‹ Le conseiller du peuple, journalChapitre 4 sur 40 · COSfSBILLIA DU PBOPLE · texte numérisé non relu

COSfSBILLIA DU PBOPLE

capitales, qui recrutent des armées contre des armées soas de» drapeaux et sous des chefs diflPérents pour démembrer une nation parle bras do ses propres enfonf s? Non encore, la France n*est pas or^nisée pour les guerres oiytles. Elle peut avoir des émeutes, des séditions. Elle ne supporterait pas de longues dissensions armées.

Pourquoi cela, me clîrcz-yoQs? Nous entendons sans cesse parler de guerres civiles imminentes.

Pourquoi ? je ▼ais'yoHs le dire; c'csl que la révolution française, de 4789, eu constituant Tunité de la France, a détruit 1rs deux seuls grands éléments de guerres civiles qui existaient jadis dans le pays: les constitutions distinctes des provinces, qui donnent des soldats et des patries différentes aux guerres intestines, et leji différences de castes, de race, de corporations nobiliaires , ecclésiastiques ou féodales, qui donnent des causes et des chefs aux guerres civiles.

La France est une; on n^est ni plus ni moins Français à Marseille, à Bordeaux, à Lille, à Strasbourg, à Nancy, qu\m ne l*cst à Paris. On n*est ni plus ni moins citoyen dans un château, dans no presbytère, dans une chaumière, que dans une usine ou dans un atelier. Unité de sol, unité de droit, voilà la France d*aujourd*l)iii. Faites donc de la guerre civile avec cela !

Biais, me crient les pessimistes, cV^t vrai, toutes ces causes de guerre civile ont disparu; cependant si nous n*avons plus les draj)eauxdes provinces et les drapeaux des castes, n*aTons-nous pas encore les drapeaux des opinions?

CVsl juste; vous avez encore les drapeaux des opinions. Mais les opinions font des agitations et ne font pas d'armées et surtout ne les tiennent pas sur pied longtemps. Elles triomphent ou elles succombent en un jour, bien différentes en cola des guerres de religion, de féodal iu». de provinces ou de partis. Voyez combien ont dure longtemps les guerres des grands va<;saux qontre la nionarchin en France, combien ont duré les guerres de relijiion, couihien ont dure les (guerres civiles de rénii};ralion de ^792 à 1800, combien ont duré les guerres civiles de provinces, de cr\^\cs et dr religion h la fois, comme celles de la Vendée de 1793 à 4 801 î et voyez au contraire combien ont duré peu celles qu'on peut .appeler les guerres civiles d'opinion ! Comptez-les, non par aniivci et par nu»is, mais par heures et par jours seulement.

Ainsi, la première, le 10 août, qui renverse le trône conslilulionnel de 1791, dure de minuit à huit heures du matin, ensanglante I<) iihrrié, assonihrit le siècle, mais n'occupe que Tespacc entre le Carrousel et le Pont-Tournant.

La seconde, les journées de Vendémiaire, ne dure qu'une dcmi-

IK CONSEILLER DU PlUPLI.

journée, rt n*occupc que Pospacc entre la me de liîclielieu et les marches de réglisc Saiiil-Roch.

La guerre civile des Cenl-Jour^ de 1815, i;iicri*e d*opinîon entre les partisans de la maison de Bonrl>on et Parmct» dévouée à rcniprreup revenant de Pile d'Elbe, combien dura-l-elle? le temps de mairher de Gap à Grenoble, de Grenoble à Lyon, de Lyon à Paris, guerre civile par étapes. Et combien dVspacesoecupa-t-elle? juste la roule de Cannes aux Tuileries î

La guerre civile de 1830, guerre civile d'opinion qui renverse le frÔMP de Charles X et qui élève le trône de la maison d'Orléans, combien de temps (iur;i-(-clle ? les trois journées de Juillet, ni plus ni moins. Et sur quel tliéàtre s'élend-elle en largeur et en longueur? entre le chàtciui et Tavcnue des (^liamps-ElvNées.

La guerre civile de la révobilion de févrii-r, guerre d'opinion, combien dure-t elle ? un jour, tiue nuit et qucl(|ues heures du jour sfiivanl. Et sur quel espace ? entre les boulevars et la chambre des députés. Quelques coups de feu là, pas uii coup de feu dans tout le reste de la France et dans l'Algérie.

La guerre civile du 1î) mai, guerre d'opinion presque saîis chefs et sans armes, combien dure-t elle ? de midi à cinq heures du soir. Et sur que! terrain ? entre la Bastille, le palais de i'Assemblce nationale et rHôt(;l-de-Ville de Paris. A six heures nous y étions rentrés et nous avions arrête les membres du gouvernement insurrectionnel.

La guerre civile des journées de juin i8i8, non pas même puerre d'opinion, mais guerre de sédition, guerre de tumulte, guerre d^atelier, guerre de faubourg, combien dure-t-elle? trentesix heures avec danger, et trente-six heures avec des retentissements terribles, mais sans cause, sans drapeau, sans chefs, sans complices hors des ateliers. El sur quel tliéàtre? sur le périmètre d'un tiers de Paris. Le reste île la France n'enlend f)3s un contrecoup, la patrie enlicre se lève pour venir en étnnlTer le foyer.

Je ne parle jias du 13 juin 1 849, /oî/r/ieV d'opinion avorléequi ne dure qu'une heure et qui se concentre dans PEcoIe des Arlset-Métiers. La France ne l'apprend que par les j(»urnatix. Nous avons eu trois ou quatre manifestations, jiendaul les premiers orages de la République, cerd fois plus nonibreuses et plus menaçnntes que celle-là. sans armée pour y faire face, qui si- sont évaporées d'elles-mêmes ou d. vaut la résistance purement civique du gouvernement, et dont nous n'avons p is même fait trophée.

Vous le voyez donc, les seules guerre» civiles qui puissent dans les mauvais jours menacer la France, ne sont plus que des guerres riviles d'opinion, et les guerres civiles «l'opinion ne sont que des joumà's courics sur un point circonscrit du sol national. Elles en-

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LB GONSBILLBR OU PBUPLB.

Sanglatitcnl, elles conlristcnt, elles navrent de douleur I&s bons citoyens, elles font reciiUT les causes qu'elles prclendenl servir, mab elles ne rcnvcrseul pas la sociélé, souvonl nième elles consolident les gouvernements.

La révolte des Jacobins contre la Convention au nom de Robespierre ne fut (qu'une guerre civile de trois heures, qui raffermit ta Rcpubli(]uc en détrônant le rejointe de la ti-rrcur. La Convention fit marelirr Barrai sur Tllôtel-de* Ville, eonime nous fîmes marcher les bataillons de la garde nationale, de la garde mobile et la cavalerie sur le même siège dlnsurrection le 15 mai 1848 au nom de TAssemblce constituante. Ce fut la même tentative, la même manœuvre, la même promptiludc. seulement la première de ces victoires fut cimentée par le sang des échafauds, la seconde fut modérée, généreuse et pure comme la seconde République. La révolution, d*autaDt plus douce qu^elle était plus forte, avait répudié les vengeances des supplices.

L'insurrection des Girondins contre la Convention, en 1793, ne put soulever même une guerre civile sérieuse dans le pays ^ en huit jours tout était fini sans.qu'un seul homme eût perdu la vie 8ur4e champ de bataille par le coup de canon de Vernon.

Et cependant, à cette époque, ni Thabitude de ta souveraineté nationale s'exerçant par la représentation, ni le prestige universel, ni la pratique de i*unité administrative, ni la centralisation des préfets, ni le morcellement des provinces en dcp.irtemenls, ni les télégraphes, ni les routes multipliées et stratégiques, ni les bateaux k vapeur sur tous nos fleuves et sur tout notre littoral, ni les chemins de fer enfin n'existaient encore. Ce sont là autant d'obstacles Insurmontables aujourd'hui à l'explosion et à la durée des guerres civiles. Un pays qui se contracte tout entier sur luimême avec autant de moyens de communication du centre à la circonférence et de la circonférenceau centre j un pays dont la tête et la main sont si rapprochées j un pays qui peut fâirecnteudresavoix, donner ses ordres, porteret masser ses forces en quelques heures parloutcontre les mouvements épars et tronçonnés desinsurrectionsjun tel pays peut être envahi un moment par un mouvement unanime comme celui de février, jamais démembré longtemps par uneguerre intestine. La nature b'y oppose ; il peut faire explosion, jamais se déchirer. Telle est la France. Ajoutez à ces impossibilités de longues guerres civiles la constitution de l'armée par la conscription, qui encadre ensemble des enfants de toutes les familles et de toutes les r^ons de la même patrie.

III Nous ne sommes donc nulleinent menacés de guerre civile, pn< plus que nous ne sommes menacés d*une coalition étrangère. Quel est donc encore une fois tout notre mal ? la peur. J'ai dit au-

LB COMSBILLBH DO »BUPLB.

jounrhut : « I«a France a mal anx ncrr$ ! La France se eoroplatt »> dans In panique, la Fronce se faliguc à se forger eUe-méme dsc » monstres et des fnntômes pour les grossir comme il plaisir cl f pour se donner à elle-même le fr:s«on. «

Ses journaux rouges ( on sail que la nature des journnux c'c^t «1c viser aux grands effels, pour intéresser et passionner leurs abonnés ) ses journnux ronges prenncnl tous les malins et à Ion* propos, la grosse voix de Danton pour gronder sur lu socirlé qui tremble, et pour lui annoficcr Iqs retours, tes colères, les justices, les vengennces de ee qu'ils appi'llenl le peuple, c'cst-à-dirc une coterie quelconque d'oisifs de leur (q)inion.

Les journaux socialistes lui f(HU ajipnraltrc toutes les nuits dans SCS rêves les fantasmagories de la destruction de la propriété, de la proniiscnilé des familles, de rextirieliou du capital, des lois agraires, des distributions à parts forcées de tant (b* mètres carr*'' de pavés et de sol, et <le tant de ratîoîis éi;a1es à cbacun des îO nnllions de nialbeuretix parqués dans la même caserne, sous la discipline du même sergent socialiste, tenant le niveau de fer de la secte sur les n[)péiits et les facultés du gi-nre biimnin, transformé en matière ruminante. Le capitaliste, le fabricant. \r propriéfrnre, le eonimerçaiit « le rentier, l'ouvrier qui |)ossède un mobilier, une maison, un jardin, un arbre, une épar^ine ; le mari qui aime sa femiiK*, la femnu^, qui aime son n>ari; le père et la mèri'(|iii aiment leurs enfants, et qui travaillent pour letir laisser une ai^^aure liérédilairc sur la terre -, les enfants qui aitnent mieux leui* |HTe et leur mère qu'une communauté méiapbysique de parents incounns ; le laboureur qui aime son bétail et son sol ; l'artisan qui aime son état et son salaire. Tout cela frémit et voit déjii l'ombre de Babeuf, de Fourîer, d'Owen, ou de tel autre orgnnisateur du tra\;iil. du capital et de l'intérêt, conduire c'uumc Minas les pâles Français à l'enfer d'une société sans possession propre, sans liberté, sans famille et sans héritage pour la plus grande lélicité du genre humain.

IV. D'un troisième coté, les journaux blancs s'évertuent tous les matins h faire retentir, comme une voix caverneuse sortant des profondeurs des masses perverties, le moindre cri d'envie contre les riches, de rage contre le bon ordre, de malédiction contre le salaire que quelques va^iabonds avinés a\iront fait entendre dans <]uelqne recoin de la république, en sortant du café on des cabarets des villages. Ils vous peignent la propr iété au pillage, la patrie en feu, des trappes socialisées ou terrorisics sous tous ims pas. «les sociétés secrètes, gouvernemeiils souterrains, minant le sol pour le cbanger, par un coup de sifflet, en décon bres, des déparlements qui OC s*£n doutent jias en pleine anarchie, des conspirations de sept

L£ CO.NSElLLEli OU PEUPLE

OU huit rcfugics à Genève à la tclc des armées de Coiidé da socialisme, cxerc.nit leurs bataillons et leurs escadrons invisibles à Vcrsoy, cl prêts à faire invasion à Gcx ou à Nantua ! Des proscrits à Londres équipant une Ootlc de bateaux plats prcls à venir faire sur nos côtes le fainrux débarquement si longtemps et si vainement rêvé par Pempcrcur Napoléon. Lisez ces journaux, c'est une déroute certaine de la société, c'est un sauvc-qui-peut général du monde! 11 n'y a rien qui puisse nous sauver, ni représentation nationale, ni pouvoir exécutif, ni président de la république, ni administration, ni justice, ni garde nationale, ni armée nombreuse, solide et patriotique; nous sommes condamnes à cent mille morts et catastrophes, à moins que nous n*ullions nous jeter aux pieds des monarchistes de Juillet et les prier de nous prendre sous leur protection pour nous sauver encore une fois des révolutions, ainsi qu*ils savent le faire, comme ils Tont si bien prouvé aux journée» de Juillet, et eomme ils Vont si bien prouvé encore le 24 Février!

y. Or, savec*vous pourquoi ebez les uns ces peurs sincères, chez ecux-Ià ces exagérations de la peur, chez ceux-ci ces comédies de la peur? Je vais vous Texpliquer : Les uns ont peur tout Irannement, parce que la peur est une faiblesse humaine, une épidémie de l^imagination dans certain temps, et que le nom de république se trouvant associé dans leur souvenir avec les excès, les banqueroutes, les disettes, les guerres d^'roagination et de coalition, les comités de salui public, les démagogies sanguinaires, les tribunaux atroces, les écliafauds, les crimes de 1793, Ils croient voir à tous moments se lever devant eux les ombres de Marat, de Fouqoier-Tinville et de Babeuf, comme si des temps entièroment dif* féronls produisaient les mêmes faits et les mêmes hommes !

Les autres ont peur, parce qu*ils ne sont pas assez politiques et assez réfléchis pour sonder les bases de Tédifice social, et pour s*assurer par la réflexion et par la logique que ces bases sont so* lides comme le granit, et qu'il ne suffît pas d*un trêne renversé dans un salon des Tuileries pour ébranler la société, la propriété et la civilisation, qui reposent en France sur tronte-six millions de volontés, sur trente-six millions dintelligences et sur des myriades d*inlérêts.

Enfin les autres jouent la comédie de la peur, parce qn*lls ne veulent pas que la nation puisse s^accoutumer à la République, s'asseoir dans ses institutions, prendre foi dans sa démocratie régulière, croira que le soleil se lève et que Therbe pousse dans un pays qui a rinsolence de se passer de monarchie, et parce que les esprits, maintenus ainsi par eux dans une perpétuelle et fébrile inquiétude, seront plus disposés à se précipiter de nouveau à I eur

votx dans le premier piëge dynastique qu^il leur pltira de lendre à leur découragemeal, daos le gauveriiemeni de la peur, le seul gouvernement qul^eur reste à offrir à ce pays da courage d de

la liberté!

Voilà, mes amis, les trois motifs de ees paniques coup sur eoup, de ce tocsin de Tinquiétude qu*on sonoe à tout moment dans vos oreilles pour les faire tinter d*effroi et pour vous faire dire : le

monde s'en va.

VI. Bien que je ne eroie pas du tout aux intentions téméraires €l déloyales que la calomnie prèle aux partisans personnels du président de la République et k son gouvernement, je ne puis pn^ nier cependant que le gouvernement lui-même ne soit malgré lui et très-innoeemment une des causes involontaires de eetle panique du temps. Vous ailes comprendre comment et pourquoi.

Toute révolution est un désordre momentané dans un pays. Des le lendemain de celte révolution, chacun se dévoue à reconstituer Tordre, première nécessité de tout le nmnde, excepté de ceux qui ne vivent que de confusion et qui errent dans les décombres pour y ramasser les dépouilles. Le gouvernement provisoire, jeté lepremîer sans force etsansarméesurla brèchedela société, acomroencéà rétablirderordrc heure parheureautantqu*ilapu.ll a éteint Icfeu, étouffé la guerre civile, prévenu les vengeances, séparé momentanément le peuple des soldats, pour qu*ils ne continuassent pas à se combattre, créé lagardi* mobile, organisé, fortifié et discipliné Tarmée, payé lesrentes deTEtateommeen pleine paix, iié;zociéaTee les puissances, empêché la coalition, formé Tarniée des Alpes, couvert les frontières, contenu la guerre, refuséles assignats, repoussé la banqueroute, aboli les échafauds politiques, émancipé les esclaves <)ans nos colonies, indemnisé les colons, garanti toutes les vies et toutes les propriétés des citoyens, organise des élections, évoqué du sein du peuple la reprcsen talion nationale, fait payer les impôts, soldé les troupes et les employés, maintenu Tadminlstratioii dans les déparlements, entouré TAssembléc d'une force capable de la faire respecter et obéir quand elle aurait ressaisi le gouvernement.

C'était bien quelques pas vers Tordre, pour trois mois de révolution j ce n'était pas assez.

Le gouvernement du général Cavaignac a poursuivi ce but d'ordre, appuyé sur l'Assemblée constituante et sur la force militaire.

F.'élection du'iO décembre a remis le pouvoir exécutif au président de la République, et le pouvoir législatif à l'Assemblée législative. Le président et la majorité ont continué à consolider l'ordre selon leur esprit et leurs vues* Us se sont dii, par exemple :

LE COMSBlLLBft DU MOPLK,

« Les hoiBines qui ont administré les départements depuis la Ré- » publique, sont trop inexpérimentés ou trop démocrates de sen- » timent, ou trop suspects de tendances révolutionnaires, ou trop » |ieu dévoués à la majorité nouvelle de TAssembléc, ou trop peu » affectionnes au gouvernement du président de la République } » il faut les remplacer par des hommes anciens ou par des bom- » mes nouveaux, sûrs et ardents pour nous, et peu ou point corn- * promis dans la République. »

Je n*cxamincpasicijusqu*à quel pointée système d*épuration en masse des républicains sous une république est politiqueet de naturcà consolider Pordre nouveau, ieraconteseulementcequi s^estfaît*

Ebbienl que devait-il s*en. suivre, et que s*en suît-îl? C'est que ces nouveaux administrateurs, tombés de Paris dans les départements, avec mandat d^épurer la République, et de tenir pour plus ou moins suspects tous les républicains, mcme modérés, ont dû être particulièrement ciroonvenus dans les départements et dans les chefs- lieux [)nr 1rs hommes de Tuncien gouvernement, les plus hostiles, les plus irrités et les plus injustes envers la Republique. Et que s*en suit-il encore? C*cst que ces hommes hostiles, irrités, injustes, passionnés contre la République, ont du naturellement donner aux nouveaux admintslrateurs les renseignements les plus malveillaiils, les oniUmgcs les plus inquiets, les suspicions les plus exagérées sur Ti'iat des esprits, sur les hommes et sur les choses dans leurs <lifT('ix^nls départements; exagérant sciemment ou non scien)mont; faussant, dénaturant, empirant, brunissant le tableau afin <ie déverser plus d^horrcur, de terreur et de stupeur sur un état de choses dont Todieux devait retomber sur la Répu* blique elle-même.

Et que sViisnit-il encore? Cesi que ces nouveaux administrateurs n'étant entourés ^ue de ces semeurs de panique et de ces pessimistes de chefs-lieux, n^entendant qu'un son et qu'un crî, ont dù croire au prcmior moment que tout cv\a était vrai, que le socialisme qui n'est qu'une surface était le fond du pays, que la société était minée par une secte souterraine aussi nombreuse que les chimères dans la Iclc d'une nation folle, que la France était en démence tout entière, que le gouvernement marchait sur les mèches de cent mille conspirations rurales ou urbaines, qu'il n'y avait pas une heure à perdre pour prévenir les plus coiossole^ explosions, et que si le gouvernement s'endormait une nuit seulement, la France se réveillerait sous les dictateurs de la loi agraire, de la confiscation des capitaux, du ravage des propriétés, de la proscription des signes monétaires et de la promiscuité des femmes et des enfants !

El qu'ion résulte-t-U? 11 en résulte que ces aiUmnistrateurs, ce

LB COASEILLIB DC »BUPLB«

eommissaircs généraux, ces correspondants officiels ou secrets ainsi renseigné/ ont dû communiquer ces rcnseignemcnls trèsexagérés et très-falsîfics de Tétat moral de leur déportement au gouvernement, et que le gouvernement croyant plus ou moins ses agents sur parole, a dû s*imaginer aussi qu*il était sur un volcan, et exagérer en conséquence son attitude défensive, ses mesures de précaution et ses paroles devant PAssemblée.

Or, il est tout simple queFinquiétude publique s*cxagère et s'accroisse aussi de ce qu*elle voit faire et de ce qu*ellc entend dire au gonvcrnement.

De Ih la panique, panique sans proportion en ce moment avec la réalité des dangers publics, |ianique qne tous les partis opposés à la République, toutes les ambitions qui spéculenlsur la ruine de la République, tous les hommes qui veulent verser la République les uns dans la démagogie, Ic5 autres dans le des^potisme miliialre, sont intéressés à entretenir pour harcrier et lasser la patienrc des hommes de modération et de bonne volonté.

VII. Mais c*e$t une panique .de tactique; la République devient d*une nécessité plus généralement sentie que jamais par tous les esprits vraiment politiques. Elle force cciix-lh mêmes que son avènement a le plus douloureusement et le plus jiiMrnient froissés dans leurs affcclions de cœur ou dans leur^ habiludos d'esprit à la confesser. M. Tliiers disait, il y a peu de jours, à TAssemblée, un mot que nous n'avons cessé de dire depuis le â4 février notts-niéme* « C'est encore, de tous les gouvernemenis, celui « que Je préfère, car il a Tavantagc d'être en ce moment le gou- » vernement qui nous divise le moin's. •

C'est le mot de la situntion i>our tout esprit étendu et droit. C*est le mot dont on voit rév idence se manifester de plus en plus à TAsscmbiéc nntioiinle. où la majorité, au commencement, paraissait si rehellc et si implacable aux convictions républicaiiirs. Il fiiut voir de près cette assemblée pour se rassurer sur la République. Or il faut qne vous coni preniez bien cette assemblée.

VJII. Je croyais moi même, il y a peu de jours, que la représentation nationale était divisée en deux ])nrlis seulement, en iaceruri (le Tautrc, enrégimentés, disciplinés l'un contre Tautre, inconciliables l'un nvoc Tanlre et pouvant, en s'enire-choquant étoulTer un jour la République entre ces deux grands partis. C'était une mauvaise situation pour la République et pour le pays; un caprice une fougue, un excès de la majorité aurait pu ainsi la jeter sor la Constitution et lui faire submerger un moment la République. Et où allions-nous alors? Dieu seul le sait.

IX. Eh bien ! la représentation nationale n'est heureusement pas composée ainsi ; il suffit d*un regard attentif porté de près sur

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Li comiuum ou pivfli.

les diffcrcnts groupes d^opiaion qui $*y dessinent, pour se eonvaiucre que le pays u*a rien à craiiidre de pareil^leson asMinblée* Voici en réalité comment cette assemblée se décompose :

1" Les orléanistes, ou ceux qu'on est convenu d*appcler ainsi parce qu'ils ont opparteou au deruîer gouvernement de cette dynastie par leurs affections ou par leurs services ; on en compte au plus soixante, mais ils décuplent la valeur de ce petit nombre par leur activité, leur importance, leur irritation, leur talent; la haute banque, les chefs militaires, la bourgeoisie régnante de Paris, sont au dehors les éléments de force. Ils ont un journal habile, diplomate de plume consommé, le Tallcyrand des feuilles publiques, qui leur donne en France et en Europe plus d'écho qu'ils n'ont de voix dans la nation. C'est un état-major immense et remuant pour une poignée de troupes. Mais ils étaient hier sur les marches du trône, et ils ne peuvent se persuader que leur fortune se soit ensevelie pour jamais sous ce qu'ils appellent une émeute, oubliant trop vile, comme tous les partis, que leur trône et leur gouvernement de dix-huit ans n'étaient faits eux-mêmes que de la lave d'une émeute de 1830 !

2° Ce qu'on nomme le parti catholique, mot impropre qui fait descendre la conscience au rang de parti, et Dieu au rang de niachien d'ambition. Ce parti dans le pays vaut mieux que son nom et mieux que ses organes. A l'exception d'un ou deux apôtres de tribune ou écrivains qui le ravalent au dehors par dis parodies de moyen âge et par des accès de démagogie saci éi- au-dessous de Camille DesniouUtiSf il se compose dans l'Asscniblée de quelques évoques et de (|uelques ecelésiasli<iues, véritable élite du sanctuaire, uni(]ucinont préoccupés dans les discussions de l'intérêt spirituel ilc leur religion ; de quelques hommes niùrs; hommes de paix, hommes de piété, homtnes de bien qui ne voient dans la religion que le mobile, et dans la politique que le moyen de la charité; et enfin de (juelques jeunes gens (jui ne voient dans la démocratie qu'une eonsf'quence sacrée cl logique de l'Evangile, et qui se sentent d'autant plus républicains qu'ils sont plus religieux. Ce groupe calholit|ue ou néo-catholique compte environ quarante tétesdans l'assemblée. Bien qu'il ait des organes d'un haut talent, il n'a pas d'oraleiirs dans son véritable esprit de paix. Par ses orateurs, il maudit (juand il faut bénir, il outrage quand il faut rallier, il usurpe (juaud il faut donner, il brûle quand il fautéteindre, il cautérise les plaies quand il faut les fermer; son huilen'est pas celle du samaritain, c'est le vitriol mèledansPeau lustrale. Ce langage fait à ce parti le tort qu O Connclle a fait à l'Irlande : il flatte la faiblesse, il provoque la force, il suscite les trop justes récriminations, il perd la cause en grossissant et en aigrissant la voix,

LE CONSEILLE OU r&LALf.

Malbeor au partis qui tirent répce quaud lenr geslc est de Icndre la malo.Les bommes de ce parti qui sortent du temple pour se luc- Icr aux manœuvres politiques nesonl[que cinq ou six ; le parti luimême ne compteque trente ou quai aiitc reprcsenlanls de ce camp dU|Clergc.

3<>Cçuxqu*on désigne sous le uom de légilimisles, parce qu'ils <mt toujours en fait de monarchie avoué leurpi incipe ou leur préférence très- logique pour les héritiers du droit sur les usurpateurs volontaires ou Involontaires du trône. Il yen a un bien petit noinhre parmi eux qui aspirent aclivenieul à supplanter la République au moins de longtemps, et qui espèrent que le droit divin sortirait d'une révolution nouvelle par le peuple ou d'une contre-révolution par les orléanistes et les bjnapartisles. Ce sont en masse des liommesde haute situation sociale, de nom, de rang, de fortune, •le tradition et de paix, qui sNinissent quand il y a danger pour Tordre avec les autres éléments divers de la majorité, qui eombaltent le terrorisme subversif, la guerre civile, la guerre élrangère, qoi veulent que le sol se raffermisse sous leurs pas et sous les foyers de leurs familles, qui font leur devoir de bons citoyens sous tous les drapeaux, qui ont quelques alliances naturelles avec le parti de TEgli^^e, quelques alliances accidentelles; courtes, ombra* geuses avec le parti orléaniste par similiude de sentiment monarchique, quelques politesses pour le parti bonapartiste, parce que le nom d'un Bonaparte personnifie en ce moment le pouvoir, mais qui oe se ligueraient h aucun prix, ni avec les orléanistes pour restaurer la monarcbie de 1830, ni avec les bonapartistes • pour restaurer un despotisme de 1810. lissent en expectative dans la République, mais ils sont a Taise dans la liberté ; ils ne la troqueront pas contre un coup de dé ou contre un coup d*£tat. (Test un grand ^ parti impuissant à lut les pour opérer une contre»* révolution, mais assez fort quand il s'unit au peuple des campagnes pour empêcher qu'aucun parti ne fasse une contre-révolution ^son profit. Un grand tiers du suffrage universel leur appartient et la République leur assure un grand rôle actif dans le gouvernement* Ils sont plus de deux cents dans l'Assemblée.

4« Il y a les républicains modérés, hommes convaincus par le «entiment ou par la réflextion que la démocratie est le courant du monde moderne ; que ce courant entraînera tout, et que l'œuvre à la fois morale et politique de ce siècle est d'accepter^ d'édairer ct^d'organiser cette démocratie irrésistible, pour apaiser la lutte entre les classes el pour donner au gouvernement hi force irrésistible aussi des droits et de la volonté générale. Ces hommes, la plupart jeunes, actifs, courageux, sensèi, ont compris que le seul dogme qui pùt faire accepter et durer k démocratie était la

Ll CONSEILLBR DU PEUPLE

ioléranee républicaine, large, sincère, désintéressée. lis ne veulent pas retenir à eox seuls, rétrécir, confisquer la République j ils veulent qu^elIc appartienne comme un terrain commun à tous les partis auxquels le snfTrngc universel donnera tour à tour fa majorité ou leur part légitime de majorité dans le gouvernemcnL Peu leur importe qui possède momentanément le pouvoir, pourvu que ce pouvoir soit Témanation Icgnie du pays, et ne tombe ni dans la violence, ni dans les cx( ( s, ni dans les faiblesses. Ils sont le contre de gravité du navire de la République après les grandes oscillations naturelles an commencement des institutions popu* laircs; tous les partis viendront tour h tour prendre sur eux leur point d'appui et retrouver leur équilibre. Ces hommes, qui sont déjà au nombre de deux cents, se recruteront tous les jours davantage; car en vieillissant, les révolutions deviennent sages et expérimentées.

5* A côte et tout près de ces deux cents modérés, il y a les hommes de la gauche proprement dite, placés pai* Irurs opinions entre le centre et ce qu'on appelle là Montagne. Ces hommes sont au nombre de cent quatre-vingts. Ce sont quelques républicains de la veille et presque tous ceux du jour et du lendemain. Ils aiment la République d'un amour sincère, ardent, quelquefois un peu jaloux. Ils veulent It s ronséquenecs sociales de la démocratie; mais ils ne veulent au fond, comme la France, que les conséquences sociales compatibles avec Tordre, la propriété, la morale, la famille, c'cst-à-dirc le progrès dcmocrati(|ue Iranchcnient caractérise dans les institutions. Seulement, ils ont conserve des routines de la vieille opposition monarehique une habitude de chienne on (Tagression contre les gouvernements, quels qu'ils soient^ ils n'ont pasasiiez le sentiment de la nécessité de la force dans le pouvoir révolutionnaire républicain à peine né; ils sont ombra,;^<Mix comme la peur j ils voient des trames, des empiétements, des enilniches, des ambitions, des conspirations contre la liberté partout. Mais s'ils servent quelquefois involonlairementles factions par esprit d'opposition, ils s'en séparent cl s'en sépareront toujours par esprit d'ordre et de vrai patriotisme. Personne ne Ici» a combattus plus énergiquement qu'eux à rHôlel-dc-Ville, dans la rtie, Sîir les' barricades pendant les trois mois de la dictature du î;anvcrneinent ])rovisoirc et aux journées de Juin 1848. La Hépubliqtic n'a pas de plus forme appui.

6" Une (lo\)zaiur d'irripérialislcs, ou réputés tels, hommes historiques et rélro^jioctifs qui croient (]ue les ha^^ards se répèlcnt et (|ue rinsloirc <le la seconde République* doit finir, comuie celle de la première Répuhlicpie, par un 18 brumaire cl un empire de seconde édition. Ces hommes, s'ils existent comme parti dans

LB C0K8KILLBB DU PBCPLB.

TAsseniblco, ne peuvent y représenter qu^une exception et on eonlrc-sens. Le révo est si altsurde qu*il est iiinoeent. C*est du prodige de père en fils. Cela nVst pas dans la nature. L*histoirc ii*ucr il jamais la même cliose à des pages différentes. La Hcpubliquc de 1848 n^a pas commis ni les anarchies ni les crimes de 1793, pour que la Providence lui réserve les mêmes châtiments. D^ailleurs, pour un empire il faut un empereur. Je ne vois h sa place qu*un bon citoyen dé%'uoé à son devoir, devoir modeste et glorieux ! qui vaut bien une couronne, et incapable d*une improbité d'ambition.

7^ Ce qu*on appelle la montagne, superfétation républicaine d*un autre temps que la France actuelle ne peut pas et ne veut pas porter, et qui s*al>aissera et se nivellera de plus en plus. C*e9t un conirc-scns aussi illogique et plus effrayant que Pempire* Ou entend par là excès, violence, tyrannie d*une seule opinion et d*une seule classe du Peuple sur la nation. Les hommes qui siègent sur CCS hauteurs abstraites et orageuses du radicalisme socialiste ou rcpubliciiin ne représentent certainement pas ces chimères qui font justement trembler le monde , mais s*ils tentaient jamais de les imposer à un pnys civilise, la terre leur manquerait sous les pkds.

Un dix-huit brumaire de 1793, par la terreur et par le socialisme, est plus imptissiblo qirun dix-huit brumaire par la gloire et ]>ar Pépéc. Le premier n*a besoin que de trouver un peuple lassé et ser%ile. Le second aurait besoin de (rotiver un peuple de victimes résignées à Timmolation de la société. Un tel peuple n*a jamais existé.

X. Vous voyez par cette, décomposition de rAsscmblée, qu'elle représente trcs exacieinent, et dans leurs proportions rigoureuses, les ditréretitcs forces des opinions en France exprimées par le suffrage universel; vous voyez, dis-je, que les inquiétudes que Ton sème autour de vous sont ^ansréaliié, et que la république d*ordrc et de modération ne court pas le danger d^cti*e confisquée un beau mutin par la majorité ou par une fraction qucleonque de TAssemblée d^accord pour cela avec un pouvoir exécutif traître à SCS devoirs, ou avec un a%*enturier militaire traître à son drapeau. Car si la motilagne même agrandie par quelque surprise du scrutin delisic^ çe Icv e, TAsseriiblée entière, républicains de gauche, répu* blicains du centre, bonapartistes, orléanistes, parti militaire, tiers-parti, clergé* légitimistes se lèvent contre la montagne, comme on se lève devant le danger commun.

SI les bonapîirlihtcs se lèvent, légitimistes, orléanistes, clergé, tiers-parti, centre, gauche, nnuilagne se lèvent contre une usurpation qui les absorbe tous à la fois.

Si les légitimistes se lc\enl pour mettre la main d'uuc troisième

LE CONSBILLBK DU PEUPLE

rcsiauralion surla rcpubliqucc, orléanistes, bonapartistes, gaucho, centre, modérés, hommes prudents, hommes téméraires, se lèvent pour leur disputer à une immense majorité le chemin d'un trône.

Si les orléanistes, les plus menaçants de tous ces pnrli;!, se lèvent pour faire la contre-révolution au profit de la seule bourgeoisie de Paris couronnée ; légitimistes, hoiiapartistes, modérés, centre, gaucho, montagne et peuple se lèvent en face d(;s orléanistes et leur arrachent en commun un empire auquel ils n'ont d'autre droit que les trois journées de juillet au lieu des troi» journées de février !

Et ainsi de suite; toujours cinq partis coalisés conireun pour défendre, préférer ou au moins prolonger la République, trêve nécessaire entre toutes les ambitions ; toujours une majorité certaine et nombreuse pour la lutte entre In République menacée par une usurpation de la démagogie ou par une usurpation de dynastie, voilà la situation? Y a-t-il là de quoi trembler à toute heure pour le gouvernement républicain ? Non, les gouvernements les I)lus solides ne sont pas ceux qui ont le plus d'amis, cai* les amis se lassent et se retirent. Ce sont ceux qui ont les ennemis les plus divisés entre eux, caries ennemis ne se réconcilient pa^.La République semble garder la place vide il tout le monde. Voilà pourquoi tout le monde la défendra contre tout le monde. Ce fut cet instinct qui la fit adopter si unaniniement parla France en février. La France divisée sentit qu'il lui fallait un terrain neutre pour se reconnaître contre les arjarclucs sociales. Elle dessina de Toeil le champ de mai de la République, et elle dit : c'est là que la nation so recomposera.

Un seul fait pourrait perdre la République : c'est le cas où elle deviendrait la possession exclusive et le monopole violent cl jaloux d'un seul parti. Oh alors! oui; elle périrait en trois mois, car tous les partis et toute la France se lèveraient à la fois contre elle! C'est ce que les insensés (pii rêvaient des dictatures républicaines, acerbes et violentes pendant les premiers mois de la République ncvoulaient pas comprendre! C'est ce que les montagnards ne peuvent pas admettre! Pauvres hommes d'Etat, qui s'iniaginent que la violence de la volonté est une force de l'intelligence, que la menace attire, que les injures subjuguent, que les épurations élargissent les gouvernnnents ! Nous les avons sauvés malgré eux de leur ignorance et de leur folie ! Nous ferons vivre la République en dépit de ces républicains exclusifs, à grosse voix et à courte vue ! Mais qu'ils le sachent bien et qu'ils reviennent au sons con»mun, nous ne la ferons durer que par la magnanimité, par la tolérance, par le concours de tous les partis, par la liberté.

léC jour où la République ne serait plus la liberté ^ le jour où

tl COMSKILLBR D0 PRITPLB.

ellenelaisseraîl plus leur espace, leur plaee^leurjco Hhrtk toutes les opinions, elle étouffcraU dans le cerele de fer étroit et mortel qu*elle se serait traeé à elle-même.

XII. La France ne commenccra-l-ellc pas h voir qu*i! n*est pas si diiBciie, si gênant, si Intolérable de noos contenir tous am nos opinions diverses, nos tendances personnelles nos traditions respectées, nos aspirations différentes, nos ori^pnes opposées, dans le cercle larg^, souple, élastique et cependant solide d*on gouvernement républicain? Et qu*en un mot, ebacun peut respirer assez à Taise dans la République?

A Pexception du tr^s-petlt nombre d'hommes désavoués qui déclarent guerre h la société, c^est-à-dîre à Thommc^ et à Teieeption des panidistes de 4793, qui veulent terrorifier la France avec des gestes et avec des cris qui font refluer le sang au cœur des familles et des citoyens, quels sont donc les partis qui ne se meurent pas dans leur Indépendance et dans la plénitude de leur honneur, de leurs affections, de leurs préférences, de leurs opinions, de leurs intérêts légitimes dans la République ?

XIII. Les légitimistes, ces lorys français de leur pays, sont-ils gênés dans leur respect traditionnel pour un principe qui fut national et qu*ils vénèrent cl prêchent librement nu peuple, tant qu*îl est une doctrine inoffensive et désarmée? La République a-t-elle proscrit les espérances ?

Les orléanistes sont-ils gênés dans leurs aflections, dans leurs respects, dans leurs regrets pour une famille h laquelle ils s'étaient attachés, cf qui justifiait, sinon par ses droits, au moins par beaucoup de vertus et de mérites personnes, K'ur prédilection ? A-t-elle outragé, a*t-elie insulté mémedans In colère du combat ce roi, ces princes, ces ministres ? a-t-elle damandé des ven- ^ances? a-t-elle aspiré à du sang? a-t-elle confisque même une obole ou un arbre des possessions imnien<;e5 de cette famille dy-, nastique esilée dVUe-mcme et momentanément, non par haine, mais par un événement de force majeure et impré\u?Non. la République respecte la recon naissance et JVstime qui suivent Je rjolhour; elle n'a pas proscrit les regrets.

Les bonapartistes sont-ils gênés dans leur superstition pour la gloire militaire de leur héros, bien que ce béros ne soit pas celui de la liberté? Non, elle salue ses arcs de triomphe et ses statues; elle achève son tombeau à ses frais ; elle place ses frères â la tcte des débris de ses victoires aui Invalides ; elle envoie ses neveux à PAssemblée nationale ^ elle ne proscrit de ses souvenirs que le 18 brumaire!

Les républicains modérét sont-ils gênés dans Tcxpression dos différentes op*nions plus ou moins démocratiques qui les diiTc-

LB eO.NSËlLLER DU PBUPLI

rencient dans leur candidature, dans leurs réunions légales, dans leurs journaux, h leur tribune? Non, ils émeltent librement leur syslème politique, et le pays juge ; la faveur publique s*est retirée d'eux en ce moment, et, de; tous les partis qui se meuvent dans la Uépublifjue, les républie.iius modérés sont peut-être les plus écartés pour ne pas dire les [)liis proscrits du gouvernement ; c'est vrai; mais ils sernienl des égoïstes s*ils ^'en plaignaient; ils n'ont pas travaillé dans leur petit iiitércl en institjiant la République; ils doivent se réjouir de voir la liberté grandir et s'élargir même à leurs dépens; ils ont cueilli le fruit pour la nation et pour Tavenir, non poui* eux.

Le parti religieux est-il gêné dans sa libre expansion par la parole, par la chaire, par la tribune, par le journalisme, par renseignement, dans ràiue des po|)ijlalions qu'il clierebe à retenir ou à ramener à lui ? Non, la Uépubli(itie n'a pas oublié Dieu et n'a pas proscrit ou froissé une eonscieuce; elle se dépouille même bien au delà du juste de sa propre liberté en sacrifiant l'enseignement du siècle et l'instruction laïque à l'action |)resque exclusive de l'Fglise et de la tradition de sa loi dMiier. Kllc est partiale à force d'impartialité. Le siècle est vendu par ceux qui Peprésculaieut le siècle.

Ainsi, du reste, chacun a sa place entière, et quelques-uns plus que leur place, dans la Uépiiblique. A moins d'être envahisseur et intolérant, aucun |)arli ne ()eut dire : « Je suis proscrit, je subis une exclusion, je porte un joug, je ne peux pas me mouvoir ou res[)irer. » Quand cette vérité qu'on commence à entrevoir sera devenue un sentiment et une habitude, par l'exercice régulier de celte large tolérance uni(ueli(; des opinions, soyez sûrs quêtons ces pariis feront un calcul bien simple, et qu'ils se diront : « Je suis libre et en sûreté sous ce régime, les autres, il est vrai, y » sont libres et en sûreté avec moi; mais vaut-il mieux risquer » de p«'i(lre nia liberté et ma sûreté en voulant tout accaparer

• pour moi seul, que de les conserver en laissant la pari de li-

• berté et de sûreté à tous? Non, le jeu est périlleux, l'enjeu c'est

• ma sûreté, ma liberté, la France, la proppiélc, la société, ma

• léte, peut-être, l'avenir de ma famille. Restons dans la Rcpu-

• bliquc, clic est la prudence de tous les intérêts el le pis-aller de » foutes les opinions. •»

GVst ainsi que Tinstînct raisonne, et rinstinct, qui parle toujours dans le cœur, parle plus liant qoe les factions dans tous leurs dttbs et dans tous leur^ journaux.

Une telle République peut avoir des oscillations, mais elle ne versera pas dans Hnconnu.

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