EMBARRAS INTERIEURS ET PREPARATIFS DE GUERRE
Le roi et le Parlement. — Le duc de Luynes et la reine mère.
— Ambassade du m»^ de Cadenet en Angleterre. — Pourparlers avec les protestants. — Apprêts belliqueux des deux parts.
— Intervention du m*^ de Lesdiguières.
La question politique et religieuse, bien que brûlante, ne fut point la première difficulté en face de laquelle se trouva le gouvernement de Louis XIII au retour des chevauchées royales dans le midi et dans le nord. Le Parlement de Paris était en pleine rébellion. Au mois de décembre de Tannée 1620, Louis XIII, afin de pourvoir aux dépenses extraordinaires que nécessitait le rétablissement de Tordre dans son royaume, avait profité de Texpiration d^un des termes de la Paulette pour mettre
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à des conditions plus onéreuses que par le passé, le renouvellement du privilège qu'avait constitué, <în faveur de la magistrature, le fameux édit de Henri IV relatif à la transmission héréditaire des charges. Louis XIII prolongea la durée de la Paulette, mais il décida que tous ceux qui en bénéficiaient seraient tenus de payer par anticipation cinq annuités du droit qu'ils devaient au fisc pour le maintien de leurs privilèges. Le Parlement, poussé par un intérêt égoïste, protesta dans un arrêt qui fut rendu, toutes les chambres étant assemblées, le i5 décembre 1620.
Louis XIII ne pouvait tolérer dans son Etat qu'un pouvoir public se mît formellement en opposition
avec son autorité. Le Parlement reçut donc Tordre
de lui transmettre l'original de l'arrêt qu'il avait rendu et qui fut cassé par le conseil d'État. Cette énergique décision, inspirée par le duc de Luynes, fit tomber le courage de la compagnie. Elle demanda avec une certaine timidité que le roi voulût bien autoriser les chambres à se réunir, comme c'était l'usage, en cas de suppression d'un arrêt sur les registres. Le roi acquiesça à cette demande, et les magistrats^ s'enhardissant, ne mirent à profit l'autorisation du roi que pour ne s'arrêter à aucune résolution. Louis XIII n'entendait pas qu'une as-
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semblée de toutes les chambres de la cour se perpétuât, sans rien décider relativement à Tobjet déterminé pour laquelle elle était réunie. Il menaça de se rendre en personne au palais de justice pour faire déchirer d'autorité Timprudent arrêt de la cour et il publia un édit qui interdisait aux chambres du Parlement de se réunir, sans une permission expresse du roi et une convocation spéciale du premier président et du procureur général.
Décidé à ne pas plus admettre les empiétements d'une réunion de parlementaires quMl ne voulait, dans un autre ordre d'idées, se résigner aux usurpations de pouvoir de l'assemblée des huguenots réunie à la Rochelle, le gouvernement qui avait pour chef le duc de Luynes garda, pour les intérêts des personnes, ces ménagements devant lesquels on a vu souvent céder les résistances des corps constitués. On excepta les officiers de judicature de l'obligation, qui fut alors exclusivement imposée aux officiers de finances, d'avoir à verser cinq années d'anticipation sur le droit delà Paulette. Grâce à ces bons procédés, le Parlement rentra dans le devoir. Louis XIII se fit apporter les registres de la cour, lacéra de sa propre main l'arrêt incriminé, et y fit insérer, sous ses yeux, celui qui avait été rendu en sens contraire par le conseil
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d^État. Ainsi fut étouffée dans son gcnne une tentative qui n'était pas sans danger pour la couronne, comme le prouva la Fronde trente ans plus tard. Ainsi que le dit spirituellement le résident florentin : « Le roi avait eu son compte extérieurement, et ceux du Parlement le leur intérieurement*. »
Fort habile dans Tart de lasser ou de fléchir les résistances, le duc de Luîmes ne réussissait cependant qu'imparfaitement à mieux disposer en sa faveur Tesprit de la reine mère. Sans doute Marie de Médicis avait du s'incliner devant le prestige dont une série non interrompue de succès pendant Tannée 1620 avait entouré le premier ministre de Louis XI IL Elle s'associa aux démonstrations flatteuses qui accueillirent le retour du roi et du duc de Luynes à Paris ; précédemment plusieurs visites de la reine mère à la nouvelle accouchée, Madame de Luynes, avaient préparé cette réconciliation apparente; mais en réalité, Marie de Mér dicisne désarmait pas. Sa susceptibilité vindicative trouva dans un fait insignifiant Toccasion de se manifester de nouveau.
Vers la fin du mois de janvier, le duc de Luynes
I. Bentivoglio, dcp. du iG et du 3o dc'c. 1G20. — Lettcre deî sig. Gio. Battista Gondi, 1G21-24. Arch. de Florence. Filza n» 4Û37. Dcp. des 19 janvier et 3i janvier 1G21 *.
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fit jouer la comédie italienne dans son appartement. La reine mère vint assister à la première représentation. Il faut convenir que le choix de la comédie n'était pas heureux : il s\igissait d'une princesse qui avait été dans une situation éminente et qui était tonibée dans une grande misère. La reine mère vit dans ce thème banal une allusion expressément dirigée contre elle-même, et le lendemain elle se rendit chez le roi et se plaignit avec des larmes abondantes de Tinjure qui lui avait été faite. Elle ajouta qu'elle aurait fait un éclat, si elle n'avait craint de déplaire au roi dans la personne de son ministre. Ce qui envenimait encore un dépit qui n'était pas d'ailleurs sans raison, c'est que le sieur Ruccellaï, l'ennemi personnel de la reine, avait été l'organisateur de la fête. Marie de Médicis s'indigna avec une extrême violence de cet affront qui venait d'un Italien et d'un Italien né sujet de sa maison. Ce Ruccellaï, âme basse et vile, n'étaitpas incapable d'une action en soi peu généreuse ; mais il se disculpa, sous la foi du serment, et offrit de se mettre ainsi que les comédiens entre les mains de la justice, afin que l'on éclaircît la question de savoir si c'était à son instigation ou du propre mouvement de la troupe qu'avait été jouée cette malencontreuse comédie. Devant ces dénégations formelles et les excuses du
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duc de Luynes, la reine mère s^apaisa ; mais elle ne laissa point de déclarer ouvertement qu'elle ne pardonnerait jamais à Ruccellaï et qu'elle serait pour lui une ennemie irréconciliable*. On peut croire que le duc de Luynes avait également sa part de cette haine.
Ainsi dès le commencement de Tannée, le duc de Luynes se trouvait aux prises avec des difficultés d'importance inégale, mais toutes sérieuses. Il avait réussi à endormir l'opposition du Parlement et celle de la reine mère. Mais les protestants restaient en armes. •
Le gouvernement avait, en effet, à s'occuper de la situation faite à la royauté par l'attitude des huguenots. Malgré les succès récents de Louis XIII dans ses entreprises contre le schisme politique dont le parti protestant menaçait la France, le duc de Luynes, loin de penser que la partie fût gagnée, savait à merveille qu'elle était à peine engagée. Il s'attendait, pour le printemps, à une prise d'armes des protestants. Dans cette prévision, il devait s'attacher à rendre aussi complet que possible l'accord entre tous les membres de la famille royale ; car il s'agissait d'isoler les adver-