LE SIEGE DE SAINT-JEAN-D ANGELY
La mort du roi d'Espagne. — Entrée de Louis XIII en campagne. — Sommations au duc de Soubise. — Siège de Saint- Jean. — La capitulation.
Ce fut une des fatalités de la campagne qui allait s^ouvrir que d'avoir été retardée par des nécessités de tout ordre et au dernier moment par un accident imprévu : la mort du roi d'Espagne, Philippe III. Cet événement jetait dans la famille royale un deuil qui suspendit Touverture des opérations de guerre. « La nouvelle arrivée ici samedi matin, de la mort du roi d'Espagne, dit l'ambassadeur de Venise, a apporté une vive douleur à Leurs Majestés très-chrétiennes, et à la reine, qui est plongée dans une affliction et un désespoir si profonds, que le roi lui-même s'est attendri devant
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un tel chagrin et a pleuré \ la reine a vraiment bien raison de se désoler ainsi, car son père lui fournissait continuellement tout ce qu^il savait que sa fille pouvait désirer pour son agrément ou sa commodité. Le roi, la reine mère et surtout M'"® de Luynes, ne cessent d'être autour d'elle pour la consoler et tâcher de la calmer * »
Cette tendresse réciproque du père et de la fille avait bien souvent empêché les différends des deux couronnes de prendre un caractère aigu. En serait-il de même sous le règne du frère d'Anne d'Autriche? Comme le doute à cet égard pouvait être permis, le gouvernement français se trouvait dans la nécessité de frapper d'une façon rapide et décisive sur ceux que Ton considérait non sans raison comme un appui de la politique espagnole à l'intérieur du royaume, les protestants. Louis XIII ne donna donc aux larmes que le temps exigé par les convenances, et partit de Fontainebleau le 18 avril, laissant en arrière les deux reines, son frère et Madame, qui célébrèrent dans cette résidence les funérailles du roi d'Espagne, le même jour qu'à Paris; cette cérémonie eut lieu le i^^ mai.
I. Amb. vén. Dép. n» 46, i3 avril 162 1*. Voir plus loin les conséquences de cet événement au point de vue de la politique étrangère.
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Louis XI il prit en route les sages précautions que commandaient les circonstances : il enleva le gouvernement du Béarn à M. de la Force pour le donner au marquis de Thémines, et il assigna la charge de capitaine des gardes, que celui ci quittait, à M. de Mauny *, le duc d'Épernon fut désigné pour le gouvernement de la Guienne. Dans le même temps, M. de Châtillon s'humiliait devant le roi et recevait de lui cent mille francs et l'expectative du brevet de maréchal. Bien que, au dire de Tambassadeur vénitien, « les choses de la religion n'en fussent point encore à la dernière extrémité ; car la faveur était récalcitrante au possible à la voie des armes, » c'étaient là des coups sensibles portés au parti protestant. « Tout ce pays, dit plus loin Tambassadeur, est maintenant mis en sûreté au regard des intérêts du roi, étant entouré de tous côtés par les forces rovales et sous des chefs etgouverneurs catholiques entièrement dépendants de la faveur et bons serviteurs de S. M. *. »
Le roi descendit rapidement par Orléans, Blois,
I. Amb. vén. Dép. n» 5o, 4 mai 1621. « Le cose délia religione non sono ancora ultimate... Ilfavore recalcitra al possibile la via delV armi... Onde hora quel paese e posto intieramcnte in sicuro per gV interessi del re essendo circondato da per tiitto dalle for^e régie e da capi e gov^ cattolici dipendenti dal /.> vore,e buo)'. serv"' di S. AP'^, »
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Amboise et Tours, jusqu'à Saumur, dont Du Plessis Mornay lui ouvrit les portes avant de se retirer à Montauban, ainsi que M. de la Forcée A Saumur commençait le théâtre des futures hostilités • c'est en effet dans le Poitou qu'allait opérer l'armée du roi, si ses dernières sommations n'étaient point écoutées 2.
Mais tout annonçait la guerre \ on ne voyait partout que levées d'hommes, troupes et approvisionnements en marche. M. de Rosny, fils du duc de Sully, et général de l'artillerie, reçut l'ordre d'envoyer sur le Poitou de grandes quantités de munitions de guerre et deux mille chevaux pour conduire l'artillerie, afin de battre la forteresse de Saint-Jeand'Angély. C'est là en effet que se préparait la pre-
1. Amb. vén. Dép. n" 56, 25 mai 1621 *. — Caumont, duc de la Force, avait échappé enfant au massacre de la Saint-Barthélémy. 11 avait été un des meilleurs officiers de Henri IV.
2. Consulter, pour l'histoire de la campagne, les opuscules suivants assez rares : Histoire journalière de tout ce qui s'est faict et passé en France depuis le départ du Roy de Fontainebleau le 26 avril 162 1 jusques à son retour à Paris. A Paris pour Joseph Bouillerot MDCXXII. Avec permission. (Bib. de rinstit. X. 465 A*.) — Relatioji véritable et journalière de tout ce qui s'est faict et passé en France et Pays estrangers depuis le départ du Roy de sa ville capitale de Paris jusqu^à présent. 1621-22. A Paris par Joseph Bouillerot, rite Vieil-Boucherie, à l'Escu de Bretagne près le pont Saint Michel. MDCXXII. Avec privilège. (Bib. de l'instit. X. 465 a**.)
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mière résistance sérieuse à la marche du roi. M. de Soubise venait de s'enfermer avec 3, 000 hommes d'infanterie et 3oo cavaliers dans les murs de cette ville et il en avait fait abattre les faubourgs pour défendre la place. La ville était sans munitions; un convoi de poudre, dirigé sur Saint-Jean par le duc de la Force, avait déjà été saisi par la cavalerie du roi que commandait M. d'Auriac.
Louis XIII montrait autant de décision et de fermeté dans ses paroles que dans ses actes. Il fit dire à M. de Soubise* que, puisqu'il ne venait point se soumettre au roi, il devait attendre pour le 3 juin le roi qui viendrait en personne avec vingt canons pour le saluer \ et il pouvait être sûr qu'à la première volée, il n'y aurait plus d'accommodement à espérer ; car Sa Majesté avait fermement résolu de ne plus pardonner à personne, et de procéder contre tous habitants et soldats comme contre ennemis et gens rebelles à sa couronne. Au roi d'Angleterre, qui invita le roi de France à ne point passer outre, sous prétexte qu'il s'agissait d'une affaire intéressant, non pas l'Etat, mais la religion, Louis XIII fit répondre qu'il voulait être obéi de ses sujets.
Une heureuse modification s'opérait alors dans le