‹ Le conseiller du peuple ou Réflexions adressées aux Canadiens-français [microforme]Chapitre 2 sur 39 · DEUXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ÉDITION

QUÉBEC d,, À: LANGUES LIBRAIRE

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Les réflexions quisuivent avaient une toute autre destination que d’être livrées à la publicité. Ce n'était d’abord que quelques notes jetées à la hâte sur le papier. Quelques amis en ayant pris connaissance, jugèrent qu'elles étaient de nature à produire beaucoup de bien parmi le peuple, et me suggérèrent l’idée de leur donner une plus grande circulation, en les présentant au public sous forme de brochure, après les avoir retouchées et leur avoir donné plus de développement. Ils insistèrent même pour que je me rendisse à leur suggestion. Devant le bien qu'il y avait à faire, je ne pouvais reculer.

Aujourd'hui surtout, que l’Europe présente un spectacle si aflligeant, pour toutes les âmes honnêtes, que des sociétés, décrépites par le temps et surtout perverties et gâtées jusqu’au

cœur par les mauvaïses doctrines, marchent vers un abîme effrayan.e ; aujourd’hui, que le sens moral est tellement affaibli, tellement abaissé au sein de ces sociétés, qu’il ne se trouve presque plusde voix, pour protester contre le mépris public du droit et de la justice; que les souverains assistent en silence à cette grande et épouvantable décadence sociale, il semble que notre petit travail a un double àpropos. Les réflexions du moins que nous présentons ici, tirent des événements qui s’accomplissent en Europe dans le moment, une force immense, Car, ne disons pas que le danger que nous signalons à nos compatriotes, et que nous voulons conjurer n’est que chimérique. Jetez les yeux sur l'Italie, les faits sont là pour nous dire les conséquences affreuses des mauvaises doctrines. Les mêmes causes doivent produire les mêmes effets. Ce n’est donc que prudence de notre part de nous mettre en garde contre le danger.

Il y a d’ailleurs encore au sein de notre jeune société, dans la conscience publique en Canada, un fond si riche de probhité, d’honnêteté, de droiture, qu’en vérité ceux-là seraient bien coupables qui, pouvant exercer quelqu’influence sur l'opinion publique, ou du moins l’éclairer dans la voie de bonheur et de prospérité, où

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nous avons fait de si grands progrès, demeureraient dans l’inaction.

Le génie du mal n’est jamais oisif; quand il ne peut pas accomplir de suite ses perfides desseins, quand il ne trouve pas une société préparée à recevoir ses doctrines ouvertement, il attend le moment opportun; mais en attendant il prépare les voies, il parle à mots couverts; toujours il marche vers son but, et avouons-le, peu, bien peu de sociétés échappent à son action destructive. Que d'efforts donc les gens de bien ne doivent-ils pas faire pour repousser ses attaques, pour mettre le peuple à l'abri du danger qui le menace, pour lui conserver ces principes excellents de droits, de devoirs, de justice, d'équité qui sont gravés dans son cœur ; héritage précieux que lui ont transmis ses pères, base de tout bonheur social, et que l'erreur n'a pas encore réussi à lui arracher.

On nous reprochera peut-être de n'avoir pas donné à notre travail assez d'intérêt, une forme assez scientifique. À cela nous répondons que nous ne nous sommes pas proposé de plaire, mais d’instruire. La vérité d’ailleurs n’a pas besoin d’ornements, de tout l’apparat de la science. Qu'importe la forme, pourvu que le fond soit bon. La meilleure forme d’un habit

n'est-elle pas celle qui convient le mieux à celui pour quiil est destiné ? Quelle mine aurait un paysan en robe de juge onu un pâtre en costume militaire ? Nous n’écrivons pas pour les savants, nous n'avons pas cette prétention ; nous n’écrivons pas même pour ce que nous appelons chez nôus la classe instruite, qui peut puiser ailleurs l'enseignement qui lui convient; nous écrivons pour le peuple, pour les cultiva- | teurs, les artisans; classes laborieuses et dignes LE d'intérêt, qui supportent l’état, et qui. r’ayant pas eu le bonheur de participer au bienfait de l'instruction, se laissent plus facilement tromper et entrainer par les mauvaises doctrines, dont elles sont toujours les malheureuses victimes. Voilà nos amis, voilà ceux pour qui nous nous mettons à l'œuvre ; heureux, si les lignes que nous allons tracer peuvent leur servir ds guide dans la voie du bien-être social.

Bien loin de nous chercher querelle sur la forme que nous avons été obligé d'adopter, on devrait, ce semble, nous savoir gré de nos efforts. Car ceux-là seuls qui se sont livrés à un travail du genre de celui que nous offrons

| aujourd’hui au public, savent tout ce qu'ila d'ardu ; combien il est difficile de traiter des questions, parfois d'une haute portée, de manière à être compris de tous ; les continuelles

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contrariétés que l’on éprouve quand, à chaque phrase, il vient se loger sous votre plume une expression que vous savez ne devoir pas être comprise; alors force vous est, de vous mettre à la torture pour trouver un autre mot, ou bien de recourir, au.risque d’affaiblir votre pensée, à une périphrase. Heureux encore quand, après avoir passé par tous ces embarras, vous pouvez vous rendre le témoignage que vous avez atteint votre but.

Mais, nous dira-t-on encore : il existait déjà plusieurs publications du genre de celle que vous nous offrez; des auteurs très-estimés ont traité la plupart des questions développées dans votre livre ; pourquoi donc vouloir refaire ce qui est déjà si bien fait ? Ces questions ont déjà été traitées et infiniment mieux que nous ne pouvons le faire, nous en convenons. Cependant s’il nous était permis de trouver quelque défaut chez les auteurs auxquels nous faisons allusion, ce serait d’avoir fait trop bien, de n'être pas encore à la portée de tout le monde : C’un autre côté, dans leurs ouvrages, ils s'adressent à une société qui n’est pas placée absolument dans les mêmes conditions que la nôtre.

Un séjour de plusieurs années à la campagne, en rapports continuels et immédiats avec

ses habitants, m'ont mis à même de connaître le genre d'instruction qu’il faut au peuple pour le diriger dans sa vie sociale et politique, et la manière de lui parler.

On ne m’accusera pas de chercher à me rendre populaire, à gagner les faveurs du peuple. Le soin que je prends de demeurer inconnu, de taire mon nom, doit suflire pour faire voir que je ne suis mu par aucun motif d'intérêt.

Non, je ne cherche pas à flatter le peuple, je ne devrai jamais briguer ses suffrages, je n'ai rien à attendre de lui,non plus que des hommes qui sont ou qui pourront arriver au pouvoir.

Retiré dans la vie privée dont je ne devrai jamais sortir, je me contente d’observer le cours des évènements, de les étudier, de les comparer, puis de signaler le danger qui menace mes compatriotes.

Ce petit ouvrage n’est dirigé contre aucun parti politique en particulier, de même que son objet n’est d’en servir aucun. Je censure le mal, je signale le danger partout où je le rencontre, sans égard pour les opinions politiques de qui que ce soit. Aussi ai-je reçu l’expression de la sympathie et de l'approbation de citoyens distingués qui, tout en différant d’opinions sur le terrain de la politique, se rencontrent sur celui des bons principes.

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