‹ Le Conseiller du peuple (volume 2)Chapitre 34 sur 103 · VII · texte numérisé non relu

VII

L'heure de descendre en Italie sonna quelques heures après les sinistres événements de juin. Un autre gouvernement tenait les rênes, il n'avait plus sans doute la même liberté de ses mouvements, la même disponibihté de nos forces militaires; je l'ai dit deux fois en face de lui ; je ne le condamne pas , je ne le juge pas, je n'ai pas les éléments de ses résolutions; mais l'abandon de notre bgne de politique étrangère et de la médiation armée de la République française en Piémont, a pu entraîner, de déviation

en déviation, selon moi, fatalement toutes les conséquences faibles, fâcheuses, embarrassées, et enfin fausses et déplorables que nous avons aujourd'hui à subir, à traîner, à expier dans l'alTaire de Rome. Voici comment:

§ vin.

L'Autriche se sentant facilement victorieuse d'une seule puissance organisée et militaire qui pouvait peser de quelque poids contre elle en Piémont et en Lombardie, reprit confiance et osa tout. N'ayant à traiter qu'avec une petite monarchie itahenne vaincue, révolutionnée, sans chef et sans roi, par les défaites et par l'abdication de Charles- Albert, elle revint sur toutes ses concessions et sur toutes ses pensées du mois précédent. L'ombre de la médiation armée de la France n'étant plus là pour la rendre réservée, sage et conciliatrice, elle foula librement sous ses pas la Lombardie, occupa Alexandrie, cette clef de la plaine et des montagnes, et menaça Turin ; un pas de plus, elle pouvait, puisque nous restions spectateurs impassibles, occuper Chambéry, le pont de Beauvoisin et le pont du Gard! L'Autriche était en droit, sans doute, de vaincre le Piémont, puisque le Piémont lui avait le premier déclaré la guerre ; mais le Piémont, par l'esprit des traités comme par la nature, étant une puissance-limite^ une nation intermédiaire e: destiné, par sa création, à s'interposer, à prévenir le contact entre la France et l'Autriche, la

France avait le droit d'entrer de son côte comme médiatrice armée en Piémont. La Restauration ellemême l'avait admis en 1821, dans des circonstances toutes semblables, et M. de Chateaubriand, ministre peu révolutionnaire de sa nature , l'avait demandé comme une satisfaction à la sûreté et à la dignité du trône français. Je faisais comme lui ; ce n'était pas trop osé pour la République d'être aussi nationale que la Restauration.

Secondement. L'Italie centrale et méridionale se voyant dénuée de tout appui moral et de toute médiation armée parla France, se précipita dans les agitations convulsives et dans les mesures extrêmes que le désespoir inspire aux peuples au bord de leur ruine. La Toscane tomba en démagogie, et Rome, après des assassinats impunis et honorés, et après la fuite de son pontife, se proclama république. C'était son droit, sans doute^mais c'était aussi sa faute capitale dans de telles circonstances, car c'était le défi jeté dans un mot aux puissances catlioUques, et jeté par une ville trop faible pour soutenir seule un pareil déti.

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