VII
Il y en eut un accès au commencement du christianisme mal compris. Quelques moines et quelques prêcheurs, confondante principe divin d2 charité, de fraternité et de communauté des âmes, le communisme du sentiment, en un mot, avec le communisme des biens, l'extinction de la propriété et la supj^ression de la famille, prêchèrent l'égalité des parts sur le sol, la condamnation des propriétaires, le fanatismedu céhbat. Le vrai christianisme revint sur leurs pas, reconnut et sanctifia tout cela en rougissant des exagérations de ses sectaires. 11 n'en resta rien que quelques institutions oisives et mendiantes, qui n'auraient même pas pu mendier s'il n'y avait pas eu des propriétaires et des travailleurs pour les nourrir d'aumône et d'oisiveté. .
Il y eut un de ces accès en Orient quelque temps après Mahomet. Les mahométans socialistes se rassemblèrent en armée nombreuse et fanatique dans les
montagnes de Tauris, La désorganisation se mit à l'instant parmi eux, la disette les poussa sur les provinces voisines, ils saccagèrent quelques villes, enlevèrent les biens et les femmes de quelques tribus. L'Orient tout entier se leva contre eux; ils fondirent dans leur sang comme un rêve de barbares.
Il y eut un de ces accès en Allemagne du temps des anabaptistes. Les communistes des bords du Rhin établirent leur religion de la communauté des biens et des femmes pendant quelques mois. Ces mois de délire ne furent qu'une orgie et qu'une extermination continues, jusqu'à ce que les chefs se pendirent les uns les autres, et que les sectaires finirent par être décimés jusqu'au dernier, et chassés dans les bois comme des bêtes féroces.
Ily eut un de ces accès en Angleterre après Cromtcell. Une armée de niveleurs ou de communistes ouvriers et paysans anglais, professant tout ce que professent aujourd'hui les clubs communistes, s'avança au nombre de quatre cent mille hommes jusqu'aux portes de Londres. La tour de Babel n'était pas plus confuse que leur système et leurs prétentions opposées ; il n'y avait de clair que la dévastation de la propriété. La propriété se leva pour ses foyers; quelques régiments et quelques gardes civiques les dispersèrent en une journée ; les restes de cette insurrection sociale s'enfuirent jusqu'aux montagnes d'Ecosse, pourchassés, reniés, odieux partout, et couvrirent de leurs débris les sillons du peuple qu'ils avaient voulu exproprier.
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Enfin, un dernier accès a saisi en 1830 et en 1848 quelques philosophes spéculatifs, égarés dans les régions de l'idéalité, quelques sectaires crédules au merveilleux, quelques amoureux de l'impossible, quelques prolétaires souffrant de l'oubU et de la dureté des gouvernements envers eux^ quelques sociétés secrètes, cherchant dans les convoitises cupides du peuple un levier pour soulever la pierre angulaire de toute société , quelques clubs de démagogues ambitieux et impatients de leur médiocrité, recrutant dans les faubourgs et dans les campagnes l'armée de l'ignorance, du vice ou de la misère autour du drapeau des illusions. N'en craignez rien, que des agitations très-fàcheuses sans doute, mais très-courtes, très- circonscrites et souverainement impuissantes contre la société. On ne combat pas des faits éternels comme la propriété et la famille, avec des rêves d'un jour! Ces doctrines en faisant explosion ne produisent que du bruit et du vent ; c'est l'artillerie des fantômes dans Millony avec laquelle des ombres se combattent avec des météores d'idées.
§ Vin.
Et si toutes ces tentatives de socialisme communiste ont ainsi avorté dans la confusion et dans le néant chez des nations composées presque en entier de prolélaires, à des époques d'anarchie du monde, et avec le concours de l'esprit de secte et de fana-
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tisme que leur prêtaient les grands mouvements de rénovation religieuse qui ébranlaient l'esprit humain, et qui lançaient les peuples, avec une impulsion surhumaine, dans les hasards et dans le délire des plus téméraires nouveautés, jugez du succès que ces tentatives pourraient avoir dans un temps de lumière , de discussion, de raisonnement comme l'âge du monde où nous sommes ; jugez du succès qu'elles pourraient avoir, surtout en France, où la société est reliée en un faisceau d'organisation^ d'unité, de solidarité, de force et de centralisation défensive par le lien d'une administration telle qu'il n'en existait jamais avant notre époque ! Jugez du succès de ces tentatives pour exproprier le genre humain dans un pays qui compte, sur trente-six millions d'àmes, huit millions de propriétaires de terre, douze millions de propriétaires de maisons, six millions de propriétaires de capitaux, de rentes, de banques d'industrie, de commerces, de navigations^ de fonctions publiques, de grades, de soldes dans l'armée ou dans la marine, en tout vingt-six millions de propriétaires, dont pas un ne céderait son foyer, son capital, son commerce, sa rente, sa solde qu'avec la vie !
Et ajoutez qu'il n'y a pas un de ces propriétaires qui ne rallie à sa cause et ne recrute dans l'armée défensive de la propriété et de la famille, parle salaire, parla domesticité, par l'affection, par la religion , par le bon sens, par le bon sentiment, un, deux, trois, dix, vingt et jusqu'à des centaines de prolétaires, encadrés eux aussi dans des propriétés quelconques, ne fût-ce que
par Tespérance de posséder à leur tour, par la responsabilité de leurs économies et par l'avenir de leurs femmes et de leurs enfants ! Tout compte fait, l'armée du socialisme subversif, armée sans solde, sans organisation, sans subordination, sans discipline, sans unité de plans et de chefs, armée debout aujourd'hui, évanouie demain, armée de volontaires de l'anarchie, ne pourrait se recruter que dans cinq ou six cent mille ouvriers des villes manufacturières dont la misère et la souffrance auraient oblitéré momentanément le sens intellectuel et moral, dans cinq ou six hommes de clubs^ de désordre et de perturbation par communes rurales, et dans cette partie nomade, flottante et débordée des villes, qui se corrompt par son oisiveté sur la place publique, et qui roule, à tout vent des factions, à la voix de celui qui crie le plus haut.
Récapitulez bien, vous ne trouverez pas un million d'hommes en France, et quels hommes, pour exproprier un peuple dont la propriété sous toutes ses formes est le caractère, la nature, la vie, le travail, l'instinct, la passion, la religion!... En vérité, quand on fait autour de soi cette revue de la société organisée, armée, propriétaire, et cette revue du socialisme épars, désorganisé , désuni, sans armes, sans trésor, et surtout sans idées, il faut avoir envie de se faire peur à soi-même pour conserver ia moindre inquiétude sur cette prétendue expropriation du genre humain ! Sous la Convention elle-même, au plus fort de la terreur, le dogme de la propriété était tellement
inhérent au peuple et tellement séparé, dans l'esprit des masses, de la révolution politique qui s'accomplissait dans le sang, que Robespierre et Danton euxmêmes, sentant qu'ils étaient perdus s'ils toléraient le socialisme, montèrent trois fois à la tribune pour faire les plus foudroyantes professions de foi à la propriété, et qu'ils envoyèrent à Charenton ou à Téchafaud les socialistes prématurés du temps. Du sang, oui ; mais le pillage ou le partage de la propriété, non ! Tel fut le cri de la révolution dans sa fureur, parce que c'est le cri de la nature humaine même dans sa passion. Voilà pourquoi il faut craindre les terroristes; mais les sociahstes, il faut les plaindre, les [défier et les ramener au bon sens ! La Repu- Mique en souffre, mais n'en périra pas.
Examinons donc de sang-froid ses affaires au dedans et au dehors.