‹ Le Conseiller du peuple (volume 2)Chapitre 72 sur 103 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

DO SUFFRAGE UNIVERSEL INDIRECT, OU DE l' ÉLECTION A DEUX DEGRÉS.

Voici ses avantages.

Ici on ne manquera pas de dire que je me déments une centième fois de plus , bien que depuis vingt ans que j'écris ou que je parle aux tribunes, je n'aie pas dans le Moniteur un seul mot qui en démente un autre ; mais les préjugés ne hsent pas le Moniteur. Il est bien plus simple de hre les pamphlets. Cependant, comme la matière est grave, et que je dois justifier de ma réflexion en la traitant , je vais montrer par cette citation que ma pensée en 1850, sur le suffrage universel et l'élection à un ou à deux degrés, était identiquement ma pensée de 1848 et de 1850.

Voici ce que je disais en 1850 sur ce sujet : « L'élection! il n'y a de vérité dans le pouvoir so- » cial ou représentatif qu'autant qu'il y a vérité dans » l'élection, et il n'y a de vérité dans l'élection qu'auy> tant qu'elle est universelle; cependant si vous don- 2> nez l'élection à des classes qui ne la comprennent » pas, ou qui ne peuvent l'exercer avec indépendance.

3) VOUS la donnez fictive;, c'est-à-dire, vous la refusez y> réellement.

» Que vous la fassiez parler à deux tribunes ou à » une seule, peu importe, votre représentation natio- » nale, nécessairement une, devra représenter tout à » la fois le mouvement et la stabilité sociale; la haute, » la moyenne et la petite propriété ; l'intérêt d'action » et l'intérêt de repos. Elle doit les représenter dans y> leur réalité, dans leur proportion, dansleur combi- » naison sincères. 11 n'y a pour atteindre cette rigou- » reuse vérité, cette rigoureuse justice, qu'un moyen, » l'élection proportionnelle. Tant quevous n'arriverez » pas à cette réalisation facile, la France ne marchera » ni ne se reposera ; elle s'agitera sans avancer, elle » tombera, elle se relèvera pour tomber encore. » L'élection proportionnelle et universelle, c'est- à- » dire une élection qui, partant des degrés les plus » inférieurs du droit de cité et de la propriété, seuls » moyens de constater l'existence, le droit et l'intérêt « du citoyen, s'élèvera jusqu'aux plus élevés, et fera » donner à chacun l'expression réelle de son impor- » tance politique par un vote, dans la mesure vraie » et dans la proportion exacte de son existence so- » ciale. Véritéparfaite, justice rigoureuse, démocratie » complète, et cependant aristocratie de fait recon- » nue aussi : l'élection à plusieurs degrés résoud » seule ce problème. Toutes les unités politiques y » ont leur élection, s' élevant, s' épurant, s" éclairant » successivement jusqu'à l'élection suprême, produit » exact des forces, des lumières et des intérêts du

» pays et du temps. Il y a une objection à ce système: » le pays y répugne aujoarcriiui. »

Nous en sommes encore là; voilà pourquoi je ne demande pas le siilïrage à deux degrés.

On voit donc que dès 1800, sous la monarchie comme sous la République, je déclarais deux choses, dont l'une était aussi hardie alors que l'autre es* hardie aujourd'hui.

La première : que le suffrage universel était le droit de la souveraineté du peuple, ou de la souveraineté de l'opinion, ou de la souveraineté de la raison nationale. C'est la même chose.

La seconde : que le suffrage universel ne serait fondé et que la démocratie, dont il est le signe, ne serait définitivement organisée, soit en monarchie, soit en république, que par le suOrage à plusieurs degrés.

rjfAS>ITPiE X.

DE L\ NVTURK, D'^S AVANT VG^S F.T V)7S TNCONVf.NlE.NTS DU suffrage; UNlVinSEL a DI.LX DE(.RÉS.

Cela dit, examinons sincèrement ce que c'est que lé suffrr.ge à deu\ degrés, et réfutons les p in/'p il s object'ons que le ])réiiîgé d.'micrjtique lui oppose.

D'abord, comment agit-il;^ Le voici :

On inscrit et ou appelle tous les citoyens au chsflieu de canton; on leur dit: Vous allez d.sgaer pour

trois OU six ans, parmi vous, un certain nombre de citoyens les plus rapprochés de vous, les plus connus de vous, les plus éclairés dans votre opinion, les plus exercés aux choses politiques, et vous allez les nommer électeurs.

Ces électeurs ainsi nommés par vous dans chaque canton, au nombre de quarante ou de cinquante, formeront un collège électoral permanent. Toutes les fois qu'il y aura un représentant à éhre, ce collège électoral permanent, nommé par vous, se rendra, à votre heu et place, au chef-heu de l'arrondissement ou du département, et nommera le représentant.

Voilà le procédé. 11 est bien simple. Il n'est pas autre chose qu'une procuration de trois ou de six ans donnée par vous à des fondés de pouvoirs choisis par vous et chargés par vous des fonctions d'électeurs , fonctions que vous ne pouvez pas ou que vous ne voulez pas remplir vous-mêmes.

Que résulte-t-il de ce procédé.^ Trois choses excellentes.

La première, c'est que l'action de choisir un représentant pohtique pour le pays n'est plus une simple fonction attribuée par le hasard au premier venu, souvent incapable ou indigne de cette mission dont dépend le sort de la nation ; mais que l'action d'élire devient une fonction attribuée avec choix, lumière et clairvoyance, à des citoyens déjà reconnus capables et dignes par leurs concitoyens. Garantie de moralité !

La seconde, c'est que ces électeurs, ces fonctionnai-

res de l'opiiiion étant choisis parmi les hommes les plus notoires, les plus éclairés, les plus indépendants, les plus libres de leur temps, les plus exercés dans la connaissance des choses et des individus dans h canton, dans l'arrondissement, dans le département, connaissent infiniment mieux que la masse sédentaire et aiTairée les notabilités locales, départementales ou nationales, entre lesriuelles elles ont à choisir le représentant. Garantie de lumière !

La troisième, c'est que ces électeurs désignés par leur canton, étant investis d'un mandat obligatoire, étant en petit nombre, étant plus lihres par leur position sociale de se déplacer, de perdre un jour ou deux, de faire la dépense nécessaire de ce voyage et de ce temps perdu, ne peuvent pas, comme une masse confuse et indifférente, né2;n2;er leur fonction, et que le choix bon ou mauvais de tel ou tel représentant ne dépend plus d'un myriamètre de distance, d'un torrent débordé, ou d'un jour de pluie. Garantie de l'accomphssement réel et sérieux des fonctions électorales !

Il en résulte encore cet autre avantage considérable pour la paix publique : que ce corps électoral actif, nommé pour trois ou six ans, peut être convoqué aussi souvent que le besoin de la représentation l'exige dans une répubhque, sans déranger, troubler, agiter, lasser, dégoûter la masse entière du peuple, par des convocations , des déplacements , des accès de fièvre réitérés souvent coup sur coup, et que les fonctions électorales s'accomplissent silencieuse-

âaS LE CÔ>'SEILLER DU PEUPLE.

ment , en ordre et à leur place , comme toutes les autres fonctions de la vie politique ou de ia vie administrative dans un corps sain. Garantie de présence réelle à l'élection!

Il en résulte enfm que ce corps électoral actif, peu nombreux àj son second degré, peut se réunir dans des rendez-vous préparatoires , peut citer devant lui ses candidats pour les entendre, peut se concerter d'avance et s'éclairer suffisamment, sans offrir le danger et la turbulence de ces clubs et de ces rassemblements électoraux par masses innombrables, confuses, désordonnées, passionnées, sourdes et aveugles,! qui font de chaque élection un attroupement, cl de chaque attroupement un péril pour ia sécurité pubUque. Garantie de bon ordre et de paix!

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