‹ Le Conseiller du peuple (volume 2)Chapitre 67 sur 103 · LD SIGNE DU DROIT AU SUFFRAGE UNIVERSEL. § I · texte numérisé non relu

LD SIGNE DU DROIT AU SUFFRAGE UNIVERSEL. § I

Lors ir.éme que la démocraiie ^ conséquence de

l'égalité évangéliqne , commença à s'essayer sur la terre, à se constituer en gouvernement, à apjseler les citoyens à émettre leur droii, leur opinion, leur volonîé dans l'élec'.ion, cette démocratie imparFaile conserva jusqu'à nos jours, presqiie parloiit, les préjugés des anciennes démarcations de castes , de races, ou de professions, et des anciennes exceptions à la souveraineté. Ainsi, en France niènse, après la révolution française, la démocratie excln;iit les prolétaires^ les non possédants, ceux qui ne payaieii! pas un iiiqiôl égal au salaire d'un certain nombre de journées de travail, et leshommes de conditions soidisaiîî serviles, les domestiques, par exemple, [uécisément ceux qui participent le plus à 1;* propriéîé, aux mœurs, aux familiarités, aux lumières, aux a;!eclions, aux vertus, à l'esprit de conservation des familles!

En un mot, la loi électorale de ces démocraîies timides ne prenait pour signe delà capacité électorale que la propi'iéîé. La propriété, signe matériel, bruta.l, accidentel, non inhérent àriionuTie; un signe que l'homme peut perdre par des vertus telles que la générosité, le désintéressemcnl , la probilé; un si- ■gne qu'il peut acquérir par des vices, la cupidité, l'avarice, l'usure, le vol!

Dans ce système qui a régné jusqu'à nous, So'-rale n'eût pas été électeur à Athènes, Jean-Jacques Rousseau en France, les premiers chrétiens à Jérusalem!... Harpagon, Lucullus, Mandrin^ l'eussent été partout.

L'erreur de cette démocratie venait de deux causes.

Premièrement, elle ne respectait pas assez le signe des signes , le titre des titres , le signe de l'intelligence, le titre de l'humanité, le doigt de Dieu sur le front de toute créature appelée homme.

Secondement, elle cherchait une garantie qu'elle avait le droit de chercher, un gage donné par le citoyen à la cité, à la société, à la république, avant de lui confier l'exercice de sa part de souveraineté dans le suffrage ; et au lieu de chercher cette garantie, ce gage dans l'homme lui-même, elle le cherchait à côté. Elle le trouvait dans son impôt, dans son champ, dans son écu. Elle ressemblait au Caron des fables antiques qui passait les ombres aux Champs-Elysées, et qui, au lieu de voir les âmes, ne comptait que les deniers que l'on mettait dans la main des morts.

C'était le matériahsme en action de la démocratie naissante, et comme tous les matériahsmes, il trompait l'élection, et il ne donnait en réalité de gage qu'à une seule nature d'intérêt socidl , la propriété. Il n'en donnait ni à la morahté tout aussi pure dans la pauvreté, m à l'intelligence tout aussi élevée dans le désintéressement, ni à la probité tout aussi commune dans le prolétariat ou dans la domesticité, ni au génie, don de Dieu tout aussi réparti par la Providence aux enfants des familles indigentes qu'aux fils des familles enrichies.

La démocratie, en s' avançant vers la perfection,

<9i LE CONSEILLER DU PEUPLE.

devait inévitablement arriver à chercher ce titre et ce signe dans un ordre d'idées supérieures et spirituahstes. Elle a fait ce pas le 24 février 1848. Elle a passé, aux applaudissements certains de la postérité, 4u matérialisme des démocraties antérieures, dans le spiritualisme des démocraties futures. Elle a rendu l'hommage dû à Dieu dans sa créature. Elle a dit à tout Français en âge de raison, en condition d'intelligence et de moralité appréciables : « Tu participeras 5) au droit, à l'exercice du droit social, non parce » que tu possèdes, mais parce que tu es! Je ne te > demande aucun cens matériel ; je te fais citoyen et 3) électeur, parce que Dieu t'a fait homme. Ton signe » de souveraineté, c'est ton âm.e; ce n'est pas ton » champ, ton mur ou ton centime ; et ce signe il est j> inaliénable comme ton nom d'homme égal à moi. » De ce jour, la société a été spiritualiste au heu d'être payenne. L'inspiration fraternelle a été obéie. Les traces des anciennes démarcations, des antiques servitudes, des odieux esclavages ont été abohes. La nature humaine a été réhabilitée, non par l'or, mais par l'esprit. Cette révolution s'appellera à jamais le suffrage universel.

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