COMPOSITION DE LA FAÏENCE ÉMAILLÉE DE PARIS
Brune. Blanche.
Argile plastique d'Arcueil lavée. . 30 8
Marne argileuse verdâtre 32 36
Marne calcaire blanche 10 28
Sable impur marneux jaunâtre ... 28 28
KmaU pour la faïence brune.
Minium 12
Manganèse ?
Poudre de brique fusible. ....... 41
"ÏÔÔ
Kmail pour la faïence blanche.
Noi(dur) No 2 (tendre).
Galeine comnosfo I d'oiyde de Plomb' 33 \ 44 f oxï4e d'étain« • 48 ) wueine composée ( d,oxyde d,étaiQ ^ 77 j *M oxyde de plomb 82 j
Minium 2
Sable 44 47
Sel marin 8 3
Soude* d'Alicante 2 3
Cette espèce de poterie est encore plus utile que la poterie vernissée , parce qu'elle peut aller au feu et servir pour les usages domestiques ; son émail est peu ou point altérable.
La faïence brune est la plus employée pour les usages domestiques; la blanche sert principalement pour faire les carreaux émaillés, pour poêles et plaques de cheminée. Ces plaques se gercent assez facilement par l'effet de la chaleur; mais, d'après M. Barrai, on les garantit de ce défaut en donnant à la pâte plus de fusibilité , par l'addition d'une certaine quantité de matières calcaires ou alcalines.
Sous le nom générique de terre cuite , on comprend les produits céramiques ordinaires non recouverts de vernis : ainsi les briques, les tuiles } les carreaux, les réchauds, les fourneaux portatifs , les tuyaux de conduite , les alcarazzas qui servent à rafraîchir l'eau , les pots à fleurs, les formes à sucre , appartiennent à cette catégorie.
Tous ces produits ont une pâte d'une texture lâche et poreuse, quelquefois hétérogène , peu dure , se laissant rayer par l'acier. Ils sont tous peu cuits ; frappées, ils rendent un son sourd. Exposés à une haute température, ils n'acquièrent ni la texture compacte, ni la dureté du grès-cérame : ils n'ont presque jamais de glaçure.
Leur pâte est composée généralement d'argile figuline , ou de marne argileuse dégraissée soit avec du sable, soit avec du ciment, ou bien encore avec des escarbilles ou autres matières grossières : lorsque par exception, ils portent un vernis, celui-ci est toujours plombifère : c'est le cas des tuiles de Hollande et des conduits d'eau.
Les terres cuites sont faites à la main ou au moyen de moules grossiers. La température de leur cuisson s'étend depuis la simple dessiccation au soleil , jusqu'à celle qui serait presque suffisante pour faire cuire le grès-cérame.
Je devrais maintenant vous parler de la décoration des poteries ; mais comme souvent on en décore qui sont recouvertes d'un vernis de nature vitreuse , je vous ferai connaître d'abord ce que c'est que le verre. Vous serez alors en mesure de comprendre l'influence qu'il peut exercer sur les couleurs que l'on applique à sa surface. L'étude du verre sera donc, pour ainsi dire, le complément de celle de la poterie.
Le verre est constitué par des silicates alcalins et terreux : la variété que l'on appelle cristal contient du silicate de plomb ; certains verres ordinaires renferment de l'oxyde de fer et de l'alumine.
Le verre est transparent et fragile ; sa cassure présente un éclat
particulier bien défini, connu sous le nom d'éclat vitreux, de cassure vitreuse. Sa densité varie avec sa composition. Dans les verres les plus denses dominent les silicates métalliques , dans les moins denses les silicates terreux. Exposé à des températures de plus en plus élevées, le verre se ramollit, devient ductile et fond. Si on l'abandonne pendant un temps plus ou moins long à une assez forte chaleur, il perd sa transparence, devient très-dur, moins fusible , moins fragile, résiste mieux aux changements de température; en un mot, il perd toutes ses qualités caractéristiques , il se dévitrifie. Dans cet état , il a changé de composition , il s'est appauvri de principes alcalins, et il porte le nom de porcelaine de Héaumur.
Chauffé jusqu'à la fusion et refroidi brusquement, il devient trèscassant, parce qu'il subit une espèce de trempe. Les larmes 6ataviques et les flacons de Bologne en sont un exemple.
Les larmes bataviques sont des gouttes de verre fondu qu'on a laissées tomber dans l'eau ; elles ont la forme d'un ovoïde allongé en une queue qui se termine par une pointe très effilée : lorsqu'on vient à casser le bout de la queue, toute la masse se réduit en poussière, en produisant une légère détonation.
Les flacons de Bologne, que l'on appelle encore fioles philosophiques, sont de petits flacons fort épais que l'on a refroidis brusquement. Ils volent en éclats lorsqu'on laisse tomber dans leur intérieur un corps susceptible de les rayer. Cet effet provient de ce que les molécules intérieures sont maintenues dans un état anormal par celles de la surface : si l'on vient à supprimer en un point quelconque la résistance extérieure , l'équilibre du système se rompt et la masse s'affaisse avec bruit.
L'air sec n'exerce aucune action sur le verre •. 11 n'en est pas de même de l'air humide. L'eau tend à le dédoubler en silicate alcalin soluble, et en silicates terreux et alcalin insolubles. C'est ainsi que les verres à vitres sont altérés , surtout par l'eau bouillante. II est rare que de l'eau tenue en ébullition pendant longtemps dans un vase en verre ne devienne pas alcaline , et elle le deviendra d'autant plus promptement que la température et la pression
i. J'ai lieu de douter de l'exactitude de cette assertion, que Ton trouve dans plusieurs ouvrages. J'eus l'oeeasioD de garder, pendant un an, de l'acide ralforique pur sous une cloche en verre, dont les bords adhéraient à une glace , au moyen d'un mastic gras. Au bout de ce temps , je m'aperçus que la surface intérieure de la cloche, et la portion de la glace que cette dernière recouvrait, étaient dépolies , tandis que toutes les parties exposées à Pair ordinaire avaient conservé leur éclat. N'ayant trouvé dans l'acide sulfurique aucune substance à laquelle on eût pu attribuer ce phénomène , je le considérai comme nue conséquence de l'action prolongée de l'air sec.
seront élevées '. L'action de l'humidité se fait principalement remarquer sur les glaces très riches en alcalis ; l'eau atmosphérique en attaque peu à peu la surface et la ternit. Les verres de montre, les verres des écuries , les tubes , les ballons , les cornues , les verres à expériences , les verres polis des instruments d'optique , présentent souvent ce phénomène.
Les acides (l'acide fluorhydrique excepté) tendent à décomposer le verre en lui enlevant les bases qu'il renferme. Le verre à bouteille , lorsqu'il est très-alumineux , présente un exemple remarquable de cette action , car les sels acides du vin suffisent pour l'altérer.
Peu de verres résistent à l'action prolongée des carbonates alcalins dissous , et à plus forte raison à celle des alcalis caustiques. Dans l'un et l'autre cas , le verre se ternit parce qu'il perd de l'acide silicique.
Ainsi , l'eau tend à dédoubler le verre ; les acides tendent à lui enlever les bases ; les alcalis à lui soustraire l'acide. Le verre qui, en vertu de sa composition convenablement dosée, présentera une plus longue résistance à ces différentes influences , sera le meilleur.
Remarquez bien ceci : le verre est, par sa nature, altérable ; tout ce que l'on peut attendre de lui , c'est de se conserver longtemps, mais non indéfiniment. Il n'en est pas de même des produits céramiques. S'ils s'altèrent , ce n'est que par leur couverte qui est de nature vitreuse.
La composition du verre présente souvent des rapports simples entre la base et l'acide. On a trouvé, par exemple, que dans le verre à glaces l'oxigène de l'acide est à celui de la base : : 6 : 4 ; dans le verre de Bohème , dans le verre à vitres , dans quelques espèces de cristal : : 4 : 4 ; dans le verre à bouteilles : : 2 : 4 , ou
1. J'ai remarqué bien des fois, que de l'eau renfermée dans des tabès à extrémités sondées, devenait alcaline an bout de quelques minutes , si on la chauffait environ à ■+■ iW*. A cette température correspond, comme on sait, une pression égale à 4 ~ atmosphères. Il y a dn Terre qui pour communiquer à l'eau la réaction alcaline n'a besoin ni d'une haute température, ni d'une haute pression. Le verre blanc de nos laboratoires produit cet effet sous la simple influence de la vapeur. Qu'on dépose au fond d'un tube en verre blanc ordinaire quelques gouttes d'ean, et qu'on fasse adhérer aux parois intérieures une bande de papier réactif rongé; si an moyen d'une petite lampe i alcool on fait bouillir l'eau, et si en gardant le tube tant soit peu incliné, on fait parvenir au contact du papier la vapeur qui se condense, on verra se manifester la réaction alcaline. Il est difficile de se faire une idée de la facilité avec laquelle les récipients en verre sont attaqués par l'eau. M. Barrai a constaté que 4 litres d'eau de pluie, repassant dans la même cornue de manière à être évaporés, et condensés 7 fois de suite, sans que dans la cornue on laisse jamais moins qu'un demi-litre, finissent par enlever au verre plus de 2 grammes de chaux, i gramme de silice, et 0 gramme 5 de potasse et de sonde.
bien : : 4 : \ . Mais comme ces rapports ne sont pas constants, et qu'en général la composition du verre est très-variable, on ne peut conclure de ces faits que le verre soit une combinaison définie.
Lorsqu'on laisse refroidir très-lentement du verre fondu , on observe que ses éléments se groupent de deux manières différentes. On peut voir le même fait en examinant la cassure d'un verre artificiellement dévitrifié : on y trouve que dans le milieu vitreux, une multitude d'aiguilles cristallines partent des deux surfaces et vont se rencontrer au centre. On voit que , soit par le refroidissement lent de la masse fondue, soit par l'effet d'une température élevée , longtemps soutenue, il s'opère une espèce de liquation; les silicates les moins fusibles et çristallisables se figent les premiers, et se séparent ainsi des autres silicates plus fusibles, dépourvus de la faculté de cristalliser.
Ce que nous venons de dire rappelle singulièrement les alliages, et l'on a de la peine à ne pas voir dans le verre un assemblage de silicates définis , dont une partie sert de dissolvant à l'autre. Ajoutons que de tous les silicates dont le verre est formé , les terreux et métalliques ont seuls le pouvoir de cristalliser ; quant aux silicates alcalins, non-seulement ils ne cristallisent pas, mais même avant de se figer ils passent par tous les états pâteux intermédiaires ; en d'autres termes, ils subissent la fusion visqueuse comme les acides phosphorique, borique, etc., etc. Dr, les silicates alcalins, étant attaqués par l'eau et les acides, ne peuvent pas, quoique très-vitrifiables, faire de verre par eux-mêmes : il faut donc les associer à d'autres silicates qui leur donnent la faculté de résister aux agents chimiques, en recevant en échange celle de la vitrescibilité. Ainsi , les silicates alcalins donnent au verre la transparence et l'homogénéité ; les silicates terreux et métalliques, la dureté, l'inaltérabilité et la fusion difficile.
Après ces notions générales, rendons-nous compte des différences qui existent entre plusieurs espèces de verre, avant de nous occuper de leur fabrication.
Le tableau suivant dpit singulièrement faciliter notre lâche :