‹ Le Conseiller du peuple (volume 2)Chapitre 97 sur 103 · CHAPITRE XXXYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXYI

La démission du président est sans doute un moyen apparent de vider le conflit, mais ce moyen est une extrémité suprême dont il serait très - dangereux d'user souvent. On le comprend.

L'élection d'un président de la République est quelque chose d'infiniment plus dangereux pour la paix publique que l'élection de l'Assemblée législative par le pays.

Pourquoi? parce que, dans l'élection de l'Assemblée législative, les opinions, les partis, les factions se fractionnent en sept cent cinquante brigues, cabales , candidatures qui correspondent à sept cent cinquante centres d'action à peu près isolés les uns des autres, dans lesquels chacun de ces centres ainsi subdivisés d'opinions espère avoir la \ictoire sur l'opinion opposée , ou ne se croit nullement frappé à mort, si elle est vaincue, espérant se relever ailleurs.

Dans l'élection du président de la Répubhque, au contraire, la nation électorale se divise en deux grandes factions ou tout au plus en trois, rangées en bataille sous deux drapeaux et sous deux noms di-

vers^ comme pour la guerre. De cette séparation de la nation électorale en deux camps, en deux drapeaux, en deux factions, à la guerre, en effet, il n'y a souvent, que l'étincelle. C'est là une situation tendue, armée, irritée, qu'il ne faut ni prolonger ni renouveler souvent pour la concorde des esprits dans un peuple.

Si, par un vice de votre Constitution, vous tentez ou vous forcez le président de la République à chercher sa dignité dans sa démission , vous exposez le pays à des accès d'agitation et à des interrègnes de pouvoir exécutif mortels à la République elle-même. La République ne survivrait pas, dans la considération du peuple et dans le respect de l'étranger, à trois ou quatre démissions électives ou réélections de président, coup sur coup, comme vous y êtes exposés par cette lacune de prudence dans votre loi actuelle.

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