I. Dép. de Bassoinp. au connétable, du 27 août
204 L'ambassade de Bassompierre.
« Il me semble que la comète, dont nous nous mocquions à Saint-Germain, ne s^estpas mocquée, d'avoir mis par terre en deux mois un pape, un grand-duc et un roy d'Espagne. Le dernier a expiré si sainctement, que si, après les longues années que je vous souhaitte en toute prospérité, vous faites une pareille fin, vous aurez eu le comble de bonheur en tous les mondes *. »
i; Lettre de M. de Bassompierre à M. le duc de Luynes, du 3o mars 1621, de Madrid.
L EXECUTION DU TRAITE DE MADRIb.
Les conférences de Bade. — Refus des Suisses de se porter garants pour Texécution du traité de Madrid. — L'affaire du passage de Grcme. — Politique ambiguë du Saint-Siège. — Son revirement contre les intérêts français. — Nouvelles intrigues du gouverneur de Milan. — Utimatum du conne'table de Luynes.
Il semblait qu'un pas décisif eût été fait vers le règlement des affaires de la Valteline; mais la diplomatie espagnole, loin de se tenir pour battue, se réservait de reprendre, en sous-œuvre, les conventions qui venaient d'être signées ; on en eut bientôt la preuve.
Le cabinet de Madrid montra un vif empressement à désigner le négociateur qui devait se rendre à Lucerne, en vertu de Tardcle v du traité de Bassompierre ; ce fut le président de Dole. Le gou-
2oG LcxécuLion du traité de Madrid.
vernement français, de son côté, députa ses ambassadeurs ordinaires en Suisse, MM. Gueffier et Myron, et l'envoyé extraordinaire M. de Montholon; révêque de Campagna*, nonce en Suisse, s^achemina également vers Luccrne. On put voir, dès le commencement des négociations quel esprit avait présidé au choix du président de Dole : « Ce bon vieillard, qui est nourry seulement au palais, écrit M. de Montholon, traite ces affaires icy en cette sorte là et nous donne mille peines, fondant toujours quelque accroche sur chaque mot^. »
En effet, dans les conférences préliminaires qui eurent lieu à Soleure, le président de Dole commença par faire difficulté de traiter avec trois ambassadeurs du roi de France \ MM. Gueffier et Myron durent alors laisser la conduite de la négociation à l'ambassadeur extraordinaire, M. de-
1. L'évêque d'Adria, nonce en Suisse, avait été remplacé au mois de mars par l'évcque de Campagna, « che e persona ^ molto destra et efficace. y> (Dép. du iG juillet 1G21. Agucchia au patriarche d'Alexandrie, nonce en Espagne.) — Les lettres du card. Ludovisi à l'cv, de Campagna existent à la Bibl. Barbero, Mss. LXVI. 22, intitulé: Rcgistro délie Lcttere scritte dal sig'' cardinale Ludovisi a ncvie di N. S. papa Gregorio XV a mons'' Vescovo de Campagna, mintio alli Sui:{^eri, l'anno 1621-22-23.
2. Dép. de Montholon. Bade. 5 juillet 1621, dans les Lettres de Myron, citées plus haut.
L exécution du Irailc de Madrid. 207
Montholon. La seconde « accroche » eut lieCi à propos de la qualité d'ambassadeur d'Espagne que le président voulait prendre et de « certaines prééminences qui ne se pouvaient souffrir au jugement même de M. le nonce '. » Cette prétention était sans fondement^ la cour d'Espagne en avisa le président, en lui donnant simplement la qualité de député des Etats de Flandre ^.
Les «( chicaneries » du président de Dole n'en avaient pas moins fait gagner aux Espagnols un temps qui fut mis à profit. Une première diète des députés suisses, qui se tint à Bade, montra en effet l'activité souterraine des intrigues de l'Espagne, et l'on put déjà soupçonner que le gouvernement de Madrid avait commencé à reconquérir son ascendant sur la chancellerie pontificale : « Nous aurons à faire du costé des Suisses, écrit M. de Montholon, mesmement des Catholiques qui monstrent avoir grande douleur de ce qu'on a cherché si peu de seureté pour la Religion catholique par ce traité ^. » Pour se donner le temps de réfléchir, les députés des Suisses, au lieu d'oflrir la garantie stipulée à l'article iv du traité de Madrid, décidé-