‹ Le conseiller du peuple, journalChapitre 23 sur 40 · LB G01I8BI&I.BR OU PBUPLB · texte numérisé non relu

LB G01I8BI&I.BR OU PBUPLB

nous Toulons fâire de concert, et la passion de la France pour fa monarchie» Maintenant nous ToUà d*accord ; nous ne sommes plus qu*one royauté parfaitement Intime, Tun régnera, l*autre aura la survivance de cette couronne è deux. «

» Voyons, à Tapparitlon d^un tel manifeste, ne trembleriez- ▼ous pas pour la République? ou plutôt, y aurait-il encore une République? La France entiène, lasse des tyrans que vous savea et qui la couvrent, comme vous voyez, d*cchafauds, de ruines et de sang, ne se lèverait-elle pas toute entière pour marcher prooesslonnellement au devant du nouveau règne? »

G*est possible; la France est capable de tout, et si la France, comme vous dites, la France entière, la France en Immense majorité*seulement, par Torganedu suffrage universel eompliAet régulier, disait : Je vtux ; quel est dodo celui qui dirait : Je ne veux pa$9 Ca ne serait pas moi. Tai mes idées, mais je me soumets à la volonté de la majorité de mon pays. Le pays est roi, et je ne suis que citoyen. Je dirai plus : si cette couronne que ma raison écarte, mais que mon cœur ne dégrade pas, tombait sur le front de l*enfant légitime de la maison, de ce jeune homme dont ma jeunesse a salué le berceau, de cet exilé dont je n'ai jamais voulu servir les compétiteurs pendant leurs dix-huit ans de règne; je pourrais gémir comme républicain de raison, mais je ne m*affligerais pas comme homme. La Providence a des réparations pour des catastrophes et des infortunes Imméritées, les trônes ont des chutes et des retours. Je dirais : « La France est compromise, mais la fortune B*est pas inique, » et je souhaiterais, en m*éloignant, heureux règne au descendant de soixante rois, et bonheur il la France.

VIL Mais croyes^vousque j*ai assez peu de sens politique pour me figurer qu^il sulBrait pooreelad^un idanifestede réconciliation signé à rétranger entre les deux branches héritières de nos folies ou de nos faiblesses? Croyes-vous que ce traité podr un règne in |Miflt6tis. lors même qu*i( serait signé par les deux chefs des deux maisons, et contresigné par tous les plénipotentiaires de rSurope, serait ratifié en Franee plus de huit jours par les Icgiiimistes et les orléanistes? par les enfants de Jacob et par ceux d*lsmaêl?Non; vous le savez bien, on réconcilie facilement deux hommes, surtout quand une ambition commune est le prix de la réeondliaUon; mais on no réconcilie jamabdeux situations et deux partis ! Deux partis ennemis de naissance, deux partis acharnés Tun contre Tautre depuis Louis XIV, depuis la révolution de 89, surtout ! Deux partis, dont Van a donné à Tautre des griefs, des compétitions, des usurpations, des proscriptions, des flétrlMores même à dévorer l Vous figurez-vous le lendemain de

ce manifeste de règne en commun, madame la duchesse de Bcrry, mère du nouveau roi, salué dans la cour des Tuileries par ses proscriplcurs de 1850? honorant dans les minisires de son fils les autours et les conseillers de ses exils? Voyez-vous les portefeuilles et les faveurs et les confiances du nouveau trône, partages,en parts égales entre les fidèles de la légitimité, et les fidèles de la révolution et de rillégitimité de 1830? Et si Jes parts étaient en clîct égales, voyez-vous le gouvernement tiraillé en deux sens opposés se déchirant tous les matins entre les partisans et les ambitions des deux maisons régnantes ? Et si elles étaient inégalement partagées, voyez-vous Tirrîtalion, Jes plaintes, les accusations, les conspirations de la branche en expectative, contre ringratitude et l'oppression de la branche en jouissance du trône? Entendez-vous dans les conseils de la couronne, dans les tribune» des chambres, dans les journaux des deux camps, dans les élections, dans les provinces les imprécations des légitimistes subordonnés aux orléanistes, ou des orléanistes livré par le rot de leur antipathie aux légitimistes ?'N*a percevez-vous pas ces oppositions dynastiques donnant bientôt la main aux oppositions républicaines révolutionnaires et se secouant l'Etat jusque dans ses foirdcments, comme nous Pavons vu pendant la coalition parlementaire de 1840, pour arracher le règne à leurs ennemis? Comprenez-vous les persécutions de toutes ces secousses dans les départements et dans Tesprit du Peuple? N*auriez-vous pas crée le gouvernement des rivalités, des antipathies, des convoitises et des haines? La guerre, assoupie on instant par Pambilion satisfaite entre orléanistes et légitimistes, ne serait-elle pas rullumée tou» les jours par les ambitions insatiables et déçues? Les situations, comme je vous le disais tout à Theurc, ne seraient-elles pas en deux mois aussi irréconciliables, aussi implacables que jamais? Les hommes d*Etat prétendus qui travaillent à la réconciliation des deux branches d*une maison royale divisée par la nature ci par la révolution font un rêve qui peut amuser Toisivetc cl consoler Texil, mais dont le réveil serait un déchirement quotidien du pouvoir et un troisième et plus terrible avènement de la démocratie qu*ils espéraient refouler ainsi. Cela se pose, cela se chuchotte, cela nese discute pas. C*est à la royauté ce que le communisme est à la République : Putopie du trône.

Vin. Mais ajoute-t-on : « Voilà le président de la République qui donne des rafraîchissements à des officiers et à des sous-offîciers de Tarmée ! Ce n'est pas tout : Le voilà qu i va visiter les principales villes de la Republique et se plonger autant qu'il lui sera possible en pleine eau d*opinion publique, pour savoir si on oil content ou mécontent de lui, et s'il gouverne plus ou moins

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Si!

dans le eouranl de le Franee. Ne voyea-TOua pas là encore une «onspiraiioD qui jetle le gant à la République^ une amorce tendue à Tesprit miliUiire? uncoecasion offerte à dessein à cette iolempéranco de Tocifération du Peuple qui, fatigué de ne rien crier, sV visera do ressusciter le eri de mue V Empereur! comme un écho d*AustcrlilB réveiUé derrière une borne de carrefour? N^avooezvous pas enfin, cette fois* quo le pouvoir exécutif est en pleine trahison contre la Constitution, et que Texplosion simultanée de quatre ou cinq mille caisses de vin de Champagne sera un jour ou Tantre la vMiddm ùifmuUe qui renversera la République sous le nom de Napoléon? »

IX« Eh bica, non, je ne le crois pas plus aujourd'hui qu'hier, et cela par trais raisons.

La première, c'est que je ne crois pas la nation française asses descendue de son rang intellectuel dans les égoùtsdn Bas-Empire, pour s'agenouiller dans la poudre d'un camp de prétoriefte sans prestige, et pour se précipiter dans une servitude qui n'aurait paâ même Téblouissement de la gloire pour excuse de sa lâcheté.

La seconde, c'est que je crois l'armée composée de citoyens et non de mercenaires, et que sacondulte à la fois patriotique, répu* blicaine et modéi^ contre toutes les factions depuis Février, ne donne à personne le droit de la déshonorer d'avance, en supposant qu'elle tournerait contre les institutions de la France l'épée que la France a remise dans ses mains.

La tniisiéme enfin, c'est que je crois le président de la République un nom dangereux, mais un honnête homme, et que je penserais faire injure non pas seulement à lui, mais à la nature humaine, si je supposais qu'un honnête homme et un homme d'un si beau nom préférât le rêie de trompeur au rêle de dépositaire fidèle delaliberté deson pays, et qu'il consentit à faire dire à Thistoire: « Le premier magistrat auquel le Peuple a confié ses institutions a été le premier trattre à la République, Et cet homme s*appelait Napoléon ! La liberté n'a pas pu trouver un honnête homme snr le sol de la révolution ! L^lionneur est un mot, la nature humaine est viciée, la France est pourrie! •

Non, je ne croirai jamais à une telle dégradation de la nature dans mou pays, et si je suis puni pour ne l'avoir pas cru, je me glorifieraide mon incrédulité. Casera l'obstination dcrcstimepour le genre humain.

X. « — Mais, cependant, ajoutent les hommes simples, vous conviendrez, pour parler le langage des journaux des deux branches, qu'il faut, comme ils disent, une eoluHon, car enfin nous nous sentirons dans le provisoire et dans le problème tant que nous ne nous sentirons pas derrière les épaules les lisières daua

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lesquelles nous avions la vieille habitude de marcher et de tréto* cher. Une nation qui marehc toute seule, appuyée seulement sur la raison publique, sur sa représentation souveraine, sur ses pouvoirs législatifs et Gxéeutifs, éleclifset temporaires, se renoUvchirift «u gré do SCS idées qui eltangent et de ses intérêts qui varient, nous appt'Ions cela une monslruosilc. Cela ne peut être toléré que pour un nioiuent, comme un désordre inévitable, comme une transition tout au plus, il nous faut du définitif. » Or, une solution pour ceux-ci, c'est un rappe) de la monarchie légitime proscHteco i850. et un bon ancien régin»e modifié pnr la bonté de cœnr J*uii Bourbon et par une charte octroyée aux Iwirrières de Paris, aux applaudissements d'une soirée do peupte mobile de ses faubourgs, lis ne s'inquiètent pas du lendemain ni des résistances organiques sourdes et bien tôt explosives detreitle millions d'hommes alarmés, huit jours après, sur leur révolution.

Une solution pour les autres, c'est le rappel, par le quartier de la Bourse et du Palais-Royal, de celte royauté illégitime qui présente pour litres, aux révolmionnatres, la révolution de iS30, et pour titres aux contre-révolutionnaires, un nom dynastique et des intérêts monarchiques personnifiés dans un trône personnel, lis ne s'inquiètent pas non plus du lendemain de eelte seconde usur* pation, ni des insurmontables résistances que les légitimistes, les républicains et le Peuple réunis opposeraient huit jours après k cette monarchie sans principe. Tout leur est bon, pourvu qu*0ll usurpe sur la démocratie qui les offusque et qui les humilie l No^ blesse de Juillet, conquise sur des barricades encore chaudes, qui ne peut tolérer ni la noblesse de Faneienne aristocratie, ni la llépubliquc, cette noblesse du Peuple, et k qui il faut les œiU de Ixvvfûc la bourgeoisie pour jouera lacoQf el se draper dans ses dignités dVmprunt î Une solution pour eux, BOUS savons ce que c'est : c'est un hourg pourri électoral, un petit comité d'électeurs de leurs parents, de leurs clients et deleura complaisants, dans un arrondissement inféode de la France, un monopole d*cxploiUtion d'industries privilégiées ou d*emplois publics, un jiouvoir royal qu'on exalte quand il vous tend un portefeuille, qu*oa insulte cl qu'on ébranle quand on redescend dans l'opposition, une révoluiion qu'on prépare sans lavoir et qu*on rejette sur d'autres après l'avoir faite? Voilà la solution pour les pénitents tardifs de Juillet. Quelle solution pour une époque grosse des plus terribles questions d'un siècle ?

Pour un petit nombre, enfin, une solution, c'est une gamiaoo de Paris, une revue soufflée par quelques étourdis en uniforme, faisant réclamer je nesais quelle dictature militaire, sous le nom de Omsulal, de ProUetoi ai ou d*£mptfv^ttn CromwcU de fantaisie

sans le fanatisme religîeax qui expliquailet qai portait le vrai CromweIK Une doublure de premier eonsul sans la ladsitude de huit ans de erimes et d*anarebie quiugcnoulllait la France sous la main d'un autre consulat. Un empire sans armée qui ait eonquis sur les champs de bataille ledroit coupable, mais le droit au moins explicable, de décerner Templre à son chef, c*est-a-4ire un contre-sens pour logique et un ridicule pour couronne !

Quelle soluUon I la plus absurde et la plus erlmlnellede toutes, car toutes les révolutions, les révolutions soldatesques sont les plus inexcusables et les plus démoralisantes pour un peuple. Elles sont à la fois des trabisons, des lâchetés et des brutalités de sabre : des trahisons, car elles tournent contre le pays l'épcc que le pays a confiée a Tarmée pour défendre ces InsituUons ; des lâchetés, car elles surprennent le Peuple confiant et les lois désarmées i des brutalités, car ce sont des révolutions sans idées, des mouvements sans raison, des gestes sans intelligence, des eris de caserne jetant au hasard le nom d*un homme, jamais le mot d'une Institution. Les révolutions militaires sont des révolutions de décadence; on y périt, on va aux prétoriens à Rome, aux janissaires k Genstantinople, à la ruine de Pempire partout. Corrompre Tarmée pour un gouvernement, c'est le dernier des attentats. Ce n*est pas livrer la patrie aux étrangers, mais e*est la livrer aux révoltes encouragées de ses propresenfants. Cest fomenter le parricide, le crime sans expiation. Quel gouvernement honnête et durable pourrait sortir d'une telle déloyauté ?

Celte solution en est une sans doute, mais c'est la solution par le suicide. Elle ne tuerait pas moins l'autorité que la liberté, la monarchie que la république*

XI. Tout cela ne convertit pas au bon sensleacherebeurs de solution. Il leur en faut une, ils le répètent, et une partie inquiète, ignorante et moutonnière du Peuple répète d*après eux : « Une sohition ! une solution nette, radicale et prompte î prompte surtout, nous ne voulons pas attendra deux ans, terme fixé d'avance et légalement par la sagesse prévoyante de l'Assemblée constituante. Une solution h l'heure même ! une solution à tout prix!»

Xlf. Peuple irréfléchi ! Nation depeudefoi et dépende mémoire ! Mais savez*vous ce que vous demandes en demandant obstinément une solution aux crises des temps, aux incertitudes de l'avenir, aux difficultés de la société, au problème des gouvernements ? Vous demandes ce que Dieu n'a pas mis sur la terra ! Vous demandes ce qui n'existe pas à la portée de la main des hommes ! Vous demandes une chimèra I Vous vous Impatientes lorsqu'on ne vous donne pas ce que personne ne peut vous donner : l'impossible I

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Une solution ! maïs vous avec dit la même cJiosc et crié la mcmecri en 1789, La révolution de 4789 est Tenue et elle ne vous a donné pour solution que l'écroulement d^un vici cdiflce monarchique, féodal et religieux, et de la poussière, des ténèbres, et des embarras nouveaux après 1

En 4794, vous avez crié : solution ! Le 9 thermidor est venu, Il vous a donné la fin du règile des bourreaux, la sécurité pour Vos tôles, niais il vous a laissé dans toutes les aberrations des reactions, dans les embarras et dans les incertitudes du Directoire !

En 4800, vous avez crié: solution ! Elle ne vous a donné qu*une administration ferme et absolue, la perte totale de vos libertés, le (iontre-révulution aveugle et brutale dans les lois, dans les cultes, dans la servitude de la pensée, dans les féodalités impériales renouvelées du moyen-âge, elle a fait de vous le Peuple ducontre*sens ! Elle vous a lancé sur le monde pour le ravager sans le conquérir^ elle a amené deux fois les armées de TEurope à Paris i

En i844et 484b, vous avez crié une solution I La solution a été le retour des Bourbons et de la Charte. Cettè solution vous a rendu le système constitutionnel et la paix. Mais elle vous a laisse les inextricables embarras d*une restauration, les prétentions del *é» glise, les imprécations des bonarpartistes détrônés^ les licences de la presse, les orages de tribune, les agitations de rue, les assassinats de prince, les popularités de la branche cadette contre la branche légitime, enfîn les coups dTtat conseillés par des Insensés comme ceux d'aujourd'hui, les ordonnances de juillet, TinsurreOtion des trois journées, Tcxil de trois royautés en une, des morts el dtt sang dans les rues de Paris !

Le 37 juillet, vous avez crié : solution i Élit TOUS a donné une royauté sans base dans les traditions, sans valeur dans les ioîs^ sans prestige dans les yeux, sans dévouement dans les ceeurs. Un prince habile et pacifique ( il est vrai ), une famille belle el res-» pectable autour de ce faux trône, de Tordre péniblement et lento* ment reconquis sur Tinsurrcetion qui lui servait de cause I Mais elle TOUS a laissé llneonséquence de principes dHine usurpation quiveutse légitimer en chassant d*une main cette Icgilimilc qu'elle dierche de l'autre main ! Les insurrections sueeédant pendant quatre ans aux insurrections, Témeute en permanence dans les raesde Paris, leprocèsdes ministres odieux et menaçant, les pillages derarchevéché, lesaccagcment des églises au oœurde Paris, les deux soulèvements de Lyon conquis par Témeule, reconquis à coups de eanon par le gouvernement, un journalisme ou incendiaire ou opprimé, des sociétés secrètes armées sous les fondements de la France, des sectes comme le saint-simonisme, le fourrièrismc, le

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