CHAPITRE XXIV
Enfin, le mérite suprême du mode d'élection par zone et par division, c'est de ne point fatiguer les électeurs, c'est de ne point leur demander plus qu'ils ne peuvent faire, c'est de ne pas les rejeter dans l'indifférence et dans la négligence de leur devoir, et par là de ne pas laisser tomber en désuétude leur souveraineté.
Dans un département qui compte quinze représentants, si ces quinze représentants se renouvellent en trois ans par démission, par promotion à des fonctions publiques, par mort ou autrement, il y mira à remuer dans le système actuel en trois ans, dans ce département à deux cent mille électeurs, trois millions de citoyens. Quelle perturbation s'ils s'y rendent, ou quel honteux abandon de leur droit s'ils ne s'y rendent pas.
Dans le système par zone de pays et par division de cinquante mille âmes, il n'y aura à remuer que trois fois quinze mille électeurs en trois ans. Quelle raison, quel prétexte le peuple, ainsi ménagé, ainsi réparti par le suffrage universel, aurait-il de ne pas accomplir son devoir ?
Le suffrage universel, fiction et fiction déjà mourante aujourd'hui par le vice de votre scrutin de liste, devient donc par le mien une réalité.
La République ne peut plus périr par la désertion du peuple.
Ainsi, suppression des masses et des attroupements dans l'exercice du suffrage universel.
Suppression des clubs électoraux à proportions numériques dangereuses pour la paix du pays.
Suppression de l'influence dominatrice des clubs' directeurs de Paris ou des chefs-lieux.
Suppression de ces candidatures d'aventuriers politiques qui viennent, un ordre de ces clubs à la main, mendier, commander ou dérober les suffrages du peuple.
Suppression de ces irresponsabilités des députés, qui, une fois l'élection surprise, ne reparaissent plus devant le peuple qui les a envoyés.
Suppression de ces réputations de complaisance qui s'improvisent en huit jours de brigues, par la grâce d'un comité central ou d'un journal agitateur, et qui s'évanouissent après le tour électoral joué à la dérision du peuple.
Suppression de la toute-puissance de la cabale.
Rapprochement de l'électeur du candidat.
Rapports directs et de longue main entre le peuple et ses mandataires.
Entretien face à face entre eux.
Compte demandé et rendu des opinions avant l'élection, des votes après.
Vote direct, vote en plein jour, vote universel et vote régulier.
Enfin, présence facile et réelle de tous les citoyens actifs à l'élection, dans des élections dix ou douze fois moins fréquentes.
Par conséquent représentation vraie du peuple.
Voilà les principaux avantages de Tabolilion du scrutin de liste et du suffrage universel par divisions électorales de cinquante mille âmes.
Voilà les garanties morales retrouvées dans l'acte du suffrage universel.