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CHAPITRE IX

Quant à l'organisation définitive du gouvernement républicain paisible et régulier, c'est une œuvre successive et de temps. Les dangers à prévenir, les vices à corriger, sont visibles principalement à l'œil de l'homme d'État, dans ceci :

L'action de la presse,

Les clubs,

Le mode des élections,

La durée du pouvoir exécutif.

§ler.

La presse? Il n'y a qu'un remède à ses erreurs et à ses excès sous un gouvernement libre : l'institution de la publicité sincère et universelle par le gouvernement lui-même. Le grand jour de la vérité répandu tous les matins sur toute chose pour combattre et faire évanouir le faux jour des sophismeset des factions.

Que penseriez-vous d'un gouvernement vivant de lumière, qui laisserait à ses ennemis le monopole des torches et des flambeaux ? Vous diriez : il périra dans sa démence. C'est la situation de tous les gouvernements depuis quarante ans en France. La République doit faire faire ce progrès à la société.

Celle institution de la publicité des [ails par l'Etat ne coiitera pas plus de deux millions à la République.

Les révolutions coûtent plus cher. Je demande ce progrès depuis dix-huit ans. C'est la seule loi de la presse à faire.

Les clubs? C'est l'état sauvage d'attroupement, de tumulte, de violence matérielle, d'intimidation, de tyrannie du nombre contre la liberté et la sécurité du citoyen isolé. 11 faut les séparer par une ligne infranchissable du droit paisible de réunion limitée et d'association régulière des opinions dans un pays libre. L'Amérique a su le faire par bon sens; l'anarchie des clubs y a péri par désuétude, en France elle doit tomber devant la loi. 11 faut choisir entre la République et les clubs; la société a déjà fait son choix.

§ iii.

Le scrutin de liste comme mode du suffrage universel ? Je l'ai combattu dès qu'on l'a présenté. Je l'ai nommé de son nom, l'élection des ténèbres.

Le gouvernement provisoire l'avait exclu ; il avait divisé la France en autant de circonscriptions électorales qu'il y a de fois quarante-cinq mille âmes dans les trente-six millions. Chacune de ces circonscriptions assez large pour que l'élection ne fut pas municipale, assez restreinte pour que les électeurs connussent de vue, de nom ou de renommée leur candidat, devait nommer un représentant. Une fausse vue de ce gouvernement et une loi précipitée

m LE CONSEliLER DU PEUPLE.

de l'Assemblée constituante ont vicié et aveuglé la souveraineté du peuple, en instituant le vote confus irresponsable et ténébreux du scrutin de liste, où nul ne sait qui il nomme, où l'on vote entre deux feuilles de papier, au lieu de voter entre deux hommes connus. Quand l'heure constitutionnelle de corriger ce mensonge public aura légalement sonné, on rendra sa moralité, sa vérité, sa responsabilité à l'élection et au suffrage universel, en faisant voter le peuple sur des noms réels, et non sur des fantômes anonymes évoqués des clubs par les factions.

Enfin, la durée plus ou moins étendue du pouvoir exécutif et la rééligibilité ou la non rééligibilité du président de la République ?

Question toute de personne, de situation et de circonstance dans deux ans et demi, sur laquelle l'opinion publique serait aussi téméraire de dire non que de dire oui avant le temps, car c'est le temps seul qui prononcera.

Je passe à la situation de la République à l'extérieur.

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