‹ Le Connétable de Chester. [Des fiancés]Chapitre 6 sur 47 · I. Lords des Marches ou frontières · texte numérisé non relu

I. Lords des Marches ou frontières

torbéry, accompagné du savant Gerald de Barri, depuis évêque de Saint-David , prêcha la croisade de château en château , de ville en ville, et fit retentir de l'appel aux armes, pour la délivrance du saint sépulcre, les vallées les plus retirées de la Cambrie', son pays natal. Il conjurait les chrétiens d'assoupir leurs querelles et de ne plus se faire la guerre entre eux , mais il offrait en même temps à l'esprit belliqueux de son siècle un but général d'ambition et un théâtre de prouesses où la faveur du ciel et une gloire terrestre devaient être la récompense des champions victorieux.

Cet appel était fait pour remuer tous les esprits ; et cependant $ parmi les milliers de guerriers qu'il engageait à quitter leur pays pour se livrer aux hasards d'une expédition lointaine et dangereuse , les chefs bretons avaient peut-être la meilleure excuse pour se dispenser d'y répondre. Les chevaliers anglo-normands , plus habiles dans la science des armes, faisaient de constantes irruptions sur les frontières du pays de Galles, et en démembraient souvent des portions considérables, sur lesquelles ils construisaient des châteaux- forts pour s'assurer la possession du territoire conquis. Les Bretons se vengaient, à la vérité, par des excursions terribles sur les terres de leurs ennemis , mais qui ne suffisaient pas encore à les indemniser des pertes qu'ils avaient essuyées. Semblables aux flots de la haute mer, ils s'avançaient avec bruit et fureur, et portaient partout la dévastation; mais, en se retirant, ils cédaient insensiblement le terrain à leurs adversaires.

La franche union des princes du pays aurait opposé une forte barrière aux usurpations des étrangers; mais, occupés autant de leurs discordes intestines que de leur animosité contre les Normands , ils étaient sans cesse en guerre les uns contre les autres , et l'ennemi commun en retirait tout l'avantage.

La croisade promettait quelque chose de nouveau du moins à une nation dont une bouillante ardeur était le trait caractéristique. Un grand nombre de chefs acceptèrent l'invitation, sans songer aux suites qui devaient en résulter pour un pays qu'ils laissaient sans défense. Même les ennemis les plus invétérés des Saxons et des Normands oublièrent leur inimitié contre les usurpateurs d'une partie de leurs domaines pour s'enrôler sous les bannières de la croix.

De ce nombre était Gwenwyn, ou, pour mieux dire, Gwenwynwen, quoique nous nous proposions de préférer l'abréviation de son nom. Il continuait à exercer un droit de souveraineté précaire sur les

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