Amb. vén. Dép. n» 49, 2 mai
2. Cette question d'argent était une des préoccupations les plus sérieuses du gouvernement, comme Je prouvent les passages suivants d'Une dépêche de M. de Puisyeulx à Bassompierre : « Monsieur de Montholon, faute d'argent pour les Grisons, n'est pas encore party, ce qui fait faute à ralfairc,
ainsy qu'il serenconstre souvent Monsieur, enfin l'argent
a été asseuré pour envoyer en Suisse et Grisons, de sorte que nous ferons partir M. de Montholon; mais la somme est bien petite pour une si grande affaire. » i5mars 1621. — Ambas. de Bassomp.
et le traité de Madrid. 189
on n'abandonnerait pas les Grisons. » Les ambassadeurs ayant aflirmc, au nom de la Republique, son intention de rester en parfaite union avec les intérêts de la couronne de France, le connétable leur répondit par des assurances en faveur d'un règlement avantageux des affaires de la Valteline. « Quant à ce que vous dites, ajouta-t-il, à savoir que la République restera unie avec les intérêts de cette couronne, cela est fort bien, mais il convient encore de faire correspondre les effets aux paroles, ce qui ne me paraît point arriver comme il le faudrait, car votre Ba3'le à Gonstantinople, Giustiniano, se comporte fort mal en ce qui est des intérêts du roi -, il est en mauvais termes avec notre ambassadeur, il le contrarie en toutes les occasions possibles, il lui rend de mauvais offices, enfin il retient des dépêches, qui sont cependant choses privilégiées et sacrées; tout cela ne correspond point à Taffectionde Sa Majesté pour la Sérénissime République. Je veux bien croire que c'est sans son consentement, mais cet homme n'en est pas moins son représentant ; il faut donc lui écrire de la bonne façon, afin de porter remède à un auss gnmd désordre. »
Le connétable, au dire des ambassadeurs, fit cette sortie le visage tout enflammé et répondit aux
iQo L' ambassade de Bassompierre
dénégations des envoyés vénitiens : « Ne doutez point de ce que je vous dis, car c^est la vérité même. » Ces mots terminèrent l'entretien.
Tout en montrant à Venise qu'il n'était point la dupe de ses protestations et de ses représentations intéressées, le gouvernement n'en voulait pas moins conserver, vis-à-vis d'une alliée possible et puissante en Italie, les ménagements que comportaient les circonstances. L'ambassadeur Contarini, qui allait retourner à Venise, en eut la preuve à son départ. Quand il eut présenté ses lettres de rappel au roi, et qu'il lui eut adressé son discours d'adieux : « Le roi, rapporte-t-il, me répondit que mon départ lui causait du regret, et qu'à mon retour je devais assurer Votre Sérénité de son bon vouloir à l'égard de la République ; il m'assura en outre, moi en particulier, de sa bienveillance, et je répondis à ses paroles en lui rendant d'humbles grâces. Le roi appela ensuite M. de Puisyeulx qui était auprès de lui, et lui demanda si je voulais être fait chevalier. Puisyeulx vint me demander immédiatement si tel était mon désir, et je lui répondis que tous les honneurs que voudrait me faire Sa Majesté ne pourraient que me combler de joie. Puisyeulx me dit alors : préparez- vous, voulant me dire par là qu'il fallait me mettre à
et le traite de Madrid. 191
genoux, ce que je fis; et le roi, tirant gracieusement répée qu'il avait à son côté, et m'en frappant deux fois sur les épaules, me dit en m'embrassant : Je vous fais chevalier de bon cœur. Cest ainsi qu'il m'arma chevalier, et il me donna une épée ; je lui dis en la recevant : J'emploierai cette épée, j'espère, au service de Votre Majesté, parce que je sais que c'est là le désir et l'intérêt de mes maîtres. »
Contarini ne négligea point, dans ses dernières visites auprès des deux reines, de Madame et de Monsieur, frère du roi, d'appeler encore sur la Valteline l'attention de ces hauts personnages. Il supplia en particulier la reine mère de s'employer en faveur des Grisons; elle lui répondit qu'elle ferait volontiers tout ce qu'il lui demandait, mais qu'elle ne se mêlait point de ces affaires.
Cette conduite ferme en même temps que prévenante, vis-à-vis de la République vénitienne, et le ton aigre de la reine mère ne sont-ils point l'indice de l'inclination qui portait le connétable de Lu3aies, dans sa toute-puissance, à se rapprocher de Venise, pour déjouer ces menées de l'Espagne qu'avait favorisées à leur début la maladroite politique de l'ancienne régente ?
« M. de Bassompierre s'est vigoureusement
192 V ambassade de Bassompierre
comporté, » disait encore la dépêche que nous venons de citer. Ces mots nous ramènent aux incidents et aux résultats d'une négociation qui intéresse à un haut degré l'histoire politique du duc de Luyn'îs.
L'envoyé extraordinaire, après s'être arrêté pendant trois jours à Rayonne, pour assembler deux cents mulets destinés à porter ses bagages et les gens de sa suite ^, reçut en route une dépêche de M. du Fargis, comte de la Rochepot, ambassadeur ordinaire de France en Espagne, qui l'informait de démêlés assez graves survenus entre ce dernier et le gouvernement de Madrid. L'ambassadeur avait voulu occuper de force un logis qui lui avait été, il est vrai, assigné par les fourriers royaux, mais que protégeaient certaines immunités, dont le conseil d'Etat avait reconnu la valeur. Dans les scènes de violence qui eurent lieu à ce propos, deux alguazils avaient été tué par les gens de l'ambassadeur, et le gouvernement avait fait arrêter plusieurs personnes de la maison de M. du Fargis et de celle de l'ambassadeur de Venise. Celui-ci avait, en elfet, prêté main-forte à son collègue.
Ces incidents étaient de nature à permettre au cabinet espagnol de retarder ou même d'empêcher