Cette forme de justice est de temps immémorial usitée
L'affaire de la Valtclinc. lÔg
ment que contre la faction espagnole qu'elle avait pour but d'anéantir ^ Furent cités à comparaître Pompeo et Ridolfo Pianta, Giovan Antonio Giover da Calenca, Luca di Monte et Tévêque de Coire qui, dix ans auparavant avait été rétabli dans son évêché, après une longue persécution. Sachant d'avance quelle serait Tissue du jugement, ces inculpés se retirèrent en lieu sûr. L'évêque n'en fut pas moins condamné à l'exil et les autres à une mort ignominieuse. Mais Jean-Baptiste de Provast, dit le Zamber et Niccolo Rusca, archiprêtre de Sondrio ^, tombèrent entre les mains de la justice de leurs adversaires. Le premier fut décapité et le second mourut dans les tourments.
Les catholiques, qui étaient nombreux, surtout en Valteline, réclamèrent auprès des Trois Ligues. N'étant pas écoutés, les Valteiins se révoltèrent, chassèrent les Grisons et appelèrent à leur secours
parmy eux, en laquelle je trouve ce seul défaut, que ceux qui ont l'autorité en main, eslisent des juges à leur dévotion, qui traitent [rudement ceux de la faction contraire et espargnent leurs amis. » Réplique de M. de Bassompierre à la harangue de Don Baltha:{ar de Zuniga. — Ambassade deBassomp. en Espagne. Cologne, Pierre du Marteau 1678.
I. Bassomp. {Ibid) fait observer qu'il n'y eut point « oppression de religion. » L'archiprctre ne fut condamné que pour avoir fait un voyage à Milan et longuement conféré avec le gouverneur. Les autres furent punis pour des motifs analogues.
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les Espagnols. Le duc de Feria, nouveau gouverneur de Milan, poursuivait avec plus d'audace et encore moins de scrupules que ses prédécesseurs la même politique. Il fit occuper par ses troupes tous les points stratégiques des rives de TAdda jusqu'à sa source, Morbegno, Sondrio, Tirano, Bormio, et s'empara également du Val de Çhiavenne (juillet 162 1). La Valteline devenait province espagnole. L'Europe et la Valteline elle-même pouvaient-elles sanctionner cette prise de possession ? Telle était la question qui allait, pendant de longues années, être posée d'une manière inquiétante pour la paix générale.
La responsabilité des faits qui avaient produit cette complication européenne pèse lourdement sur la politique insouciante et débile du maréchal d'Ancre. Le nouveau ministère avait à réparer de grandes fautes, et il ne pouvait avoir recours qu'à une action diplomatique ; nous devons montrer ce qu'elle fut, en remontant le cours des événements précédents.
Dans une question de cette nature,, la solution des principales difficultés devait être cherchée surtout à Rome, auprès du saint- siège, médiateur influent dans les affaires de l'Europe
L'affaire de la Valteline. lôi
et dans celles de Tltalie en particulier. S'il est vrai que du choix heureux des agents à rétranger dépend en grande partie le succès des desseins politiques d'une puissance, on ne saurait "nier que les ministres de Louis XIII aient mis la main sur l'homme qui convenait le mieux aux délicates fonctions de représentant du roi auprès du pape Paul V. On se défiait avec raison des hommes d'épée , dont les hautaines susceptibilités et les brusques façons, en matière de négociations, apportaient souvent de fâcheux obstacles à la conduite prudente des affaires. La science du droit et des choses ecclésiastiques recommandait particulièrement, dans les circonstances présentes, l'archevêque de Lyon, Denys Simon de Marquemont *,
I. La volumineuse correspondance du cardinal de Marquemont a été utilisée, sous forme d'extraits bien incomplets, dans le recueil d'Aubéry. Elle mériterait l'honneur d'une publication intégrale. Le nombre des copies qui en existent témoignerait à lui seul de son importance : il en existe, à notre connaissance, un exemplaire mss. à la Bibliothèque municipale d'Amiens, deux autres aux Archives des affaires étrangères, un quatrième à- la Bibliothèque nationale. C'est à ce dernier, qui a été dépouillé par nous, que nous renvoyons dans nos indications en note. Il est intitulé : Lettres de messire Denis Simon, archevesque de Lyon, cardinal de Marquemont, écrites au roy et à M. de Puisieux, secrétaire d'État, pendant son ambassade à Rome, depuis le mois de juin lôij, jusqu'au mois d'avril i6 ig. » Col. Brienne, n» 35'2. 2 vol. in-fol.
102 V affaire de la Valteline.
ancien auditeur de rote, élève des cardinaux d'Ossat et Du Perron, et désigné par Henri IV pour servir les intérêts de la France en cour de Rome. Il reçut cette charge en 1617, à titre d'agent diplomatique, faisant fonction d'ambassadeur, et il s'en acquitta avec un talent remarquable et une clairvoyance parfaite. Profondément dévoué aux intérêts de la France, il sut, par sa fermeté à Tégard du Saint- Siège, commander le respect à la cour de Rome, en même temps que son inviolable attachement aux prérogatives de TÉglise en matière religieuse dont naît à son caractère le relief d'une haute et sage indépendance vis-à-vis du gouvernement français. La correspondance diplomatique inédite de ce personnage, au milieu de laquelle se trouvent intercalées les dépêches du gouvernement, nous paraît être au nombre des documents inédits les plus curieux de cette partie de notre histoire qui demande encore tant d'éclaircissements.
Aux premières nouvelles des troubles survenus chez les Grisons, le roi, et sous cette fiction nominale nous avons affaire à l'action des ministres et tout au moins à l'inspiration du duc de Luynes, caractérisait avec netteté sa politique dans les termes suivants d'une dépêche adressée à l'archevêque de Lyon :
L'affaire de la Valteline, jG3
u Mon ambassadeur aux Grisons m'a fait connoîtrc le péril auquel est réduit l'évéquc de Coire par les factions suscitées audit pays et par la malignité des ministres... J'ay commencé à faire et continueray à prendre sa personne et la religion en ma protection*. »
La ligne de conduite politique du gouvernement est bien indiquée : le roi prend sous sa protection les personnes et la religion ; il réserve les intérêts politiques en question. Dans une dépêche d'une portéeplus étendue, le secrétaire d'Etat des affaires étrangères, envisageant Tétat général de l'Europe, si profondément troublée en 1618, au moment où s'ouvre la guerre de Trente ans, définissait avec élévation le rôle de conciliation et de haute impartialité internationale que la France a souvent pris, non sans grandeur, aux heures d'affaiblissement et de crise intérieure.
« S. M., écrit M. de Puisyeulx à l'archevêque de Lyon, ne cherche querelle avec personne. Vous voyet^ vlutost qu'elle met la paix où elle peut. Elle depesche encore extraordinairement en Hollande pour les divisions qui sont parmy les estats des Provinces- Unies pour empescher le progrès d'icelles. Le feu roy a estably cette nouvelle respublique. S. M. ne la veult laisser dépérir
« Le roy d'Espagne et le roy de Bohême avec l'Empereur qui sont les principaux de la maison d'Autriche, ont de quoy maintenant s'occuper du costé de Bohême sur les