‹ Le connétable de LuynesChapitre 76 sur 135 · I. Dcp. du 17 avril · texte numérisé non relu

I. Dcp. du 17 avril

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et légitimes seigneurs, avec les mêmes droits et prérogatives qu'ils y avaient précédemment, et que hors cela il n'avait rien à dire, sinon demander audience au roi Catholique, et prendre congé de lui. Les ministres espagnols laissèrent alors tomber toutes leurs autres prétentions et demandèrent simplement que Ton trouvât quelque garantie en faveur delà religion catholique. Cette solution avait été déjà indiquée au nonce Corsini, se rendant en France, par Tambàssadeur d'Espagne auprès de la République de Gênes, don Juan Vivès,un des agents les plus actifs et les plus intelligents de la politique espagnole en Italie. Après avoir déclaré, dans une première entrevue avec Tarchevêque de Tarse, où il traita avec beaucoup d'animation l'affaire de la Valteline, qu'il était nécessaire, pour la sûreté de la religion catholique, de maintenir sur pied pendant huit années les forts élevés par les Espagnols dans la vallée*, il se montra quelques jours après beaucoup moins absolu dans ses affirmations, et montra le roi d'Espagne prêt à raser les forts, et à retirer ses troupes, si Ton trouvait un moyen, quel qu'il fût, pour garantir la sûreté de la religion catholique'^.

1. l)c[\ tic Cors, du 19 avril i()2.i, de Gênes, col. 99. ■1. DJp. de Cors, du 24 avril 1621, de Marseille, fol. 200. — Celte dépêche contient le passage suivant sur Vives : « E ûomo

cl le Irailé de Madrid. i()C)

On \'oit par là avec quelle promptitude et quelle sûreté d'informations les agents de l'Espagne pouvaient parler au nom de leur gouvernement, puisque la reculade de l'agent espagnol à Gènes correspond, presque date pour date, au changement de front des ministres de Philippe IV à Madrid *.

Les intentions de la chancellerie pontificale, sur ce point, étaient conformes à celles du cabinet de Madrid ; c'est en effet par la que la politique espagnole espérait reconquérir l'adhésion du Saint- Siège à ses menées en Italie.

Le traité que Bassompierre, parti avec la mission de rapporter simplement une promesse par écrit, réussit à faire signer au gouvernement de Philippe IV (i 5 avril 1621), fut en conséquence établi sur la base de la restitution pure et simple du pays occupé :

L'article premier stipula que toutes choses seraient remises dans l'ancien état, les Espagnols abandonnant d'une part toutes les positions occupées par eux en Valteline, et les Grisons en faisant

di valore e sapere benche forse sotto le sue spetiose parole po~ tessi conoscer desiderio di ritiner Vacqiiistato. »

I. En effet la dcp. de Bassomp. est du 17 avril^ celle de Cor siiii faisant allusion aux mêmes garanties que l'ambassadeur extraordinaire est du 24 avril.

200 L'ambassade de Bassompierrc

autant de leur côté. Une amnistie générale devait être accordée, en vertu de Tarticle second, par les Seigneurs des Ligues pour tout ce qui s'était passé dans les dernières occurrences, sans que jamais pût être molesté, à cette occasion, aucun de leurs sujets de la Valteline et du comté de Ghiavenne.

L'article troisième, d'une interprétation assez large, et par conséquent susceptible de prêter matière à de nouvelles difficultés, accordait que dans la Valteline et ses dépendances, seraient supprimées toutes les nouveautés préjudiciables à la religion catholique qui auraient pu y être introduites depuis le commencement de Tannée 1617.

C'est le quatrième article qui recelait le piège ou tout au moins les espérances auxquelles ne renonçait point la politique toujours cauteleuse de l'Espagne. Il obligeait les Seigneurs Grisons à jurer l'exécution des conventions adoptées, et constituait comme garants de leur observation le Roi Très- Ghrétien, les Treize Gantons suisses, et les Valaisiens, ou tout au moins la majorité desdits cantons. Ainsi, par cette stipulation qui engageait des parties non contractantes au traité, la validité de la convention signée à Madrid dépendait nonseulement de l'adhésion des Grisons, mais aussi de celle des petits États suisses. Mais on reconnaîtra

et le Irai lé de Madrid. 20 1

qu'il était dilUcilc au roi de France, protecteur des Ligues, et au colonel général de leurs mercenaires, de révoquer en doute la bonne volonté des cantons.

Les derniers articles (v, vi, vu, viii) réglaient le mode d'application du traité, la procédure des ratifications et de réchange des copies de ce document diplomatique. Il était convenu que le roi d'Espagne prescrirait à son oncle Tarchiduc Albert, gouverneur des Pays-Bas espagnols, d'envoyer le président du Parlement du comté de Bourgogne à Lucerne, pour s'entendre avec le nonce du pape et un plénipotentiaire français, sur l'exécution matérielle du traité; enfin le duc de Feria devait être requis formellement d'exécuter, en ce qui le concernait, les articles de la convention de Madrid *.

Tel fut le résultat de la négociation du comte de Bassompierre ; il était difficile d'obtenir davantage-, c'est ce qu'exprimait l'ambassadeur lui-même en écrivant au ministre des affaires étrangères : « J'ay

I. Articoli accordati tra il s'di Bassompier, cavalière degli ordini del Re, consig'^^ ne suoi consigli, colonello générale de Sui:(^eri et amb. straordinario di S. M^^ in Ispagna e tra li S'^ Giio^o Ca'imo e Gio. Cerica per parte del re catt. sopra sogctto délia Valtellina. — (Inséré au tome IV du carteggio de Corsini, après la dép. du 8 janvier 1624). Cf. Ambas. de Bassomp. Tom. I, page 128. Traité delà Valteline du 25 avril 162 1.

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fait, au gré de nos alliés, un traitté qui oblige les Espagnols de parole, de foy et de réputation en Texécution^ il n'oblige le Roy, ses amis, ny les Grisons à aucune condition onéreuse ^ » Aussi le gouvernement français se montra-t-il très-satisfait du traité, et Tambassadeur .vénitien lui-même ne marchande pas les éloges à Tenvoyé extraordinaire : (( M. de Bassompierre est, dit-il, attendu à la cour avec la plus vive impatience, et exalté jusqu'au ciel pour ses négociations pleines de prudence^. »

Néanmoins l'heureux négociateur ne se dissimulait pas que l'exécution de l'accord, intervenu entre les deux puissances, ne s'accomplirait peut-être point sans difficultés. Homme d'action avant tout, il préférait la voie des armes à celle des protocoles, et il donna au connétable, avec lequel il avait entretenu une correspondance qui témoigne de leurs bons rapports, un conseil qu'il était plus facile de suggérer que de mettre en pratique : « Si on retarde l'exécution du traité,

1. Dép. de Bassomp. du 27 avril, 1621. Amb. vén. dép. n** 3i, 1 1 mai 1621.

2. « Aspettato da tiitta questa corte con grandissimo desiderio, et essaltato sin al cielo per le sue pnidentissime negotiationi. » Amb. vcn. dép. iv 52, i5 mai 1621.

et le traité de Madrid. 2o3

que nos affaires se changent, et que les Espagnols puissent trouver quelque sujet de délay, écrit l'ambassadeur ,asseurément ils ne restitueront pas la Valteline-, car elle leur est de trop grande conséquence. Cela ni'obligeroit de vous donner un advis, de retarder pour quelques mois vostre dessein de la guerre huguenotte, jusqu'à ce que les Griiions fussent en possession, et puis, ayant gaigné nostre procès de la Valteline, nous en ferions tout à loisir payer les espèces aux huguenots rebelles, de qui il fautchastier Tinsolence^ ».

Le connétable de Luynes commença au contraire par les protestants ; nous avons essayé de montrer qu'il ne pouvait en être autrement , et il est certain que la continuation des succès obtenus au commencement de la campagne contre les huguenots du Midi eût donné une singulière force aux conventions obtenues par l'envoyé que le duc de Luynes avait choisi lui-même. On ne doutait guère encore de la bonne étoile du connétable, et le comte de Bassompierre le lui faisait entendre, durant sa négociation, en lui écrivant ces paroles dont l'heureux pronostic devait être si tristement démenti avant la (in de l'année :

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