Purgatoire, XXX, XXXI
de soutenir et, en quelque mesure, de satisfaire l'ardeur inquiète de cette âme en perpétuel mouvement. Elle Téclairera de sa flamme d'étoile fixe. Elle l'assistera du sourire éternel. La mort fut presque heureuse si elle défendit la vierge impossédée des vicissitudes terrestres et sut lui conserver comme un cristal incorruptible toute l'intégrité des honneurs que l'amour n'est pas toujours le maître d'accorder à son vœu. L'enthousiasme du respect et du souvenir à ce degré de concentration et d'excitation devait aboutir à une sorte de culte ; cet amour sans terme vivant fondait presque une religion. L'imagination et le cœur du poète n'avaient peut-être pas entière conscience du pieux artifice. Si les idées de Dante lui défendaient de concevoir honnêtement la disparue comme anéantie et dissoute, sa foi à l'immortalité de toutes les âmes ne s'opposait aucunement à ce qu'il composât en faveur de celle-ci un bonheur privilégié, doucement traversé d'une juste et tremblante sollicitude pour l'épreuve et pour l'aventure auxquelles restait exposé le terrestre
ami pèlerin. II n y a pas de consolation plus touchante. Même dans la mesure de la raison sans foi, cette pensée est la plus belle de la terre. Le grand amour unique trompé, mais non flétri, et dont un seul soupir, parmi les oublis et les chutes, éveille une souffrance qui témoigne de sa vertu, cet amour relevé et orné de tous les trésors de Tart poétique et moral d'une civilisation chevaleresque et théologique porte les signes du travail ingénieux de Tâme humaine, mais il garde la fleur de sa sincérité et de sa bonne foi. Son sourire ressemble à celui de Textase. Il ne se raille point. Comme tout le système, qui venait de Provence', il respire, au contraire, le sentiment profond de la gravité d'une vie qu'il sublime et qu'il dramatise à jamais. Au-dessus des fumées variables et fugitives, dans une zone où tout se tient, où rien ne périt, la passion, qui n'est cependant que le trouble, le sentiment, qui se compose
1. Et qui y est retourné, comme le marque suffisamment le thème du Calendal de Mistral.
de changement, aspirent, selon le grand mot du philosophe, à devenir aussi réguliers que le cier, et ainsi les choses du cœur prennent-elles toute la durée et la consistance dont elles sont capables ; inversement, les choses immortelles et inaltérables subissent une transformation qui les adoucit et les rapproche de nous. Quand Béatrice paraît, l'étoile elle-même s'anime et lui rit de bonheur : — Que ne fis-je, à mon tour, ajoute le poète, moi qui ne sais que tressaillir, m émouvoir et me transmuer en tous sens !
E se la Stella si camhio e vise
Quai me fec io che pur, di niia natiira
Transmutahile son per lutte guise - .'
Les étoiles s'animent, les divinités s'attendrissent et s'humanisent afin de répondre à ce pauvi'e effort que fait le cœur de l'homme pour s'affermir. Il faut se rendre compte du céleste encouragement 1 Près de notre âmeimpression-