CHAPITRE XXII
De cinquante mille âmes, défalquez les femmes, restent trente mille âmes.
Défalquez les enfants, les vieillards, les infirmes^' les absents, les mineurs, les incapables, les indolents, les indignes, restent quinze mille électeurs exerçaiit activement leur droit de suffrage.
La masse s'éclaircit déjà; la confusion, inconvém'ent de la masse, disparaît.
De ces quinze mille électeurs participant réellement de leur personne au vote, mille tout au plus, prennent une part active et assidue aux opérations qui précèdent le scrutin, comités, réunions préparatoires, conférences entre le candidat et les électeurs Ces rapports directs et personnels entre les candidats et les électeurs redeviennent possibles, sans rassembler dans un local démesuré des masses d'hommes qui ne peuvent entendre la voix de celui qui leur parle, et qui deviennent, par leur rassemblement même, un trouble, un danger pour la paix publique.
L'attroupement, cette nécessité fatale du scrutin de liste où deux cent mille hommes sont convoqués à la fois pour déUbérer sur leurs candidats, est supprimé défait.
LE CONSEILLER DU PjEUPLE. j|35
V Le club tumultueux et à proportion séditieuse n'a plus de raison d'être ni de prétexte d'exister*
L'imagination publique dont le club est le cauchemar se rassure, la discussion prend la place de la vocifération.
Le droit de réunion électorale, nécessaire à Texer- ,cice du suffrage universel pour se concerter pacifiquement, redevient le droit commun.
L'élection ne fait plus trembler le sol d'un département.
C'est beaucoup, car un pays ne fonde pas sur des tremblements de terre. Ce n'est pas tout.
SU
Toutes les fois que le représentant d'un département, qui a dix, douze, vingt représentants, se déplace, est promu à une fonction, devient infirme, abdique ou meurt, dans le système actuel du scrutin de Liste, vous appelez deux cent ou trois cent mille citoyens épars, distants, disséminés à trente lieues de rayon, pour nommer quoi ? un seul député à la place du député démissionnaire. Vous sonnez le tocsin électoral des candidatures, des réunions, des brigues, des clubs, d'un bout du pays à l'autre ; vous bouleversez moralement et physiquement une population entière ! Vous créez une tempête pour puiser une goutte d'eau dans le creux d'une main !
C'est insensé, c'est révolutionnaire, c'est malsain, c'est la lièvre donnée coup sur coup à toute une région de la République.
ne LE CONSEILLER DU PEUPLE.
Qu'arrive-t-il ? De deux choses l'une. Si le pays que vous troublez ainsi pour un seul nom à remplacer sur une liste, est un pays industriel, prolétaire, à population nomade, urbaine, agglomérée, ce pays bout, fermente, s'attroupe, pérore, vit un mois dans une perpétuelle agitation.
Si le pays auquel vous vous adressez est un pays agricole, calme, rural, à population rare et disséminée, il est arrêté par ses occupations, ses distances, ses routes, son indifférence ; il ne vient pas , il ne répond pas, il laisse comme vous le voyez l'élection à sept ou huit meneurs de chef-heu qui conduisent leur petit groupe d'électeurs rapprochés et remuants au scrutin, comme les chefs de brigues théâtrales conduisent et disciplinent leurs bandes de claqueurs habitués du lustre dans nos théâtres de Paris.
Dans le système de vote par zone , par di\dsion électorale, rien de tout cela. Quand un député manque, se retire ou meurt, on ne rassemble que la division dont il est le représentant; le reste du pays travaille ou vit en paix; rien ne s'agite, si ce n'est dans le petit cercle de mouvement auquel aboutit le représentant. La France ressemble à ces vaisseaux construits à compartiments séparés qui ne sont pas submergés en entier parce qu'une membrure manque à la calle, et qui ne ferment qu'une voie d'eau là où la nécessité commande au pilote de porter la main.