‹ Le conseiller du peuple, journalChapitre 31 sur 40 · L^ARMÉE · texte numérisé non relu

L^ARMÉE

I. L'armée est une partie de îa constitution en France. Elle est la force de la loi ; incarnée dans des rasscniblcments d'hommes obéissants et disciplines, soit pour défendre la patrie au dehors, soit pour défendre la société et le gouvernement au dedans.

Cette force n'est point brutale et inintelligente comme on le dit, et comme on voudrait bien qu'elle le fût encore pour redevenir un instrument passif entre les mains du premier ambitieux ou des premiers factieux qui renleverait.

Elle est souverainemant morale, car elle est la dernière raison . de la société, le résumé de toutes les moralités les plus sainles, depuis le camp jusqu'au foyer, depuis la famille jusqu'à la nation, depuis la propriété jusqu'à la vie des citoyens.

Elle est souverainement intelligente précisément pnrcc-qu'cllc comprend quelle ne peut pas délibérer sous les armes, qu'elle doit exécuter ce qu'on lui commande au nom de la loi, et que du jour où des rassemblements d'hommes armés de leur solde, de leur nombre, de leur esprit de corps, de leur discipline, de leur chef, de leur forteresse, de leur vaisseau, de leurs baïonnettes et de leur canon délibéreraient et auraient des volontés ou des caprices propres, il n'y aurait plus de peuple, il n'y aurait qu'une soldatesque ; il n'y aurait plus de citoyens, il n'y aurait que des ilotes; il n'y aurait plus de pouvoir, il n'y aurait qu'une tyrannie? Et ajoutez la plus anarchique des tyrannies. Car une partie de l'armée délibérante aurait une volonté opposée à l'autre partie; ce serait un procès éternel jugé par les armes, rejugé le lendemain par le canon. On courrait aux armes de corps à corps, de régiments n régiments ; et la nation ne serait que le champ de balaiile perpétuel des bandes qui la ravageraient en l'asscrvissant.

II. Mais si l'armée ne délibère pas, elle sent, elle sent juste et fort comme le pays lui-même. Elle a ses instincts, ses impressions, ses enthousiasmes et ses répugnances, elle a son opinion, un esprit public, un cœur comme la nation et en parfaite communauté de sentiments, de patriotisme et d'idées avec le reste des citoyens. Et pourquoi l'armée a -t-elle ainsi quoique dans son silence et dans son obéissance une si sûre et si complèle analogie de sentiments, d'opi-

LB G0N8IILLIE DV PBUPLB

nioQ ayec l« .paya ? G*6sk qaVll« en 6orl et qu*el|o y rentre sans cesse, c^est qu*elle est de fia chair et de son sang, c'est qu*elle a les mêmes foyers, les mêmes intérêts, les mêmes droits, les mêmes frontières, les mêmes drapeaui, les mêmes saintetés de patrie, de familles ou de soeiété à défendre, c*est qu'elle n*est au fond qu*un morceau du pays, ou, comme je i*ai dit ailleurs, e*est qu*elle n*est qu'une faction de six ans montée pour tous les citoyens par une partie des citoyens jeunes, armés, disciplinés, commandés et soldés par la patrie*

IIL Gela est si yrai que la liliertê du pays n*a pu courir de dangers que par des armées qui avaient quitté le sol depuis longues années, qui avaient été dépaysées par le hasard ou Thabileté de leurs chefs, et qui en vivant ainsi longtemps hors du milku national vrai, hors des influences quotidiennes du sol, de la famille, de la nation, avaient perdu Tesprit et le caractère de citoyens pour prendre les impressions et les habitudes de prétoriens.

Ainsi quand César voulut renverser la république c'est aveedes . légions retenues sept ans dans les Gaules qu'il revint imposer la tyrannie à Rome. Ainsi d'ANTOINE, ainsi d'OGTAVE, ainsi de tous ces empereurs éphémères qui levant le drapeau d'une usurpation militaire contre une autre, tantêtau milieu désirons d'Espagne, tantôt au milieu des légions de laClermanie, tantôt au milieu des légions d'Afrique tantôt au milieu des légions de Thrace, de Bythinic ou de Macédoine, entraînaient facilement contre la capitale romaine, non les armées campées au milieu de l'Italie ellemême, mais les camps dépayses de Romains et de Barbares répandus et vivant d^une vie toute militaire hors de la patrie commune.

IV. Et ce qui est vrai de Rome, vrai de Byzancc, vrai de rAngletcrresousCromwell, vrai de la suède, vrai de tous les pays où des attentats militaires ont renversé la liberté ou dominé les institutions, est vrai même du renversement de la République en France par Bonnparle. C'est avec une armée et des compagnons d'armes qu'il avait retenus longtemps au-delà des Alpes et dépaysés jusqu'en Syrie et jusqu'en Egypte qu'il trama sa conspiration militaire et qu'il déroba la révolution et la liberté au moment où la révolution avait traversé enfin ses périodes sinistres d'anarchie et de proscription et où elle essayait avec succès de devenir légale et tolérante au dedans, et glorieuse par ses armées au dehors.

En \S\l} même ce ne fut qu'avec quelques bataillons dépaysés pendant une année avec lui à Tilc d'Elbe qu'il osa aborder en France et marcher contre le gouvernement constitutionnel de Louis XVIII et contre la charte. Aucune fraction de l'armée vivant sur le sol et dans le milieu de l'opinion vraie du pays à cette époque n'aurait lev é i'clcndard d'une seconde usurpation et d'une seconde

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guerre universelle. Ce n'était pas la tendance, la pente, l'opinion du pays en ce moment. Le pays voulait goûter de la paix et essayer de la liberté sous une cliarle. L'armée ne suivit le mouvement qui rapporta Bonaparte à Paris que par rentraînementcommuniquéderégimcnten régimentparce pctitgroupe de compagnons d'armes revenus à la voix de leur empereur. Elle s'y joignit avec mollesse, avec répugnance, avec désalîeclion, et Waterloo manquant non de bravoure, mais de foi et d'enthousiasme, fît dire à l'empereur étonné : « Je ne reconnais plus ma vielle armée ni ma fortune. Mes soldats fout toujours leur devoir, mais ils ne font plus de miracles,

C'est que Tarmée française avait vécu un an dans les foyers de la nation j c'est qu'en combattant pour son empereur elle avait déjà des craintes pour la liberté, une conscience sourde, un remords anticipé du gouvernement militaire qui aurait inévitablement succédé à ses victoires et que le pays vrai ne voulait plus.

V. Mais depuis ces années glorieuses pour nos armes, tristes pour notre liberté, Tarmée française, autrement recrutée, autrement instruite de ses devoirs, autrement soignée par la sollicitude de la nation, a vécu presque constamment dans les foyers du peuple lui-même, et s'est trempée sans cosse dans l'esprit vrai du pays. Elle a vécu de notre vie, elle a mangé notre pain, clh^ s'est assise à notre feu, elle s'est promenée de garnison en garnison, à travers nos villes et nos campagnes, elle a travaillé avec nos ouvriers et nos paysans pendant ses repos, ses congés, ses semestres; elle a eu ses écoles régimentaires, elle a conversé avec ses hôtes dans ses marches, elle a entendu nos tribunes, elle a lu nos journaux, elle s'est imprégnée au mémo degré que nous du même esprit de libéralisme sage, de progrès pratique, de dédain des conquêtes, de paix honorable entre les peuples, d'ordre, de travail, de légalité, de souveraineté réglée du peuple, d'horreur de l'anarchie, de dégoût de la démagogie, de respect aux mœurs, aux consciences, aux propriétés, aux familles, qui aoimeat la presque unanimité de la France d'aujourd'hui.

Unctelle armée est-elle propre à se faire le mobile instrument, Taveugle complice d'une usurpation n)ilitaire quelle qu'elle soit contre la souveraineté de la nation, soit que cette souveraineté s'appelle république, soit qu'elle s'appelle représentation ou constitution ?

Sérieusement nous ne le pensons pas, et les preuves admirables d'intelligence, dedévouement civique, d'obéissance impassible à la loi ou même à la raison quand il n'y avait pas de loi, que l'armée a données depuis et pendant la révolution de Février, nous auraient convaincu de cette vérité mille fois heureuse si qouâ en avions douté avaat.

LE CONSEILLER Dr PEUPLE.

V^l. Examinons froidcmont cette conduite de l*armce, à Paris fe 24 février au soir, et voyons si elle a donné à qui que ce soit le droit d*élever un seul soupçon de crime ou niérne de légèreté contre elle. Voyons si Tcsprit politique le plus consommé el si le patriotisme le plus sajrc auraient pu lui conseiller dans le silence de la réflexion une autre attitude que celle qu'elle a prise, d^autrcs actes pour ceux qu'elle a faits.

VII. La nation fermente à la fin de 184-7. L'opinion demande un large dévclo])ppmcnt de la souveraineté électorale ; la chambre et les journaux s'agitent comme sous la pression d'une tempête que le gouvernoment se refuse obstinément et aveuglément à conjurer, l'esprit do faction s'introduit justjue dans les ran2;s des serviteurs les plus caressés et des nu'nistrcs les plus personnels de la dynastie do juillet, ils forment dos coalitions de mauvais présages avec les ennemis avoués de cette dynastie dans le parlement, ils sèment l'agitation sur la surface du sol par les banquets de la réforme j le pays bout, le gouvernement ne voit rien, une émeute gronde, les troupes sont appelées à Paris, la garde nationale s'interpose enfi'c elles et le peuple, les ministres se dérobent, ceux qu'on appelle sentent leur impuissance à contenir ce que leur témérité a soulevé, le roi respire l'abandon de l'opinion autour de lui, il s'éloigne au milieu d'un combat que son imprévoyance a lai-^sé commencer, que sa conscience et son humanité ne veulent pas convertir en massaei e et en incendie de Paris. L'armée jus** que-là obéissante, triste mais fidèle, se trouve sans roi, sans ministres, sans ordres, à côté d'une chambre envahie et dispersée par l'invasion du peuple, et en face de ce peuple et de cette garde nationale qui lui crient : a Trè?e et paix entre les enfants d'une c» même pairie î »

VilL Que fait l'armée et que pouvait-elle faire sans gouverne-* ment, sans chef suprême, sans ordre cl sans cause?

Elle apprend que quelques citoyens sans titre légal, maïs avco le titre quedonne le danger suprême delà patricdans l'interrègne à tout homme de résolution et de dévouement, forment nn gooverncment provisoire, un noyau de rallimcnt, une ombre d'autorité volontaire, une première digne contre le débordement de l'anarchie, un centre d'action quelconque. L'armée y rallie à l'instant sans hésiter, avec cette promptitude d'instinct, avec cet éclair de raison qui illumine les hommes dans les ténèbres d'un écroulement social. Ses généraux viennent à i'Hôtel-dc-Vilie offrir leur obéissance, leur concours, leur épéc an commencement d'ordre qui s'établit après un complet désordre ; ceux-là même qui commandaient le matiu les troupes de la monarchie évanouie, et qui restent fidèles de eœur à leur reconnaissance et à leur

LB GOXSBILLSR OU PBilFLB

passe, se déclarent, avant tout, fidèles à leur patriotisme et prêts à servir honorablement leur pays sous le gouvernement de la République. Le gouvernement remercie ces chefs de Tarmce et de k âotte. Il croit à leur sincérité comme à leur honneur, il leur confie ou il leur laisse tous les grands commandements quUls avaient la veille ou le matin. « Sauvez l*armce pour la France, leur dit-on, nous ne voulons à aucun prix que Tétranger ou que Tanarcbie trouvent la France découverte, au lieu de vous décimer ou de vous dissoudre, nous allons vous recruter et vous forilGer en nombre, en équipements, en matériel et en aroienieats. Nous allons essayer de maintenir Tordré et d'appeler un gouvememenl légitime par la représentation générale du pays. Vous, maréchaux, généraux, olBciers, soldats, maintenez ia discipline. »

Et comme le peuple armé et les troupes qui venaient de eomiMittre étaient encore en présence dans les rues de Paris, comme ce rapprochement des combattants face à face pendant les premières heures pouvait ou rallumer d'une étincelle la guerre civile, ou entraîner les soldats dans les désertions et dans des fraternisations mortelles à la discipline, comme les généraux exprimaient vivement eux-^mêmes ces craintes d*embauchages de leurs casernes, comme quelques-unes de leurs casernes venaient déjà de livrer les armes de l'armée à des envahisseurs, et que quelques soldais erraient déjà dans les rues suspendus au bràs d^hommes dangereux pour la moralité des corps, le gouvernement sépara très -sagement, pour quelques semaines, le peuple de Paris de Tarmée. Il préféra courir lui-même des dangers, au danger suprême de démoraliser et de corrompre les régiments dans Tagîtatioa fiévreuse d*one capitale* L'histoire lu! en soura gré. C'est à cette prudcnee que la France doit une armée*

IX. Et que fit l'armée alors? Cette armée qu'on représente aujourd'hui comme outragée et chassée par un gouvernement qui avait peur d'elle? Elle eut la sagesse de sentir elle-même cette sagesse, elle rallia le drapeau, elle resta obéissante à ses officiers, elle les suivit à quelques lieues de Paris, elle resta l'arme au Inras, attendant les ordres du gouvernement, elle se groupa au nord, sur le Rhin, aux Alpes, elle se recruta de cent einquantc mille hommes au signe du gouvernement nouveau. Elle rentra ensuite à Paris quand ce gouvernement eut pré|Niré la réconciliation, et convoqué le gouvernement véritable, l'assemblée des représentants du pays*

X. Et que fit la flotte sur ses vaisseaux et dans ses ports? Exactement ce qu'avait fait l'armée à Paris et en France. Elle se rallia comme elle, en termes nobles et patriotiques au gouvememeot, sans une seule protestation sur quatre cent mille hommes.

LB COHSBILLIR DU nUPLI.

L*his(oirc lira sans avoir à iy)uglr d'une seule dégradation de caractère, les lettres d'adhésion des amiraux, des généraux, du maréchal Bugeand lui-même, ce type du soldat devenu au moment de sa mort le type du eitoyen se dérouant à la sodété sous la République.

£t que fit Tarmée en Algérie ?L*armée isoléedu mouvement national? l*armée forte de cent mille hommes, Parmée commandée par deux princes, £ls du roi, faonoraMement incorporés dans ses rangs, et pouvant tenter de lui faire lever drapeau contre drapeau, si leur sang leur eât été j^Ius cher que 4e sang de leur pays ?

L*armée fit en Algérie ce qu'elle avait fait en France, son d&> voir envers la patrie, sans ingratitude et sans insulte envers ses pcinces. Elle fut respectueuse envers le malheur, patriotique avant tout. Elle se ralKa sans une heure d'indécision à la république, devenue le centre de ralliement de tous les partis. Elle obéit au gouvernement sans lui demander ses titres, parce qu'elle les comprit dans la nécessité*

XI. Aussi la France fut respeetce pendant ces quatre mois ab son interrègne pouvait tenter la coalition de ses ennemis. Notre diplomatie tint le langage calme et ferme qui convient à un grand événement et à un grand peuple; et quand la représentation eut à combattre les derniers assauts de Tanarchie et de la démagogie déjà vaincues en février et en avril, elle trouva une magnifique armée aussi dévouée à Tordre sous la République qu'elle Tétait ^ la patrie sous les rois. Elle combattit autour de TÂssemblée coiH stituante souveraine, avec plus de conscience et d'élan qu'elle ne combattit jamais autour des Tuileries au 10 août, aux journées de juillet, aux journées de février. On eut dit qu'elle sentait le pays derrière elle, et que la grandeur de la cause grandissait le courage et sanctifiait le dévouement.

XII. Et depuis encore qu'a-t-elle fait pour motiver un soupçon contre son patriotisme? Elle a été entre les mains du général Cavaignac, comme entre les mains du président de la République, ce qu'elle avait été entre les nôtres, un élément d'ordre et de force nu dedans, souple à la main du pouvoir qui l'emploie, ferme el douce envers les populations égarées contre lesquelles le |M>uvorr est appelé à remployer pour apaiser les agitations malfaisantes et pour comprimer les symptômes d'anarchie portoul. Elle n'a plus ru à combattre, grâce au bon sens revenu de lui-même au peuple après la courte ivresse de cet accès de débauche d'idées creuses qu'on a appelées quelques mois du nom profane de socialisme. Mais elle a eu à se montrer deux ou trois fois, et elle sVst montré ce qu'elle devait être, le rempart infranchissable des lois du pays el des foyers des citoyens 5 rempart derrière lequel, s'il en était

LE eOSSElLLfift DU PEUPLE.

besoin, se formerait rarmée innombrable de tout ce quia nn pied de sol, une pierre sur une pierre, un meuble, un oulil, un foyer, une famille, une femme, une mère, un enfaot à défendre dans leur présent et leur avenir en France.

Au 15 juin qui, s'iln'ctait pas uncînsurrcclion tînns rintcnlion de ses auteurs, était du moins une pression moi-nlo dani^oreuse, un manque de respect pour la représentation nationale, Tarmée n'a pas admis cotte délibération dans la rue; Elle s'est groupée autour de la représentation nationale, symbole vrai, centre visible de la souveraineté du peuple en ordre; elle n'a reconnu à personne, elle ne s'est pas reconnu à elle-même le droit de demander arbitrairement à un vote légal de l'Assemblée s'il déviait ou non de la eonstitution ; elle a senti qu'un pareil droit reconnu h chaque minorité, à chaque opinion, à chaque parti, à chaque club, à chaque citoyen à son bon plaisir, serait la reconnaissance la plus complète de la plus irrémédiable anarchie. Elle a marché contre son propre sentiment politique, parce qu'elle a compris qu'il y avait qodqueehosedepltts sacré qu^un scntimeDt politique : m devoir.

11 lui en coûtait peut-être d'aller foire la guerre de Rome, lu guerre contre nature de Français à Italiens, et elle l'a faite avec rhéroisme de l'obéissance.

Il lui en coûtait peut-être de rester à Rome occupée à comprimer du- pied les convulsions d'indépendance qui soulevaient le sol romain, et elle y reste pour une mauvaise cause, mais dans nn bon esprit. Elle peut désapprouver intérieurement son gonvernement de Fattiludeiausse qu'il a fait prendre à son armée en Italie, mais elle sert son gouvernement même dans ses fautes ; elle honore la nation par sa conduite exemplaire, par sa douceur et par sa discipline dans les foyers du peuple romain. £Ue iait la plus méritoires des campagnes pour une armée, une campagne à contre cœur; elle remporte la plus pénible mais la plus honorable des victoires, la victoire sur ses propres instincts, la vie» toire de l'obéissance à la loi de tout gon¥emeroent : commander et obéir.

XIII. A rintérieur, il en a été de même partout. Je le disais à la tribune il y a six ans, et je le redirais avec bien plus de raison et bien plus d*admiration et dVstime ponr Tannée aujourd'hui. L*armée française n^a pas fait une faute depuis trente ans ! Quelle antre partie du p«nple, royautés , chambres, orateurs, ministres, garde nationale, fonctionnaires, bourgeoisie, clergé, aristocratie, prqiriélé, jonmalisme, prolétariat, pourrait en dire autant ? Tons nous avons fait des fautes, tons nous avons cédé à des ambitions, à des passions, à des entraînements, à des faiblesses , tnnrâ tmir*

304 ttCONSBILLBE DU PIQPLB*

L^irméefteule n*o nen à se reprocher. A quoi eela tient-ll ? car die ii*est pas composée d^ootres éléments que nous ?

XIV. Gela tient à quatre causes qu*il est utile (le toucher en passant, pour bien nous rendre compte du crime que nous commettrions si nous venions à fausser un si admirable instrument, d'ordre et de gloire pour la République.

Cela tient d*abord à ce que Tarmée sort, et sort toute jeune avant Tège des conceptions, non des cloaques et des égouts de Pancien raccolement qui écumait les qusus et les cabarets des villes pour jeter tout cela à la caserne, mais sort de la source honnête et pure de toutes les familles, et surtout des iatmilles rurales qui donnent toutes ainsi leur contingent de bonne vie et de bonnes mosurs aux régiments. Notre armée ainsi recrutée, e^est la famille transportée pour un petit nombre d'années, aux camps. Ce petit nombre d*années pendant lesquelles nos jeunes soldats ont à rester au service et les nombreux congés, semestres ou permissions qu'ils obtiennent pour revenir respirer Pair du champ et de la maison, les empêche de désespérer d\v revenir et leur conserve même dans la garnison Tcsprit de famille ; le plus souverain procédé conser* valeur de la moralité des populations. Il n\ya plus que de courtes absences, des séparations peu longues entre le jeune soldat et sa famille. Les chemins de fer, les bateaux à vapeur, le savoir lire et le savoir écrire, enlin rabaisemcnt et pour beaucoup la gratuité de la taxe des lettres inainlicunent le soldat en présence de ses parents, ou en rapport constant avec eux.

Ajoutez à cela la longue paix (jui n'a plus dépaysé le soldat et qui ne Ta plus dépravé par le pillage et par le sang même glorieusement versé; car la guerre déprave le soldat, quoi qu'en disent les prétendus houiiuiis d'état du sabre et de la gloire. Laissez-les dire, laissez-les diviniser le bourreau et louer ces meurtres en masse qu'on appelle des batailles. La guerre, quelquefois fatale nécessité, est néanmoins en soi-même un vice de Thumanîtédont elle se corrigera avec le temps. Tout vice en grand pratiqué par une nation produit une multitude de vices secondaires et individuels. L'habitude de la guerre rend le soldat moins attaché à sou sol qu'il ne voit plus, à sa famille dont il n'entend plus parler; elle le rend moins pitoyable pour le sang qu'il verse, moins resjMîctueux pour les champs qu'il foule, pour les villes qu'il incendie, pour les foyers {|u'il ravage ; elle le rend moins sobre quand il peut compenser par une journée de débauche et de vin les longues privations d'une camp;igne. Elle le rend joueur, car n'ayant jamais un avenir d'un jour assuré, il n'a pas de prudence, ni d'économie à exercer ; clic le rend paresseux enfin, car qnand il n'a exercé pendant vingt ans quo le métier de tuer, il est inhabile aux métiers de vivre.

XV. La seconde cause de raniclioralioii de rarinéc chez nous, c'est Pinstruction, dont la paix à permis, dès le commencement de le Restauration, sous le ministère du maréchal de Saint-Cyr, et sous le patronage da <Uic d*An«^oulèmc , de doter les régiments. Nos régiments sont devenus ainsi une véritable école ambulante, LVnfant de troupe y est parfaitement élevé ; le soldat s'y jiert'ectionnc, ainsi que le sous-officier, dans les élémeiUs de Tinstruction pratique. Il nV a presque pas un de nos jeunes soldats, sorti 'i peine ébauché de nos communes rurales, qui n'y rentre infiniment plus instruit, plus laborieux, plus apte à toute profession usuelle, plus façonné en honnête homme, plus décent de langage et de manières qu'il n'en était sorti. Nous le savons, nous, hommes des champs, qui avons tant de rapports journaliers avec ces soldatî> libérés du service. Bien loin de les voir partir avec regret et en désespérant d'eux pour le régiment, nous les voyons partir avec plaisir comme des enfants qui partiraient pour un établissement public. C'est leur éducation qu'ils vont faire : ils rentrent perfectionnés au vilhjL^L'. Quand nous avons besoin d'un bon laboureur, d'un vigneron assidu, d'un exécuteur ou d'un conducteur de travaux cliampétrcs, d'un comptable exact et d'un chef de chantier capable et ferme, si Ton nous donne à choisir entre un homme neuf et un soldat libéré, nous choisissons deprcféreDce le soldat» £a ctait-il de même il v a trente ans?

XVI. La troisiéiuc raison de la supériorité morale de notre armée sur les autres classes de notre population : c'est la discipline. Rien ne fait comprendre la nécessité de l'ordre h l'homme autant qu'un régiment. Voir commander, voir obéir, c'est une leçon perpétuelle de société en action. L'évidence de Panarchie immédiate et sanglante, si Pun ne commandait pas, sî l'autre cessait un moment d'obéir, frappe le militaire et le marin. La hiérarchie, qui est un raisonnement pour nous, est une évidence, et pour ainsi dire une sensation pour lui : il prend de plus Phabitude d^obéir et de commander allernativement qui est la pratique de sa conviction dans la discipline* GeUe habitude est une espèce de moralité matériel et physique: elleseehaoge aisément en mo* raiité intellectuelle : elle donne au caractère de Phomme qui vit dans les champs, un sentiment instinctif du devoir, une intrépidité calme dans son accomplissement, une fermeté douée envers ses inférieurs, une résignation patiente envers ses supérieurs ; un respect de la loi, de la consigne, du grade, qui ressemble dans le militaire à cette fatalité sous laquelle se pliait réligieusemeut l*e8*> prit des peuples dans l'antiquité. i«a discipline est la seooiide eonscience du soldat français.

XVII. Mais il a encore au dessus du reste de la popolatioa un

élément de moralité plus relevé que nous avons tous, mais qu'il exerce plus que nous, parcequ'il vit plus conslaniment côte à côle, face à face de ses camarades, et que Parme ennoblit toujours la main. Ce sentiment c'est Thonneur, Phonneur individuel et l'honneur du corps, ri)onn(?ur du drapeau et l'honneur de la nution taché ou éclatant plus particulièrement sur le drapeau. Cet honneur qu'aucun ofiîcier ne veut voir souiller dnns ses soldats, qu'aucun soldat ne veut voir dégradé dnns son ofiicicr, qu'aucune arme ne veut voir atteint dans sa considération, qu'aucune armée ne veut voir perdu par sa faute, dans la nation, est un surcroît de patriolisn)e actif et vigilant dans toute notre armée. Ce principe élève et la soutient véritablement h un niveau de caractère et de vertu sépéricur au niveau conjmnn. On disait jadis : NO- BLESSE OBLIGE i on dira toujours en France : ÂiiJUEE EN- NOBLIT.

XVIII. Voilà les principales raisons de rincorruptibilité et de la supériorité de l'armée, à travers toutes les crises que nous avons traversées depuis trente et surtout depuis trois années. Bien des gens s'en étonnent parcequ'ils n'ont pas réfléchi. Quand à moi, je n'en ai jamais douté un instant. Pendant les journées les plus orageuses de février, bien des hommes d'clat aujourd'hui rassurés, alors inquiets, vinrent médire à l'oreille : « Mais ne tremblez-vous pas que l'agitation et le désordre révolutionnaires du pays ne gagnent l'armée ? qu'elle n'écoute la propagande démagogique de quelque clubs incendiaires ? qu'elle ne chasse ses officiers? qu'elle ne répudie ses généraux ? qu'elle ne déserte ses drapeaux ? qu'elle ne prostitue ses armes à l'émeute, ou qu'elle ne les prèle aux factions ? Non, répondis-je à ces hommes d'état, je ne ne crains rien de tout cela. — Et pourquoi cette sécurité, reprenaient-ils ? — Parceque l'armée sort du peuple domicilié, du peuple honnête, laborieux, propriétaire rural intéressé h l'ordre; parceque celte partie du peuple dont l'armée sort et où cUeron- Ire ne veut nipa guerre universelle, ni la sédition en permanence, ni Panarchie, ni les échafauds de la démogogieen minorité impci^ ceptible chee nous, et parceque ce fond du peuple ne voulant pas cela, l'armée, qui est le peuple honnête, ne voudra que ce que le peuple veut, c'est à dire une république sage, humaine, forte et conservatrice.

L'armée m*a donné mille fois raison, et elle donnera toujoun raison auxbons citoyens qui auront confianceen elle, pourvu qu*oii ne conseille pas le dernier des crimes en politique : corrompre rarmée par le pouvoir ! retourner Parme contre la société l désarmer le devoir et armer Tusorpation !

Le yeut-OQ ?

LB C0N8B1LLBE 0U Mms.

Et y parviendra-t-on ?

Depuis quelques mois on agite beaucoup ces deux questions dans les journaux et dans les entrijtiens intimes. Je ne crois pas qu^on le veuille. Je ne prends pas des velléités d'.anlicliambrc ou de caserne pour des volontés ou pour des conspirations de gouvernement. Ce n*est pas M. Bonaparte qui voudrait attacher son nom à la dégradation de l'armée française. Je ne crois pas davantage qu'on parvînt aussi aisément qu'on le crois à pervertir l'esprit de l*armée. Elle a traverse bien d'autres circonstances sons se démoraliser. Elle se sentirait le lendemain isolée dans son triomphe de l'esprit public et répudiée par le peuple comme une armée qui aurait passé à l'étranger et reçu le prix de sa corruption. J'ai dit ici pourquoi je ne voyais de danger pour la moralité de l'armée sous la république que dans un entraînement d'enlhousiasme pour quelque grand chef libérateur de la nationalité comme un Washington iin probe, comme un Dumouriez, comme un Morcau, comme un Hoche, comme un Masséna. comme un Napoléon. Mais nous ne sommes pas a une époque où nous ayons à redouter les entraînements d'enthousiasme. L'enthousiasme de ce Icmps-cî, c'est le devoir. Ce dont il faut se défendre, c'est du découragement. Nous sommes dans une phase où le pays seul est grand, dans une crise où la grandeur des individus est dans leur abnégation.

XX. Ces rumeurs pourtant sont-elles "sans aucun fondement ? • Je ne le dirai pas. Le gouvernement y a donné lieu, non par des conspirations, j'en suis sur, mais certes par des imprudences et des témérités. S'il ne mérite pas qu'on l'accuse, il mérite au moins qu'on l'avertisse et qu'on le blâme. Voici comment il me semble que nous devons comprendre la situation :

Le socialisme à contre sens et la démagogie à contre temps ont ' essayé de pervertir et d'entraîner l'armée dans quelques complicités de rues, de sectes, de cabarets sans portée. Le gouvernement a craint et a dû craindre qu'on ne parvint à faire fraterniser quelques escouades ou quelques compagnies avec les factions anarchiques. C'était son devoir d'y faire attention, de punir sévèrement les embauchages, de purifier les corps des principes de désorganisation sociales qu'on avait essayé de semer dans de jeunes têtes qui ont les instincts justes, mais qui n'ont pas les idées mûres. Il l'a fait, et nous sommcss loin de l'en blâmer. Ajoutons qu'à cet égard il a eu bien peu a faire : le soldat rcpu> gne à l'anarchiste, le régiment répugne à l'émeute.

Mais le chef du gouvernement se sera dit : Pour bien enlever l'armée aux propagandes des anarchistes et pour la ramener au centre du gouvernement, à la représentation nationale et au pouvoir exécutif il faut la voir, la passer souvent en revue, i'bono-

rer, la disliiigucr, la remercier, rencournger dans son devoir. En un mot il faut la montrer aux ennemis de la République et de Tordre pour qu'ils mesurent à son altitude Timpossibilité de la corrompre et pour les dccoiiragei- des espérances folles que les factions pourraient continuer à fonder sur sa défection.

Cela dit ou pensé, le président a fait ses voyages gouvernementaux sur quelques grands points de la France, et il a passé là et aParislcs revues qui onttant ému rattentionsupcrciellc du pays.

Jusque là quoi de mal ? Si vous ou moi nous eussions été président de la République u'aurious dous pas cru de notre devoir d'en faire autant ?

Evidemment oui.

Mais il y a un malheur, malheur que je m'honore d'avoir pressenti et contre lequel j'aurais voulu pouvoir prémunir la République : ce malheur, c'est que le président de la républiqud s'appelle Bonaparte. Cemaihcur(qui sera [)eut-étrc bonheur si l'homme est supérieur à son nom), c'est que ce. nom a paru par lui-* même une candidature à un autre litre qu'au titre de j)remier magistrat d'un peuple libre. Ce malheur, c'est que trois ou quatre factions anti-républicaines s'en sont en) paré ou s'en emparent tour à tour pour le faire miroiter coinmc un appas de gloire, comme une tentation d'empire, comme un embauchage d'imagination aux yeux des troupes. Ce malheur, c'est que ces impérialistes posthumes n'ont pas cessé de dire à l'armée : u On vous adonne un nom à la tète du gouvernement apparement poursigoiiicr quelque chose. Osez achever par un cri sous le drapeaux ce que le pays a commencé par un vote dans l'urne du 10 décenibre ! Osez faire une grande révolution de Boulogne ou de Strasbourg. Dont le président s'est si honorableoieot repenti à haute voix ! — L'occasion est belle 1 Vous avez des complices assurés dans les souvenirs impériaux qui font rêver depuis trente ans Timagination des multitudes ! Vous en avez peut-être a son insu dans les dernières fibres du cœur du premier magistrat que la France vous a donné. Il est sensé, il est loyal, il est honnête homme, il ealt incapable de trahir une République qui s'est confiée avec magnanimité à lui. Mais il est homme, il est parent, il est neveu d*une grande gloire il a du sang usurpateur dans les veines, il ne dépend pas même de son abnégation d'en étouder la voix, d^en contenir les bouillonnements ! Vous lui ferez violence ! Vous le porterez sur nos baïonnettes entrelacées des lauriers de son oncle, aux Tuileries ! il vous résistera, son honneur et son devoir le veulent; mais peut-on vaincre sa fortune ? peut-on résister éternellement au dettin^ ce dieu de Vempin^ ce Jupiter na* poléonien ? il vous pardonnera, il pleurera j mais souveoex-vous

des larmes de tant de jeunes empereurs que les prétoriens portèrent malgré eux de la caserne au palais des Césars, et qnï embrassèrent avec frénésie leur bonne fortune après ravoir Tertueasèment repoussée? »

XXI .Voilà le langage qu^on tient aux troupes ; des journanz et des sociétés se sont fondés pour ce grand embauchage par le souvenir et parl*cspérance* £ntendez-vous autre chose depuis trois mois?

XXII. Voilà ce qui rend la situation d'un président appcli; Bonaparte et deson gouvernement très*délicate envers Tarmée. S*il la néglige, il manque à son devoir envers la force préservatrice et conservatrice du pays ; s*ii la caresse, il éveille les soupçons.

Dans une telle situation, une extrême réserve et une extrém loyauté de paroles étaient nécessaire au gouvernement d*uu Napoléon républicain. Il ne fallait jamais ni nuages sur les mots, ni possibilité de double sens dans les harangues ; il fallait voir les troupes et s*en faire voir à propos, mais il fallait leur dire en les . voyant : Un cri personnel est une offense au cri national dans une armée sous les armes. La République m*a adopté et m*a donné pour famille la nation. Je ne sois plus- un Napoléon, je suis un président. Oubliess mon nom, souvenez-vous de ma fonction. Chargé de convrir et de transmettre la République, tout cri qui paraîtrait unemenace à son avenir mWenserait en elle dans votre voix. Nous ne sommes plus en révolution où peuple et soldats votent en plein air dans le tumulte, nous sommes en constitution et en magistrature. Nous sommes, moi, la force légale, vous, la forée armée ; ne donnons pas à ce peuple à peine rassis Texemple d*une émeute disciplinée? Honorez-moi par votre silence, et honorez-vous par votre dignité f

Voilà le langage que le gouvernement devait tenir. Voilà Tattitude qu^il devait avoir devant Tarmée et devant le pays.

XXIII. Quelques-unes de ces manifestations militaires ont en, dit-on, un autre caractère. On a paru répugner au cri loyal et légal de Vive la République, c*est-à-dire : vive notre serment et notre devoir. On a paru encourager les cris plus personnels, on a entendu sans les réprouver à voix assez haute les cris à double entente. On n^a pas exigésan moins ce silence qui est Tcloquenee calme et digne de la force militaire sous les armes. On a très-innocemment sans doute, mais cependant avec un détriment de décence pour l*armée, mêlés des puérilités de distributions et de banquets militaires à ce sérieux des revues et des camps» On a ainsi un peu attenté à la dignité des armes. On a risqué de trouver, malgré soi, au fond d*un verre cette bague de sa fortune que le tyran de Samos retrouvait malgré lui au fond de POcéan. Gehi était chevaleresque et aimable dans Tintention, cela n*était pas

assez rcspeclucux pour Tarmcc, pour soi-même, pour la nation.

Et quel droit une si pure et si digne armcc a-t-cllc jamais donne aux Sociétaires du dix décembre de la caresser ainsi à rebours ? de la marchander? de la faire hoirc et de la faire crier devant des milliers de spectateurs rassemblés ? L'historien de l'empire ottoman, M. de llaramer, raconte que quand les despotes de l'Orient recevaient les ambassadeurs étrangers en audience, pour leur donner une grande idée de leur puissance, ils faisaient mettre les janissaires sous les armes dans la seconde cour du sérail, et qu'à un signal donné ces janissaires se précipitaient en rompant les rangs sur les marmites de riz fumant au milieu de la place entre les cohortes. Cela voulait dire : Mon armée est sùrc, mes janissaires sont à moi et ils sont contents, car ils mangent bien aujourd'imi le riz de mes cuisines. Est-ce que la société du dix décembre voudrait faire de l'armée française une orta de janissaires se jetant au pain et au vin d'un gouvernement? Cela nous ferait reculer plus loin que le Bas-Empire. Le gouvernement doit prendre garde au fâcheux effet produit par ces inspirations malencontreuses d'une société politique qui peut jouer à l'empire, mais qui ae doit pas jouer aux soldats.

XXIV. Nous le disons avec conviction au gouvernement : qu'il y veille ! ce jeu est le plus dangereux de tous, car au lendemain d'une révolution et au commencement d'une république nécessaire mais difficile l'armée du pays a un rôle immense et social à accomplir ! Je ne me le suis jamais dissimulé, je l'ai dit au peuple dans les jours les plus convulsifs de la révolution : Au' commencement la République aura besoin d'être souvent armée, la République française sera martiale pendant ses premières périodes. Elle aura beaucoup à défendre au dehors, beaucoup à surveiller et à protéger au dedans. Respectez, fortifiez, mais rcpublicanisez l'armée!

La première république l'a respectée, elle l'a éloignée de ses tumultes et de ses cchafauds pendant ses anarchies et ses crimes!

Le Directoire l'a respectée, il l'a répandue en Allemagne, en Italie et ea £gyptc de peur qu'elle ne s'énervât dans ses corruptions !

Le Consulat l'a trompée et profanée au 18 brumaire. Mais il l'a réhabilitée h Marengo et pendant dix ans de campagnes funestes au monde, glorieuses pour le soldat.

La Restauration l'a respectée, elle a adopte ses exploits, elle lui a donné l'Afrique à délivrer, les mers à purger de la servitude d'Alger, l'Espagne à pacifier.

Le gouvernement de Juillet, quoique proclamée dans son sang o\ malgré elle, l'a respectée ; il lui a dooné le maréchal Soult pour chef, ses princes pour soldats.

LB GONSULLSa DO FlUPLB. 311

Nous. Pavons respectée, nous, malgré vos calomnies ; nous Ta- Tans récondiiée le 46 avril avec le peuple, nous l'avons rappelée ^ triomphe dans Paris, nous lui avons conservé ses chefs, ses officiers, sa •discipline; nous Tavons armée, nous l'avons augmentée de cent cinquante mille hommes, nous vous favons préposée et remise telle qu'elle est, la forée, la dignité et la gloire de la France !

Seriea-vous le premier gouvernement régulier qui laisserait corrompre par telle ou telle société à jamais néfaste cette armée que les goavernements révolutionnaires eux-mêmes ont respectée assez ponr ne jamais la mêler à leurs débats?

XXV. Vous voudriez, peut-être, qu'elle prit Tiniliative de vos d^îrs secrets, qu'elle s'accoutumât à insulter au moins la République, afin de la fouler plus aisément aux pieds après? Eh bien, oe aérait là, croyez-moi, un crime inutile, et Tarniéc! de la France serait profanée sans que vous puissiez même vous déborrasser par ce crime de cette République qui vous poursuit comme la fatalité de ce temps.

Répondez à ce dilemme si vous pouvez.

Je suppose que vous cori ompiez votre armée et que vous lui IftSSÎcz proclamer, à force de cajoleries, de séduction et d'embauchage, un consulat, un empire, une dynastie, un recrépissage de monarchie quelconque? Quelle base, grand Dieu î pour ces établissements monarchiques que cette forêt de baïonnettes mobiles, inclinées aujourd'hui pour vous, demain pour un autre, après demain pour un troisième, au^^gré du vent qui souillera sur les drapeaux?

Mais passons !

Votre établissement monarchique, surgi d'un mouvement militaire, comment le maintiendriez-vous dans un pays où les conditions de recrutement, aussi impossibles à changer quele sol même de la France, versent et reversent chaque année cent mille hommes du peuple dans Tarméc et de l'armée dans le peuple? Il vous faudra pour cela décréter que la conscription est abolie, que l'armée, réduite à une proportion de garde royale, impériale ou consulaire, ne sera qu'une armée prétorienne vendue nu prince et isolée au milieu de la nation ! Et alors, croyez-vous que la nalioi| ne prendra pas en horreur une pareille armée et ne rétouffera pas à la première occasion sous la masse invincible du pays? Le pays soulevé, se iirécipiterait d'indignation dans la république. Crime perdu ! D'aillcui s une armée réduite à de telles proportions serait nécessairement une armée de paix^ elle aurait assez à faire de comprimera l'inlérieur.

Mais je suppose cprun pays continental comme la France soit contraint de faire face à uneguerre menaçante^ que ferea-vons ?Voiis

LE CONSEILLBft DU PEUPLE.

serez contraint d*appcler le peuple aux armes sous peine de vendre yotre trône et la nation ; ou si vous n^appelez pas le peuple aux armes pour couvrir la pairie, il y volera de lui-même; il forcera les cadres de votre armée prétorienne, ii raceusera de sa servitude, il vous accusera de trahison, il fera éclater vos misérables systèmes de reerutcment restreint et d'armée vénale! et la République éclatera au premier cri du peuple accouru dans les rnii^s, et formant lui-même sa propre armée ! Crime perdu encore ! Jamais TOUS ne fonderez rien sur une sédition, nouvelle*

Croyez-moi, tenez-vous-en au sulTrngc universel, cette seule et inébranlable souveraineté du droit. Ëst-il donc plus difficile de s*o* béir à soi-même que d*obéir à Tambition d*un soldat, ou au caprioe d'un régiment?

XXVI. Et à nous aussi on nous disait dans les mois agités qui suivirent la révolution de février, débarrassez-vous de ces difficultés ! Jetez à la porte ces collègues! frappez un coup sur ces démagogues , fléaux des républiques au berceau , parce qu'ils les rendent menaçantes et odieuses au peuple honnête ! Proscrivez sept on huit hommes de monarchie Intime ou illégitime, inoffensifs aujourd'hui, inquiétants demaini ajournez indéfiniment ces élections qui mettront peut-être la volonté monarchique de la France 0 la place de la vôtre ! Prenez la dictature républicaine de dix ans ! le peuple satisfait de voir consolider son triomphe vous la donnera, ]'arro&, qui soutient tout ce qui est debout et honnête vous soutiendra. Vous ferez faire ainsi à la nation le noviciat forcé de la République! vous serez ses tuteurs malgré ellel c'est ainsi que les hommes de génie et d^audace font violence aux peuples pour leur salut!

Ce novicial n'eut été que le noviciat de la servitude, Cette violence que la tyrannie de cinq ou six hommes sur une nation. Nous dîmes non! Cela serait facile, mais cela serait coupable! Ce serait enchaîner la volonté du suffrage universel le jour ou il est venu au monde! ce serait faire comme la convention, qui décréta la suspension de la constitution le jour oii il la proclamait. Ce sera«t l'étemelle minorité du peuple sous la prétendue nécessité de quel» ques dictateurs ! Ce serait la monnaie de Cromwell au lieu de la médaille de Washington !

Non! que la volonté de la France se prononce même contre la liêire ! Que nous succombions, mais qu'elle triomphe dans sa liberté ! qu'elle nous désavoue, mais quelle règne ! Nous croyons qu'après sa révolution la République lui est nécessaire ; mais si elle vote la monarchie , nous mettrons sa souveraineté au dessus de notre opinion ! Quand à son armée,* nous la conserverons pour ses frontières et pour ses foyers, nous ne la profenerons pas poui nos ambitions!

lE GORSSItllR va PIDPLB. 315

VéiBi cfl que ieroBi encore ati}ottnl%ui UmÈ les partis qui mirmil M80S de vertas el de boa sens pour ne pas se croire nécessaires f Il n'y a de nécessaire cioe rhennéte! La suprême eonscleneeet la aopiÂnie politique e^esl tant un ! €*eBl le génie dans le eœor ! Il est pins sûr là que dans la téte. Il nV a pas de veriige dans Thonnéteté.

Voilà œ que fera le président de la République !

LAMARTINE

ReprésenUot da Peuple.

ALMAiVAGU P0L1TIQU£*

OGTOBRB.

L L*événement intérieur de ce mois est la démission de H. le général d'Haotpoul, el son remplacement au ministèredelagnerre par M. le général de division Sehramm. De la présidence du conseil, H. d*Hautpoul passe au gouvernement de TAIgérle, où il succède au littéral Charron ; mais, diaprés le texte du décret du président de la République, il n*ezercera que temporairement ces nouvelles fonctions.

Les journaux commentent diversement la retraite du général d*Hautpoui t les uns rattribuent à des innovattons administratives inopportunes et mal aocueilUes par Topinion , les autres la considèrênt comme le dénouement des conflits incessants dMdées et dV tribuUoos qui ont éclaté -à plusieurs reprises entre le ministre de la guerre et le général Cbangarnier ^ quelques-uns enfin croient y voir une loyale concession du Président de la République aux griefs et aux inquiétudes de la Commission de surveillance, qui avait inscrit, dans, le procès-verbal de ses séances, un blâme sévère sur raltitndedu ministre devant les manifestations inconstitutionnelles des grandes revues militaires du 3 et du 10 de ce mois.

Ces revues, passées à Yersailles, dans la plaine de Satory, par le Président, avaient longtemps à Tavancc préoccupé Hmagination publique. Ehe s*é(ait émue des cris de Vive ffimpereur ! sortis des rangs de quelques escadrons, sur la provocation ostensible dfe leurs officiers. La Commission de surveillance vit surtout dans ces acclamations en armes une grave atteinte à la discipline. Une première fois elle avertit M. le général d^Hauipoul, qui s^engagca devant elle à faire désormais respecter *les règlements militaires.

U GONSSILLBR OU PfiU»LB,

Quelques jours après eut lieu la grande rerae da 10 octobre : plusieurs membres de la Commission y assistèrent* Leurs rapports eonstalèrcnt la récidive des mêmes cris et des mêmes provocations : c*cstalors que la Commission, réunie sous la présidence de M. Dupin, crut devoir consigner dans son procès-verbal un blâme officiel de la tolérance du ministre vis-à-vis de démonstrations illégales, qu'il s'était engage à réprimer. La démission du général d*Hautpoul a suivi de près, — 22 octobre, — cet acte parlemenlairc.

M. le général Schramm a adressé àTarmée la proclamation suivante :

« Soldats,

» Appelé par la confiance du Président de la République au ministère de la guerre, j'ai compris toute Tétendue des devoirs que m*impose cette importante etdélieate mission, et je ne Tai acceptée que fermement résolu à la remplir avec sollicitude pour Tarmée. respect pour nos institutions, dévouement et loyauté envers le chef de l'Etat.

» A ces tilrcs, j'ai le droit décompter sur le concours des généraux qui sont})hic:és ù votre tctc,et qui, parleurs glorieux services, comme parlcsoin incessantavec lequel iiss'occupent de voire bienêtre, sont si dignes de votre respect, de toutes vos sympathies. Ils me seconderont dans mes efforts pour défendre vos intérêts, faire valoir les services que vous rendez au pays et en assurer la juste récompense.

» Continuez donc à vous serrer autour de ces chefs qui justifient si bien votre confiance. Ils ont appris, comme je Pai appris moi-même dans une vie militaire de quarante-cinq années, à obéir aussi bien qu'à commander, et ils vous donneront, comme toujours, l'exemple du respect pour l'autorité hiérarchique, auquel ils savent qu'ils doivent tous leurs succès, et qui, en assurant le maintien de la discipline, fait la force des armées.

» Paris, leâ5 octobre 1850.

» Le mioistrc de la guerre.

Trois jours après la nomination du nouveau ministre, un décret du Président, contre-signé par le général Schramm, appelait le général Carrcielau commandement de la première division militaire, en remplacement de M, le général Neumaycr, transféré au commandement des quatorzième et quinzième divisions. Cet éloignemcnt d'un officier connu pour posséder la confiance du général Changarnier avait déjà élé proposé par le général d'Uaulpoul,

LS GONSIliLBA 00 PBUPLB*

nais la retraite de Fanden ministre de la guerre semblait avoir fait abandonner œ projet. L*opiaioii publique a vu dans la rcvocation inattendue du général Meumaycr un coup direct et prémédité parté au général Changarnier, à travers Thommc de sa confiance et de son choix, et cet incident a soulevé pendant quelques jours une panique de bruits et d*alarracs, qui est du reste eomplétement apaisée*

Le bruit a tcouru dans les derniers jours de ce mois qu*une conspiration socialiste, dont la propagande se ramifiait dans les départements du Midi, venait d*étre découverte à Lyon, et qa*nn nnden eonstituant, M. Alphonse Gent, avait été arrêté comme Tun des chefs ou des insti^teurs du eomplot. Aucun renseigne* ment nVst venu depuis préciser Tcxaetitude et la portée de cette nouvdle.

Les chemins de fer jettent chaque jour plus avant sur le territoire leur réseau de drculation et de progrès. Celui du Centre, qui compte déjà 569 kilomètres, vient d*ouvrir son embranche* ment de Nevers. Une féte religieuse et industrielle a Inauguré cette section nouvelle, Jf onseigneur Févéque de Nevers a béni les locomotives, et un grand banquet présidé par M* le ministre des travaux publics a réuni le soir les autorités de la ville et du dé-

ntement. H. Du pin, président de TAssemblée nationale, assistait s banquet j il y a prononcé un discours dont nous dterons les passages soolignà par les commentaires des journaux et de Topi* nlon.

« Messieurs, je regrette vivement, avec vous, que M« le président de la République, fatigue de ses précédents voyages, n*ait pas pn honorer cette féte de sa présence. Elle en eût reçu un plus vil édat, et j'aurais aimé à y assister en silence à ses eôtés, attestant seulement par mon concours cette union des pouvoirs publics qu*il est si important d'entretenir etdc fortifier dans leurs limites, pour accomplir la mission qui nous a été donné en commun, de maintenir Tordre dans la société, la hiérarchie dans les fonctions, et faotorlté de la loi dans TEtat.

« M. le président de la République n*aarait trouvé Id ni la flotte, ni Tarméc, cette valeureuse armée qui fait la force et la gloire de la nation dans la paix comme dans la guerre ; cette flotte, dont les brillantes manœuvres ont fait Tadmiration même de Té^ tranger; mais il aurait eu sous les yeux un autre spectacle non moins digne de fixer Tattention d'un chef de gouvernement et d'un esprit observateur,

« M. le président aurait pu, en quelques înslants, se transporter vers celte magnifique usine de Fourchambault, où le fer, travaillé par des ouvriers inlclligcots et par de puissantes machines, s'é-

LB CORSEILLKK WJ PSUPLK.

chappe en longs ruban de feu de toutes les dimensions qu'exigent les besoins des diverses industries et des arsenaux de TEtat; visiter Iniphy, qui préparc les cuivres destinés à doubler et à préserver d'avaries les coques de ces beaux navires qu^il est allé admirer à Cher bourse.

M Et Guérigny, où se forgent, d'après les règles d'une savante dynamyque, les cables destines à retenir ces vaisseaux sur leurs ancres j heureuse la France, si ses hommes politiques pouvaient^ par des procédés aussi certains, amarrer le vaiseeau de r£tat el Tcmpêchcr de dériver sur les écueils ?

« M. le président eût cédé à nos instances pour aller visiter cette belle fonderie de canons de INevers, jusqu'ici renommée pour la solidité de ses fontes et la perfection de ses cylindres, à qui notre marine doit une bonne partie de ses armements, et dont les ouvriers, aujourd'hui sans ouvrage, sans salaire, sansasile, attendent des secours et des consolations.

« Enfin, M. le président aurait pu apprécier, avec le genre de sagacité qui le distingue, l'esprit, les besoins et les vœux de celte population du centre, je devrais diredu cœur de la France, qui ne méritent pas moins d'être étudiées que celles des contrées qui bordent l'Océan et le Rhin. »

Le pape vient de créer trois cardinaux français dans la nombreuse promotion qui a eu lieu dernièrement à Rome : ce sont MM. les archevêques de Toulouse, de Reims et de Besançon. Le président de la République a remis lui-même les barrettes aux nouveau princes de l'Eglise, dans la chapelle du château de Saint- Cloud. Dans la ré{>onse au discours de l'ablégat, le président a remercié le Saint-Pére de ce haut témoignage de sympathie pour le mérite, les verlus el le dévouement du clergé français.

11. La promotion pontificale quiéloTait à la pourpre trois ardie* yiqtÊes fhinçais créait en même temps cardinal de l'église Romaine un prélat anglais, Mgr Wisemann, et lui déoeniffi<t le titre d'ar* ebevéque de Westminster. Quelques jours après une Lettre Apostolique réorganisait la hiérarchie épisçopale en Angleterre, et y instituait douze sièges épiscopaux sufTragants de l'arcbevêché de Westminster. Cette manifestatioa de la cour de Rome a soulevé en Angleterre un orage de passions et de colères religieuses. Les journaux rctentisseni des protestations et des cris d'alarme du protestantisme effrayé; ils accusent la bulle papale, qui se borne pourtaut à constituer en évéchés distinct des évéchés anglicans les préfectures aposlolîques de la Grande Bretagne, de violer les lois civiles du royaume et les prérogatives spirituelles de Ui couronne; ils dénoncent dons Plnsiitutioa des douze diocèses une croisade eathoHqne levée et organisée contre les droits et les franchises do

rEglîsc nationale. Des meetings se convoquent de toutes parta, et grossissent par la voix de leurs orateurs les soupçons et les emportements de la passion populaire. Le clergé de la métropole anglicane de WcstmiBSler se rassemble pour adresser au lordcvéque do Londres une protestation soleanellc, et lui demander de prendre Tinitiative d^uae revendicatioii éclatante des droits de rjSglise et du pays. Il est prolMible que œ conflit sera porté au {Mirlement et discuté avee violence par le parti anglican exclusif, qui se groupe comme u&e seete autour de sir iiobert loglis, le représentaot 4'Ox for d .

Un nouveau deuil vient d'affliger la famille d'OrIcans. La reine des Belges est morte à Ostende le H octobre, à ]*âge de trentehuit aos. Elle a rendu le dernier soupir entre les bras de sa mère la reine Amélie, et des princes ses frères, accourus de Glaremont pour oGnsoler ses derniers instants. Sa mort a été sainte comme sa vie ; son règne n^était que la toutc-puîssanee de la eiiarité et du bienfait. Le peuple, qui pleure en elle une providence couronnée, lui a fait des funérailles de famille. Elle a été ensevelie dans Vé^ glise de Laeken. Les bénédictions et les regrets de sa patrie adop^ tive consacreront k jamais eette douée et pieuse mémoire.

Le procès intenté par le gouvernement du Piémont à rarehe" véque de Turin s^est dénoué par un arrêt de la cour royale qui» statuant par voie d^appel comme d'abus en matière ecclésiastique, aeondamué M. Franzoni au bannissement, à Punanimité moins une voix, et à la saisie du revenu deParohevéché, qui sera désormais administré par Téconomat royal des biens ecclésiastiques. Le réquisitoire de Tavocat général sur lequel a été rendu le jugement aeeuse le prélat d*avoir prêché aux eitoyens, dans ses lettres pas* torales, la désobcissanee au gouvernement, et d''avoir abusé de son autorité spirituelle en refusant à un ministre les sacrements <ie relise pour la part quUl avait prise à la promulgation d*une des lois de FEUt.

M. Franzoni, auquel le gouvernement avait laissé la liberté de choisir son exil, a été eonduit, sur sa demande, à la frontière française. Il s^est retiré fc Lyon, où Tardievéque de cette ville lui a donné asile dans son palais.

Cet arrêt de la eour royal de Turin a consommé la rupture du Piémont avee la eour de Rome* La mission de paix et de transae- Hon de M. Pinelli, envoyé au Saint-Père par le roi Victor-Emmanuel, a été repoussée sans être entendue. Le pape n^a pas même voulu Tadmettre à présenter officiellement ses lettres de créance, €t dans Taudience qu^il lui a accordée il a répondu à ses premières ouvertures en lui disant qu*il ue pouvait admettre la discussion âù ses griefs centre le Plémont| avant que la liberté ne fût rendue

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&l COHSBtLLIft DU KITPLB*

à M. Franzoni. La condamnation de Parchcvéqne de Turin, sni^ Tenue dans ces dreonstances, coupait court è toutes négociations nitcrîeurcs. M» Pinelli a donc dù quitter Rome pour retourner à Turin.

III. La révolution pacifique de la Hesse-Electorale agité profondément rAIiemagnc et menace de smxeiter jusqulk la guerre Tantagonisme de rAutricbe et de la Prusse. Ce n*est pas quo le peuple hessois soit sorti des limites légales et passives de la résistance ; aux ordonnances de rélecteur, qui a transféré son gouvernement à Wilhelmsbady dans le voisinage de la diète restreinte de Francfort, il n^a opposé jusqulct qu^une force d^inertic persévérante et inébranlable. Le général Haynau a été envoyé par rélecteur a Cassel, avec la mission de réduire au besoin par les armes cette étrange rébellion. Mais la population a fait autour de lui un avide de calme et d'isolement qui ne laisse aucune prise b Faction militaire. La presse supprimée ne répond à Tarrestation de ses rédacteurs qu*en protestant au nom de la loi ; la garde na» tîonale dissoute refuse de livrer ses armes, sans colère et sans émeute ; la commision permanente des Etats intente l^slativement un procès au général Haynau ; la eour suprême envoie à rélecteur une députation de conciliation et de remontrances; le corps des oiBcicrs de Tarmée électorale, pour ne violer ni la fidélité au drapeau ni le serment constitutionnel, donne en masse une démission unanime. Aucune agression, aucune violence n^ont dénaturé jusqu*aujourd*hui le caractère de celte insurrection de paix qui ne combat qu'avec le sang-froid et nmmobîlîté de soq attitude.

Mais réleetcur, chassé par Tabondon, s'est adressé à la Diète de Francfort, en requérant nntervention des troupes fédérales pour le ramener dans ses États et y rétablir son autorité. La Diète, inspirée par rAutricbe, a fait dceette question locale une question de traitéset de droit fédéral* Elle a reconnu la légitimité des réclamations de réleetcur, et elle a décidé qu'rl y serait fait droit.

L'Autrichea saisi avec empressementcette occasion'de restaurer solennellement devant l'Allemagne et devant l'Europe la vieille autorité de la Diète de Franfortà laquelle la Prusse persiste tonjours h opposer le fantôme delà Diète d'ErfurIh. Elle a résolu d'intervenir en armes dans rélectorat. Le Wurtemberg et la Bavière se sont ralliés k cette décision comme au drapeau rélevé de l'ancienne constitution fédéral, et leurs armées cernent déjà l'éleotorat. Une entrevue solennelle vient de déclarer hautement cette trible et intime alliance. Les rois de Bavière et de Wurtemberg ont été saluer l'empereur d'Autriche k Brcgentz, dans le Ty roi: un banqueta réunîtes trois souverains. Le roi de Wurtemberg y a porté

Ll GONSBIlilBH DU PEUPLE

00 toast à Tempereur : « S. If . Pemperenr m*a permis de porter ce toast à l^armee autrichieDoe. Un soldat ne fait pas de phrases, mais il suit Temperciar, quelque pnrt qo^il soit ; j^ezprime dono le vœu le plus ardent de Parmée en disant : Vive Tempereur, Femperenra repondn i «Je tous remereioan nom de toute rarmée; nous ne pouvons, elle et moi, qu^étre honorés de marcher au combat avec d*aussi braves camarades* »

De son coté, la Prusse, dont H, Radowit9s,lecréateur do l*Union Te8triente,dirl|se aujourd'hui leeabinet et la politique, refuse éner* glquement de reconnaître la l^itimité du décret de la Diète et de rintervention deTAutriche dans les affaire intérieures de la Hesse elle lance son armée sur la route militaire de Télectorat et semble 8*appréter à soutenir par la force les prétentions de sa diplomatie*

Le HolsUen persiste avec une inflexible ténacité dans son iusurrection sans espoir. Le traité de paix clonclu le 4 juillet entre le Danemark et la confédération germanique, représentée par la Prusse, lui ferme sans retour toutes les alliances derÂllemagne:et les grandes puissances sont unanimes à reconnaître et à proclamer les droits du Danemark, L*armée holsteinoise a livré, le 16 octobre,^un assaut général contre Ui ville de Friedrîchstadt* La lutte a été héroïque des deux parts; maisTeffort désespéré des Holstenois s^estbrisédevantla terrible résistance de la garnison danoise: leurs troupes se sont débandées en laissant près de six cents hommes dans les fossés de la ville.

JLa politique delà Prusse dans la guerre des duchés n*a fait, de* puis la signature du traité, que déguiser son hostilité. Le l^inemark se plaint de sa complicité persistante d'enrôlements et de propagande avec rinsurreclion du Holstien, Un journal anglais annonçait dernièrement que la France et la Russie auraient proposé, d'accord avec rAngletcrrc , Tinvasion de la Silésk prassieane Toecupation des frontières du Rhin par leurs arm&s, comme moyens de repression de cette violation des traités. Le cabinet anglais aurait refusé de s*associer à cette sommation en armes, et il aurait conseillé aux deux puissances de substituer des remonstrances énergiques aune intervention aventureuse; mais cette nouvelle n'a reçu jusqu'à présent aucune confirmation officielle.

P.DeSaiot-Yictor.

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' OU la littérature. Ils font des journaux, des articles, des romans, des Poésies, des livres. La grande multitude de ces écrivains qoi se pressent ainsi aux portes de la renommée, empêche de remarquer combien il y a de talents de toute espèce noyés dans cette foule, et combien ce siècle, qu*on accuse de stérilité, comme on a accusé ainsi tons les siècles, est plein de sèves nouvelles, de vigueur, de variété, d*originalilé et de génie ! Use dépense chaque matin aujourd'hui, en France et en Europe, plus de travail et plus de talent lilléraire dans les fragments qui jonchent, le soir le pavé d'un café ou d'un cabinet littéraire, qu'il n'en faudrait pour faire un excellent livre et pour fonder la renommée d'un grand écrivain. Moi qui vous parle, je reçois, par semaine, plus de poésie, plus de politique ou plus de philosophie confidentielles par la poste, qu'un gros volume n'en contiendrait dans ses pages. La tête humaine et le cœur humain sont deux ateliers en activité et en formation plus grandes qu'ils ne l'ont été peul-ctrcà aucune autre époque de nuimanilé. Eh bien, tout ce travail intellectuel cherche naturellement son emploi. ïl ne l'a pas trouvé encore, et voilà pourquoi souvent il remue, il inquiète, il menace d'explosition le Pays, mais il le trouvera, car il y a une providence des esprits comme il y a une providence des saisons, ne Toubliez pas: Dieu ne fait pas naître plus de bouches qu'il n'y a d'épis, ni plus d'épis qu'il n'y a de bouches. Tout se correspond dans la nature physique. Quand vous voyez apparaître un grand besoin, soyez certaine que vous allez voir apparaître une grande force pour le satisfaire jet quand vo\is voyez naître unegrande force sans emploi, soyez sure aussi que vous ailei vair iiaitre on graad beaoiii pour l'employer.

Les livres pour le peuple, aussitèt qu'on aura compris que le peuple a besoin de lire, vont être, sous toutes les formes, l'emploi utile, honorable et sain, de cette multitude de talents qui ont besoin d'écrire. De même que les droits politiques prendront leur niveau parles institutions libérales, éleetorales constitutionnelles, répabicaînes, de même les intelligences prendront aussi leur ni- ▼eau par l'éducation, l'instruction, la littérature populaires.

— Tiens ! c'est juste, dit Heine, je n*Y avais jamais pensé. Pourquoi dono, en effel, à présent que nous savons tous lire, n'écrirait-on que pour les sbIom et les académies ? Est, ee que le peuple des villes et des campagnes n'est pasun plus grand public que l'antre, puisqu'on dit que nous sommes tant de millions de laboureurs, d'artisans, d'ouvriers, de domesUqneSy de femmes et d'enfants dans le pays ?

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