Le conseiller du peuple, journal
Nous devons commencer cette année et ce conseil au peuple par une profession de foi bien franche, bien cluire et bien nette sur notre manière d'enlendn; la Uépiiblique.
Nous sommes républiiaiiis de prciLTeiicf, de sihialion et de raison. Nous n'aurions pas conspiré pour saper un jour avant sa chute accidentelle ou rjaturelle la Monarchie. Nous n'avons ni nilusion ni le fanalisniu de telle ou telle forme de gouvernement. Nous savons qu'ils ont tous leurs iinpericclions, leurs iiiconvé- Dicnts, leurs vices propres, et que ni la Monarchie, ni la Hépublique n^ont reçu de Dieu le don des miracles. Nous croyons seu-^ lement deux choses, et nous les croyons fermenicnl.
La première, c'est que le gouvernenjcnl républicain est de tous celui qui dignifie le plus le nom d'homme, et qui, en donnant plus d'exercice à son libre arbitre, développe le plus en lui ses facultés et ses vertus, par conséquent le gouvernement le plus beau pour Thomme, le plus conforme à l'esprit de Dieu chez les nations lAùres pour la liberté.
La seconde, c'est que la révolution du i24 février i8i8 étant donnée comme un fait de force majeure auquel ni vous ni moi nous ne pouvons rien, la République était et sera longtemps le seul gouvernement capable d'abriter et de rasseoir la société dans ses périls.
Nous sommes donc tellement pénétré , sous ces deux points d« vue de l'utilité et de la nécessité de la Képubliqne ;î celte époque critique du monde, que de même que nous n'a sons | as hésité un moment, le 24- février au >oir, à nous compronicllre gratuitement et sans regarder derrière nous pour elle, de même a» jourd'hui et deouiiu, et longtemps encore, nous croirions faire œuvre de bon
tB GOIISIIILSR BU PBUFLI*
citoyen et de bon serviteur des desseins de Dieu en moorant 8*il le fallait pour conserver la République à la Fraoce !
II. — Voilà nos sentiments, voilà notre eonselenee, voilà notre opinion. On voit qne nous sommes convaincus jusqu^ta sacrifiée
de nous-méme, si ce sacrifice était bon à quelque chose*
£h bien ! malgré cette vigueur et celte maturité de conviction individuelle, si la majorité légale de notre pays disait : Nous ne voulons pas de la République, nous en gémirions, sans doute, mais nous nous soumettrions à la volonté légale de la majorité de la nation, c^est-à-dire que nous ne tenterions pas par la violence ou par rinsurrection de lui imposer du droit de nos convictions personnelles une forme de gouvernement qu'elle croirait devoir abdiquer.
Si donc, un jour, une assèmbléc conslilnanlc, librement et légalement élue, changeait, au nom du droit éternel des nations de modifier leur existence, la forme du gouvernemcnl; si elle rappelait une monarchie i]neIcoi!qne, nous le déplorerions, pour Tbonneur et pour la sûreté du pays, nous tremblerions pour les bases^ mêmes de la sociélé, exposée alors à des explosions nouvelles et terribles, mais nous courberions la lêtc sous la volonté de notre pays, loi suprême, et nous ne serions pas assez absurde pour contester à \ine nation représentée j).h' son suffrage universel un droit que nous nvons eu l'audace personnelle d'exercer provisoirement nous-méme, simple citoyen, dans un de ces moments extrêmes où il n'y a plus ni roi, ni nation en exercice, et où, par conséquent, le salut public est toute la souveraineté.
HT. — On voit par ce que nous venons dédire quela République n'est en nous ni à l'état de manie, ni à l'état de crime, ni à l'état d'insurrection c ontre la volonté de notre pays, elle est simplement à l'état de politique, de préférence et de raisonncujcnl. Il faut toujours se donner pour ce qu'on est, ni plus ni moins. Voilà notre républicanisme î
Nous étions obligé de l)ien le définir aînsî avant de dire aux alarmistes, aux semeurs d'alarmes et au peuple, trop souvent impressionné de ces alarmes, ce que nous voulons leur dire aujourd'hui. Nous ne voulons pas qu'ils nous supposent des motifs autres que ceux que nous avons pour essayer de les rassurer sur les prétendus complots contre la Constitution.
IV. — Tous les ti ois mois on recommence à parler de ces complots, de ces usurpations, de ces dix-huit brunuiire. de ces tentatives méditées, armées, couvées de consuial vu d'empire, d'expulsion de rAssemblée nationale, de confiseationde In République p.ir riiommc nu'me et par rhonncte honuoe, je le crois, que le peuple a chargé de veiller le premier et de plus haut sur ses in-
tn CONSBILLIA DC nNjn.1.
stîtufions. Je répète pour la millième fois qaejr n'nî pn<; !n moindre foi dans ces calomnies de la peur; la pour grossit loot, h prnr interprète tout en complots. La pear crée des fantômrs et les fait agir et parler, la peur csl ombrageuse et loquace, li faut approcher et toucher courageusement ces ombres et Toir ce qu*ciles peuvent contenir de dangers et de réalités.
V. — Je vous oonseilieraî jusqu^à la fin d'avoir confiance, confiance jusqu^à la témérité, confiance dans le président do la République que vous avez choisi et nommé vous-mêmes à la presque unanimité et malgré moi, qui redoutais le nom de îîonapnrfn nu sommet de la R<'pul)lîf|ue. Quelles qu'aient pu être autrefois les pensées trop împérîalrs d'un jeune exilé né à Tonihrc d'un trône, je crois à la loyauté d'un homme reconnoissoiit qu'un peuple a fait plus que roi en le nomn»ant par son nom son président, car un roi n'est que l'héritier d'un trône, et un président est Télu personnel d'une nation.
Il y a un proverbe qui dit : Noblos<;o oblige! eh bien ! dnus une situation comme celle que vous avez f.iiie à votre président, je dis, moi : Grandeur oblige; dignité oblige; reconnaissance et honneur obligent. Non, je necroirai jamais qu'on descende d'une élévation légale pareille, au rôle coupable et niisérable de conspirateur contre la nation qui s'est conliée en vous ! Il n'y aura au monde qu'un plus beau rôle pour Napoléon président, après celui d'être monté là. ci* sera le rôle d'en descendre et de dire au peuple français : Voyez, je réponds à votre confiance en vous remettant votre Constitution; je réponds à la calomnie en redevenant h mon tour citoyen. Les peureux qui me soupçonnaient ne connaissaient pas plus la véritable ambition que la véritable grandeur. Mon ambition n'est pas de ravir, mais de restituer à la nation ce qui lui appartient.
VI. — Qu'il y ait quelques pensées moins pures, moins sensées, moins grandioses dans quelques petites têtes pleines de parodies impériales ici ou là daiis quelques salons, dans quelques bureaux de journal, dans quelques conciliabules déjeunes gens ou de vieillards enivrés de réminiscences de la Malmaison ou des Tuileries, je n'en sais rien; c'est possible, c'est même probablej mais cela ne doit pas plus vous troubler que la statue de l'empereur sur la colonne de la place Vendôme ne troublait le sommeil de la dernière monarchie. C'est le culte de la colonne exercé par quelques sectaires de la gloire dans quelques chapelles privées de telle ou telle rue î De la superstition et de l'encens, voilà tout; cela n'enivre pas du tout un homme sage, encore moins un peuple.
YII. — Cependant, dctempsen temps, cl principalement depuis
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quelques semaines, an certain parti qiU mUfaiftdu ssèlê autour de rÉiysée, comme disait Bl. de Talleyrand, et surtout un parti qui n'est pas celui de PEmpire, ni celui de la iiégitimité, mais le parti des écrivains k demi-solde d*uue autre cause monarchiqoci fomente ces sou pçonsde menées impérialistes par des iusinuationa et par des déclaraiîons tellement hostiles à la Constitution, qu*ou ne peut a^empécher d y voir le parti pris de la renverser* Or, éomme ce parti des écrivains d*une cause vaincue sent bien qu'à lui seul il ne convertirait pas une seule commune de la Républi* que, il chauffe de son soulQe rimpérialbme dans les masses, afln de faire faire quelque explosion ou quelque étourderie au parti du consulat et de l'empire, pour essayer de passer derrière oe parti sur le ponl de Tabimc où il aurait précipité la République*
Cela ne doit point vous élonner; c*cst tout simple, nous avons vu ce jeu d'autres fois. Pendant les quinze ans de la liestauratiou, les jouruiiux énnemis du gouvernement de la branche ainée ont earessé, flatté, grandi, déifié TEmpire aussi; pourquoi? pour faire passer la brandie cadette des Bourbons aux Tuileries, sous Tombrc et à la face de l'empereur. Autre temps et même tactique; ne vous y trompez pas deux fois. Le lendemain du jour où une Conspiration soiMlisant impériale aurait renversé la Republique, Ce n'est pas le consulat qui passerait, ce seraient deux dynasties qui se battraient à la porte pour en chasser r£mpirc, et qui en* sanglunteraicnt le pa\s en n'appelant pas, sans doute, mais eu tentant du moins rélranger»
VIII. — Quoi qu'il en soit, voilà ce qu'on lit à peu près tous les jours dans certains journaux qui expriment plus particulièrement ei plus franchement cette tactique des mécontentements aigris par leur chute :
Des aujourd'hui, nous déclarons que lorsque la France deniandern à chaque parti de déployer ses insignes, pour qu'elle puisse choisir la cause qui lui plaira, nous porterons d'une muiii la croix de l'Ej^Iise catholique, et <lc l'autre le drapeau national de la légitimité. Ce sera à la France de voir si elle préférera le drapeau rouge et la guillotine.
Nous sommes réactionnaires; nous ne sommes pas révolution-* naires.
Nous voulons (juc la République disparaisse sans secousse, sans commotion, ^ons In nianifestation grave^ solennelle et légale de la volonté de la I Vjiuce, et que la majorité du pays, à qui appartient le droit. rrcoTistruise le trône brûlé SUT la place de la Bastille par une honi<' di; pillards.
Nous voulons (|u<^ Part, l'"' <iu préambule de la Constitution, ainsi conçu; « La tran&t est coMlUuàe m JRépubUquif • soit rem*
it comsiLm ou pbuvii«
placé par eeUiM ; « Za Fmmm npmui b gaummmtni menais
K*— n est naturel, n^est^ pas, qne le peuple qui Ht çh et là de pareUles déelaratiotia d*aiiUpalliie à la Constitution, de baincet de gœrre k la République, et qui Toit qne dans les mêmes pages ecs mêmes éerhrains adulent et eneouragent les pensées d*£mplrc, il est naturel, vous dis-je, que le peuple se prenne au piège et qu*il se dise : « Mais on conspire donc autour du pouvoir exéeu« • tif, contre la Républiquo, piiisçue las ennemis de la République 9 aiment tânt le ponvoir exécutif? •
X. — De Ui, en effet, des ombrages, des suspicions, des inquiétndes, des inst|JMlités, des ébranlements de confiance^ des joies folles dans les monarchistes de loiUet, des peurs réelles ou afiBctées dans les républicains sincères, des indignations, des menaoes et des foudres, dans les républicains exagérés ; c*est naturel encore ; on serre plus fort et jusqu'à les briser dans sa colère, la liberté et la Constitution, quand on croit qu*on yeut tous les arracher.
XI. — Mais si ces résultats,quise produisent tons les trois mois et qui s*évanonissent huit jours après d'eux-mêmes, quand on s*est bien convaincu qu*il n*y a d'autre conspiration qne la tactique d*kio tM et la pcqir de Tautre^ si, disais-je, ces résultatssont ttcbenx aoua certains rappiorts, sous un autre rapport, ils sont pour rhomine réfléchi la révélation d'un symptôme très-beoreux et qui est dénature à raffermir les faibles et à rassurer les craintifs sur l'aplomb qu^a d^ pris la Republique dans les esprits et dans lesintéréU.
Ce symptôme qu'il faut VOUS faire obsenrer, k tous peuple paisible et impartial, le voici : ,
C*e8t (|ue chaque fois qu*on sème ainsi, par la tactique des partis, OQ par la liante des apparences dans le gouvernement, l'idée d'un renversement de la Constitution républicaine par le pr^ident de la République, une transe saisit la France ; la panique court en frisson universel sur le pays, les visages s^allongent, les paroles légères deviennent graves, l'œil plonge en se voilant de nuages dans des perspectives sombres et inconnues; Targent, ce mêrcure si impressionnable du thermomètre poUtique, se resserre, la confiance sMnterroge, le travail diminue arec le capital qui se retire, les transactions se ralentissent, les propriétaires et les négociants de toute nature s'affligent, même ceux qui n'aiment pas de cœur le gouvernement républicain ; enfin la France s'assombrit, et l'Europe écoute si rien ne va gronder on édatcr dans le volcan assoupi du continent !
Xll**-' Qu'esta que cela Tetit dire? Je le demande, non pas aujc
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Ll COnSBILLBR DU PBUPLI»
fous d*nitt8ions et aux fous de ressentiment contre la République, mais aux hommes de bonne foi et de sens*
Cela veut dire que la France entière, à Feiceptlon de ces coteries d*écrivains qui lancent leur feuille à tout vent sans responsabilité, cela veut dire que TEurope elle-même ont Tinstlnct des dangers extrêmes où les renverseurs de cette République si détestée jetteraient la France, le continent, TEurope, la propriété, les existences, la société!
Gela veut dire que tout le monde a Volontairement ou involontairement rinstinct, la révélation Intérieure et forcée de ce foit, c*est-à-dire que le salut commun, en ce moment et pour longtemps, je Tempère, est dans la Constitution, qui nous contient tous, qui nous abrite tous qui nous défend tous les ans par les autres, les uns contre les autres, et tous ensemble contreranarchieetcontrerétranger.
Voilà ce que cela veut dire, ou bien il foudrait admettre des effets sans cause. L*effet, c*est Tinqulétude générale; la cause, c'est le mot seulement de conspiration contre la République.
XIIL — Etmaintenant,la France a-t-elle tort de se troubler ainsi au premier signe, même au premier signe trompeur de Fébranlement de sa Constitution actuelle? Non.
Un sentiment public en général n*a jamais tort d*être ce qa*il est en matière de sécurité. La France voit bien aujourd'hui les suites inévitables de toute révolution i elle est peut-être bien fàchce, dans certaines régions, d'avoir amené, préparé, souiDé, laissé faire la sienne; elle déplore peut-être bien intérieurement les fatales complaisances qu'dlea eues pour tous les caprices de son dernier gouvernement et qui ont amené ce gouvernement à la sécurité excessive et au mépris de Topinion qui Tont perdu; elle maudit pcut-clre bien ces ébranlements téméraires et ces assauts d'ambition que les coalitions parlementaires et les orateurs, et les banquets, et les journaux de ces coalitions, ont donné sans prévoyance à leur propre trône pendant les huit dernières années du règne, depuis 1839; elle voudrait peut-être bien avoir exigé plus énergiquemenf la réforme électorale faite en temps utile pour pré* venir une révolution; elle se frappe peut-être bien la poitrine d'avoir si fort décrédité et secoué la prérogative royale par la voix de ses hommes d'Etat, ehefs tour à tour et agiûiteurs euxmêmes de ses cabinets; elle voudrait peut-être bien revenir sur ses pas ; mais c'est impossible. Le temps est le temps ; il a emporté son heure dans un jour d'émeute mal prévue et mal combattue par sa royauté et par ses ministres. La France a maintenant derrière elle Pabîme d'une révolution accomplie à franchir ; qui l'oserai au risque de retomber dans une série de révolutions
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Il COIfSgllLBft DU PBVPII.
plits profondes? Oo se dit : Qa*y a*l-il de rautre côté? Uu sol monarchiqae qu^on in*assare être solide, mais qui s*est effondré sept foiç sous mes pas en moins de cinquante ans ? QuY trouvcrai-je, à supposer qae te peuple ni*y suive? Trois dynasties s*y partageant les forces et s*y disputant ce qui n*est plus, la foi mooarehiqae? Le sol sur lequel je m*avancc est dur et raboteux au <;omiiieneeflienl de la route, mais il est inébranlable, et je puis y fonder ayee le temps et avec la force du suffrage universel, ré* gulariser an établissement national et vaste eomme le peuple tout entier, fort et indétrônabte comme lui. Des sectes anti-sociales menaoekitla propriété, la famille, la civilisation connue; devant le lion sens, la volonté et le pouvoir irrésistible de la population souveraine, ces sectes s^évaporent, elles sV-vunouissent, elles fondent comme des météores en plein soleil; devant une monarchie étroite, rivalisée, contestée, ces sectes s*alUent au peuple, fermentent dans ses méeontentemcnts, enveniment et disciplinent les factions, chargent ses révolutions de matières incendiaires et leur font faire explosion sous la société elle-même, sous prétexte de n*attaqtter que tel ou tel trdne; les prétendants, aujourd'hui impnissaats contre la nation souveraine, deviennent puissants contre une souveraineté dynastique, les partis arment, les guerres dviies eouveat, les pro? inoes se rangent sous des drapeaux divers, les coalitions extrêmes se reforment pour appuyer celui-ci contre celui-là et poorsubjugucr le pays par le bras de ses propres enfants ! Voilà ce qui se présente à Tespritde tout homme prévoyantdu lendemain à chaque éventualité des renversements de la Constitution républicaine!
XIV. — Sans doute, cette Constitution est imparfaite, pleine de lacunes et de défaais visibles à Tœil d'un enfant, comme toutes les institutions qui ne sont encore qu'ébauchées et qui ont à recevoir les corrections de rexpérience et tes améliorations du temps ; sans doute, elle n'a pas ce long passé qui assure l'avenir des institutions aux imaginations routinières de la multitude; sans doute, on envisage avec une certaine anxiété les interruptions du pouvoir executif trop rapprochées que son mécanisme lui commande de subir dans ses premières années. Tout cela est vrai; mais tout cela n'est qu'embarras et crise, ce n'est pas révolution et catastrophe; on peut y parer. La France a le génie de Pà-propos ; elle tournera ou elle franchira ces difScultés; elle moulera sa Hépublique sur ses nécessites et sur sa nature; elle laissera le temps, les mœurs, l'opinion lui indiquer où il faudra porter la main pour remédier à tel ou tel inconvénient que la précipitation de son CBUvre constitutionnelle ne lui a pas permis de prévoir ou d'éviter, ies phases gouvernementales sont trop courtes, elles les pn>-
.1.1 CONSEILLEE MJ PEUPLE»
longera ; si son pouvoir législatif est sans contre-poids, elle lui on chercbera en lui-même ;
Si son pouvoir executif est trop assttjetti dans ces mcayeineiitSy elle lui accordera plus d'espace pourse mouvoir et plus de latitude pour agir;
Si le conflit se présente inévitable et fréquent entre ces deux liranches du pouvoir, elle le videra par des appels an pays. La France n*est pas judaïque ni méticuleuse de sa nature; elle ne se laisse pas entraver comme rAUemagne par la lettre de ses chartes ; elle en interprète Tesprit, et elle sort de la di£Seulté par Paudace. Ne soycs pas en peine de Tavenir : il saura bien se tirer d^affaire en SOD temps ; pensez au présent : à chaque année sa peine. Le présent en a plus que Tavenir n*en aura, parée que le présent est tout neuf, et que IVenir sm plus exercé aux difficulté! de la dé- . mocratie. Souvenes-yous de eombien de jours ploa dlffiieilei et plus terribles vous êtes sortis sauvés depuis deux aasf
Du 2i ferrier sans rot, sans République, sans représenlanls^ sans Constitution! de ces trois sans année el sans garde natîo* nale !
De œ 8affs9%e universel sans précédents^ el eepcndani sana erreur, dans une nation on les électeurs se comptent par millions f pioblèoQe terrible aux yeux de ceux qui ne ereyitoit pas & la raison publique et ii la niajorité du sens commun en France f
De CCS grandes émeutes de mars, d^avril, de mai, expirant . d*elles*mémes devant le soulèvement unanime du peuple sensé f
Enfin de ces journées de juin, bataille de toutes les démagogies contre la démocratie au berceau, acceptée et gagnée par un gouvernement de cinq hommes désarmés et par une Aawmblée de cinq semaines î Avex^vous vu aucune dos monarchies qui ont r^gné depuis scnxante ans sur la France recevoir un assant pareil et en triompher aussi énergiqoement, en opposant la nation aux faelions dans une journée de vetiâémiain aussi lairge que Paria lui-même?
. ICon, vous ne Tavex jamais vu, vous ne le verres jamais, Pespère* Cette bataille a montré ee que pourrait pour la défense *de la société une R^ublique assise et armée, puisqu'une République Baissante et surprise avant qvCelle eût pris toutes ses* armes pouvait de tels prodiges d*éner|^e conservatrice. C'est cette réaofaitîonsans hésitation, quoi qu'on en ait dit, dv fonvemcment, de PAssemblée, de la garde mobile, de Tarmée, dn pevple, cesont ces baïonnettes et ces canons sortant de terre, foudroyant In révolte et entourant la r^résentation nationale d*un rempart de ler, qui arrachèrent à un roi détrôné au mflien 4e cinq cent mille hommes^ cas paroles expressives qui contienneni tonte la diffé-
t« COKBBlLIill DV Mmi.
rence entre la Honircble H la Républûiiie, en pnisfanee déiiuisive de Ui société :
// fi'if a 9«*tMi çmmrmrnitU mimtifnu qui puim te i^min ainti.
Mais ce gOBTeraernent n^étaît pas anonyme eo efièt* Ce roi
rappelait anonyme parce quil ne s'appelait du nom d'aaoone dynastie ; mais il s'appelait la République, la Nation, la FrsDee, la Société ! Voilà pourquoi il osait appuyer son drapeau do canon contre toutes les factions a?ec lesquelles la royauté plus faible serait obligée de compter, et devant lesquelles elle serait encore peut-être obligée de reculer et de s'évanouir.
XV* — Voilà, sachez-le bien, l'analyse rapide, mais vraie, de la puissance de cet instinct de conservation qui fait redouter à toutes les opinions sages au dernier moment les tentatives de réaction contre la République. C'est l'intuition des dangers po* blics, c'est la contraction des nerfs et des muscles qu'on éproore qnand, aprcs s'être approché en jouant d'un abîme, on regarde au fond. L'abime est plus profond, plus effrayant qu'on ne croyait, et on recule avec terreur.
XVI. — Et puis ce n'est pas tout encore j ceux-là mêmes qui déclament le plus haut contre ia constitution, et qui poussent le plus témcraîreraent à en sortir) ceux-là mêmes qui voudraient qu^on eût déjà foit marcher quelques bataillons sur la loi, et qu'on eut proclamé je ne sais pas quoi aux sons de quelques tamboure pour • étoufifer la voix du suffrage universel ; oui, ceux-là eux-mêmes ne laissent pas d'avoir quelques inquiétudes, quelques scrupules sur la facilité durable de faire accepter, subir, honorer, aimer et défendre leur petit gouvernement, ou militaire, ou impérial, on dynastique, ou aristocratique, ou exclusivement bourgeois, à un peuple immense, instruit et orageux, qui a goûté à la coupe de la souveraineté nationale.
L'enthousiasme pour les palinodies et pour les servitudes a son moment chez un pareil peuple, c'est vrai ; mais cet enthousiasme qTiî ne vient que d'un moment d'horreur contre les démences des sectes anarohiques, démences au fond sans portée, et d'une impatience maladive contre les difiicultés des institutions commençantes ; cet enthousiasme à rebours, cette idolâtrie de l'esclavage ne dure pas plus longtemps que le sentiment de lassitude ou de peur qui le produit. La nature revient avec les forces; la nature du peuple français ne se plie pas huit jours de suite aux bassesses. Le ressort fléchit, mais il se redresse, et ense redressant il emporte le gouvernement de drcoura<îenienl momentané qu'il s'est lui-même impose. Toute notre hisloire est là pour le crier à toutes ses pages à ceux qui nous font de nouveau la théorie du
U GONSflLLBR DO PBUPLE
découragement. Et d^ailleurs, si le peuple est heureusement découragé des monvemencs, des folies et des excès de la liberté dans lesquàs certains hommes à contre-sens ont voulu le précipiter, il n*est peut-être pas si découragé de sa dignité, de sa liberté, de sa souveraineté que vous voudriez le croire et le lui faire accroire, afin de tout risquer contre cette maudite démocratie qui s'organise?
XVII. — La République qui souffre sans répondre et en souriant tant d'invcetives et tant de dénigremements, parce qu*il faut laisser au passé le temps de maudire en liberté Taveniri hi République qui s'adresse souvent à elle-même des injuras et des ironies, qui font croire qu'elle n'a pas foi elle-même à sa propre existence et à sa propre f*urée; cette République au fond est-elle aussi dénuée de raison d'être, de foi en elle même, de volonté d'exister et de force de vivre que vous affectez de le dire, et que vous le croyez, peut-être? Et lorsque dans le silence de vos réflexions, dans le répit de vos colères contre elle, vous vous interrogez un peu sérieusement, n'avez -vous aucun doute sur Texistence, je ne dis pas des mœurs républicaines, les mœurs ne se développent pas en deux ans ; mais sur l'existence d*on immense sentiment républicain dans les régions très-larges et dans les régions les plus actives et les plus passionnées de ce peuple français?... Voyons!
XVIII. ~ Qu'est-ce que la République, au fond? N'est-ce pas, en déGnilive, le gouvernement personnifié de tous les principes, de toutes les aspirations, de tout l'idéal de ce qu'on appelle la Révolution française, ou plutôt la Révolution moderne, la Révolution des idées dans le monde nouveau ?
— Oui ! cela ne peut pas se nier.
— Je vafa vous l'expliquer mieux encore néanmoins, article par article, pour la conviction de ceux qui n*y ont pas asses
réfléchi.
Qu'est-ce que la Révolution française?... La Révolution pourrait se composer de cinq ou six mots, nuiis de cinq ou six mots qui renferment cinq ou six mondes.
Triomphe de la raison humaine sur les servitudes de Tesprit.
Emancipation de la conscience humaine de Tinlolérance des cultes dTtat.
Emancipation des peuples de la possession absolue et héréditaire de certaines familles appelées dynasties.
Emancipation du peuple agricole ou plébéien de la possession de certaines castes appelées féodalité ou noblesse à privilèges.
figallté des droits de l'homme devant la loi.
IB C0N8BIILBR OU PBUPtB.
Egalité des propriétés devaot TimpAt.
£j;alîté des industries devant la liberté de concarrenoe el de tniTaih
Liberté de tous égaux à tous, dans les fimttes eommones à fous €te la loi*
Souveraineté de tous exercée par le droit de tous à Péleetion du gouvernement*
Représentation élective, pour que la possession d'elle-même ne soit jamais enlevée à la nation, jamais prescrite.
Gouyerncment de la pensée et de Topinion.
Par conséquent, gouvernement amovible, et rectifié par Télection, quand il cesse d'exprimer la pensée, ropinlon, la volonté, le sens, Tintérét du peuple.
Je vous le demande... est-ce là oui ou non la Révolution ?
— Oui!
Et je TOUS le demande encore, maintenant, y a-t-il un seul de ces principes qui ne soit au fond la tendance directe à la République, le programme anticipé de la République, le type nettement sculpté ou dessiné de la République?
— Non !
J*irai plus loin. T a-t-il un gouvernement dynastique et héréditaire quelconque qui ne soit en opposition et en contradiction avec ces principes sérieusement appliqués, et qui, par conséquent, ne fasse mentir et ne fausse, jusqu'à un certain point, la Révolution, si on la refait monarchie ?
— Non ! car nous ne pouvons pas comprendre, en effet, qu*ll y ait dans le même cadre de gouvernement une nation souveraine et une dynastie souveraine? cela fait deux souverainetés qui se combattent, qui se haïssent et qui s'expulsent tour à tour, la guerre civile des pouvoirs. Et c'est apparemment pour cela que nos monarchies se débattent contre notre démocratie, et s'écroulent si souvent sur nous.
XIX. — Efi bien! pensez-vous que ce même peuple français, qui a fait la Rcvolulion française en tant d'actes sublimes, affreux ou héroïques tour à tour, la Révolution en 89 ? la Révolution en 9â? la Révolution en 93? la Révolution en 1800? la Révolution, sous le nom de charte, en 1814? la Révolution, sous le nom d*acle additionnel, en 181 !S? la Révolution en juillet 1850? la Révolution, sous le nom de République, en février 1848? La guerre défensive de la Révolution pendant dix-sept ans contre l'Europe entière, la guerre intestine à elle-même? Tous les sacrifices de repos, de sécurité, d'impôt, d'argent, d*armécs, de générations, nécessaires pour attteîndre à la réalisation de plus en plus complète de sa Révolution? Penseis-vous, dis-je, qu*eile les désavoue.
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h% CONSEILLER DU PErPLE*
les démente et les répudie pour longtemps, ces piîncîpeft, an moment même où elle y touche, et où elle y touche innocemment, providentiellement et sans frime, sons la forme et sous le nom de République ? de République constituée, modérée et organique du 24 février?
— Non, ce n*est pas possible, ou du moins ce ne serait pas
longtemps possible, ou bien ce serait ce qui n*a jamais eu lieu dans le monde : Tabdication de la raison humaine, Tapostasie gratuite et volontaire de tout un continent. On a vu des rois comme Henri IV apostasicr pour un trône^ on n^a jamais vu des peuples apo<%tasier en masse pour la servitude.
XX. — Vous necroyea donc pas que la nation apostasie jamais sa révolution?
— Non.
— Eh bien alors, le lendemain du jour où on aurait renversé la République, c'est^à-^dire la Révolution, que fericz-vous de Ja nation ?
— C'est vrai, ce serait embarrassant î
— Que feriez-vous, en commençant par les sommets, de cette noblesse ancienne ou récente, riche encore, propriétaire du sol et influente dans ses provinces, gardant honornblcmcnt le culte d'autres dynasties que celle que vous reprendriez , pouvant exercer avec dignité son droit cl son rôle de citoyens considérés, et sa grande part de liberté de gouvernement dans une république, mais ne pouvant subir sans honte, sans aigreur et sans r<''\ olte sourde, le joug d'une souveraineté dynastique et bourgeoise qui soulève sa haine cl opprime son orgueil?
— Nous ne savons pas.
XXI. — Que ferez-vous de cette jeunesse née au sein des débats et des luttes de la liberté, et qui porte dans le sang et dans les idées les ardeurs, les bouillonnements généreux et les impatiences de la liberté elle-même? Est-ce de la chair d'esclaves ou de courtisans? ou n'est-ce pas, au contraire, un élément qui ne peut s'assimiler qu'aux institutions libres, grandes, mobiles, républicaines enfin, sous peine de devenir un élément d'éternelles explosions? Refoulerez-vous trente ans d'aspirations et d'idées populaires dans leur cœur?
— Ce serait difficile.
XXII. — Que feriez-vous de cette philosophie que la révolulion a semée à pleines mains dans les livres, que Tinstruclion laïque a fait couler à pleins bords dans vos instituts et dans vos écoles, qui crie par toutes les voix du siècle : liberté d'esprit, raisonnement, discussion, logique indépendante des cultes, rationalisme des institutions ? Croyez-vous que vous encbalnicz cette
U COKSIILLIA mi MUFil.
philosophie, et cette raison, et ces idées captives au char de votre petite Qionarcfue quelconque, et que vous les fassiez passer et rester sous le joug d'une ligue mesquine, entre une cour de cirooDstance et une théocratie d'Etal? Son. Tout cela tend à un sentiment religieux nouveau, ntuis à un sentiment religieux raisonné, libre; fîer de lui-même! Cette philosophie nouvdie n^apoor dernière expression qu'une République.
— Cesi possible.
XXIII. — Que feriez-vous de ce peuple immense des villes et des campagnes, bourgeoisie sans nombre s'immatriculant tous les jours à Pancienne bourgeoisie par le sol, Tindustrie, Pinstruction, le commerce, le travail, Tépargue, à qui la propriété a donné le sentiment de son existence comme classe politique, et à qui la République a donné son droit et son importance principale aujourd'hui dans la souveraineté électorale du pays ? Les remellrcz-vous, ces six millions d'hommes devenus citoyens et fiers de rester tels, à la porte de vos collé^^es électoraux pour voir gouverner la nation sans eux et contre eux souvent, par quelques petites aristocraties de plus imposés ou de plus patentés? Ne croyez-vous pas qu'ils deviendraient aussitôt un élément de renversement irrésistible contre tout gouvernement qui leur reprendrait leur titre et leur dignité de citoyens? Et, d'un autre côté, concevez-vous un autre gouvernement que la République pour coexister avec une toute-puissance électorale telle (|ue celle dont je vous parle?
— Non, une souveraineté électorale comnie celle-là en bas, et une souveraineté monarchique en haut, cela ferait une belle lutte f La monarchie y éclaterait tous les trois ans ! Nul état ne peut avoir deux maîtres, c'est vieux ( oinme la parabole.
XXIV. — Et mainleiiatit, que feriez-vous de ce qu'on appelle malâhpropos le peuple lui-même, c'est-à-dire ces sept ou huit millions de citoyens, agriculteurs, laboureurs soldats, ouvriers, manœuvres, prolétaires, qui, rejctésaulrefois hors du cadre social parledéfautd*iostniction, de propriété et de justice, y sont entrés aujourd'hui, et sont eu immense niajorité cli<;nesti'y rester et d'y grandir en moralité, en lumières et en bien-être sous la vigilance bienveillante de la République, qui n'a pas de droit d'aine-sse dans ses aH'cctions ?
Les rejetterez-\ous comme des ilotes hors du droit politique, hors des participations électorales, hors de la communauté sociale ? Mais le rayon de la liberté a touché leurs fronts , quelquesuns, au premier moment, en ont eu le délire, mais la grande majorité n^ena eu que la chaleur, la reconnaissance et la dignité! Où les rcjetteriez-vous, vous monarchie ? Dans les séditions. Vous en feriez la lave furieuse des révolutions sociales (jui coavaient depuis vingt ans daus le^ conciliabules des iecUoia des
Droits de riiommc et dts sociétés fralrmelles, et que la République a cvapoivrs, en ne laissant aux Irncbrcs des conspirations que les incorrigibles conspiraleurs dv profession.
— C'est encore vrai; il faudrait ihi terribles armées à ces nouvelles monarchies contre ces armées de mécontents qu'elles recruteraient nécessairement en rétrécissant le pouvoir polilique.
XXV. — Eh bien ! je vous le répète, ce sont là les forces latentes de la République aujourd'hui, ses nécessités de subsister, SCS racines cachées dans le fond des choses. Ce sont là les apparitions effrayantes que les aveugles et les téméraires de restaurations monarchiques ne voient pas, mais que tous les hommes sensés et pensants voient, et qui leur font dire, toutes les fois qu'on agite la question du renversement de la République : « Arrélons-
• nous, tenons-DOus-y, ou nous allons nous précipiter dans un » océan de diiScultés, d'impossibilités, de révolutions nouvelles et
» de révolutions mille fois moins maiiialiles, moins généreuses, .
• moios viterégulariaées que la révolution dn Si février! Larévo-
• lotion dtt 9A février a été une révolution d*enlhou8iasme, une » révolution d^espéranee ! Elle a en pour premier mot amnistie à
• tout, pouvoir à tous ! Elle a eu pour dernier mot République » unanime et modérée. République de paix et non de colère! Les «» révolutions qui viendraient après une réaction courte demonar- » cbie faible et par conséquent violente, seraient peut-être des ré- » voltttions de ressentiment et de désespoir; elles auraient pour » premier mot Vengeance, et pour dernier root Ânarcbie et Coali-
• tioDl
• La démocratie raisonnable a fait la République du Si février;
• la démagogie effrénée ferait la République de I8IM) ou de J 853 ! » Que la Providence en garde nous, nos femmes, nos enfants, nos
• maisons, nos biens, notre patrie ! Or, la Providence delà nation
• et de la société s^appelle en ce moment la République! Blasphé- » mons-la tant que nous voudrons, mais ne la renversons pas, car » elle pourraitengloutir sous ses ruines ses amis, ses ennemis, ses
• fondateurs comme ses démolisseurs. »
XXVI. -Citoyens , voilà la sagesse ! Et cette sagesse qui parle tout bas dans le cœur de tous les hommes de bien, à quelque parti qu'ils appartiennent par des préférences toutes respectables quand elles sont inoffensives d'ailleurs , cette sagesse parleaussi , soyez-en sûrs , dans la haute et droite intelligence de ceux à qui vous avei con6é le gouvernement de la République*
XXVII. — Quant à moi , je vous le dis encore , je ne suis pas fanatiquede républicanisme , mais je suisftinatique de salut publie. Eh bien « ce sont là les considérations qui m*ont frappé comme un éclair d'évidence et de prévoyance quand , le H février an soir ,
Il CONSEILLER DU PfiUPLB.
dans l'ancanlissoincnl de (ont gouvernement et de toute forme sociale, j'ai dit , avec d'autres lionimes dévoues jetés comme moi sur la brèclio , en mesurant de l*œil toute ma iTSj)0!)Sîd)ililé et en raccrptanl tout entière d'avance; «Il n'y a que la Hépnliliqiic » pour rallier tonte la France , pour faire face au moudeet pour « préserver les l)ases de la société î •
• Nous avonsdît ronstammcnl (]< ])uis aux répii]>li( niiis : aSo}ez " raisonnables, modérés, patii nts , niagnaninu'sj ne prenez pas la ' n République h votre compte et pour vous seuls: prenez-la au
compte de la nation et pour toutes les classes du peuple, sans « acception d'on^'inc, de situation, d'antécédents , d'opinions ; »^ cfTcicez-vous vite, et longtemps et toujours s'il le faut, pour lais- »» ser entrer la nation seule dans la béj»ublique. Nevous étonncï » pas de quelques réactions, ne vous eflVayez pas de quelques » oscillations, ne vous indignez pas de quelques injustices; laissez » aller k balancier du temps, il se fixera à son centre de lui-même, » car la Frai;ce, au fond, est à la fois républicainepar ses idées, » conservatrice par sesintcrcls! Adniirable condition pour fonder n une démocratie viable ! »
XX VII r. — Et maintenant, si j'avais une voix qui pût être entendue des hommes qui se poussent et qui vous poussent , par une réaction de leurs ressentiments naturels , n>ais j)ar une réaction
bien înn|jnjdente . vers les tentatives de monarcliie, je dirais
ce que je viens de vous dire Mais ils ne nrécoulcraient pas.
La passion et la colère ont-elles écoulé jamais ?
Je ne doute pas que le président de la République ne comprenne le rôle de modérateur et de médiateur des partis en France, au lieu du rôle si court de serviteur des réactions de tel ou tel parti.
XXIX. — Louis-Philippe, ce roi si sensé quand il craignait le trône en i830 pour ses enfants, avait pris un petit morceau delà France dans sa roafn (trois cent mille électeurs de la classe moyenne seulement); il ayait examiné attentivement celte poignée d^opinions et d^intéréts pris dans le grand monceau de la nation., et il avait dit: la FtwieeettjuttemiHm!
£li bien f ce que Lmiis-Philippc avait dit de celte pincée de France politique qu*il avait dans main est eneore vrai, mais dans une proportion plus nationale, plus libérale et plus démocratique de la France entière : la France entière eet centre I la France e»t vne démoeratie modérée par eee hmièree et par $et inté" rêtâ. Vous ii*en ferez jamais ni une démagogie ni une monarchie durable, encore moins une secte sociale subversive des propriétés; mais vous en ferez très^bîen une République conservatrice et progressive I
Lfi CO.NS£lLL£a DU PEUPLE
Je suis dans celle conviction depuis bien des années et j'y reste, et je suis convaincu que cette conviction sera celle du pays avant dix ans. Si j'étais plus jeune, je dirais le mot du cardinal de Bernis : J^attendrai. Je suis certain que dans quelques années, les partis mêmes qui nient ces vérités aujourd'hui, les prendront pour symbole et pour prograoïme. Cela rassure les cœurs des bons citoyens sur Tavenir de la patrie, car la patrie vivra après nous et héritera de nos efforts pour elle.
XXX. Un jour, à rAssemhlée législative, un montagnard approcha de Vergniaud, isolé alors de tous les partis, excepté du petit groupe de républicains antiques et purs qui étaient restés fidèles à la démocratie de Mirabeau et de Bailly.
— Vous devez bien souffrir d'être assis seul ainsi dans cet isolement des deux camps extrêmes, au milieu de ce vide que vos opinions odieuses aux royalistes, suspectes aux montagnards, font autour de vous ?
— Moi ? dit Vergiiiaud; vous vous trompez, je vois l'avenir. Sur ce banc où vous me plaigmz d'être seul, un peuple entier viendra, avant dix ans, s'asseoir à ma place après moi,
XXXI. — Ce que je vous dis là est de la raison froide. Cela ne réus»>it jamais, ni auprès d'un parti, ni auprès de l'autre. Mais au-dessus de ces deux partis extrêmes il y a une masse impartiale et calme qui écoule, qui raisoime et qui comprend. C'est elle qui à la fin se jette entre les deux partis extrêmes pour les séparer et qui leur arrache des mains le pays qu'ils allaient déchirer. Cette masse est immense, éclairée, et bien iiitentionnée en France. Elle paraîtra toujours au moment du vérilable danger, et elle sauvera les deux partis de leurs propres excès ou de leurs propres impatiences.
Sans doute, il est pénible pour un homme public d'être à la fois répudié des deux camps, de sentir dans l'isolement et de parler par conscience dans le déserl. Mais (juand on a beaucoup lu et beaucoup compris l'histoire, ou accepte avec résignation et confiance CCS situations qui paraissent fausses un jour parce qu*ellcs soutles seules situations vraies pour le lendemain.
LAMARTINE
représenlaiU du peuple.