CHAPITRE TROISIÈME La loi de
NOUVELLE LOI SCOLAIRE — RÉORGANISATION DU CON- SEIL — L'ENSEIGNEMENT DE L'AGRICULTURE AUX ÉCOLES NORMALES — M. DELAGRAVE PRÉSIDENT DU CONSEIL — (CLASSIFICATION DES ÉCOLES — C'HAN- GEMENT DE GOUVERNEMENT — LA SÉRIE DES LIVRES MoNTPETIT.
Au cours de la session de 1869, la législature fit de notables changements à la loi scolaire et modifia la constitution du conseil de l’Instruction publique. Le nombre des membres de ce corps qui était de quinze au maximum fut élevé à vingt-et-un, les catholiques formant les deux tiers et les protestants l’autre tiers de ce Conseil.
Après sa réorganisation, le conseil se partagea en deux comités, l’un catholique, l’autre protestant, chacune de ces sections ayant la direction des affaires scolaires de chacune des deux grandes dénominations religieuses de la province. Le ministre de l’Instruction publique, et à son défaut, le surintendant, devait faire partie soit du conseil plénier, soit de l’un et l’autre de ses comités. Le conseil fut aussi investi du pouvoir de décider la création de deux conseils de l’Instruction publique, avec des juridictions distinctes quant à la régie respective des écoles catholiques et protestantes, cette décision était sujette à l'approbation du gouvernement: mais le conseil ne se
prévalut nas du pouvoir qu’il avait d'établir deux conseils séparés. !
En outre, la loi changea le mode de distribution du fonds de l’éducation supérieure. Jusqu’alors, ce fonds avait été réparti annuellement par le surintendant lui-même, avec l’approbation du gouvernement, entre les universités, les collèges classiques et les écoles primaires autres que les écoles élémentaires. La distribution de cet argent allait désormais se faire aux maisons d'éducation supérieure des deux dénominations religieuses, en proportion de l’importance relative de la population catholique et de la population protestante, telle que constatée par le recensement décennal du Canada.
A la réunion «'::utomne de l’année 1869, M. Cherrier déclara qu’il ne pouvait, pour des raisons particulières, accepter la présidence du nouveau conseil. Après avoir manifesté son regret de cette décision, celui-ci, sur pro-
position du Lord évêque de Québec, appela M. Jacques Crémazie à le remplacer.
Pour se conformer à la nouvelle législation, le conseil se partagea en deux comités distincts, dont l’un et l’autre se mit en frais de procéder sans délai à son organisation. Le comité catholique choisit M. Crémazie cemme son président et le Dr Giard comme son secrétaire. Au comité protestant, le juge Day et M. H. Miles se virent choisis respectivement comme président et comme secrétaire.
On décida d’un commun accord de soumettre à l'examen des deux comités les livres de classe dont on demanderait l’approbation pour les écoles catholiques et les écoles protestantes. S'il arrivait que ces manuels ne fussent recommandés que par l’un des comités, le conseil
1 Loi de 1869 — 32 Vict. chap. 16, sect. 5 et 6.
pouvait les approuver, mais avec la mention que leur approbation était demandée par tel comité et seulement pour les écoles soumises à sa juridiction Il est à remarquer que dans les décisions qui pouvaient concerner les droits des pères de familles ou 1es privilèges de la minorité religieuse, le conseil cherchait constamment à éviter tout ce qui aurait pu froisser ou mécontenter les intéressés et à ne rien prescrire qui pt troubler l’harmonie entre catholiques et protestants. De fait, depuis cinquante-huit ans qu'il existe ce corps a toujours parü animé d’une largeur de vues et d’un esprit d’impartialité et de justice qui font heureusement contraste avec les dispositions agressives et les idées bornées de quelques hommes publics à l'égard de la minorité catholique dans certaines provinces de la confédération. Placé à la tête du gouvernement, M. Chauveau s’occupa de la très importante question du développement de l’agriculture laquelle, aux yeux des chefs de l'état, ne progressait pas assez rapidement. Convaincu qu'il fallait donner l’enseignement pratique de cet art dans les écoles normales, il chargea en 1868 M. l'abbé J.-O. Rocher, préfet de discipline à l’école normale Jacques-Cartier et alors en congé à Rome, de visiter en Europe les écoles d'agriculture et les fermes modèles annexées aux écoles de pédagogie.' Mais M. Routhier étant revenu au Canada avant d’avoir reçu avis de la mission qu’on voulait lui confier, M. l'abbé J.-A. Godin, directeur d’une exploitation agricole à Sainte-Thérèse, fut choisi pour le remplacer. Le ministre le pria donc d’aller examiner les fermes-écoles en Belgique, en France et en Irlande et de séjourner même quelque temps, s’il le jugeait utile, dans une de ces institutions. M. Godin traversa immédia-
! Aujourd’hui, Mgr J.-O. Routhier est le vicaire général de l’archevêché d'Ottawa.
tement en Europe et visita, entre autres maisons du genre,
les écoles normales en possession de jardins où l’on enseignait aux élèves la science pratique de l’horticulture et de l’arboriculture. :
Pour donner suite sans doute au rapport que fit M. Godin de sa mission, le conseil sur l'initiative de M. Chauveau appuyé par l’évêque anglican de Québec, chargea les deux comités de préparer des règlements destinés à l’enseignement de l’agriculture dans les écoles normales.? Le règlement préparé pour les écoles Laval et Jacques-Cartier décréta qu'on enseignerait la théorie de l’agriculture durant deux heures par semaine. Quant à la pratique, les élèves-maîtres devaient, selon la saison, être employés aussi deux heures par semaine à travailler au jardin ou sur la ferme.
Le projet d'acquérir des fermes pour les écoles normales ne fut pas mis à exécution. Cependant l'école normale Jacques-Cartier, depuis qu’elle est établie au parc La Fontaine à Montréal, possède un beau et vaste terrain qui permet aux élèves de recevoir d’utiles leçons d’horticulture. De leur côté, les élèves de l’école normale protestante, après avoir été privés pendant cinquante ans de l’usage d’un terrain agricole, ont aujourd’hui le précieux avantage d’habiter sur la ferme du collège Mac- Donald à Sainte-Anne de Bellevue et de pouvoir profiter des leçons qui se donnent à cette magnifique école d’agriculture. L'école normale Laval a tout récemment fait,
à proximité de la ville de Québec, l'acquisition d’un grand terrain pour l'instruction horticole de ses élèves, et les autres écoles normales de la province ont aussi chacune un jardin d’expérimentation.
1 Le rapport de M. Godin est inséré dans le rapport annuel du ministre
de l’Instruction publique pour l’année 1869, p. 21. * Session de juin 1870.
nr
Le conseil, dans sa profonde et constante préoccupation de perfectionner l’enseignement, mit au concours, sur la proposition de Mgr Langevin de Rimouski, la composition d’une série graduée de livres de lecture catholique adaptés aux besoins de l’époque. ! Un comité spécial, formé de l'archevêque de Québec, de MM. Chauveau, Crémazie et Delagrave, recommanda de faire une série de cinq manuels pour les écoles élémentaires et de deux autres pour les écoles du degré supérieur et traça les lignes du cadre qui devait renfermer les sujets à traiter.
L'année suivante, le conseil eut à déplorer Ja mort de son président, M. Jacques Crémazie. Cet éducateur avait porté un grand intérêt à la cause de l’enseignement Auteur du mémoire dont nous avons parlé précédemment, ‘ il a laissé la réputation d’un homme animé du désir d’être utile à la jeunesse de son pays. Lors de l'inauguration de ses cours, l’université Laval, confiante dans l’érudition de M. Crémazie, l'avait choisi comme son professeur de droit civil.
M. Delagrave remplaça M. Crémazie au fauteuil présidentiel. Au début de cette présidence, le conseil s’occupa de la classification des écoles. En ce temps-là, le cours primaire était d’une durée de 4 années dont 2 pour les écoles élémentaires, 1 pour les écoles modèles et l’autre pour les écoles académiques. Le rapport que présenta le sous-comité chargé de préparer le nouveau tableau de classification, fut l’objet d’une intéressante discussion. Au cours de cette délibération, M. Chauveau proposa d’ajouter au programme d’études des académies, comme matière obligatoire, la grammaire latine, les versions latines et l’explication des auteurs latins depuis
1 Séance d'octobre 1871.
l’Epitome jusqu'aux Commentaires de César; et, à titre facultatif, les éléments de la grammaire grecque, les versions et l'explication des fables d’Esope. !
Le ronseil ne voulut pas toutefois accepter cette proposition, craignant qu’un programme de cette sorte ne fût une occasion offerte aux jeunes gens de se dispenser de suivre un cours complet d'études classiques. Étant donnée la facilité avec laquelle on admettait à cette époque les élèves à l'étude des professions libérales, il préféra écarter le risque de transformer nos écoles de pédagogie en institutions où nombre de ces aspirants seraient accourus recevoir à moindres frais et d’une manière hâtive, une formation littéraire et philosophique incomplète et partant
- inférieure à celle que donnaient nos maisons d’enseignement secondaire. $
D'autre part, le comité protestant désapprouva la division en quatre classes du cours scolaire qu'il avait sous son contrôle, il préféra la division en deux classes. Les écoles de la première catégorie s’appelleraient “écoles normales” dans lesquelles on enseignerait la lecture, l'écriture, l’arithmétique et les éléments de la grammaire et de la géographie. Les écoles de la seconde section porteraient le nom d’écoles de grammaire (Grammar schools) et les élèves y étudieraient, outre les matières de la première catégorie, le latin, le grec, le français et les éléments des mathématiques.
L'approbation donnée au tabieau de classification des écoles en quatre classes ne s’appliqua qu'aux écoles catholiques. Afin que l’on puisse mieux comparer le programme suivi dans les écoles dont nous ‘venons de parler avec le programme d’études maintenant en vigueur, nous croyons utile de les donner ici en regard l’un
1 Régistre du conseil de l’Instruction publique: Vol. I, p. 420.
de l’autre. Le Programme une durée de huit années au li de constater combien plus
complet
ment des matières de classe:
assigne au cours primaire eu de quatre, et il est facile s’y trouve le groupe-