y laissèrent que du sang et des cendres. Après ces exploits, ils retournèrent dans le pays de Galles, sans doute pour mettre en sûreté leurs captifs et leur riche butin. Le roi d'Angleterre ordonna alors au comte Harold de lever une armée considérable dans toutes les portions du royaume, de la réunir à Glocester et de partir de ce point pour envahir les domaines de Gryffyth , situés au nord du pays de Galles. Il exécuta ces ordres et pénétra dans la contrée sans rencontrer de résistance, Gryffyth et Algar se trouvant alors dans les provinces du midi. Les motifs de cette conduite, et ceux qui empêchèrent Harold de poursuivre ses premiers succès, ne sont pas bien connus; mais il paraît qu'il jugea plus prudent de traiter avec ces peuples que d'entreprendre de les subjuguer; et il s'occupa de relever les murailles d'Hereford, tandis qu'on entamait avec Gryffyth des négociations qui amenèrent bientôt la réintégration d' Algar, et une paix assez peu honorable pour l'Angleterre , car le roi gallois n'offrit aucun dédommagement pour les malheurs de la guerre, et ne fit nul acte de soumission envers Edouard. Harold doit sans doute avoir eu quelques raisons secrètes et impéra-

tives de conclure un semblable traité. L'année suivante, Gryffyth, au sujet d'une querelle dont la cause n'est pas venue jusqu'à nous, rentra en Angleterre, massacra l'évêque d'Hereford, le shérif du comté et beaucoup d'autres Anglais, ecclésiastiques ou séculiers. Edouard, conseillé par Harold et Leofrick, comte de Mercie, fît encore la paix avec lui ; il la rompit de nouveau, et rien ne put mettre un terme à ses barbares excursions avant Tan 1063, lorsque Edouard, dont la patience et les inclinations pacifiques avaient été mises à de si rudes épreuves , chargea Harold de rassembler toutes les forces de l'état , d'attaquer Gryffyth et de le combattre jusqu'à ce qu'il fût subjugué ou anéenti. Ce général agit avec tant de vigueur et de célérité, qu'il fut au moment de surprendre le prince gallois dans son palais ; mais celui-ci, averti, quelques instants avant l'arrivée des Anglais, du danger qui le menaçait, et ne voyant nul autre moyen d'y échapper, se jeta avec quelques-uns des siens dans un vaisseau qui se trouvait prêt à mettre à la voile, et gagna la pleine mer. » (Littteton , Histoire d'Angleterre, vol. il, p. 338.)

La physionomie générale de ce morceau se retrouve dans les récits fictifs du roman.

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