Amb. vén, Dép. n»* 12, i5 et 17, 24 déc
La mort du connétable. 269
couronne et le royaume. Tels étaient Tautorité et le pouvoir du connétable, qu'il était véritablement le roi par les eil^ts. Sa Majesté ne parlait et ne commandait que sur un signe de lui.» Un essai trèscourt de gouvernement personnel fit bien vite connaître à Louis XIII sa propre insuffisance ; il subit, longtemps après la mort du duc de Luynes, Tascendant que celui-ci avait exercé sur son esprit, et il ne se décida qu'au bout de trois ans à le remplacer véritablement ^ mais le génie du cardinal ne lui fut jamais sympathique au même point que Thabileté du connétable.
L'impopularité du duc de Luynes était grande pendant sa vie, dans les derniers temps surtout : u Toutes les langues sont déchaînées, écrit l'ambassadeur vénitien ; on rend responsables de tous les désastres ceux qui ont le pouvoir ; on accuse le duc de Luynes de n'avoir pas voulu prendre Montauban, bien que les gens du métier attribuent cet échec à son manque d'expérience militaire et au gouffre sans fond dans lequel s'est perdu l'argent du roi ; car il avait fait la dépense pour 29,000 hommes et il n'en a pas eu un effectif déplus de 1 2,000 ^ » Une nuée de pamphlets odieux s'abattit, pour ainsi dire, autour du lit de mort.
ï. Amb. vén. Dép. n» 9, 5 déc. 1621.
270 La mort du connétable.
Nous devons constater, avec Tarnbassadeur florentin, que, à Paris, la population ne dissimula guère son contentement. « La nuit du 21, dit-il, arriva la nouvelle de la mort du connétable ; et hier elle fut connue dans toute la ville. Les démonstrations d'allégresse du peuple, à cette occasion, ont été fort loin : devant les hôtels appartenant à la famille, on a fait hier soir des feux de joie publiquement, et, en outre, celte nuit, on a trouvé par les rues et sur la porte même du palais du duc de Chaulnes, des placards en quantité, et une image ignominieuse représentant le connétable mort et mangé par les vers, et ses deux frères pendus. On a encore pu juger de la jubilation de cette foule par le fait suivant : Hier on a chanté solennellement à la cathédrale un Te Deum pour la prise de Monheur, qui a été pris d'assaut et mis à sac, et il y eut un énorme concours de peuple ; car on pensait, comme Font répandu quelques beaux esprits, qu'on le chantait afin de rendre grâces à Dieu pour la mort du susdit connétable*. » Le Parlement dut sévir, par ordre du roi, contre ces indécentes manifestations et faire justice de quatre des auteurs d'un violent pamphlet publié contre le connétable : La France mourante.