‹ Le connétable de LuynesChapitre 3 sur 135 · Bentivoglio, cdit. cit. t, IV, p · texte numérisé non relu

Bentivoglio, cdit. cit. t, IV, p

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Ces considérations, à l'appui desquelles les preuves abondent dans la correspondance de Corsini, suffisent dès maintenant à caractériser la différence du point de vue où se sont placés les deux nonces successivement accrédités à la cour de France. M. Cousin nous a présenté le nonce Bentivoglio « ramené par le temps du côté du favori qui l'emporte et s'établit, » au point que ses dépêches sont devenues un témoignage des plus favorables au duc de Luynes. Le nonce Corsini, au contraire, est et restera le partisan de Richelieu, et l'adversaire non pas ouvert, mais décidé et actif, du ministre de Louis XIIL

Il nous appartient de rechercher si, en dépit de celte hostilité, le duc de Luynes, dont nous voulons envisager la conduite politique intérieure et extérieure au point de vue des intérêts français, sortira à son désavantage de la contre-épreuve qui nous est offerte dans des documents inspirés d'un autre esprit que les dépêches de Bentivoglio^ par le successeur de ce dernier, Corsini.

2^ Les ambassadeurs vénitiens a la cour de France, Anselmo Contarini,GirolamoPriuli et Giovanni Pesaro'.

— La finesse et l'esprit pénétrant des ambassadeurs de

I, Archives DE Venise. — ■ Senato sécréta. — A^' 53. Francia. Angiolo Contarini. Girolamo Priuli, Ambasciatori. — N^ 55. Francia 1621. Girolamo Priuli e Anselmo Contarini. Amb.

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Venise n'ont pas été pour M. Cousin d'un secours moins précieux que les renseignements de la nonciature apostolique ; nous avons dâ également puiser à cette source. Les collections des dépêches originales des ambassadeurs de Venise en France sont, comme on le sait, un trésor inestimable pour notre histoire; celles de ces dépêches qui concernent le duc de Luyncs n'ont pas trouvé place dans les recueils que M. de Mas-Latrie a fait copier aux Archives de Venise, et dont il a doté la Bibliothèque nationale. Nous comblons cette lacune pour le public en donnant, dans notre appendice, la copie ou l'analyse de celles de ces dépêches qui se rapportent à la dernière année du duc de Luynes.

La nature et l'importance des événements qui s'accomplissaient ou se préparaient en France et dans l'Europe entière en l'année 1620 avaient fait juger nécessaire au Sénat de Venise la présence de deux de ses hommes d'État les plus expérimentés auprès du roi Louis XIIL Les ambassadeurs Anselmo Contarini et Girolamo Priuli se trouvaient accrédités à la cour de France en même temps que le nonce Ottavio Corsini. Les Vénitiens et l'homme d'Église persojiniflent les tendances politiques absolument opposées du Sénat de Venise et de la Curie romaine. Celle-ci voulait en effet user toutes les forces de la monarchie fran-

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çalsc dans une guerre à outrance contre tes protestants, ce ijui eût été paralyser le gouvernement français vis-à-vis des dijjlcultés extérieures. Le Sénat de Venise ne cessait, au contraire, d'insister auprès de Louis XIII, dans les termes les plus pressants, pour qu'il remît à plus tard l'abaissement du parti protestant dans ses États, afin de pouvoir déployer toute l'énergie de ses efforts dans l'intérêt de l'équilibre européen et de la liberté italienne, menacés par les deux redoutables branches de la maison d'Autriche, déjà sur le point de s'unir par les passages des Alpes en Valteline. Ce n'était pas là non plus une politique exempte d'égoïsme ni d'une application qui fût sans danger,

Anselmo Contarini, Girolanw Priuli secondent avec une activité et une dextérité remarquables la politique extérieure du Sénat; ils pressent, avec insistance, Louis XIII et son gouvernement sur la question de la Valteline ; ils ont recours à tous les mo/ens d'influence, et circonviennent le duc de Luynes, autant par leurs attentions gracieuses que par leurs bonnes raisons; on les verra à l'œuvre dans notre récit. Leur correspondance, très-abondante, renseigne jour par jour le gouvernement vénitien sur l'état des esprits et sur la succession des événements politiques à la cour de Louis XIII. Mais l'air de la France réussit peu à nos diplomates; ils sollicitent successivement et obtiennent leur

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rappel à Venise, Giovanni Pesaro vicnl les reniplaccr. Esprit linioré, plein de précautions, animé d'un sentinunt religieux qui frise la superstition, ce nouvel envoyé suit, avec la même fidélité scrupuleuse que ses devanciers, la politique de Venise, très-hostile aux affaires du catholicisme politique, en France et en Europe. On ne peut négliger de se placer au point de vue où ils se sont mis euxmêmes pour apprécier, en connaissance de cause, ce qu'il a été donné de faire et ce qu'il na pas été permis d'acconiplir au duc de Luynes.

3° Le résident florentin Giovanni Battista Gondi'.

— L'histoire de la reine mère, Marie de Médicis, est un élément essentiel de celle de Louis XIH, et particulièrement à l'époque dont nous nous occupons, quels que soient les faits de politique extérieure ou de politique intérieure dont il s'agisse. Or, Marie de Médicis a, pour ainsi dire, ses annalistes attitrés dans les résidents florentins. Maiteo Bartolini était officiellement accrédité à la cour de France, lorsqueut lieu le bouleversement qui amena le duc de Luynes au pouvoir ; le Florentin éprouva le contre-coup de cette révolution: accusé, non sansfonde-

I. Archives de Florence. Lctlere di Gio. Dati^ Gondi résidente en Fr.vicij, d.il 1O2 i al i 62 r , FH^ia 403-], ancien XLvir.

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mcnl, de comploter contre le nouveau ministre, il reçut, par l'intermédiaire du clieratier du guet, l'ordre de quitter la France, et son hôtel fut mis au pillage (1618) ^ Mais si la

) , Nous croyojis devoir citer une pièce curieuse relative à ce fait. On en trouvera le texte à l'appendice; c'est la déposition officielle dhi)i témoin :

« Moi, Baccio Niccolini, ayant résidé à la cour du roi Très- Chrétien, à Paris, environ trente-quatre ans, je m'y trouvai lorsque M. Matteo Bartolini, résidant à ladite cour au nom du Sérénissime fcrand duc de Toscane, mon seigneur, reçut par le chevalier du guet, de la part du roi, l'ordre de partir de son royaume dans un très-bref délai, d'oii il s'ensuivit que, pour obéir, il fut forcé de s'en aller et délaisser à l'abandon toutes ses affaires en sa maison de Paris, da)is laquelle, peu après son départ, entrèrent des gens qui déménagèrent tous les meubles et provisions dont il lavait abondajnment fournie, à l'égal de n'i)nporte quel grand personnage, et plutôt en ambassadeur qu'en résidoit ; il y avait, en effet, un salon et deux chambres ornés de tapisseries de Flandre, dont l'une était d'une extraordinaire finesse ; puis beaucoup de lits bien garnis avec leurs draperies, un entre autres, de couleur orange et tout brodé, de grande valeur; du linge en grande quantité, du vin fin en prc' vi)>ion, du bois, du fronient, et autres objets de nécessité pour toute Vannée; le tout valait certainement plus de deux mille écus. Ces détails, je les sais, parce que j'allais ti es souvent cJie^ lui. Je sais aussi que le ch.v aller Camillo Guidi, qui, p2u de temps après, arriva à ladite cour de France, envoyé par le Sérénissime grand-duc, négocia d'une façon trè^-pressante, pour obtenir la restitution de tous ces objets, auprès des ministres du roi et d'autres personnes, et qu'il ne fut jamais possible de rien récupérer, pas plus d'ailleurs que ne put l'obtenir le même Bartolini, qua)id je le vis revenir en la même qualité de résident pour le Sérénissime grajid-duc, à la même cour ti es chrétienne

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cour de Florence ne réussit point à le faire réintégrer immédiatement dans ses fonctions, elle se dédommagea en envoyant auprès de Marie de Médicis un agent secret, Giovanni Ballista Gondi, dont les rapports presque journaliers sont conservés aux Archives de Florence. On ne s'attendra pas à trouver, dans un pareil correspondant, un témoin prévenu en faveur du duc de Luynes, auteur probable des vexations dont le résident Bartelini fut victime. Les dépêches de Gondi peuvent donc servir de contrôle pour redresser des appréciations trop avantageuses pour le duc de Luynes. Les petits faits de la cour, les intrigues des seigneurs, les projets et les actes de la reine mère sont du. ressort particulier de ses informations. Nous verrons naturellement se détacher, en maint endroit de ses pages, la figure de l'évêque de Luçon; et la confrontation de la correspondance de Gondi avec les Mémoires du cardinal fera peut-être jaillir la vérité sur plus d'un point de cette histoire restreinte dans les limites d'un temps très-borné, mais que les détails relatifs au grand honime qui s'y trouve si intimement mêlé suffiraient à rendre intéressante.

Et comme c'est la vérité, j'en ai écrit et signé de ma propre main la présoitc attestation, le i6 juin 1622, à Florence.

Baccio Niccolini.

Suit l'aiithentication d'un notaire public, Michel de Bandinis.

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En résumé, les diplomates dont nous venons d'indiquer le caraelère et la mission représentent à la cour de France des inlércls différents. Le nonce du pape est un ennemi du duc de Luynes et un adversaire de sa politique prudente à l'é^il^ard des protestants ; les ambassadeurs de Venise, sympathiques au ministre de Louis XIII, sont les partisans d'une politique d'action à l'extérieur du royaunte ; le résident florentin, plus particulièrement attaché au parti de la reine mère, nous met au courant des intrigues qui suivent jusqu'à son dernier jour les desseins et la puissance du duc de Luynes.

Qu'il nous soit permis maintenant d'indiquer au lecteur ce qui fait le caractère particulier de notre étude, et ce qui, en la distinguant de l'œuvre de M. Cousin, nous permettra d' échapper au reproche de n'avoir pas asse\douté de nous-même en entreprenant l'achèvement d'un travail laissé incomplet par le maître.

La dernière année seule du connétable de Luynes fait la matière de notre volume; un chapitre de politique extérieure relatif aux affaires de la Valteline s'écarte toutefois de ces limites en remontant dans le passé. Tel qu'il est, notre livre est conçu dans des proportions différentes de l'ouvrage de M. Cousin ; il est, pour l'époque plus restreinte qu'il embrasse, plus abondant, plus minutieux. On

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ne s'en étonnera point; car cette dernière année du duc de Lu/ ne s a un intérêt tout particulier pour l histoire ; elle nous montre le ministre de Louis XIII à l'apogée de sa puissance et de son bonheur, tombant victime, à la fin, de la fatalité plus que de ses fautes. La guerre contre les protestants du Midi, le siège de Montauban, la disgrâce des Jésuites, sont des événements intérieurs d'une grande portée; à l'extérieur, les révolutions de la Vallelinc, qui ne sont point entrées dans le cadre des études de M. Cousin, deviennent une a/faire véritablement européenne, à laquelle le gouvernement de Louis XIII espère avoir donné une solution en l'année 1621 . Tous ces épisodes, qui se tiennent entre eux, étudiés dans le menu détail, arrivent à prendre une importance que quelques historiens ont soupçonnée, sans la révéler entièrement ; nous nous sommes attaché à la mettre en relief.

Nous n'aurions pas la prétention, pour expliquer, par une autre considération, la différence de proportion entre notre travail et celui de M. Cousin, d'invoquer l'avantage d'avoir travaillé personnellement, à la source même, sur les documents manuscrits indiqués plus haut ; nous n'oserions point rappeler que la correspondance de Bentivoglio était imprimée, tandis que celle de Corsini est encore manuscrite, si le soin jaloux avec lequel nous avons désiré pro-

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duirc lotis les documcnls que les libéralilcs du Minislèrc de rinslruclion publique nous oui mis à même de recueillir, pendant deux missions en îlalie, notaient, en même temps que notre excuse, le seul titre de l'auteur à l'indulgence du public savant.

Nous avons pu ainsi reconstituer presque jour par jour riiistoire de celte année 162 1 . Les Mémoires contemporains sont, on en conviendra, nioins complets, moins exacts que ces relations journalières, qui entrent dans la trame de notre ouvrage, et dont les textes originaux se trouvent pour la plupart dans notre appendice. Ces documents diplomatiques portent en eux-mêmes les éléments d'un contrôle réciproque, en même temps que d'une critique certaine des écrits des contemporains ; nous avons essayé d'en tirer parti à ce point de vue. Les procédés d'une méthode minutieuse et détaillée dans le rapprochement des renseignements sont, à notre avis, les seuls dont l'histoire puisse tirer une lumière nouvelle dans l'ordre des faits de l'histoire moderne.

Appuyé sur des documents dont la valeur intrinsèque est incontestable, et qui, par la confrontation que l'on peut en faire, donnent encore plus de garanties à un jugement impartial, nous essayons donc d'aborder l'histoire de la dernière année du connétable de Luynes> Nos recherches

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personnelles nous ont convaincu de la sûreté d'appréciation avec laquelle M. Cousin s'est élevé au-dessus des préjugés qui ont fait du duc de Luynes un personnage inférieur et incapable, sinon funeste aux intérêts de la France. Nous serions heureux de pouvoir, en nous inspirant des procédés, de la méthode et de la perspicacité de notre illustre devancier, dans un ouvrage différent cependant par les proportions et par la disposition des matières, achever déplacer le premier en date des ministres de Louis XIII dans le vrai jour où il doit être envisagé par l'histoire.

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