XXVI« LEÇON
PBniGIFB PBQTIQUB. — OBZXULOBB. — UOHBUZ.
Sommaire. — Principe peclique. — Pectoie, — Pectine ; son origine dans les fruits mûrs ; sa préparation , ses propriétés , et ses métamorphoses. — Parapectine. — Mélapectine. — Acide peeloiique. — Peclaee ; sa présence où Ton trouve de la pectose. — FermetUation peetique. — Préparation, propriétés, et métamorphoses de Vacide peetique. — Acide parapectique. — Acide métapectique. — Cellulose ; sa préparation, et ses propriétés. — On en trouve dans le règne animal. — Fahrication du papier, et du coton-poudre. — Ligneux, ou matière incruHante. ^- Boiê. — Causes principales de Taltératicm do bois sous 1 influence de l'air. — Nature de cette altération. — Boiê charbonneux, et acide humique. — Conservation du bois. — Action de la chaleur sur le bois. — Fabrication du charbon, et de Vacide pyroligneux.
Messieurs ,
Partout où un organe doit se former, on trouve réunis deux principes; le principe protéique et le principe peetique. Si nous n'avons pas encore rencontré ce dernier dans la graine, c'est qu'il s'était transformé pour compléter l'appareil. L'un et l'autre peuvent être considérés comme les matières rudimentaires d'où sortent les tissus végétaux. A mesure que ceux-ci s'incrustent de substances inorganiques, ils se durcissent, et leur nature primitive étant modifiée, ils se transforment en ce qu'on appelle le ligneux.
La facilité avec laquelle le principe peetique se métamorphose, fait que l'on connaît plusieurs substances poétiques qui , tout en ayant une origine commune , portent néanmoins des noms f lifférents. Plusieurs d'entre elles sont artificielles, d autres sont le résultat de phénomènes qui s'accomplissent dans l'organisme. Les voici toutes réunies en une série.
SÉRIE PECTIQUE.
Pectose
Pectine CWH«0«
Parapectine G^WHi^
Métapectine C««H«0«<
Acide pectosique C"H"03i ou C"H»i0", 2H0
Acide peetique C"H"OW ou C^^HS'Oî», 2 HO
Acide parapectique C^^H^Oî» ou C»<H'H)", 2H0
Acide métapectique G» H' O» on G» H* 0', 2 HO
Pour saisir facilement la filiation des différents termes de la série poétique, supposons la pulpe d'un fruit vert, exprimée et lavée avec soin pour qu'elle soit privée de tous les acides solubles. Le marc bouilli avec de l'eau n'abandonnera à ce liquide rien d'appréciable ; mais si on ajoute à l'eau une faible quantité d'un acide ou bien encore un peu de jus exprimé, alors on trouvera, d'une part, que l'eau s'enrichit d'une matière appelée pectine^ et que, d'autre part , le marc ne se composera plus que de matière ligneuse.
Il existe donc dans les fruits verts une substance insoluble qui est associée à la partie ligneuse et que nous pouvons rendre sohible sous l'influence de l'action simultanée des acides et de la chaleur. Cette substance insoluble s'appelle pectose.
Comme on trouve de la pectine dans les fruits mûrs, il est évident qu'elle se forme par suite de l'action que les acides propres au fruit , exercent sur la pectose.
Pour préparer la pectine, on exprime à froid la pulpe de poires très-mûres, on en filtre le jus dont on précipite la chaux et l'albumine au moyen de l'acide oxalique et du tanin. La liqueur étant ensuite traitée par l'alcool , la pectine se précipite sous forme de longs filaments gélatineux. Pour la purifier, il faut la redissoudre dans l'eau froide, la précipiter de nouveau par l'alcool, et répéter la même opération autant de fois qu'il sera nécessaire pour qu'elle ne contienne plus la moindre trace de glucose ou d'acides organiques.
La pectine est une substance blanche , soluble dans l'eau , incristallisable : l'alcool la précipite sous forme de gelée ou de longs filaments, suivant que sa dissolution aqueuse est étendue ou concentrée. Elle est absolument neutre aux réactifs colorés ; elle n'est point précipitée par l'acétate neutre de plomb, mais seulement par le sous-acétate. Sa formule est C** H*» 0®*.
Par suite d'une longue ébullition, la pectine devient précipitable par l'acétate de plomb neutre : on l'appelle alors parapectine. Par l'action simultanée de la chaleur et des acides étendus , elle acquiert la propriété de rougir légèrement la teinture de tournesol et de précipiter par le chlorure de barium. Elle porte alors le nom de métapectine. Enfin , les dissolutions alcalines étendues et la pectase transforment la pectine en acide pectosique.
La pectase est une de ces substances mytérieuses que l'on appelle/frmcw< et que l'on trouve partout où il y a de la pectose.
Les vues de la nature sont manifestes. Où l'on trouve de la pectose; on trouve aussi des acides et un ferment. Les premiers agissent pour former la pectine, le second pour transformer la pectine en acide pectosique ou gelée végétale.
Vous avez sans doute remarqué que le jus de fruits mûrs ou de certaines racines , comme les carottes , abandonné à lui-même , devient gélatineux. Ce phénomène est un effet de fermentation. Dans ces parties végétales se trouvent à la fois de la pectine et de la pectase : chacune de ces substances est renfermée dans des réceptacles spéciaux qui , se déchirant par l'expression du jus , laissent échapper leur contenu : dès lors, les deux substances se trouvant en contact l'une avec l'autre, leur action réciproque commence, et la fermentation s'accomplit. On désigne ce phénomène sous le nom de fermentatioa pec/i^ue ou pectosique.
V Sicide pectosique est gélatineux, presque insoluble dans l'eau froide et soluble dans l'eau bouillante. La dissolution faite à chaud se prend en gelée par le refroidissement. Sa formule est C** H*'0*', ou mieux C** H** 0*', 2H0. Cet acide est donc biatomique. Les pectosates sont gélatineux et incristallisables.
Lorsque l'action des alcalis ou de la pectase sur la pectine se prolonge au delà de certaines limites, l'acide pectosique, qui s'est formé d'abord, passe à l'état d'acide pectique C** H** 0*®, ou C* H*° 0*', 2 HO. Cet acide diffère de celui dont il dérive, parce qu'il renferme un équivalent d'eau de moins et parce qu'il est presque insoluble dans l'eau bouillante. Du reste, lui aussi est biatomique et possède l'aspect gélatineux. On peut dire que les corps qu'on appelle gelées végétales se composent principalement de ces deux acides.
On prépare ordinairement Tacide pectique en faisant bouillir la pulpe des carottes ou des navets avec une faible dissolution de carbonate de soude : la liqueur filtrée, étant mêlée avec une dissolution de chlorure de calcium, donne lieu à un dépôt gélatineux de pectate de chaux insoluble : ce sel, bien lavé , puis décomposé par un peu d'acide hydrochlorique , laisse libre Y acide pectique.
Soumis à l'action prolongée de l'eau bouillante, l'acide pectique devient soluble , parce qu'il passe à l'état d'acide parapectique C** H" 0" ou C** H'» 0", 2 HO. Les pectates subissent la même transformation et deviennent des parapectates.
Vacifie parapectique est incristallisable : il a une réaction franchement acide , et il ne forme de sels solubles qu'avec des alcalis.
Enfin, toutes les matières pectiques, dont nous venons de parler, peuvent se transformer en acide mélapectique C H^ 0* ou C* H* 0% 2 110, qui est le dernier terme de la série. En effet, une dissolution de pectine, abandonnée à elle-même pendant plusieurs jours ou soumise à l'action de l'acide chlorhydrique pendant quelques minutes , perd toutes ses propriétés et acquiert celles de
Tacide métapecUque : elle subit la même métamorphose lorsqu'elle est mise en contact avec un excès de potasse ou de soude.
Il est probable qu'avant de devenir de Tacide métapectique, la pectine passe par tous les autres termes intermédiaires, car ceuxci, exposés à leur tour à l'action de l'eau, de la chaleur, des acides ou des alcalis, se transforment en acide métapectique.
Ce dernier acide est incristallisable : les métapeclates sont tous solubles.
La facile transformation des substances poétiques et quelquesunes de leurs réactions pourraient occasionner des méprises. Ainsi l'acide pectique, traité par l'acide azotique, donne de Y acide mucique; ce qui pourrait le faire confondre avec la gomme ou le sucre de lait Les acides parapectique et métapectique décomposent le tartrate dépotasse et de cuivre (réactif de Frommherz) à la manière du glucose. Mais en revanche ils n'exercent aucune action sur la lumière polarisée.
Si l'on ne se tenait sur ses gardes, il pourrait donc arriver que, dans certains cas , on confondit les matières poétiques avec les gommes et les sucres.
D'après ce que nous avons vu, nous concevons sans peine certaips phénomènes qui accompagnent la maturation des fruits et la formation des gelées végétales.
, Un fruit vert ne contient que de la pectose : à mesure que la maturation avance, le fruit perd peu à peu sa dureté, les cellules se distendent, prennent une demi-transparence et ne contiennent plus que de la pectine , c'est-à-dire le produit de l'action des acides végétaux sur la pectose.
On sait que le suc de certains fruits se transforme spontanément en gelée : dès qu'il a subi ce changement , il ne contient plus de pectine j mais bien des acides pectosique et pectique. Cela est dû à l'action que la pectose exerce sur la pectine : c'est le résultat d'une véritable fermentation. En effet, un suc qui est propre à se convertir en gelée ne subit plus cette k'ansformation dès qu'on le chauffe brusquement. C'est que la chaleur trop vive coagule le ferment (pectase) et le rend inactif: dès lors, la gelée ne peut plus se produire, car les acides pectique et pectosique ne peuvent plus se former. D'un autre côté , sans chauffer brusquement ce même suc, si on le fait bouillir pendant longtemps, il ne donne pas non plus de gelée, parce que tous ses principes poétiques, ayant subi l'action prolongée de la chaleur, sont passés à l'état d'acides parapectique et métapectique.
La plus grande partie de ces faits ont été découverts et exami-
nés par M. Frémy (voir les Annales de Chimie et de Physique^ 3* série, tome 24, page 5).
Laissons aux physiologistes le soin de dire comment le principe pectique se convertit en cellules, et bornons-nous à examiner les cellules toutes faites.
Ce que l'on appelle cellulose n'est que l'assemblage d'un grand nombre de cellules tantôt sphéroïdales , tantôt cylindroïdes : les premières forment le tissu cellulaire , les secondes le tissu vasculaire.
La trame du tissu solide de tous les végétaux est formée de cellulose, dont les propriétés physiques varient suivant la nature des organes et même suivant la nature des plantes. Ainsi , les parois des cellules du lichen d'Islande sont si lâchement agrégées, que l'eau bouillante les gonfle et les résout en un liquide gélatineux. Le tissu de quelques champignons et celui des feuilles de quelques auranticées se laissent pénétrer par l'iode en prenant une couleur bleue , comme l'iodure d'amidon , tandis que les cellules du périsperme du dattier, non-seulement résistent à l'eau bouillante et à l'iode , mais encore elles présentent une dureté telle qu'il est difficile de les entamer par le couteau.
Les différences physiques qu'on remarque dans le système cellulaire des plantes ne proviennent pas seulement de l'état d'agrégation propre aux parois des cellules, mais aussi des matières contenues dans les cellules elles-mêmes, dont les parois sont quelquefois incrustées. Les cellules des pommes de terre et d'autres racines tuberculeuses contiennent des petits globules ovoïdes (matière amylacée) : celles des jeunes organes renferment un liquide visqueux : celles de certaines graines renferment des matières grasses , tandis que les cellules du bois sont recouvertes et même remplies d'une substance dure et cassante.
En sorte que l'on doit considérer dans le tissu cellulaire la cellule proprement dite et la matière qu'elle renferme ou qui l'incruste. La cellulose des chimistes est la cellule débarrassée de tout ce qui lui est 'étranger. Pour l'avoir à cet état de pureté, on opère sur les matières végétales qui sont formées de cellulose presque pure : tels sont le coton^ le papier, le vieux linge. On soumet ces matières à des lavages successifs avec une dissolution chaude de potasse ou de soude caustiques; ensuite on les lave à froid, et alternativement avec de l'acide chlorhydrique étendu et avec de l'ammoniaque ; enfin , on les traite par de l'alcool et par de l'éther.
La cellulose est blanche , diaphane, insoluble dans l'eau, l'alcool, l'éther, les essences et les huiles. Sa composition est repré-
sentée par C**H*®0'*. Cette formule est arbitraire, car on ne connaît pas l'équivalent chimique de la cellulose.
Les solutions alcalines faibles et les acides étendus sont sans action sur la cellulose fortement agrégée. Les acides sulfurique et phosphorique concentrés la transforment en matière amylacée \ puis en dextrine, enfin en glucose. D'après M. Barreswil, une dissolution concentrée et bouillante de chlorure de zinc et les dissolutions alcalines en font autant. L'expérience réussit très-bien sur le papier à filtrer que Ton appelle papier Berzelius,
L'acide azotique concentré forme avec la cellulose un produit insoluble dans l'eau et explosible, qui rappelle la xyloïdine obtenue avec l'amidon. La cellulose, lorsqu'elle est plongée dans de l'eau saturée de chlore ou d'hypochlorite de chaux, subit une véritable combustion ; ses éléments se transforment en eau et en acide carbonique : ce qui prouve combien il est important de prendre des précautions dans le blanchiment par le chlore.
On a cru pendant longtemps les tissus de cellulose exclusivement propres à l'économie végétale, mais MM. Schmidt, Lowig et Koeliker ont trouvé que l'enveloppe des Tuniciers est formée de fibres très-souples, dont la composition, la texture et les propriétés sont les mêmes que celles de la cellulose •.
Nous avons dit que le vieux linge , le coton, le papier ne sont que de la cellulose presque pure. L'histoire technique de cette substance se rattache donc à deux fabrications, dont je crois utile
i. M. Payen a montré que lorsqu'on tonche successivement de la cellulose avec de la teinture d'iode et de Tacide sulfurique» il se manifeste une coloration bleue. Il a expliqué le fait, en disant que l'acide sulfurique désagrège la cellulose, et que cette substance une fois désagrégée, acquiert les propriétés du principe amylacé. Cependant, si après avoir touché la cellulose avec de Tacide siilfurique on la lave à grande eau, la teinture d'iode ne la fait plus bleuir. On voit donc que la désagrégation du tis9u n'est pas la cause unique du phénomène. Quoi qu'il en soit, la réaction observée par M. Payen est une donnée précieuse pour l'étude microscopique des végétaux, puisqu'elle peut servir à empêcher qu'on ne confonde le tissu cellulaire avec certaines membranes azotées, qui en pareilles circonstances ne font que jaunir.
2. A ces fibres se trouvent interposées des matières azotées qu'on enlève au moyen d'une dissolution alcaline Ce dernier réactif peut servir à reconnaître si dans un tissu donné, se trouvent mêlés des fils de nature animale avec des fils de nature végétale. Ainsi, par exemple, pour reconnaitre les proportions des fils de lin, de chanvre ou de coton intercalés dans la chaîne, ou dans la trame d'un tissu de laine ou de soie, on comptera, en s'aidant d'une loupe, le nombre des fils de chaîne et de trame qui se trouvent dans un carré de 5 millimètres : ensuite on fera bouillir ce carré dans une solution contenant 10 p. î de soude, ou de potasse caustiques. Si le tissu est en laine, ou en soie, sa dissolution sera complète; si une partie des fils de la trame et de la chaîne est en lin, chanvre, où coton, ces fils résisteront seuls : il suffira de les compter encore pour en apprécier le nombre.
Suivant M. Maumnée, le bichlorure d'étain donne un moyen sûr de reconnaître dans les tissus blancs ou peu colorés, le mélange de coton ou de lin avec la laine ou
de vous entretenir quelque peu. L'une est celle du papier^ Tautre celle du coton-poudre.
Les chiffons ou les substances filamenteuses végétales, mises hors d'usage, sont les matières premières avec lesquelles on fabrique le papier. Tant que les tissus conservent quelque chose de l'arrangement que leur a donné la filature, ils ne peuvent servir, car les fibrilles du papier doivent être dirigées en tous sens et enchevêtrées. £n outre , il faut que le papier soit imperméable , pour qu'il puisse recevoir l'écriture, autrement l'encre serait absorbée et les caractères illisibles.
Les deux principales phases de cette fabrication sont donc la préparation de la matière première, et la conversion de celle-ci en un tissu imperméable.
Les chiffons, convenablement triés, sont soumis successivement au lessivage et à Veffilochage, On humecte d'abord les chiffons
la soie ; les premiers flls, sous Tinflaence du bichlonire et de la chaleur, deyiennent entièrement noirs, tandis que les autres consenrentleur couleur.
Od distingue les fils de soie des fils de laine au moyen du plomhate de ioude dissons *. Les fils de laine qui contiennent normalement du soufre noircissent lorsqu^on les fait digérer dans le réactif • les fils de soie conservent leur couleur.
D*aprës M. Bottger, on reconnaît si dans im tissu, il y a tout à la fois des fils de coton et des fils de chanvre ou de lin, en faisant bouillir pendant deux minutes, un pouce carré de ce tissu dans une dissolution de parties égales de potasse, et d'eau : si après l'avoir pressé dans des feuilles de papier buvard, on trouve que tous les fils sont devenus jaunes, c'est une preuve qu'il n'est formé que de chanvre ou de lin : si l'on y remarque des fils blancs, c'est une preuve qu'il y a du coton.
M. Yincent est parvenu à distinguer les filasses, fils et tissus de chanvre et de lin, des produits analogues provenant do phormium tenax. Il plonge pendant un instant dans de Tacide azotique à 36* contenant de l'acide hypoazotique, les fils on les tissus bien blanchis. Une coloration rouge se manifeste aussitôt sar les fils du phorm'um, tandis qu'une coloration insensible, ou très-légère, a lieu sur les fils de lin et chanvre. Cette réaction indique, il est vrai, la présence du phormium tenax, mais elle n'est pas exclusive : car les fibres ligneuses et corticales de plusieurs espèces de cocotierêf de padanus, de eordyliney d'agave, de cisnUf etc., etc., la mauritia fiexuosa^ le phellandrium aquaticumj le raphanus êolivuê, Vahaea de ManiUef deux pastraê du Brésil, etc., se comportent à peu près comme le phormium tenax.
Le même observateur propose aussi, pour découvrir le phormium, le procédé suivant, qui est spécialement applicable aux toiles pour la marine. On plonge le tissu dans une solution saturée de chlore; après une minute d'immersion, on le retire pour le placer sur une plaque de porcelaine, et pour l'arroser avec un léger excès d'ammoniaque. Les fils de phormium se colorent en rouge vif, deviennent sombres, et brunissent en une minute. Les chanvres de France rouis à l'eau courante, et ceux d'Italie acquièrent une teinte orangée qui se fonce en une minute, sans atteindre la nuance ni l'intensité de couleur du phormium. Les chanvres de France rouis dans l'eau stagnante prennent des teintes plus foncées que les précédents. Les fils de lin se colorent moins qne ceux de chanvre.
* On prépare le plombate de soude, en faUaot bouillir du massicot avec une dissolution de soude caustique. Après quelques minutes d'ébullitioo, on bouche le matras, «n laisse se poser, puis on décante .
VINGT-SIXIÈMB LEÇON.
à l'eau tiède, on les met en tas, puis on les place dans un cuvier à double fond percé de trous, et dont vous voyez ici une esquisse (fig.97).
Ce cuvier ou appareil à lessive fonctionne par circulation continue ou intermittente. La vapeur qui arrive par M chauffe la lessive qui est entre les deux fonds o, et la pousse dans le tube ver-
Fig. 97.
tical / /', d'où elle déborbe sur les chiffons et les traverse pour retourner en o. Comme la vapeur arrive par intermittences, le lessivage des chiffons est intermittent à son tour.
Lorsque le lessivage (qui dure 4 à 6 heures) est terminé, on soutire la liqueur alcaline par le robinet r, on la remplace par de l'eau, puis on opère le rinçage de la même manière.
Les chiffons lessivés et rincés sont soumis à Veffilochage. L'objet de cette opération est de diviser les chiffons de manière à les réduire en 6brilles comme de la charpie, en les brisant le moins possible. On parvient à ce résultat au m^en d'un cylindre armé de lames qui agissent sur les chiffons immergés dans l'eau et les réduisent en pâte. La réussite de l'opération dépend de la limpidité de Teau, du temps que l'on consacre au lavage et à la trituration, de l'état des lames tranchantes et des soins de l'ouvrier. Lorsque l'eau est trouble, on n'obtient qu'une pâte terne, difficile à blanchir, à colorer et à encoller. Les tranchants en acier ne conviennent qu'aux chiffons durs ; les tranchants doux et usés ne conviennent qu'aux chiffons tendres '.
1. Le cylindre armé de lamSs pulvérise le chiifon, c'est ce qui fait qu'on ne fa-
A V effilochage succède le blanchiment^ que l'on peut effectuer autant par Vhypochlorite de chaux que par le chlore gazeux. Cependant , cette dernière méthode n'est pratiquée que lorsque les chiffons sont difficiles à blanchir, ou lorsqu'on veut profiter de Faction du chlore pour désagréger sensiblement leur texture et diminuer ainsi la dépense de force mécanique.
Le mode de blanchiment le plus usuel est celui où l'on emploie l'hypochlorite de chaux (chlorure de chaux) : il se pratique généralement dans des bassins en maçonnerie doublés de carreaux en faïence dure où se meut un agitateur qui, renouvelant sans cesse les surfaces , rend le blanchiment plus rapide. L'opération dure de 24 à 48 heures; elle serait encore plus longue si, de temps en temps, on ne versait dans le bassin de faibles quantités d'acide muriatique, afin de rendre libre l'acide hypochloreux et de donner au bain beaucoup plus d'énergie.
L'emploi du chlore pour le blanchiment du papier, est une innovation qui a ses grands inconvénients, dont le principal est de compromettre la durée du papier kii-même.
Après le blanchiment vient V affinage : opération que l'on peut considérer comme le complément de V effilochage. En effet , les chiffons blanchis sont transportés de nouveau dans le cylindre : ils y trouvent les lames tranchantes disposées de telle sorte qu'elles opèrent sur les fibres végétales une séparation suffisante pour former une pâte susceptible d'être étendue en couches minces uniformes. La pâte, arrivée à cet état, est mise en feuilles, soit à la main^ soit à la mécanique '. Dans ce dernier cas, on encolle la pâte elle-même ; dans le premier cas, au contraire, on encolle le papier tout fait et séché.
L'encollage de la pâte se fait avec un savon résineux *, de l'alun
bricpie pins de bon papier, quel que soit son prix ; le pillon (ancien système) en faisait nn véritable pâte qui donnait des papiers adhérents, que Ton avait peine à déchirer.
1. On appelle papier à la matn, ou a la forme ^ celui qui est préparé en introduisant de la pâte dans un tami^en toile métallique, auquel on fait éprouver un mouvement oscillatoire parfaitement horizontal. Par ce mouvement, Teaa s*égoutte, la pâte s*étend d'une manière uniforme, et constitue une lame d'égale épaisseur, dont la forme rectangulaire est la même que celle du tamis.
Ou appelle papier à la mécanique^ celui qui est fabriqué à Taide d'une machine, qui reçoit la pâte par une de ses extrémités, et la rend par l'autre à l'état de papier, sous forme d'une toile, qu'on coupe ensuite par feuilles. On ne peut se faire une idée exacte de cette machine, qui est d'ailleurs trè»-compliquée, qu'en lisant sa description dans les ouvrages de technologie.
2. Voici comment on prépare le savon résineux. On introduit dans une chaudière, 150 kilogrammes de résine en poudre, avec une lessive obtenue au moyen de 75 kilogrammes de cristaux de soude, 375 kilogrammes d'eau, et 12,5 kilogr. de chaux. L'eaa de lavage et le chauffage à la vapeur augmentent de 150 kilogrammes la pro-
et de la fécule. Les deux premières substances donnent lieu à une double décomposition; il en résulte un savon résineux à base d'alumine qui, uniformément distribué dans la pâte, et par conséquent dans le papier, rend celui-ci imperméable. La fécule contribue à cette distribution uniforme, parce que, sous la double influence de l'alcali du savon et de la température élevée, elle se dilale et se gonfle; dès lors elle divise le savon et le répand également dans la pâte.
Le papier à la main est encollé au moyen de la gélatine^ ou colle forte, et de l'alun. L'emploi de ce sel a pour but de rendre la colle, sinon imputrescible, du moins plus résistante et moins solubie. Cette sorte d'encollage est une opération assez délicate, principalement pour ce qui a trait à la dessiccation du papier déjà encollé. La dessiccation doit être lente, sans cependant durer assez longtemps pour que la décomposition spontanée de la gélatine ait lieu. Dans ce cas, la colle deviendrait liquide et perdrait ses qualités adhésives. Si, d'un autre côté, la dessiccation était trop rapide, la colle resterait disséminée dans toute l'épaisseur du papier et l'imperméabilité ne serait pas alors suffisante. Si le séchage est convenable, l'humidité contenue dans la feuille de papier arrive successivement à la surface, entraînant la gélatine qui vient former une couche superficielle imperméable.
Le papier à la main n'étant encollé qu'à la surface, on conçoit pourquoi, lorsqu'on le gratte, il devient perméable et on ne peut plus y écrire. Le papier mécanique, au contraire, ne perd point quand on le gratte, son imperméabilité, parce que la colle y est également distribuée dans toute l'épaisseur.
Bien que la plus grande partie du papier soit fabriquée à la mécanique, néanmoins le papier à la main, lorsque son chiffon n'a pas été pulvérisé, est le seul qui présente de la solidité et partant des garanties de durée «. Effectivement, c'est avec lui que l'on
portion d*eau, et Ton obtient 750 kilogrammes de savon résineux, après 30 minutes d*ébnllition. (Précis de chimû industrielle de M. Payen, page 662, seconde édition. )
1. M. Rognes a proposé, et PAcadémie a appuyé l'introduction de la fibre textile du bananier dans la pâte du papier ordinaire. Elle pourrait compenser, par sa résistance, la désagrégation généralement trop avancée des chiffons, surtout de ceux, qui proviennent des tissus de coton.
En effet, trois conditions défavorables concourent à diminuer la ténacité du papier. !• Un blanchiment parfois trop énergique au chlore. 2® Une division mécanique poussée trop loin, et nuisant au feutrage des filaments devenus trop courts. 3® L'encollage au résinate d'alumine mêlé d'amidon, qui dépose entre les fibres, ane matière granuleuse dépourvue de liant et de flexibilité.
Ces trois conditions pourraient être modifiées par le mélange des fibres du bananier, susceptibles de mieux résister aux agents chimiques, et au frottement des lames
464 CUmiE ÉLÉMENTAIRE.
fait le papier qui doit servir pour les actes, les registres, les timbres, les dessins, lavis, etc., etc.
Le papier à la mécanique est beau, lisse, blanc, mais il n*a ni la consistance ni la durée de Tautre : il est employé principalement pour l'impression et la lithographie.
Les deux sortes de papier dont nous venons de parler sont deux types autour desquels se groupent d'autres papiers spéciaux. Ainsi le papier dit végétal ou à calquer et les papiers à billets de banque sont fabriqués avec de la filasse de chanvre ou de lin écru. L'acide pectique et les pectates interposés entre les fibres, et les matières azotées adhérentes constituent une colle naturelle qui donne la transparence.
Les papiers communs ou gris se fabriquent avec des mélanges de divers chiffons colorés et des chiffons de laine et de soie non blanchis '.
Le carton se prépare avec de vieux papiers que l'on humecte, que Ton fait pourrir, et que l'on désagrège en les broyant à l'eau sous des meules verticales tournant dans une auge. La pâte est mise en feuilles à l'aide d'une forme spéciale, puis pressée et séchée à l'air libre.
Les cartons fins sont recouverts sur chaque face, de feuilles de papier blanc qu'on applique tout humides avant le pressage.
En Angletterre, on fait, avec du carton, une foule d'objets d'ameublement, tels que tables, nécessaires, etc., etc. Pour que la matière ait plus de ténacité et de liant , on ajoute à la pâte une solution de gélatine, et les objets confectionnés sont enduits de couleurs à l'huile et de vernis solides.
En France, on prépare depuis longtemps une pâte dure désignée sous le nom de car ton-p terre ^ avec laquelle on fait des ornements légers et solides pour la décoration des appartements. Cette sorte de cartonnage est formée avec de la pâte à papier, une solution de gélatine, du ciment, de l'argile et de la craie.
Je terminerai en vous indiquant les moyens qu'a proposés M. Payen, pour reconnaître et distinguer la nature des différents papiers du commerce.
On distingue le papier à la main du papier à la mécanique^
dans les cylindres : ces fibres donnant, comme celles du lin, et du chauTre écm, un papier moins perméable à Tencre, permettraient de diminuer les doses du précipité résineux. [Rapport de M. Payen, lu à TAcadémie des Sciences dans la séance du 12 février 1849.)
1 . On fabrique en Allemagne an papier à gargouêseêf qui étant peu perméable à rbumidité, est très-propre à conserver la poudre. Diaprés les essais de M. Payen, D est composé de débris d'intestins divisés et feutrés.
VINGT-SIXIÈMK LEÇON. 465
à ce que ce dernier , contenant toujours de la fécule, lorsqu'il a été encollé avec la résine, se colore au bleu-indigo dès qu'on le met en contact avec une solution étendue d'iode.
Le papier à la main est reconnu à la quantité d'azote qu'il donne à l'analyse. L'azoteprovient de la gélatine qui a servi à l'encollage. Ce procédé peut servira reconnaître les quantités de laine ou de soie qui se trouvent dans les papiers gris non collés*.
On introduit souvent dans le papier blanc ou coloré des substances minérales telles que sulfate de chaux, svlfate de harite ou de plomb. La présence de ces substances est constatée par une simple incinération : en effet, le papier laissant en moyenne \k\ pour cent de cendres, une quantité plus considérable indiquera la fraude. Il ne faut pas oublier cependant que les eaux séléniteuses^ peuvent introduire dans la pâte une quantité assez forte de sel calcaire.
Le meilleur des papiers à filtrer sera celui qui laissera le moins de cendre.
Enfin, on reconnaîtra sans peine aux caractères suivants les substances qui auront servi à Vazurage,
Quelque soin que Ton apporte au blanchiment des chiffons et de la pâte, il leur reste toujours une légère nuance jaunâtre, que l'on fait disparaître en faisant intervenir une petite quantité d'une matière colorante bleue ou violette complémentaire du jaune. On se sert ordinairement ou de bleu de Prusse, bu de bleu de cobalt, ou d'outremer très- fin, ou de cendres bleues.
Le bleu de Prusse n'est pas altéré par les acides , tandis que les alcalis le décolorent.
Voutremer est décoloré par les acides et en même temps il dégage du gaz sulfhydrique.
Le bleu de cobalt n'est décoloré ni par les acides ni par les alcalis, mais la cendre du papier azuré au cobalt communique au borax, lorqu'on l'essaie au chalumeau , une coloration bleu trèsintense.
Si l'on dissout la cendre du papier dans de l'acide chlorhydrique, et si, en versant sur la dissolution un excès d'ammoniaque, la liqueur prend une belle couleur azurée , c'est une preuve que le papier a été coloré avec des cendres bleues , qui contiennent , comme on sait, du «uivre.
Si , à propos de la cellulose, je vous ai entretenu de la fabrica-
f . On reconnaît le papier d'ifUegUfu axa abondantes vapenrs ammoniacales qiril donne lorsqn*on le calcine, et à la propriété qn^il a de se crisper lorsqu'on le fair hoiiillir dans Tacide acétiqiip.
tion du papier, ce n'est pas seulentent parce que la cellulose est pour ainsi dire la matière première de cette industrie, mais aussi parce que cette industrie est par elle-même assez considérable pour qu'on doive s'y arrêter. La France seule fabrique annuellement 50,000,000 de kilogrammes de papier, qui représentent une valeur de 45,000,000 fr. J'arrive à la fabrication du coton-poudre, M. Schoenbein annonça, en 1846, qu'il était parvenu à rendre le coton aussi inflammable et beaucoup plus explosible que la poudre. Il donna à ce nouveau produit le nom defulmt-coton, de coton-poudre, mais il n'en fit pas connaître le procédé de préparation Depuis longtemps, M. Braconnot avait fait voir que la cellulose et l'amidon dissous dans l'acide azotique très-concentré , puis précipités par l'eau , changeaient de nature et devenaient très-inflammables. Il désigna ces corps, ainsi modifiés, par le nom générique de xyloîdlne, M. Pelouze, à son tour, avait montré que le papier, trempé pendant quelques minutes dans de l'acide azotique monohydraté et lavé ensuite à grande eau, durcissait par la dessiccation et se trouvait alors doué d'une grande inflammabilité. Tous ces faits bien connus firent présumer qu'il devait y avoir une analogie de composition et probablement de préparation entre les produits xyloïdiques et le coton-poudre de M. Schoenbein. En effet, on traita le coton par de l'acide azotique monohydraté et on parvint à lui communiquer les propriétés décrites par le chimiste allemand.
La découverte du coton-poudre avait ému tout à la fois le monde savant et le monde politique. Cette nouvelle substance devait, disait-on, non-seulement remplacer la poudre, mais même produire des effets plus meurtriers encore. Aussi, s'occupa-t-on de toute part de sa préparation , et l'on parvint bientôt à la simpHfier.
Le procédé le plus commode, procédé qui donne un produit qui se conserve parfaitement , est le suivant On fait un mélange de 66 parties de salpêtre desséché et de 4 66 parties d'acide sulfurique concentré, et l'on y plonge 10 parties de coton cardé bien sec. Après quelques minutes, on retire le coton pour le laver jusqu'à ce que l'eau de lavage soit neutre: on le fait bouillir ensuite dans l'eau pendant un quart d'heure, pour qu'il perde toute faculté hygrométrique : on le dessèche, puis on le mouille avec une dissolution de chlorate de potasse à 77, on le presse dans du linge, enfin, on le dessèche de nouveau.
Quand on veut en préparer de grandes quantités, on commence par se procurer d'avance un mélange formé d'un équivalent
d'acide azotique monohydraté ( Az 0*, HO, d = 4,513) , et d'un équivalent d'acide sulfuriqiie très-concentré (SO"', HO, d= 1,842). La masse liquide doit présenter un volume suffisant pour qqe tout le coton y reste immergé. Après 15 à 20 minutes d'immersion, on retire la matière filamenteuse, on la lave jusqu'à ce que toute trace d'acidité ait disparu , on la presse pour séparer la plus grande partie de l'humidité, et on la dessèche sur des plaques chauffées par l'eau bouillante.
La composition du coton-poudre (fulmi-coton, pyroxyle) est représentée par la formule C'* H*^ 0", 5 Az 0" : c'est-à-dire, par
2 équivalents de cellulose , qui ont perdu les éléments de 3 équivalents d'eau et gagné ceux de 5 équivalents d'acide azotique.
Le coton-poudre est insoluble dans l'eau, l'alcool et Tacide acétique, à peine soluble dans Téther acétique et dans l'éther sulfurique; plus soluble dans ce dernier liquide, contenant quelques centièmes d'alcool. l\ s'enflamme et se gazéifie entre + 175" à + 1 SO'». Lorsqu'il a été longuement chauffé entre + 95° et + 1 00», il s'altère et peut alors s'enflammer au-dessous de la température de l'eau bouillante. Les produits de sa combustion sont l'oxyde de carbone, l'acide carbonique, l'azote et la vapeur d'eau.
Lorsque le fulmi-coton est bien préparé, il présente un avantage sur la poudre, car outre qu'à [>oids égal, il est 4 fois plus énergique, il coûte moins à transporter ; il n'est altéré ni par l'humidité ni par l'immersion ; il n'encrasse pas les armes; il fait moins écarter les charges à petit plomb. Malgré ses avantages, il est douteux qu'il puisse remplacer la poudre : premièrement à cause de son prix élevé ; secondement, à cause de ses effets brisants sur les armes , pour peu que sa préparation soit défectueuse ou que l'on exagère les charges; enfin, parce qu'il fatigue les armes beaucoup plus que la poudre ordinaire.
Si le prix de revient du fulmi-coton venait un jour à baisser, il pourrait remplacer la poudre de mine, car, pour ce cas particulier, sa supériorité est aujourd'hui un fait acquis : on n'aurait pas à redouter les inconvénients que nous avons énumérés au sujet de son emploi dans les armes à feu.
Dans ces derniers temps , M. Maynard , de Boston , a fait connaître une nouvelle application du coton-poudre. H le fait servir, sous le nom de collodivm^ à la place de taffetas d^ Angleterre.. Voici son procédé. On plonge du coton dans un mélange formé de
3 parties d'acide sulfurique et de 2 parties d'azotate de potasse : on laisse réagir durant 15 minutes, on lave le coton, on le sèche et on le met à digérer dans de l'éther contenant 6 à 8 centièmes d'alcool. Dès que le mélange a pris l'aspect d'un sirop épais, il
468 CUmiE ÉLÉMENTAIRE.
constitue lé collodium. Étendu à plusieurs couches sur la peau, il forme , en laissant évaporer Féther, une pellicule imperméable très-adhésive, résistant à Teau et à l'alcool.
On appelle pyroxam le pyroxyle préparé avec Tamidon. Il s'enflamme à + 400°, et il est tellement instable, qu'il se décompose spontanément à la température ordinaire, en donnant lieu, dans quelques cas, à une forte détonation.
Le pyroxam s'altère plus rapidement encore dans l'air humide. Il devient d'abord pâteux, puis sirupeux, acide et soluble dans l'eau. Après avoir subi cette altération, il n'est plus explosible et il est devenu en grande partie soluble dans l'alcool anhydre.
Pour avoir du bon pyroxnm on fécule azotique, il faut dessécher la fécule dans le vide à -|- \ 25°, et après qu'elle s'est refroidie, toujours dans le vide, on la délaie dans 45 fois son poids de mélange d'acide sulfurique et azotique. On laisse réagir pendant 6 heure>î, puis on lave. La dessiccation doit être faite rapidement par iin courant d'air à + 40". Ce procédé est dû à M. Vrig.
Toutes les matières composées de cellulose, traitées par le mélange sulfo-nitrique , acquièrent des propriétés qui ont de l'analogie avec celles du fulmi-coton : cependant le pouvoir explosif de ces matières est fort variable : ce qui est dû probablement aux différents états de cohésion de la cellulose.
Beaucoup d'autres matières neutres, telles que sucre^ gommCy mannite, glycérine ^ se transforment en substances explosibles, après avoir subi l'action de l'acide azotique concentré. Ce que l'on appelle la xyloîdine, et que l'on obtient avec les mêmes matières qui donnent le pyroxyle y est aussi le résultat de l'action de l'acide azotique, à cela près que cet acide est un peu moins concentré.
Tous ces composés inflammables et explosibles appartiennent évidemment à la même famille. Ils peuvent être considérés comme des matières neutres, quiontéchangé plusieurs équivalents de leur eau de constitution, pour autant et souvent pour un nombre plus considérable d'équivalents d'acide azotique anhydre.
Maintenant que nous avons étudié la cellulose, abstraction faite des matières étrangères qui l'accompagnent , examinons ces matières étrangères elles-mêmes.
Nous avons déjà dit que ce que l'on appelle ordinairement le bois n'est que de la cellulose , dont chaque cellule a ses parois intérieures recouver tes d'une substance dure et cassante appelée ligneux ou matière incrustante. Plus le système cellulaire d'une plante est riche en cellulose, et plus son bois est dur: c'est pourquoi certains bois sont durs et lourds j tandis que d'autres sont tendres et légers.
La matière incrustante est dure et cassante : l'acide sulfurique la noircit, le chlore la dissout : deux propriétés aptes à la distinguer immédiatement de la cellulose , dont elle diflTère d'ailleurs, parce qu'elle est plus riche en carbone et en hydrogène. C'est pour cela que la cellulose pure est loin d'être un aussi bon combustible que le bois : l'excès d'hydrogène que celui-ci renferme exige, pour brûler et pour former de l'eau, trois fois autant d'oxygène que le carbone, à poids égal, pour former de l'acide carbonique : de plus, l'hydrogène développe, en brûlant, à peu près 4 fois plus de chaleur que le carbone.
La matière incrustante que l'on a appelée célustase^ est un mélange en proportions variables de 4 substances différentes. Aussi, ne présente-t-elle pas toujours la même composition. En la traitant successivement par l'eau , l'alcool , l'éther, l'ammoniaque et les alcalis fixes, on la sépare en tignose, lignoney lignin, ligniréose. (Payen.)
Tous ces principes ne sont point azotés, cependant, si l'on analyse un bois quelconque, on y trouve de l'azote : ce qui fait croire que les matières azotées sont tellement incrustées dans la cellulose même, qu'elles résistent opiniâtrement à tous les dissolvants. On sait, en effet, que rien n'est plus difficile que d'isoler la cellulose du bois: et les fibres textiles dont la matière est incomparablement plus pure que celle du bois, ne doivent êlre considérées comme formées exclusivement de cellulose qu'après avoir éprouvé pendant longtemps , et bien des fols , l'action des alcalis , des acides, du chlore, et de la lumière.
Considérons maintenant le bois proprement dit. Le bois est plus dense que l'eau; s'il flotte sur l'eau, c'est par suite de l'air qu'il contient dans ses pores. On ne peut en fixer ni la densité , ni la composition, car elles varient d'un bois à un autre. En effet, pour donner un exemple, la densité de l'érable et du sapin est 1,46, tandis que celle du chêne et du hêtre est 1,53 : le tronc du tremble renferme 49,26 ®/o de carbone; celui du bouleau en renferme 50,29.
On divise les bois en bois blanc^ bois dur, bois de travail et bois résineux. A chaque dénomination se rattachent des idées de propriétés et d'applications différentes. Aussi le peuplier est-il réservé, par suite de sa grande légèreté, pour la fabrication des enveloppes grossières, caisses, tonneaux, etc., etc*. Le bouleau,
i. M. le baron Seguier trouve le peuplier de la Caroline, snpérienr aux bois les pliis durs pour la menuiserie. Quant au. peuplier d'Italie, sa culture commence à Atre abandonnée, parcp rpril fait beaucoup de tort aux terres environnantes. II. iO
dont le tissu est plus serré, quoiqu'il soit toujours un bois léger, sert à la confection d'objets plus soignés , tels que boîtes, tabatières, etc., etc. : on le distille aussi pour en tirer une matière goudronneuse qui, mêlée avec des jaunes d'œufs et appliquée aux cuirs par le corroyage, leur communique Todeur et les qualités du cuir de Russie. D*autres bois légers, tels que aunes^ bourdaines^ tilleuls, fusains, saules^ tiges écorcées àe chanvre , etc., etc., sont employés à la préparation des allumettes ou d'un char« bon très-combustible pouvant entrer dans la composition de la poudre.
Les bois durs indigènes que Ton utilise le plus communément pour le chauffage ou pour divers ouvrages de menuiserie sont ceux de chêne, de hêtre, de charme, d'orme, de frêne, de cormier, de noyer, de châtaignier et d'acacia. Ce dernier bois est Tun des plus estimés à cause de sa grande dureté, de sa rapide croissance et de sa résistance au frottement et à la pourriture. Ainsi , les dents des roues d'engrenage, les bobines des filatures de lin, les chevilles, les gurnables (chevilles des navires), les rais de roues, les coins des rails et les traverses des chemins de fer, les échalas des vignes, les tuteurs des pépinières, offrent le double avantage de la bonne qualité et de l'économie lorsqu'ils sont faits en acacia. On a lieu de s'étonner que nous ne cultivions pas davantage un arbre si utile.
On désigne par bois de travail les bois qui servent à l'ébénisterie et au placage. Ces bois sont durs et généralement exotiques. Leur beauté tient à ce qu'ils ont un tissu injecté de matières colorantes et de matières incrustantes très-denses : aussi se coupent-ils facilement en lames très-minces et prennent-ils un beau poh. Les Antilles, le Brésil , le Japon, les Indes orientales, nous fournissent les bois de travail les plus estimés.
Quelques-uns de ces bois, tels que le bois de rose, Vamyris balsamifera, la cedrela odorata, répandant une odeur agréable, sont réservés pour la confection de petits meubles, poiir garnitures et objets de luxe. D'autres bois, doués d'une excessive dureté, sont plus particulièrement réservés pour les menus objets faits au tour : ce sont notamment le gayac, le sainte-Lucie^ Yébène, le buis.
Les bois dits résineux , tels que le pin , le mélèze , le cèdre, etc., etc., ont pour caractère distinctif de résister longtemps aux agents atmosphériques et de donner en brûlant plus de chaleur que les bois blancs * . Ils doivent ces deux propriétés à
1. M. If» pftnôral Morin/Voiilanl sp rondro compte des prix Tnarohands dps rorf.iinv
la résine dont ils sont imprégnés. Les bois résineux ont donc le double avantage d'être très-propres aux constructions exposées à rhumidité et en même temps d'être de bons combustibles.
Le bois, quelle que soit sa dureté et sa compacité, subit tôt ou tard les effets des influences destructives de l'humidité et de l'air*. De tous les principes du bois, le principe azoté est celui qui contribue le plus à rendre efficaces ces influences. C'est lui qui , sous l'action de l'humidité de l'air, et peut-être aussi d'une certaine température, s'altère et devient , par rapport aux autres principes, un véritable ferment : il se manifeste alors un travail lent qui a pour effet de décomposer les matières neutres constitutives du bois.
C'est encore le principe azoté qui , servant de nourriture aux divers insectes, les attire sur le bois, qu'ils pénètrent et détériorent rapidement. Il y a plusieurs années, les termites se propagèrent avec une telle rapidité dans les ports de 1^ Rochelle et de Rochefort, qu'en peu de temps des travaux considérables furent détruits. C'est surtout dans les pays où il n'y a pas d'hiver, que les insectes occasionnent les plus grands ravages. M. Boussingault raconte qu'à Popayan, dans l'Amérique méridionale, il est difficile de rencontrer dans un bâtiment même de construclion récente, un morceau de charpente qui ne soit pas vermoulu. Dans ces derniers temps, M. Quatrefages a proposé, pour détruire ces insectes, les fumigations de chlore, ou de gaz acide sulfureux. Enfin, c'est encore par la même cause que diverses végétations cryptogamiques se développant à la surface et jusque dans le centre des bois les plus résistants, occasionnent des dégâts aussi considérables que ceux produits par les insectes. On sait que le vaisseau le Fou-
bois employés comme comlnistibles, a comparé les espèces et lem poids relatifs, et il a trouvé qae Tusage et la pratique avaient équilibré eux-mêmes la valeur réelle de chacnne d^elles. £n sorte que, si ou représentait par 1 ,000 Funité calorique de Torme, du charme, du chêne, du peuplier, etc., etc., on retrouverait pour la même somme d'argent, la même quantité de principes calorifiques dans les nus que dans les autres. D'où il faut conclure, que malgré les différences qui existent non*«enlement entre les variétés de bois, mais encore entre leur valeur spéciale, l'intérêt privé est arrivé naturellement à en niveler lés prix, qui sont en réalité en raison du pouvoir calorifique de chaque bois.
1. M. Melsens a montré qu'un objet en chêne neuf, acquiert par une courte expo* sition aux vapeurs ammoniacales humides, l'aspect qu'il acquerrait en restajit exposé pendant longtemps à l'air.
Par cet artifice on serait maître de donner un air de vétusté, aux meubles, et aux sculptures modernes.
Cette observation explique pourquoi dans les pauvres fermes on trouve des meubles en chêne d'une teinte si foncée qu'elle paraît noire : il est évident que la cause en est due au voisinage des étables, à la malpropreté, et à l'aérage défectueux.
472 CHIMIE éLÉMENTAIIIB.
droyant de 80 canons, lancé en 4798, dut être radoubé et refondu presque en entier en 4 802. Les cryptogames Tavaient tellement envahi, qu*il était tombé en pourriture.
On rencontre souvent de vieux arbres dont le tronc se décompose lentement à l'intérieur et finit par se réduire en une poudre d'un brun plus ou moins foncé. Quand cette décomposition est très-avancée, il suffit d'un choc un peu fort pour faire tomber une grande quantité de cette poudre.
L'analyse élémentaire, répétée sur différents échantillons, a montré que la composition de ce produit d'altération n'est pas constante ; l'analyse immédiate montre, de son côté, que ce produit est formé essentiellement de deux matières distinctes : l'une est du bois qui , en éprouvant l'influence continuelle d'une lente combustion, se dénature et s'altère ; l'autre est le produit immédiat de cette altération.
Le bois en voie de décomposition, et que l'on appelle bois charbonneux, est insoluble dans les alcalis : la matière dans laquelle il se transforme, et qu'on appelle humus ou (icide humique^ y est , au contraire, très-soluble.
La composition chimique de ces deux substances n'est point constante. On peut dire seulement que le bois charbonneux contient moins de carbone que Vhumus^ et que ce dernier, suivant M. Soubeiran, peut en contenir jusqu'à 55 p. «^/o.
Les formules déduites de différentes analyses faites sur plusieurs échantillons d'Awmt/5, accusent une composition représentée tantôt par de l'eau et du carbone, tantôt par ces mêmes principes, plus de l'hydrogène. On voit que l'acide humique dont nous parlons, diffère des acides noirs que l'on tire du sucre par l'action des acides minéraux {leçon xxii«, p. 40) et qui portent les noms d'acides humique^ ulmique, sacchulmique .
En traitant donc par les alcalis ce que l'on appelle le bois altéré, on lui enlève la portion humique, et il reste une matière qui continue à subir l'action de l'air et devient peu à peu sokible dans les alcalis.
L'acide humique ou l'humus est amorphe et noir : vu en masse, il a un aspect luisant; il est insoluble dans l'eau; il ne forme de sels solubles qu'avec les alcahs : expulsé de ses combinaisons par un autre acide, il s'unit à une faible portion de cet acide et il acquiert alors une certaine solubilité dans l'alcool. Enfin, l'acide humique naturel renferme toujours de l'azote, dont la quantité s'élève quelquefois jusqu'à 2,5 p. %, azote qui doit appartenir à du carbonate d'ammoniaque condensé dans les pores de l'acide lui-même.
Telle est l'altération spontanée que le bois éprouve sous Tinûuence de l'air libre/
Puisque la cause principale de la détérioration du bois réside dans l-altération des principes azotés, toute substance qui rendra ces derniers inaltérables sera un agent conservateur du bois. Quelques substances, tels que le taniriy le pyrolignite de fer, le sulfate de cuivre, le bichlorure de mercure^ le chlorure de zinc, agissent directement sur le principe azoté du bois, se combinent avec lui et le rendent imputrescibte • : d'autres, telles que les matières grasses, agissent mécaniquement et ne font que mettre le principe azoté à Tabri des causes détériorantes.
Depuis quelques années, on a pratiqué différents procédés de conservation qui, tous, ont donné des résultats satisfaisants : toutefois, si on les compare, on voit que certains d'entre eux doivent l'emporter sur les autres. En effet , le procédé qui fait pénétrer l'agent conservateur dans les méats les plus déliés et dans les parties les plus compactes du bois, doit être meilleur que celui par lequel l'agent conservateur n'arrive qu'aux parties les plus accessibles et les moins dures.
M. Payne, par exemple, fait d'excellents produits, en réalisant sur une grande échelle, une idée de M. Bréant: il remplit de bois un grand cylindre , dont l'air est chassé par la vapeur ; celle-ci se condense par le refroidissement et forme un vide ; en ouvrant un robinet , le liquide conservateur se précipite dans le cylindre , pour y remplacer l'air : une pompe foule le liquide jusqu'à la pression de 1 0 atmosphères , de sorte que au bout de 6 à 4% heures, suivant la nature du bois, la pénétration est effectuée , souvent jusque dans le cœur. Il est évident qu'un bois préparé de cette manière, doit se conserver plus longtemps, que celui qui est préparé par le procédé de M. Boucherie : procédé, du reste,
1. Le taret fait, sur les côtes d^arope, des rayages coDsidérables ; il occasioDne particulièrement de grandes pertes dans les chantiers oii Ton conserve sons Tean les approyisionnements des bois destinés aui constructions navales.
Pour préserver ces approvisionnements des attaques des tarets, il faudrait, an lien de laisser le bois dans les chantiers en pleine eau, Pemmagasiner dans les bassins. Fendant la durée de la ponte, on maintiendrait dans le liquide une proportion suffisante de sublimé corrosif, ou de toute autre substance dont Faction aurait été reconnue poar être suffisamment énergique.
Suivant M. Quatrefages, un demi-kilogramme de bichlorure de mercure (sublimé corrosif) suffirait pour tuer tous les spermatozoïdes du taret contenus dans 20,000 mètres cubes d'eau de mer. Les sels de plomb et de cuivi-e, employés en plus grande proportion, pourraient remplacer le bichlorure de mercure, dont le prix est comparativement assez élevé.