A M. LE COMMISSAIRE DE POLICE
« Je suis sortie de chez moi pour aller chez le bijoutier qui » est dans la rue Caumartin; je lui ai vendu mon anneau de » mariage ; il m'en a donné trois livres dix sous. Je suis allée » chez l'épicier ; j'ai acheté une livre de chandelles, qui m'a » coûté quatorze sous ; de là je suis entrée chez la fruitière où » j'ai acheté pour seize sous de charbon, un boisseau. Je suis » retournée chez l'épicier, j'avais oublié de prendre un briquet » phosphorique que j'ai payé six sous. J'ai repassé chez la » fruitière , pour y prendre un fourneau en terre; je l'ai payé » douze sous. Je suis revenue sur le houlevart, et j'ai long- « temps cherché un papetier ; un cocher de fiacre m'en a in- » diqué un, rue des Capucines. Je suis allée chez lui , j'y ai » pris deux cahiers de papier à lettre , du prix de trois sous » chacun ; deux plumes , quatre sous ; une bouteille d'encre de » dix sous; des pains à cacheter, un sou. J'avais pensé à ache- » ter un soufflet, mais je n'avais plus que cinq sous; on les » trouvera sur ce papier que je déposerai dans un coin de » cette chambre. Je soufflerai moi-même le charbon. Avec ce » qui me restera de papier et d'allumettes, il prendra feu ai- » sèment. Je me suis mise dans le boudoir qui est près de mon » salon. Il est très petit et sera bientôt rempli par la vapeur...
ADIEUX. ôiô
» Je souffrirai moins. — Je n'ai ni chaises ni tables, et je nie » suis assise parterre, pour écrire sur mes genoux les lettres » que je mettrai sur le marbre de la cheminée, et que je prie » qu'on remette exactement aux personnes à qui elles sont » adressées. Je viens de visiter la cheminée, elle a une » trappe, je l'ai fermée.
» Je suppose que ces détails, dont on pourra vérifier » l'exactitude, suffiront pour que Ton n'accuse personne de » ma mort. Je viens d'entendre sonner sept heures à la pen- » dule de ma chambre... Je mettrai au bas de ce papier » l'heure où j'allumerai le charbon. »