‹ Le connétable de LuynesChapitre 29 sur 135 · I. Amb. tlor. Dép. du 26 tcvrier · texte numérisé non relu

I. Amb. tlor. Dép. du 26 tcvrier

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est assurément surprenant que Richelieu, qui met en avant tant de griefs, ne dise pas un mot de ce-* lui-ci dans ses Mémoires. On s'étonnera d'autant plus de son silence que Tévcque de Luçon se préoccupa vivement des avantages et des inconvénients que pouvait présenter, au point de vue des intérêts politiques de Marie de Médicis elle-même, la marche de la reine mère à la suite de Tarmée royale. C'est le résident florentin qui nous l'apprend : « L'évêque de Luçon, dit-il, à la date du 10 mars 1621% a fait tout ce qu'il a pu pour persuader la reine d'aller avec le roi, et ce n'est qu'en dernier lieu qu'il s'est décidé à travailler au contentement de la reine. » Dans une dépêche ultérieure, du 7 avril*, le résident dit encore : « Le bon évêque engage la reine mère à aller partout où ira l'autre reine *, et peut-être y réussira-t-il ; en somme, on vit toujours au milieu des mêmes défiances. »

Pourquoi le cardinal a-t-il cru devoir nous taire et l'incident lui-même, et les raisons qu'il donna certainement à l'appui de la détermination qu'il conseillait. Il savait bien que si le gouvernement se décidait à laisser la reine mère derrière lui, des précautions seraient prises pour l'empêcher de s'engager dans des intrigues hostiles au connétable. Aussi paraissait-il préférable à l'évêque de Luçon que Ma-

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rie de Médicis pût détourner par sa présence et par sa soumission jusqu'à l'ombre des soupçons, et qu'elle se tînt en même temps à la portée du roi ; elle pourrait ainsi profiter d'une occasion favorable, que les événements lui fourniraient peut-être, afin de ressaisir sur son fils un ascendant depuis longtemps perdu. L'avis était politique et le conseiller de la reine mère le donna. Mais l'auteur des Mémoires l'oublie à dessein; la raison d'État, qu'il n'est point homme à méconnaître, était, dans toute cette affaire, du côté du connétable de Luynes, et celui-ci sut, d'autre part, entourer ce que les nécessités politiques avaient de dur pour la reine mère, de toutes les atténuations compatibles avec la sûreté du royaume. Richelieu le savait; mais un pareil aveu eût compromis l'échafaudage de ses accusations.

Le gouvernement céda, c'est là un fait certain, aux instances de la reine mère. L'ambassadeur florentin le dit dans les termes suivants : « La reine mère a, en fin de compte, atteint son but, qui est de rester à Paris. Le roi a reçu le conseil , particulièrement du cardinal de Retz et du père Arnoux, de donner à la reine cette satisfaction, afin de ne point la jeter dans des mécontentements encore plus graves que ceux qu'elle a éprouvés jusqu'à présent. Elle reste donc à Paris, et quand le roi sera sur le

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point d'entreprendre un long voyage, elle ira jusqu'à Saint-Germain pour lui dire adieu. La reine a eu cette résolution à cœur, non point tant pour éviter les incommodités du voyage que pour montrer au monde qu'elle jouit d'une entière liberté. Pour faciliter les choses, elle n'a rien négligé de ce qui peut faire toucher du doigt que son séjour à Paris ne saurait en rien porter préjudice à sa bonne réconciliation avec le roi, et cela parce qu'elle ne le peut et qu'elle le veut encore moins. Ainsi la satisfaction que la reine tient à avoir vis-à-vis du monde, ne lui est point refusée. »

La reine mère obtint donc l'autorisation de rester à Paris si bon lui semblait. On ne saurait blâmer le gouvernement, cette concession faite, de n'avoir point abandonné à Marie de Médicis ce qui était au fond l'objet véritable de ses désirs, le gouvernement de la capitale. Le commandement de Paris et de l'Ile-de-France fut maintenu entre les mains du duc de Montbazon, beau-père du connétable \ et le duc de Luxembourg, frère de ce dernier, dut rester à Paris, par surcroît de précaution. Cet arrangement ne paraît point avoir satisfait Marie de Médicis. Libre de rester à Paris, elle ne tarde point à se sentir prise du goût de voyager. M Sans doute, elle ne voudrait point, dit Tambas-

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sadeur florentin, s^exposer aux inconvénients qu'il y aurait à suivre le roi, et aimerait mieux rester en repos dans Paris. Mais ce dernier parti n'agrée peut-être point \ en outre, on laisse à Paris, avec une partie du conseil, le duc d'Anjou dont le gouvernement aime à la voir aussi éloignée que possible. Aussi demande-t-elle maintenant à aller résider à Angers, jusqu'à ce que le roi soit de retour de la guerre. Elle compte profiter de ce voyage pour mettre en ordre les affaires de son gouvernement. Il est donc question de la laisser ainsi que la jeune reine à Tours ou à Poitiers, m

Nous voulons bien que ces demandes contradictoires, cette préoccupation d'aller chercher dans son gouvernement d'Anjou une situation prépondérante qui lui était refusée à Paris, fussent inspirées à Marie de Médicis par le sentiment de sa dignité, et non par l'intention de se compromettre dans de nouveaux troubles. 11 n'en est pas moins vrai que ce manège n'était pas de nature à rassurer d'une manière absolue un gouvernement qui trouvait la plus grande partie de sa force dans la défiance et dans les ménagements.

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