C'est à ce commentaire extravagant qu'il faut attribuer
l'intelligf:nce de « i/knfer » 73
bien au contraire comme un système de pentes graduelles, ménagées sans vaine précipitation, vers des états fixes et clairs. Une harmonie savante, un profond sentiment des correspondances mystiques se dégage de l'économie du lieu douloureux. D'un cercle ou d'une fosse à lautre, les clameurs, les aveux, les récits de supplices ne cessent pas de souligner les significations morales des enceintes dessinées en lignes de feu ou de sang sur les grisailles de la nuit. Ces fonds détachent toute silhouette souffrante avec une intense énergie, mais sans efie-t de couleurs brutales, grâce à la molle estompe d'une fumée de deuil qui enveloppe l'atmosphère et le paysage. Cependant le relief des terrains successifs apparaît avec une netteté si parfaite qu'avec l'aide de notre guide, on peut se promener comme en pays de connaissance à
le jugement bizarre porté sur Dante par le solide esprit de Proudhon. (Voir Proudhon, Les Fenunelins. Les grandes figures romantiques. Introduction d Henri Lagrange, collection du Cercle Proudhon, et aussi revue d'Action française du 15 février 1912.)
travers ce royaume imaginaire de la poésie. C'est mal imiter Farinata que « prendre l Enfer en mépris ». C'est là que Dante a le mieux construit. Surtout grand musicien dans le Paradis, statuaire incomparable dans les basreliefs de la montagne du Purgatoire, on peut se rendre compte qu il a été architecte supérieur dans la conception et l'exécution de l Enfer. Sans blasphémer, sans préférer quoi que ce soit à la perle du Purgatoire, même en continuant à tenir en affection supérieure la lumière angélique du Paradis, il ne sera plus permis de laisser réduire les splendeurs de la tragédie souterraine aux épisodes d'Ugolin et de Timmortelle Françoise, ni au spectacle de quelques tortures ingénieusement raffinées. M™*' Espinasse-Mongenet a rendu tout à fait sensibles un très grand nombre d'autres grandes beautés que nous avions eu le tort d oublier. C'est dans sa version que, pour ma part, je me suis vraiment rendu compte de certaines énumérations d'une telle grâce qu'on en trouverait difficilement de plus douces dans Homère. Elle m'a fait com-