‹ Le connétable de LuynesChapitre 66 sur 135 · I. Dép. de M. au R., 16 déc. 1618, n» 286, t. 1 1, p · texte numérisé non relu

I. Dép. de M. au R., 16 déc. 1618, n» 286, t. 1 1, p

i68 V affaire de la Valteline.

pagne, obtenir du souverain pontife un pareil désaveu et de semblables engagements.

Les ministres français n'avaient pas seulement à compter avec l'Espagne , adversaire déclarée, mais avec Venise, alliée peu scrupuleuse. Ces Vénitiens M sont gens tout à eux, peu mémoratifs des bienfaits où il est question de leur proffit *, » disait avec esprit le ministre des affaires étrangères. En même temps qu'ils faisaient justice sommaire des Français plus ou moins sérieusement compromis dans cette fameuse conjuration de Venise (1618), ramenée à ses véritables proportions par Léopold Ranke^, ils semaient à pleines mains Targent chez les Grisons, pour les amener à une alliance que ceux-ci repoussaient, et qui était contraire à la politique, aux intérêts de la France et aux intentions de son gouvernement ^.

1. Dép. de Puis, à M., 1 1 sept. 1618, n° 266, t. 11, p. 261.

2. « Geste dernière exécution d'aucuns pauvres françois qui ne l'avoient nullement méritté par l'information qu'en avons eue de bon lieu ; cela nous fera sages avec eux et cognoistre pour telz qu'ils sont. » (Dép. de Puis, à M., 4 juill. 1618, n« 223, t. 1 1, p. 164.) — Puisieux se plaint aussi du « rigoureux traitement fait à aucuns de nos François à Venise, et de ce qu'ils font au pays des Grisons au désavantage de la religion catholique, du service et alliance de S. M. » (Dép. de Puis, à M., 11 sept. 1618, n» 256, t. II, fol. 25i.) Cf. St-Réal : Conjuration de Venise. — Léop, Ranke, Die Verschworung gegen Venedig. Berlin.

3. <c Le pape a fait faire des représentations aux Vénitiens,

L'affaire de la V^alteline, 169

On conçoit les difficultés que rencontraient les ministres de 'Louis XIII, dont la politique se trouvait aux prises à la fois avec les amis et avec les ennemis de la France. Ils étaient obligés de ménager des alliés qui les embarrassaient ou les contrecarraient. L'archevcque de Lyon essaya de trouver dans le Saint-Siège un médiateur. Mais « le naturel de sa Béatitude n'étant porté, suivant l'expression de M. de Marquemont , ni aux brouilleries, ni à la guerre, ni à tirer de l'argent de sa bourse*, » il était difficile de faire prendre au pape Paul V une attitude suffisamment énergique pour produire quelque effet. Le Saint-Père inclinait vers une intervention simultanée de la France et de l'Espagne en Valteline. Par là il évitait de se compromettre^ il ne prêta donc qu'une oreille distraite aux ouvertures qui lui furent faites par les Valtelins eux-mêmes pour se charger de l'occupation militaire du pays qui faisait l'objet du litige. Dès cette époque cependant, cette éventualité put

bien que les Grisons prétendent qu'ils ne veulent non plus l'alliance des Vénitiens que d'autres princes. Mais toutes ces tragédies se jouent à la sollicitation desdits Vénitiens et par le moyen de leur argent qu'on dit se répandre très abondam^ ment parmi cette barbare populace. » (Dép.deM. au R., iGdéc. 1618, n» 286, t. II, fol. 329.) I. Dép. de M., i5 janv. 1619, fol. 374.

lyo L affaire de la Valteline.

être envisagée comme une solution possible du différend.

Pendant l'année 1619, les agitations continuèrent dans le pays des Grisons ; les envoyés du roi de France ne réussirent point à concilier les factions opposées. C'est alors qu'eut lieu, à Tinstigation des bannis du pays des Grisons, cette prise de possession de la Valteline par le duc de Feria, qui, en se couvrant du manteau de la religion, ne faisait, suivant le mot pittoresque de Bassompierre,qu'endos- « ser une cape vieillie et usée à travers les trous de laquelle on voyait clairement son ambition*. »

Le gouvernement français ne pouvait se dispenser d'intervenir ; il le fit sans tarder. Le. duc de Luynes, dès le commencement de Tannée 1621, prit les dispositions nécessaires pour agir d'une manière efficace par la voie diplomatique. On sait trop quels étaient les dangers dont la [monarchie était menacée à l'intérieur, pour reprocher au chef du gouvernement de n'avoir point pris l'initiative d'une action militaire au dehors. Les ministres de Louis XIII se placèrent donc sur le terrain des négociations, pour détruire l'œuvre accomplie par la violence en Valteline. L'ambassade en Angle-

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