‹ Le conseiller du peuple, journalChapitre 30 sur 40 · I.B CORSBILIBE DU PBOPLB · texte numérisé non relu

I.B CORSBILIBE DU PBOPLB

M. le comtede Chamliord partage éviflemnent cette dernière théorie du droit divin dans tonte sa pnreté, ear il a eonfié la direction politique de son parti a un comité, composé de MM. le duc de Lévis, le général Saint^Priest, Berrycr j le marqnb de Pastorel et le duc d*Escars. Ce comité a fait adresser confidentiellement à ses partisans la circulaire suivante, signée du nom de son secrétairegénéral, Barthélémy.

« Wiesbaden, 50 août 1850.

• Nos journaux de Paris et des départements vont ont déjà ft&^ connaître, dans tous ses détails, ce voyage qui semble destiné à «lercer une si grande et si heureuse influence.

» Vous saves maintenant avec quel religieux empressement des hommes partis detous Icspoin ts de la France et représentant les diver ses positions sociales, se sont rendus auprès du p^t-filsde Hoiri IV«

» En présence des graves jrfrconstances où nous nous trouvons, et sous la menace des complications nouvelles qui paraissent devoir se produire. M. le comte de €harobord a pu ainsi étudier la situation de plus près.

• Tous ceux de nos amis de fAssemblée législative qui ont pu quitter la France se sont fait un devoir d'arriver des premiers à Wic^aden, et M. le comte de Chambrod, ainsi que nous Tout appris les journaux, les a reçus chacun en particulier, afin de ae faire une idée exacte du mouvement des esprits et des divers intérêts des populations dans diaque départenaent.

» Dans ces difl^érents entretiens, et chaque fois qu'il les a réunis auprès de lui, M. le comte de Ghambord s*est montréconstamment préoccupé de la ligne de conduite qu'en ce moment plus que jamais Il Importe de suivre avec ensemble, pour activer le progrès de nos opinh^ns et maintenir en même temps les principes au dessus de toute atteinte.

• M. le comte de Chambord a déclaré qu'il so réservait la direction de la politique grncrale.

• Dans la prévision d'éventualités soudaines, cl pour assurer celle unité complète de vues cl d'action qui seul peut faire notre force, il a dcsignéles liommesqu'il déléguait, en France, pour Tapplication de sa politique.

« Celte question de conduite devait nécessairement amener l'appréciation définitive de la question de l'appel au Peuple.

» Je suis oflîcinllnncnt chargé de vous faire connaître quelle a été, h ce sujet, la déclaration de M. le comte de Chambord.

» Il a formellement et absolument condamné le système de l'appel au Peuple, comme impliquant la négation du grand principe national de l'hérédité monarchique.

LB GOMSBILLBA DU PBUPLB*

M 11 repousse d^avancc toute proposition qui, reproduisant cette pensée, viendrait modifier les conditions de stabilité qui sont le OBractère essentiel de notre principe, et doivent le faire regarder comme l^unique moyen d*arraeher enfin la Pranceaox convulsions révolutionnaires.

» Le langage de M. le comte de Ghambord a été formel, précis; il ne laisse aucune place an doute, et toute interprétation qni en altérerait la portée serait essentiellement ineiacte.

^ Tous cenx qui sont venus à Wiesbaden ont connaissance de cette décision ; tous ont entendu M. le comte de Chambord se prononcer avec la même fermeté, tandis que Témotion profonde et l'eipression du vrai bonheur qu^il pouvait remarquer sur tous les fronts semblaient lot promettre que cette déclaration yenuede Texii serait désormais une règle alnohu pour lot» les légitimistès de France. Mettre fin à toutes ces dissidences qui Font si vivement affecté, et qui n'aboutissent qu*à notre amoindrissement ; abandonner sincèrement, atiolumpnt tout système qui pourrait porter la moindre attdnte aux droits dont il est le dépositaire } revenir à ces honorables traditions de discipline qui seules peuvent relever, après tant de révolutions, le sentiment de VautorUéf rester inébranlables sur les principes, modérés et conciliants pour les personnes» tel est le résumé de toutes les recommandations que M. le comte de Chambord nous a adressées, et qui, nous en avons la confiance, seront fécondes en heureux résultats.

• Ce qui en ressort incontestablement, c'est que la direction de la politique génârale étant r^ervée par H. le comte de Chambord, aucune wéividualUé^ soit dans la presse, soit ailleurs, ne saurait désormais être mise en avant comme représentation de cette politique ; en dehors de M. le comte de Chambord, Il ne peut y avoir, aux yeux des légitimistes, que les mandataires qu'il a désignés et qui sont, vous le saves sans doute déjà :

• MM. le DUC »B LBVis, le o£«HtaAL db saint-? bibst, représentant de rilérault; bbbbtbb, représentant des Bouchea-du-Rhênes;

le MâBQUIS DB PABTOBBT ; le DUC d'bSGARS.

• De retour en France, j'aurai, comme par le passé, rhonneur de vous transmettre leurs instructions, et j'ai la confiance que vous voudrez bien me continuer votre précieux concours et me tenir au courant de la situation de votre département.

» N'ayant pas apporté en Allemagne votre adresse, j*ai cru devoir attendre mon retour en France pour vous adresser cette circulaire. »

Cette circulaire est une page d'histoire. Nous l'avons reproduite par cette raison. Elle a provoque dans la presse de nombreux débats. Désavouée par certains journaux du parti légitimistes, elle

a été vivement approuvée par d*autres journaux. Au milieu de cette querelle domestique entre les fidèles du droit divin, M. de Lamartine adressait à un joaraal d^Orléans ee manifeste de iV venir :

« La République, seule forme le gouvernement qui peut donlier refuge, honneur et sécurité à la France, le 24 février an soir, au milieu des décombres de ces monarchies et des flammes de sa révolution, durera el se caractérisera de jour en jour davantage en institution moderne, sans modèle et sans [analogie dans le passé* Elle ne ressemblera à rien qu*à elle-même ; pourquoi oela? Parce que le temps ou nous vivons ne ressemble à aucun autre, et qu'un gouvernement doit être l'image du pays, des peuples et du temps qui le fondent, sous peine d'être un eontruiMis à la nature des choses.

• Tâchons donc de faire, nous, philosophes, hommes d'Etat, orateurs, publleistes, que la République moderne se comprenne bien soi-même*

» Sommes-nous à Lacédémone, sous des dieux qui n'étaient que les images brutales de la force et de la tyrannie? sous une morale qui permettait l'abrutissement de la moitié de l'espèce humaine pour donner plus d'empire et plus d*orgueil à l'autre moi* tié?

» Sommes-nous I Athènes, où un petit Peuple, renfermé dans une bourgade défendue par la mer et par la citadelle, tenait tout entier sur sa place publique, assistait en personne aux leçons de ses philosophes ou aux discours de ses orateurs, et n*avait pour loi que le vent mobile de ses inspirations soudaines, soufflant de ses tribunes en plein air et le poussant tour à tour, comme les flols de la mer Egée, tantêt aux sommets de la sagesse et de lliérdsme, tantèt aux excès et aux abtmes de la déosagogie?

• Sommes-nous à Rome, où unpatriciat tout puissant, qui avait survécu à la royauté détruite, tenait les rênes du gouvernement, partageait les magistratures avec les plébéiens, flattait, nourrissait, corrompait un peuple oisif, achetait des suffrages avec les dépouilles d'un monde asservi, dont il se distribuait les provinces, et ne fSilsait de Rome que la capitale de ses camps, le quartier général de ses armées répandues sur tout l'univers romain?

• Sommes-nous à Venise, où un sénat aristocratique, composé d*un petit nombre des nobles, excluait hi royauté de peur de partager la tyrannie, et appelait République cette Inquisition en mille, qui avait pour Constitution l'espionnage, pour garantir le sflenee et pour sanction le bourreau masqué?

• Sommes-nous en Angleterre, où la République de Cromwdl nélait qu*une crise de fanatisme, une inspiration d^iliumhiés, un

hB CORSBILtBB DU PlUPLI.

synode de prophètes armés, une yéritable guerre de religion, où des furtenz de dévotion marchaient la haehe lerée eontre les râis, et la bible levée contre les papes, pour soumettre la Grande-Bretagne au niveau de Toriliodoxie et de la démence du temps?

» Sommes-nous en i79S,où la République n*était que la colère du peuple au dedans et sa lutte désespérée au dehors, pour défen* dre deux choses qu*il croyait menacées tous les jours par les réactions et par les coalitions : Tégalité au dedans, la nationalité an dehors? Cette République, qui n'échappait à la terreur qu'elle ressentait que par la Temwr qu'elle répandait autour d'elle, et qui n'avait pour toute institution libérale que la dictature, Téchaâiudet le canon?

Non, nous sommes è des siècles et h des mondes de dblanee de tout cela. Nous n'aurions pas le sens commun, ce génie naturel du peuple français, si nous nous figurions que l'institution aujourd'hui appelée République doive se modeler en rien sur des pays, sur des peuples, sur des époques, sur des modes pareib de gouvernements. Ils n^ont de commun avec nous que ee nom de République! Nom qu'il faut bien prendre, puisqu*il n'y en a pas d'autres dans les langues pour exprimer le gouvernement du peuple par soi-même ; mais nom qu*il faut traduire dans la langue du dixneuvième siècle et dans le sens de notre civilisation. >

III. Voici enfin un dernier manifeste qui, sous forme de mandement, n*en a pas moius occupé Tattention publique pendant quelques instants.

L^Univers est, on le sait, un journal qui a la prétention de représenter dans la polémique quotidienne la doctrine de Téglise. Il avait, dans ces derniers temps, fait Tapologic de Tinquisition, L'archevêque de Paris a vu dans cette tentative un scandale pour son diocèse, et il a public contre V Univers un mandement dont nous croyons devoir extraire quelques passages :

» A Tapparition dans V Univers de la première lettre qui a été le signal de cette discussion, nous avons mande le rédacteur du journal ; nous lui avons fait observer, avec raulorilé du pasteur et la charité du père, qu'une pareille polémique ne pouvait avoir que de funestes effets sur le troupeau confié à nos soins. Nous lui avons enfin, comme évéque, c'est-à-dire dépositaire de la doctrine sainte, et juge non-seulement des controverses, mais de leur opportunité, défendu expressément de poursuivre. Mais, foulant aux pieds notre autorité sacrée, les écrivains de cette feuille n^ont fait que redoubler de violence.

» 11 est beau, sans doute, de k défendre de sa parole et de m ^

fl

plume, mais il est encore mieux de la soutenir par ses actions, par toute sa conduite ^ et, en définitive, chacun sera jugé au tribunal de Dieu par ses œuvres et non par ses paroles. Vous êtes un fidèle catholique? Prouvez-le par ce qui fait rcxccllencc de la religion, par la cliarité. Vous avez une foi vive ? Je vous en loue ; niais montrez-la par vos œuvres; montrez que vous avez le véri* table zèle de la maison de Dieu, à savoir, « la foi qui opère par la charité, »» comme dit rapôtre. Puisqu'on se pose en écrivain catholique, pourquoi répudier ce qui fait le fond de la doctrine catholique, ce qui est Fesprit de TEglise, l'âme de sa parole, ce qui ressort de tous ses dogmes, de tous ses préceptes, de tous ses conseils, la charité? Pourquoi, dans ce siècle d'égoïsnie, de passions et de haine, ne défendre la vérité qu'avec la haine, la passion, le sarcasme et toutes les armes du mal? Pourquoi irriter les esprits déjà si irritables ? Pourquoi, vous catholiques, qui vou^ vantez d'être les disciples de Jésus-Christ, doux et humbles de cœur, enfants de TEglise, mère pleine de mansuétude et d'amour, pourquoi provoquez vous toujours la guerre, comme si vous ne viviez que par elle et qu'il vous fallût des violences et des scandales pour suhsisler? »>

La politique étrangère sommeille toujours. L'Europe rentre dans son repos. Une seconde attaque du Sclilcswig a été réponssée. Les deux armées restent toujours en présence.

Une nouvelle révolution vient de se passer dans un petit Etat d'Allemagne. Le souverain de Hesse-Cassel, ayant voulu retirer les libertés constitutionnelles de son peuple, se voit abandonné par son peuple tout entier. Magistrature, armée, garde nationale, refusent d'un commun accord d'obéir au coup-d'élat. La justice du droit populaire triomphe sans avoir une goutte de sang à verser. Le souverain, impuissant contre l'uBaoîmité de ses sujets, a été obligé de se retirer h Francfort.

Le grand duc de Toscane vient de retirer de son peuple les institutions constitutionnelles qu'il lui avait données. Le Piémont est le seul Etat où il y ait encore une tribune. Le différent dugouvernemenl piémontais, avec Pie IX, n'est pas encore aplani.

Nous avons eu aussi notre différent avec le Brésil. Le pavillon français a été insulté à Feniambuco par les autorités. Le consul a amené son pavillon et déposé ses arcliives au consulat anglais*

B. PBLLBTAN.

Vun dis Propriétaires f J. Miass»

GONSËILLËBDIPËIPL

JOURNAL

PAR

M. A. DE LAMARTIilC«

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