APRKS L'INCENDIE DE MAI
La bibliollièquc du palais du quai d'Orsay, anéantie par l'incendie du mois de mai 1871, était assez riche en ouvrages de léjfislation , de jurisprudence, dadminisiralion, d'économie politique, d'histoire et même de belles-lettres.
Elle était de formation relativement récente. Lorsque le Conseil d'Etat était installé aux Tuileries, sous le Consulat et l'Empire, il avait à sa disposition la bibliothèque formée d'abord pour le Directoire exécutif, considérablement enrichie par les ordres de Napoléon I", mais dont une grande partie avait été transportée, en 1807, au palais de Fontainebleau.
A partir de 182/1, le Conseil d'Etat fut installé au palais du Louvre et sa bibliothèque devint la bibliothèque du Roi; elle s'enrichit encore dans ces nouvelles conditions; toutefois, elle cessa d'être exclusivement à la disposition des membres du Conseil.
Mais en 1 882 , le Conseil d'Etat ayant été transporté à l'hôtel Mole, on reconnut la nécessité de lui constituer une bibliothèque spéciale. Une décision royale en forma le premier fonds avec tous les ouvrages de jurisprudence qui existaient en double à la bibliothèque du Louvre, des ouvrages sur la même matière provenant des anciennes souscrip-
lions de ia Couronne, enfin des livres de droit qui se trouvaient dans les bibliothèques des châteaux de Saint-Cloud, de Fontainebleau et de Compiègne , et qui formaient des doubles d'ouvrages existant à la bibliothèque du Louvre^.
A cette première collection étaient venus se joindre successivement,
surtout après l'installation du Conseil d'Etat au palais du quai d'Orsay, des ouvrages ou des documents provenant d'acquisitions ou de libéralités. Il faut signaler notamment, parmi ces nouveaux éléments, la partie de la bibliothèque de Cuvier consacrée aux études juridiques. Nous devons encore mentionner des documents dont la perte est irréparable, plusieurs volumes in-folio manuscrits renfermant les travaux et la correspondance de Bigot de Préameneu, président de la section de législation au Conseil d'Etat à l'époque de la rédaction des Codes et plus tard ministre des cultes. Ces papiers avaient été légués au Conseil par la fille de Bigot de Préameneu, madame la baronne Nougarède de Fayet. Us avaient été consultés par M. le comte d'Haussonville pour la rédaction de son ouvrage sur l'Eglise romaine et le premier Empire. Ils ont péri dans l'incendie, à l'exception d'un petit volume renfermant un certain nombre de lettres de Napoléon P', qui a été retrouvé à l'hôtel du ministère de l'intérieur et restitué au Conseil d'Etat.
Il a fallu reconstituer à nouveau toute une bibliothèque pour le service du Conseil. La partie essentielle de l'œuvre a pu être assez rapidement menée à bonne fin, grâce aux crédits ouverts pendant plusieurs années sur le budget de l'Etat par l'Assemblée nationale, grâce aussi à des libéralités nombreuses faites par les administrations publiques, l'Institut de France, des sociétés savantes, par des membres du Conseil d'Etat actuel ou de l'ancien Conseil d'État et même par des familles d'anciens membres du Conseil.
Aujourd'hui, la bibliothèque possède environ 18,000 volumes.
' Nous avons puisé ces renseignements dans VHisloira du Conseil d'Elal, par M. Regnault, bibliothécaire du Conseil, 9" édition, p. ^9/1.
Deux calalo[jues on! vW' drossés. Tiin dans l\n'dr(* alpliabolujiu», t'autre dans un ordiv syslLMiiali(ine (111011 a ihorclu' à a|)|>n)|)ri(M- aii\ besoins parliculiers du Conseil d'Klal.
La publication de eo calaloijuo pouirail assurénienl èlre inléressante et utile pour faciliter les recherches. Mais ce serait un travail Irès-considéiable. 11 suilira de mentionner ici les dilVérents ordres d'idées aux(|uels se rallachent les ouvra{|es réunis à la bil)liothè(iue.
Avant tout, on a dil former une collection des textes de la lé{jislalion iVan(;aise antérieure et postérieure à 1789, et des documents parlementaires postérieurs à 1789, puis des traités, dictionnaires, répertoires, re\ues concernant les diiïérentes branches du droit.
Toutefois, eu éjjard au chilTre du crédit dont on disposait, il a fallu se borner, pour le droit antérieur à 1789, pour le droit civil, la procédure civile, le droit commercial, le droit pénal, le droit des gens, aux ouvragées essentiels.
C'est surtout pour le droit public, pour le droit administratif, les finances et pour les documents se rapportant à l'administration qu'on a dii s'applicpicr immédiatement à rendre la collection aussi complète que possible. Toutes les publications ollicielles : bud^jets, comptes rendus, enquêtes, statistiques, sont placées à côté des ouvrages juridi(|ues consacrés à l'étude de chaque matière.
Les ouvrages d'économie politique fournissent également des matériaux importants pour les travaux de législation et d'administration. Ils ne pouvaient être négligés.
La législation étrangère donne lieu en ce moment, et avec raison, à des recherches considérables. Une partie de la bibliothèque du Conseil y a été consacrée.
Une place a dû être également faite à l'histoire générale et spécialement à l'histoire de l'Europe et de la France, à la géographie et enfin aux chefs-d'œuvre de la littérature.
Mais malgré les soins qui ont été donnés à la formation de la bibliothèque, malgré le zèle des employés qui y sont attachés, on ne peut pas dire que l'œuvre soit terminée et qu'on ait encore rendu au Conseil d'Etat l'instrument de travail que lui avait enlevé l'incendie de 1 871 .
En terminant cette courte note, nous avons à remplir un devoir de gratitude envers les nombreux donateurs dont les libéralités plus ou moins importantes ont contribué à la formation de la nouvelle biblio-
tbèque du Conseil d'Etat. En publier ici la liste, est, ce nous semble, la meilleure manière de leur témoigner la reconnaissance du Conseil.