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ANALYSE DU SEL ORDINAIRE DES SALINES D'OUSTKOUT

Chlorure de sodium 74,84

îd. d'aluminium 1,17

id. de calcium 5,21

id- de magnésium .. . 3,58

Sulfate de soude 15,20

A part ce procédé, qui n'est praticable que dans les contrées très-froides, vous voyez , Messieurs, que tous ceux suivis dans l'Europe tempérée sont exclusivement fondés sur l'évaporation. Tantôt elle est effectuée par l'action de l'air (marais salants) ; tantôt par l'action du feu (eaux salées des trous de sonde); enfin par l'action successive de l'un et de l'autre (eaux des sources salées).

Nous allons maintenant nous occuper du parti que, depuis quelques années, on tire des eaux mères que Ton perdait autrefois. Si l on jette les yeux sur la composition de l'eau de mer, on voit qu'outre le chlorure de sodium , elle contient d'autres matières salines dont les bases et les acides sont d'un usage très-étendu ; la potasse, par exemple, et l'acide sulfurique. Remarquez bien que la France ne peut se procurer ces deux substances qu'en payant un fort tribut à l'étranger : or, tous les ans on en jette à la mer des milliards de kilogrammes, puisqu'on y jette les eaux mères des marais salants. M. Ballard, a fait voir comment ces eaux mères si négligées, pouvaient contribuer, par un traitement bien entendu, à augmenter la richesse du pays. Pour bien saisir, au point de vue théorique , leur exploitation , il faut d'abord connaître leur composition, ou mieux encore le rapport des quantités moyennes des sels qu'elles renferment. Vous les voyez inscrites au tableau suivant.

Chlorures

Chlorure de

Sulfate de

alcalins.

magnésium.

magnésie.

Eaoi mères des salines du Midi ... 1

Suivons ensuite pas à pas les produits successifs de leur concentration : ce que nous allons dire se rapporte aux eaux mères des salines du Midi , vu qu'elles sont plus riches que celles de l'Ouest.

Supposons qu'une certaine quantité d'eau mère, marquant 30°, soit abandonnée dans une aire à i'évaporation spontanée ; à mesure qu'elle se concentrera , elle déposera du sel marin pendant le jour, et du sulfate de magnésie pendant la nuit ; le premier sera l'effet de I'évaporation, le second du refroidissement.

Lorsque le liquide sera assez concentré pour marquer 34°, il déposera un sel double de potasse et de magnésie

(KO,SO»,MgO,SO* + 6aq)

sans distinction entre le jour et la nuit; mais lorsqu'il marquera 36° il déposera , surtout pendant la nuit , un chlorure double de potassium et de magnésium (K Cl, Mg Cl). Enfin, lorsqu'il marquera 40°, il ne contiendra plus que du chlorure de magnésium.

Ainsi, de 30° à 34° aréométriques, les eaux mères peuvent fournir successivement du sel marin et du sulfate de magnésie ; de 34* à 36° du sulfate double de potasse et de magnésie ; de 36° à 40° un chlorure double de magnésium et de potassium.

A part le sel marin, qui est le produit principal, tous les autres, fournis par les eaux mères, sont accessoires à l'exploitation, mais ils ne sont pas moins importants, à cause des applications de quelques-uns de leurs principes constituants. Il s'agit donc de bien saisir la série des opérations nécessaires pour séparer ces derniers. Nous y trouverons d'autant plus d'intérêt qu'il nous arrivera souvent de constater la justesse des principes que nous avons exposés en parlant des lois générales des sels.

D'après ce que nous avons dit relativement aux deux produits fournis alternativement par l'eau mère entre 30° et 34° aréométriques , il est aisé de voir qu'en séparant celui de jour, obtenu par évaporation , de celui de nuit , obtenu par refroidissement , on pourrait avoir, d'une part, le sel marin , et d'une autre part, le sulfate de magnésie ; mais pour des raisons de convenance locale, et que l'on ne peut apprécier que sur les lieux, on laisse ces deux produits s'accumuler sur place, de sorte que l'on finit par avoir un mélange. Il s'agit donc de traiter ce mélange de manière à séparer les deux sets, ou bien de manière à lui faire subir des transformations dont le résultat définitif serait la formation d'un troisième sel plus utile que les deux autres.

La séparation assez nette du sulfate de magnésie deviendrait facile en dissolvant le mélange dans de l'eau à + 30°, et en laissant refroidir la dissolution ; mais ce sel est d'une trop mince importance, et l'on peut faire mieux. Au lieu de dissoudre le mélange,

comme nous venons de le dire, on le dissout dans de l'eau contenant une proportion de sel marin double de celle du sulfate de magnésie, qui se trouve dans le mélange même. A — 2°, cette dissolution laissera déposer une quantité de sulfate de soude qui représentera les £ du sulfate de magnésie qu'elle renfermait. Ce phénomène se rattache à la fois au principe du partage et aux lois de Berthollet. Par cela seul que du chlorure de sodium et du sulfate de magnésie se trouvent en présence dans la même liqueur, il est certain qu'il doit y avoir également du sulfate de soude et du chlorure de magnésium ; mais à — 2° , le premier de ces deux sels se sépare, attendu qu'à cette température il ne peut pas rester dissous ; la portion qui se dépose en détermine nécessairement une nouvelle formation , puisque l'équilibre primitif des 4 sels étant détruit, il s'en forme un nouveau entre des proportions différentes, mais comme la température ne change pas, le nouveau sulfate de soude se séparera à son tour, et ainsi de suite , jusqu'à la rencontre d'un équilibre qui sera stable dans les circonstances de l'expérience.

Je dois maintenant vous expliquer pourquoi l'on fait intervenir un excès de sel marin. Ceci se rattache encore à un principe que je vous ai développé dans l'histoire générale des sels : Je vous ai dit, à cette occasion, qu'une liqueur saline ne pouvait être un bon dissolvant que pour un sel n'ayant rien de commun avec celui qu'elle renfermait. Or, si l'on prend deux à deux les 4 sels dont nous parlons, on leur trouve toujours un principe de la même nature. En effet :

Na Cl ) Mg Cl NaO,S08 | MgO,SO*

En faisant donc intervenir un excès de chlorure de sodium , on doit diminuer la solubilité de tous les sels qui ont un principe commun avec lui ; le chlorure de magnésium et le sulfate de soude sont dans ce cas, mais le premier de ces deux corps, ayant une solubilité initiale beaucoup plus grande que celle de tous les autres, continue à rester dissous, tandis que le second se dépose.

Le sulfate de soude est employé à la fabrication de la soude et à celle du verre ; il contribue ainsi à diminuer la consommation de l'acide sulfurique, et par conséquent celle du soufre, substance que nous achetons à l'étranger.

Voyons maintenant de quelle manière on peut utiliser le deuxième produit accessoire, c'est-à-dire le sulfate double de magnésie et de potasse. Les Anglais font des achats considérables de ce double i. 23.

sel. Il est probable qu'ils s'en servent pour préparer à la fois du carbonate de magnésie et du sulfate de potasse; le premier employé dans la pharmacie, le second dans la fabrication du verre fin. Quoi qu'il en soit, le sel double dont nous parlons peut être exporté tel qu'il est. D'un autre côté, son dédoublement n'étant pas facile à effectuer en grand, on peut l'appliquer, comme il sort des marais salants , soit à la fabrication de l'alun , soit à celle du carbonate de potasse, matières qui ont une grande valeur commerciale, et dont nous parlerons ailleurs.

Le dédoublement du chlorure de magnésium et de potassium est très-facile ; il suffit d'exposer ce double chlorure (tiré des eaux mères à 34° ou 40° aréométriques) à l'action de l'air un peu humide ; le chlorure de magnésium tombe en déliquescence, et se sépare ainsi de celui du potassium. Ce dernier n'a pas une grande valeur par lui-même, mais en le mêlant à du sulfate de magnésie, on peut , par des évaporations et des refroidissements bien ménagés , le convertir en sulfate de potasse , sel d'un emploi plus étendu.

D'après tout ce que nous veuoas» de dire , vous voyez que le but qu'on se propose d'atteindre, par le traitement, des eaux mères , est la production d'une grande quantité de sulfates alcalins. On y parvient en faisant l'application des principes que je vais vous rappeler : <° deux sels qui, dissous dans le même liquide, n'engendrent aucun sel insoluble , se décomposent néanmoins de manière à donner naissance à 4 sels ; 2° la décomposition de deux sels solubles peut être plus ou moins grande, suivant la solubilité de l'un des deux nouveaux sels; 3° une dissolution saline sera toujours un mauvais véhicule d'un sel qui aura un principe commun avec celui qu'elle contient déjà.

Pour vous édifier sur l'importance pratique de ces principes , permettez-moi de vous donner quelques chiffres que j'emprunte à des calculs faits par M. Ballard.

D'après la théorie, 200 hectares de marais salants devraient produire 2,500,000 kilog. de sulfate de soude; mais vu l'imperfection des moyens, on n'en obtient que 600,000 kilog. En admettant que ces moyens ne s'améliorent pas, il suffira d'affecter à cette exploitation 20,000 hectares de marais salants, pour obtenir tous les ans 60,000,000 de kilog. de sulfate de soude, quantité nécessaire pour fabriquer toute la soude dont la France a besoin. Mais qu'est-ce, pour la France , que 20,000 hectares de superficie inculte ? Au surplus , cette superficie donnerait , en outre , 20,000,000 de kilog. de sulfate de potasse; c'est-à-dire quatre fois plus de matière première qu'il n'en faut pour fabriquer toute

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la potasse que l'industrie française consomme annuellement et qu'elle tire à grands frais d'Allemagne, de Russie et d'Amérique.

Cette nouvelle exploitation , qui commence déjà à se réaliser, promet un triple résultat :

4° Elle fera nécessairement baisser le prix des potasses et des soudes du commerce, qui sont la base de plusieurs industries importantes ;

2° La France exportera de la potasse au ljeu d'en importer ;

3° Elle n'achètera plus que 8 à \ 0 millions de kilog. de soufre, au lieu de 25 à 26, car elle ne fabriquera plus toute cette portion d'acide sujfurique qui lui sert aujourd'hui pour faire des sulfates alcalins.

Vous voyez, Messieurs, pourquoi je vous ai si longuement parlé de l'exploitation du sel marin ; il ne vous est pas permis d'ignorer les faits principaux qui se rattachent à la production d'une matière que vous maniez à chaque instant, et dont les applications sont aussi variées qu'importantes. Le sel marin est employé dans l'économie domestique , pour l'assaisonnement et la conservation des comestibles ; il joue un rôle dans l'économie vivante des animaux; il n'y a pas d'organe qui en soit dépourvu.

Sous le point de vue industriel, il n'offre pas moins d'intérêt : il sert à préparer l'acide chlorhydrique, le chlore, le sel ammoniac, le sulfate et le carbonate de soude , le savon , le verre ; il est la matière première d'où Ton tire tous les produits du sodium. L'agriculture enfin retire des avantages incontestables de l'emploi du sel dans le régime des bestiaux.

Voilà assez de motifs pour justifier le temps que nous avons consacré à cette substance.

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