‹ Le connétable de LuynesChapitre 40 sur 135 · Amb. flor. Dcp. du i3 avril · texte numérisé non relu

Amb. flor. Dcp. du i3 avril

Opérations militaires. 89

froids; car on était mécontent du choix de ce personnage et encore plus de la négligence , commise par le Saint-Siège, qui n'avait point donné en temps opportun notification de la nomination du nouveau nonce. Le clergé montra peu d'empressement à satisfaire le roi ; l'archevêque de Lyon et d'autres députés de l'assemblée vinrent lui donner dans son camp de Clérac une première réponse évasive : « Le clergé ne demandait pas mieux que de contribuer, mais il n'avait pas de pouvoirs suffisants ^ » Lorsqu'elle eut reçu ces pouvoirs, l'assemblée, au lieu d'un million, offrit 400,000 écus. Le roi, qui avait, au commencement de l'année, exigé des officiers de justice d'assez lourds sacrifices, n'était- pas disposé à reculer devant ces tergiversations du clergé. Le gouvernement menaça les prélats d'une aliénation des biens de l'Église, et ouvrit des négociations à ce sujet avec le Saint-Siège. Les évêques réfléchirent. L'archevêque de Lyon, M^Me Marquemont^, prélat libéral et très-versé dans la politique de la cour romaine, où il passa la plus grande partie de son existence, argumenta solide-

1. Cors. Dép. du 27 juillet 1621, datée de Clérac. T. 1, p. 289.

2. Voir le rôle de M. de Marquemont dans la partie du présent volume qui traite de la politique extérieure.

go Le siège de Montauban.

ment contre le projet du gouvernement ; il représenta que, depuis Charles IX, on avait eu recours neuf fois à des aliénations des biens de TEglise, en sorte qu'elle avait été dépouillée d'un tiers de ses domaines. Il démontra que la perte de nombreuses juridictions, qui résultait de ces aliénations, nuisait sensiblement à Pautorité et à la dignité de P Église de France. Marquemont parlait en bon prêtre, et il agit en politique adroit, lorsqu'il fit suggérer au pape, qui fulminait contre le projet d'aliénation, l'idée d'écrire un bref pour engager l'assemblée à voter la somme demandée. En fin de compte, le clergé, après avoir élevé son offre à la somme de 800,000 écus, paya le million non sans que ses exigences devinssent encore plus pressantes relativement à la direction de la guerre *.

Le clergé, avec une clairvoyance intéressée, mais remarquable, voulait, suivant Richelieu, consacrer ses deniers au siège de la Rochelle. Le gouverne-

I. Cors. Dép. du 6 août 1621, datée de Glérac. T. I, p. 293. — Agucch. Dép. du 10 juillet. — Merc. fr., t. VIII, p. 118, donne le discours de l'archevêque de Rennes au roi, en lui offrant le don d'un million; beaucoup moins détaillé pour les délibérations que l'amb. tior. et le nonce. — Cors, Dép. du 19 octobre 1621 : « Deux députés du clergé sont venus, il y a deux jours, annoncer au roi que leur ordre accordait un subside d'un million. »

Opérations militaires. 91

ment aurait agi prudemincnt en concentrant vers ce but toutes les ressources dont il disposait. Mais, encouragé par une série de succès, le connétable voulut aller trop vite. On résolut de masquer simplement la grande forteresse du protestantisme, et le duc d'Epernon, qui avait été chaudement recommandé par la reine mère à Louis XIII, dans leur dernière entrevue, fut chargé de cette opération militaire; comme on lui enleva des troupes, il ne put continuer ses attaques contre la place avec la vigueur qu^il avait déployée. Le colonel-général fut cependant assez heureux pour jeter l'inquiétude dans la ville, et pour y détermmer la formation de deux partis^ Tun décidé à se défendre énergiquement, et l'autre résigné à la soumission *. Le gouvernement ne sut point profiter, à Taide d'une démonstration militaire plus sérieuse, de ces circonstances favorables. On courut en Guyenne où le duc de Rohan et M. de La Force, revenus d'un découragement momentané, « soulevaient tout ce qu'ils pouvaient contre le service du roi. » (Richelieu).

La résistance énergique de la petite ville de Clérac, sur le Lot, fut un des premiers signes des dif-

I. Amb. vén. Dép. n° 69, i3 juillet 1621. — Dép. n» 74 27 juillet 1621.

92 Le siège de Montauban.

ficultés nouvelles, contre lesquelles allait se heurter l'armée royale. « L'opiniâtreté que le roi a rencontrée chez les habitants de Clérac a été, disait l'ambassadeur vénitien, comme un écueil qui a arrêté quelque temps le cours prospère de sa navigation * . » Au premier assaut, qui fut donné le 23 juillet, M. de Thermes, maréchal de camp, frère du grand écuyer, était tué. La mort commençait à frapper des coups sensibles autour du roi. Peu de temps auparavant, le belliqueux cardinal de Guise était mort à Saintes d'une fièvre maligne, prêchant la guerre sainte à son lit de mort ^. Bientôt disparut

1. Amb. vén. Dép. n" 76, 3 août 1621. « La dure^^achlia ritrovato il Re negli habitanti di Clerach estât a, per dir cusi, uno scoglio cW ha fcrmato alquanto il prospéra camino délia sua navigatione. »

Le registre des dépêches de l'ambassadeur porte ensuite cette mention: u Qui mancano i dispacci dal 4 Agosto a tiitto 5 settembre. » Cette lacune porte heureusement sur un mois pendant lequel l'importance des événements politiques et militaires est moindre que pendant les mois qui précèdent ou qui suivent. Le nonce du pape, l'ambassadeur florentin, Bassompierre et Richelieu, en se complétant l'un l'autre, nous donnent avec détail la suite des événements.

2. Merc.fr., t. VII, p. 670. Gard, de Guise, décédé à Saintes pendant le siège de Saint-Jean-d'Angély. Il était cardinal, mais simplement diacre; esprit plus porté à l'exercice des armes qu'à celui des lettres. On connaît la violence de son animosité contre le duc de Nevers. — Les larmes de la cour sur le tuespas DU TRES Illustre cardinal de Guise au camp Roval de Sa

opérations militaires. 93

aussi le garde des sceaux du Vair, esprit tolérant et religieux dans le vrai sens du mot i, et en qui le roi perdait un serviteur de meilleur conseil que ne Tavait été le cardinal de Guise. Le garde des sceaux était le seul qui eût parfois le courage de mettre le doigt sur la plaie qui dévorait le royaume, le gaspillage des finances et les prodigalités du roi 2.

Ce dernier événement eut une conséquence à laquelle on ne s'attendait pas. Le connétable ajouta

Majesté (à Par/5 che:^ Nicolas Alexandre, demeurant rue Boute - Brie, 162 1. (Bib. Inst. X. 466 '*', n» 12.) Ecrit apologétique de sa valeur et de son animosité contre les protestants. « A ses derniers moments il se tourna vers monseigneur le duc de Chevreuse etluy dist: «Mon frère souvenez-vous d'asseurer le repos de mon âme. » (P. 12.)

1. Cors. Dép. du 6 août 162 1, p. 400 : « E morto il guarda sigilli, persona di gran rettitudine morale, e di conosciute lettere, ma non affettionato agli interessi délia sede apostolica. » Richelieu, qui juge avec tant de hauteur les hommes et les choses, a inséré sur ce personnage, dans une page de ses Mémoires, un éloge qui suffit à sa gloire, p. 243. — Merc.fr,, t. VII, p. 653. « Il meurt à Tonneins d'une fièvre continue pendant le siège de Clérac, le 3 août. Son testament, imprimé, est curieux : il proteste qu'il veut mourir en catholique, mais « il emportait dans le tombeau le regret de voir que la réformation de l'Église de Dieu et l'édification des peuples étaient empêchées par l'avarice et l'ambition de ceux qui avaient plus d'obli gation à la promouvoir. »

2. Voir, à ce propos, la curieuse dép. de l'amb. flor. du 26 fèi^rier 162 1 *.

g4 Le siège de Montaiiban.

la garde des sceaux à ses autres charges. Richelieu est sans pitié pour cet acte : « Il s'amusait, dit-il, à sceller pendant que les autres étaient aux mains. Ce qui fit dire à monsieur le Prince que si on voulait distinguer le temps, il était propre à toutes les charges -, bon garde des sceaux en temps de guerre et connétable en temps de paix. » Ces mots sont vifs et spirituels, mais ils viennent de deux ennemis. Le futur cardinal de la Rochelle ne devait-il pas un jour causer au monde un étonnement non moins grand que le connétable, dans la circonstance présente, lorsqu'il déposa son bréviaire pour se montrer un Quinte-Gurce à la main? Nous Tavons déjà dit, Luynes était un politique plutôt qu'un militaire; les fonction-s du garde des sceaux, par les mains de qui passait- toute la correspondance du gouvernement, et qui conduisait dans le détail les négociations de tout ordre à l'intérieur et à l'extérieur, avaient une importance exceptionnelle au point où l'on en était. Luynes avait à faire face à une situation qui se compliquait au dehors; à l'intérieur, il n'avait pas encore perdu tout espoir de résoudre par composition les difficultés qu'il sentait devenir plus graves. Il ne pouvait faire entrer au conseil, dans la situation élevée qui se trouvait vacante, qu'un homme dont il fût sûr et qui partageât ses

Opératiom militaires. 95

idées. Or il était entouré de pièges. La constance de la fortune à son égard, sans s'être encore démentie, paraissait déjà ébranlée par quelque vent douteux; le connétable de Luynes crut pouvoir Tcnchaîner en concentrant dans ses mains tous les ressorts du gouvernement.

Clérac pris et puni, on se décida malheureusement à attaquer Montauban*. Le siège célèbre de cette place dura depuis le 17 aoîjt, jour de rinvestissement, jusqu'au 10 novembre, près de trois mois. La ville était admirablement défendue par sa position sur une éminence de la rive droite du Tarn et par les faubourgs avancés de la Ville- Bourbon sur la rive gauche au S. O.*, du Moustier sur la rive droite au S. E., 'près du ruisseau du Tescou, et de la Ville-Nouvelle sur la rive droite, au N. O. Tous ces points étaient solidement fortifiés. Louis XIII établit son quartier général à Picacos^, château situé sur une hauteur au

1. V. outre Bassompierre, Richelieu et le P. GriflFet : Histoire

PARTICULIÈRE DES PLUS MEMORABLES CHOSES Q.UI SE SONT PASSÉES AU SIEGE DE MONTAUBAN, DR^ SSÉE EiN FOHME DE JOURNAL, PAR JOLY.

2. Amb. vén. Dép. n» 8G. 7 sept. 1621. « Sta tuttavia là Mta Sua a Picacos castello situato sopra reininen:^a d'un colle da qiiale scuopi e molto beiie tutto il suo essercito et con un ochiale ben spesso va riguardando le fattioni che seguono corne se vi fosse présente . » — L'indication nouvelle pour les dépêches à

g6 Le siège de Montaiiban.

nord de la ville, et d'où il pouvait, à Taide d'une longue-vue, se rendre compte de tout ce qui se passait dans les différents quartiers de son armée. Les principaux points d'attaque furent répartis entre le connétable établi en face de la Ville-Nouvelle, le duc du Maine, en face delà Ville-Bourbon, et le prince de Joinville, en face du Moustier. Les maréchaux de France furent placés sous le commandement de ces chefs. La partie N. E. de la place ne fut pas investie et Ton négligea, malgré les sages avis du maréchal de Lesdiguières, de couvrir ce point faible de la ligne d'attaque par des fortifications volantes, et de protéger les différents corps de l'armée royale par des retranchements élevés du côté de la campagne-, .ces précautions élémentaires auraient eu pour effet de gêner les approches d'une armée de secours que le duc de Rohan recrutait parmi les montagnards des Gévennes. Toute l'histoire du siège de Montauban s'explique par cette considération. Des prodiges de valeur furent accomplis dans l'attaque et dans la défense ; mais lorsque, après de longs travaux d'approche et de cruelles pertes, on put espérer de battre en brèche les fortifications mêmes de la ville, l'arrivée du duc

partir du n» 83, est celle-ci : Senato-Secreta , n° 56, P'rancia

l62Ij GiROLAMO PrIULI AMB. I".

opérai ions militaires. 97

de Kohan,qui n'avait cesse de ravitailler la place, devait jeter le désordre dans les quartiers de Tarmée royale et remplir la ville de nouveaux combattants animés par la victoire.

L'honneur de la défense appartient à M. de Massé, gentilhomme béarnais qui avait été au service de la Savoie * et qui fut tué d'un coup de canon avant d'avoir vu le succès de la résistance qu'il avait conduite avec une valeur et une habileté dignes d'une cause moins contestable, M. de La Force, qui était dans la place, s'occupa plus de négocier que de combattre; il fit en cela comme le connétable de Luynes ; et nous ne croyons pas que, en face des maux de cette guerre civile, il soit équitable d'en faire un reproche à l'un plus qu'à l'autre de ces deux chefs des partis opposés.

Dès le début, les maladies se mirent dans l'armée du roi et se répandirent dans tous les environs ; quatre cents hommes périrent en quelques jours. Monsieur, frère da roi^ qui donnait alors de grandes espérances, et dont l'ambassadeur vénitien vante Tamabilité et la vivacité d'esprit, fut un des premiers atteints, et son cas parut pendant quelques jours désespéré'^. On défendit au roi de L*

Page 1