LA SOLUTION DES PARTIS
et
là SOtUTION OB LA RATUHS.
Du Lazaret de Marteille,
Salut, terre livrée à plus de vents et d*ondc Que le frêle navire où flotte mon destin !
Terre qui porte en toi la fortune du monde.
Ton étoile se lève à Thorison lointain !
L Ces vers que j'écrivis il y a seize ans, en revoyant les côtes de Provence, après mon premier voyage en Orient : me reviennent naturellement à la mémoire en louchant de nouveau le sol de la pairie, après la courte absence que je viens de faire, pour visiter de nouveau Constantinople et Smyrnc. Je retrouve avec bonheur la France aussi calme et plus active qu'au moment où je Tai quittée. Les intérêts qui ne souffrent pas longtemps Tinterrègne des affaires reprennent de jour en jour leurs entreprises languissantes ou suspendues. Le commerce impatient fatigue les mers et les routes. L'anarchie répugne de plus en plus aux intelligences éminemcnt gouvernementales de ce pays si bien organisé pour le gouvernement. La paix de l'Europe, heureusement maintenue par la large modération de la République, au moment où un coup de canon pouvait allumer le monde, repose désormais sur un équilibre qu'une démence seule pourrait déranger. Tantque l'Angleterre sera un gouvernement libéral et que la France sera un gounement modéré, l'allia nce tacite mais forcée entre la France, TAngletcrre, la Prusse, la Suisse, le Piémont et la Turquie, répondent au monde de la civilisation. Les démonstrations militaires du Nord, les armements exagérés, à supposer qu*ils fussent vrais, ne font peur qu^à ceux qui ne connaissent rien à Tétat de l'Europe ou qui se font un système de feindre la peur pour la propager. Tant que la France aura un million et demi de bayonnettes à jeter sur ses frontières au cri de coalition, tant que rAnglelerre aura de quoi couvrir à la fois la Baltique et la Méditerranée de ses flottes, tant que la Prusse aura à conserver son nom et son influence en /
LE GONSfiLLlta DO ^BUPLB*
Allemagne, tant que le Piémont sera une monarchie constitutionnelle et niililairc au pied des Alpes,' tant que la Turquie, régénérée par son jeune et patriotique souverain, aura trois cent mille hommes h échelonner sur les Balkans, tantque rAlleniagnc, s'appellera rAlleniagnc, tant que la Pologne conservera dans ses souvenirs lin étincelle de ce patriotisme qui couve, mais qu\in incendie de l'Europe rallumerait derrière une armée d'invasion russ que craindre de la Uussie ? Il faudrait qu'elle fût folle pour jeter ainsi le gant à un système européen si fortement combiné pour la paix. Or le prince qui la gouverne peut avoir des arrière-pensées, grandes comme Tavenir de son empire, mais il a montré constamment aussi qu'il avait la patience de la politique de Catherine et récoMomie de sang humain de son frère et prédécesseur l'empereur Alexandre. Rien donc à craindre du côté de nos alTaires, extérieures : rien que les conséquences affligeantes, mais petites et réparables de notre fausse conduite en Italie.
II. A rintériour, l'Assemblée nationale se proroge pour près de trois mois. Quelques-uns s'en inquiètent : je m'en réjouis. Le aileiicc complet de la tribune est de temps en temps nécessaire j)our laisser reposer et penser les esprits. La nature, notre modèle, à pour loi^ rinlermiltence dans toutes les fonctions de la vie. Le repos est nére<saire après le mouvement, le sommeil après l'agilalion. La tribune quotidienne presse le pouls de la nation ; elle lui donne unefièvre souvent u(ile,queIquefoisnuisiblc quand elle devient continue. 11 faut une intermittence aussi à l'Assemblée nationale. Il en faut pour que le gouvernenient puisse vaquer aux affaires, tracer ses lignes, préparer ses lois. Il en faut, pour que l'opposition elle-même puisse consulter l'opinion, se relrempcr dans l'esprit public, reculer ou avancer dans sa m.irehe, selon qu'elle se sent trop en avant ou trop en arrière du pays,
m. Pcndantcet intervalle de repos législatif, quese passe-t-il ? Rien de sérieusement alarmant pour nn esprit ferme, qui ne s'alarme pas pour les riens, et qui comprend la République en ^rand, c'est-à-dire comme rexercice large et libre de lapenséc cl (les sentiments de chacun. On jouit de cette libcriéscrieuse et nKile. que la vraie République a faite et doit faire de plus eu plus aux opinions.
Les hommes d'Etat de la monarchie de 1830, les hommes comblés pendant dix-huit ans de sa confiance, de ses honneurs cl do ses bienfaits, vont publiquement, et sans que personne s'en offense et les flétrisse, visiter le roi exilé de leur jeunesse, et lui porter des condoléances, des repentirs ou des respects. Eux qui onl /ïctri naguères, dans une phrase fameuse, les pèlerinages des légîtiinistcs de scalimcnl à Londres ^ ceux qui selon mon (expression
LS OOMSBILLIiR DU PEUPLE.
id^'alors, ont fait un crime de Pcspcrancc et de la reconnaissance aux amis du duc de Bordeaux, ceux-là sont forcés de reconnaître aujourd'hui que la Hépublique bien comprise est plus libérale et plus magnanime que le gouvernement de juillet, qu'elle n'emprisonne pas les minisires, qu'elle ne déshonore pas les dévoucnjenis, qu'elle ne prescrit pas l'ingratitude, qu'elle ne prend point orubrage de rcxercicc des meilleurs sentiments de la nature, et qu'elle honore, au contraire, ceux qui affichent d'honorables souvenirs envers les princes de leurs coeurs.
Les autres vont en Allemagne porter au comte de Cliombord la fidélité d'un principe, que les vicissitudes de trente ans n'ont point ébranlé en eux. Ils font h l'innocence et à l'exil une cour désinlércsséc d'affection. Ils ne se cachent pas, et ils ont raisonjla République ne commande pas l'hypocrisie. Ils descendent de la tribune républicaine où ils viennent de discuter les intérêts du Peuple et les affaires de l'Etat, pour aller dire à un jeune prince ; « Vous êtes le roi de mes pères, le souverain de mes préférences, le monarque de mes désirs, mais en vous quittant, je vnis servir ioyn- Icment la République comme citoyen, tant que la République sera la loi, la volonté, la nécessité de mon pays î
Et la France regarde, écoute et ne s'offencc pas.
Calomniateurs de la République, trouvez-moi dans l'histoire un autre exemple d'une tolérance aussi libérale et aussi noble d'un gouvernement! La République, telle que nous Tcntcndons depuis 1848, n'a ni loi des suspects, ni ministres b Vincennes, ni judas de la police, ni traîtres domestiques autour des princes, des princesses, des héritiers dynastiques, des prétendants exilés. Elle n*cn a pas besoin :elle a le suffrage universel qui la dispease de tous ces immondices des gouvernements ombrageux.
Ah! dépêchez- vous bien de la travestir et de l'insulter, écrivains affamés d'un maître et impatients de servitude! dépéchezvous de l'insulter pendant que vous tenez la plume, car je vous prédis que l'histoire ne tardera pas à la réhabiliter et à la venger de vos insultes en nionlrant quelle tolérance pratique elle avait rendue aux scntinients honorajïlcs et aux plus nobles libertés du cœur humain !
V. Quelques hoinmes, dit-on, plus profonds d'intrigue et plus implacables de ressentiments, proiitcnl de celte tolérance républicaine et vont se concerter avec des fantômes d'hommes d'Etat, dans des ombres de congrès pour tâcher de renouer ces toiles d'araignée déchirées par le coup de vent du siècle, et qu'ils avaient passé leur vie à lisser laborieusement pour y prendre et pour y retenir l'Europe asservie, à tel ou tel système de Vérone,
Vienne (jle Laybach. Ils v.onl reij^irq une sainte-alliance de
IB eORSBlLLBR DU PBCPLB
Cobicntz, conme on voulut yiaîre autrefois une coaliliou. Je nV'ii croîs rien.
Les homaie$ d*Etat qui placeraient ]c levier de leur politique à rélrangcr, ne seraient plus des liommcs d'Etat, mais des hommes de trahison et de ehmc. Ce n'est plus la République qu'ils trahi* raient, c'est la patrie. Hicn dans leur passé, rien dans leurs eœurs, rien dans leur intelligence, n*autori$e même leurs adversaires à les aceuscr de pareilles infamies. Ils peuvent détester la République, ils en ont le droit, ils en usent et ils en abusent h leur gré, sans que personne s*cn indigne. Les opinions sont libres comme les eoBsdeDcesi mais aucun de ces hommes ne voudrait déshonorer son nom par des trames avec Tétrange^ contre son pays. TranquiUiscB-vous ; ils ne vont point conspirer une coalition austro-russe contre la France, Ils vont causer, voilà tout. C'est le besoin des puissances en disponibilité. Ils vont maudire dans les salons de r£urope la Révolution qui leur a fait ces insupportables loisirs ; il vont se frapper la poitrine des fautes qu'ils ont commises, et qui ont précipité, sous leurs propres mains, trois ou quatre monarchies de ki vieille Europe. Ils vont médire du temps présent et vanter le temps passé. II vont faire une coalition de regrets, d^espérances, de commérages dynastiques* Us vont colporter comme Annibal leur malvcillanfe et leurs sarcasmes dans toutes les cours, contre eettc maudite démocratie dont le courant tantôt rapide, tantôt bouillonnant, tantôt dormant les emporte eux-mêmes, pendant quMls la maudissent. Voilà tout: trouvez-vous cela mauvais? Alors, changez la nature humaine. Elle a le droit de s'impatienter contre ce qui rirrtte, et de s'éton* ncr contre ce qu'elle ne comprend pas.
VI. « Mais, dites-vous, il y a cependant là quelque chose de grave et de menaçant. Si ces hommes consommes en fait de manœuvres diplomatiques, si ces Talleyrand et ces Metlernich ambulants allaient réussir et réconcilier rirréconçiliable,sur la terre étrangère ? S'ils allaient négocier, Jpîsr pure charité monarchique, une franche et bonne réconciliation entre l'eau el le feu? entre la légitimité el l'illégitimité? entre l'oppresseur et l'opprîmc? entre le proscrîpteur et I(> proscrit du trône ? entre le comte de Gbambord et la branche d'Orléans f Et si un beau matin vons voyiez apparaître dans les journaux, contresigné par ces Bolingbroke du temps, an manifeste qui dise à l'Europe et à la France : — Nous avons fait un pacte de famille à Londres et à Baden par lequel nous avons enfin disposé de la France, de sa couronne, de ses institutions, de ses principes, de ses idées, de sa Révolution, de sa Ré* publique; nous étions deux royauté en opposition et en expce* tativc, cela embarrassait les rouages de la contre>révolution que