LE PEUPLE ET SES AMIS
Un ami est un trésor précieux. — Un ennemi déguisé est un être dangereux ; il l'est davantage s’ile a de l'influence dans la politique de son pays.—-Avant de donner sa confiance à un homme on doit connaître ses antécédents.--Qualités requises dans ceux qui se posent comme Îles amis du peuple, et marques auxquelles on peut reconnaître ses véritable amis.
Un ami qui réunit toutes les qualités que comporte ce nom est une acquisition précieuse, un trésor inappréciable. On trouve en lui un conseiller dans le doute, un consolateur dans l'affiction, un refuge dans l'adversité. Mais autant un ami véritable, dévoué, fidèle, est pré-
cieux, autant un ami faux, un ennemi déguisé, est dangereux. On peut se mettre en garde ontre un ennemi déclaré on peut se soustraire
10 LE CONSFILLER
aux emhüûches qu'il nous tend, déjouer ses desseins perfides, mais comment repousser la coupe empoisonnée que vous présente une main amie, un traître à qui vous avez donné toute votre confiance ? Comment éviter des écueils dont on ne se défie nullement, dont on n’a pas la plus légère idée, quand on chemine en toute sûreté et que l’on se croit dirigé et protégé par un ami dévoué ?
Et si ce faux ami n’est pas seulement un citoyen privé, si l’action funeste de sa perfidie ne s'exerce pas seulement sur un cercle restreint d'individus, si c’est un homme public qui assume la mission de diriger l'opinion de ses compatriotes, un homme à qui l'instruction et les talents donnent un immense prestige, un homme enfin qui a su, par son habileté à tromper,acquérir une grande popularité, on conçoit combien il est dangereux pour la société, les
maux incalculables qu'il peut faire peser sur elle.
Il importe donc au peuple de connaître quels: sont, dans le monde politique, ses véritables amis ; cela est pour lui d’une importance majeure. La destinée, non pas de quelques individus ou de quelques familles seulement, mais de toute une société, dépend de là. Cette connaissance, cette appréciation du mérite et des
mn Q = Am ST TT Ex
dispositions de ceux qui poursuivent la carrière politique, n’est pas chose aussi facile qu’on pourrait le croire, c’est toute une étude. Aussi un chapitre entier cousacré à ce sujet ne sera pas trop. Ce n’est pas que les réflexions qui vontsuivre offrent rien de bien nouveau,de bien intéressant. Elles pourront même paraître.
comme celles développées dans le chapitre suivant, fastidieuses pour certains lecteurs qui diront : “ Mais on ne nous apprend rien; ce ne sont ici que des lieux communs; les choses qu'on nous développe ici bien au long, nous les savions et depuis longtemps” (Cela peut être; cependant il faut remarquer que si l’on néglige de rappeler à son esprit ce que l’on a une fois appris, on l’oublie bientôt ; qu'il est indispensable d'entretenir ses connaissances, sans quoi on tombe dans une profonde ignorance. Pour l’homme, l'étude de ses devoirs est nécessaire, non seulement pour en acquérir la connaissance, mais encore pour exciter sa volonté et la déterminer à les remplir. 1l trouve dans cette étude, non seulement une règle de conduite dans la vie sociale et politique, mais encore un motif puissant de ne se jamais départir de cette règle qui assure son bonheur.
Voyons donc quelles sont les qualités requises dans ceux qui nous offrent leurs services pour
défendre nos intérêts politiques, et à quelles marques nous connaîtrons leur compétence et la sincérité de leurs dispositions.
Posons d’abord en principe qu'il faut autre chose que des paroles pour faire preuve de ses bonnes dispositions ; car, s’il n’en tenait qu’à cela, il faudrait avouer que jamais le peuple n'a eu tant d'amis et des amis aussi dévoués. Les protestations du dévouement qu’on a pour lui, de l'intérêt qu’on lui porte, pleuvent sur ce pauvre peuple par torrents,au point de l’aveugler et de lui faire croire que tous n’ont qu'un cœur et qu'une âme pour lui être utiles. Cependant il ne devrait pas manquer, ce semble, de découvrir son illusion, de constater que les actions de ses soi-disant amis sont loin de répondre à leurs paroles. Mais telle est sa légèreté, qu'après avoir été mille et mille fois la dupe et la victime de son inqualifiable crédulité, 1l se laisse de nouveau prerdre au piége et cela avec une incroyable facilité.
Quand quelqu'un se présente devant vous pour prendre en mains la défense de vos intérêts politiques et qu’il sollicite pour cela vos suffrages, vous devez, avant tout, acquérir une connaissance parfaite de ce personnage, savoir quels ont été ces antécédents; car le passé est la meilleure garantie que vous puissiez avoir
pour l'avenir. La prudence et la raison vous dictent cette ligne de conduite. Pourquoi, quand il s’agit d’affaires publiques, des intérêts généraux de votre société, ne montreriez-vous pas autant de sagesse, de prudence, qu’on en rencontre chez vous quand il s’agit de vos intérêts particuliers? Comment ! avant d'engager une personne pour faire le service de votre maison, pour remplir les fonctions les plus insignifiantes, vous exigez un certificat de probité et de moralité ; le négociant, avant d'engager un commis, qui devra remplir ses devoirs presque toujours sous sa surveillance, prend les mêmes précautions ; et dans toutes vos transactions, quand vous avez à traiter avec un étranger, s’il doit vous rester redevable d’une somme tant soit peu considérable, vous ne manquez jamais de prendre des informations sur son caractère, d'exiger qu'il vous soit recommandé par une personne en qui vous avez pleine confiance ; assez souvent vous exigerez une caution. En vain proteste-t-il de sa probité, de sa fidélité à rencontrer ses engagements, vous savez trèsbien lui répondre : ‘“ Je n’entretiens certainement pas le moindre doute sur l'intégrité de votre caractère, cependant la prudence et mes intérêts exigent que je ne mette pas mon bien, sans garantie, entre les mains d’une personne qui m'est parfaitement inconnue.”
Et quand il s'agit de l'intérêt général du pays, un homme se présente chez vous, dont vous n'avez jamais peut-être entendu parler ; il vous est introduit par des gens qui vous sont entièrement étrangers, et vous voilà prêts à lui donner toute votre confiance, à remettre entre ses mains vos intérêts les plus chers! Que dis-je! les discours que ces messieurs vous adressent, sont-ils en contradiction directe avec
les idées que vous avez entretenues jusqu’à ce
jour, avec les opinions de vos compatriotes les plus distingués, les plus instruits de votre localité, ils ne manquent pas pour cela de vous être parfois agréables ; sans plus d'examen, vous sacrifiez toutes vos convictions du passé, vous méprisez, assez souvent, la parole d’un compatriote qui a été élevé au milieu de vous, dont les intérêts sont communs avec les vôtres, qui ne s’est jamais départi de ses sentiments d’honneur, de son intégrité de caractère, pour prêter l'oreille aux discours d'hommes qui, trop souvent, n’ont d'autre but que d'abuser de votre confiance et de votre bonhomie. Il semble que pour nos Canadiens, il y ait une espèce de prestige qui se rattache à tout ce qui est nouveau, à tout ce qui est étranger; prestige qui les aveugle et qui les livre à l'exploitation de tous les charlatans politiques et de tous les chevaliers d'industrie.
Que de fois n’avons-nous pas été nous-même témoin de cette bizarre et regrettable conduite de nos compatriotes. Un homme se présente devant une paroisse ; il a un extérieur agréable, affable, il parle avec facilité, son expression est pleine de charine, il est habile à s’insinuer dans les esprits, à remuer les passions, il sait surtout prendre le peuple par son côté faible, qui est l'intérêt ; aussi il ne manque jamais de lui faire les plus magnifique promesses: à peine a-t-il parlé quelques minutes que de suite vous en entendez plusieurs s’écrier: ‘“ qu'il parle bien!” L'orateur s’anime, il s’enflamme, l'impression se communique des uns aux autres; bientôt cet homme sent qu'il est maître de son auditoire, qu'il s’est concilié toute la confiance de ses crédules auditeurs. Maintenant il peut débiter tout à son aise, sans aucune retenue, toute espèce de sophismes, de fausses doctrines et même d’absurdités, il peut attaquer et vilipender tout ce qu'il y a de plus recommandable, on n’en continuera pas moins à crier:
‘ C’est vrai, cet homme parle comme il faut.” Voilà ce dont nous avons tout été témoins et ce que tout homme sensé, ami de son pays, doit déplorer. Oui, mes amis, gardez-vous de l’impression du moment, gardez-vous de la précipitation, de l’empressement dans l'appréciation que vous avez à faire de ceux à qui vous remet-
tez vos destinées politiques. La confiance est une chose trop précieuse, l'abus qu'on en fait est quelque chose de trop révoltant pour ceux qui en sont les victimes, pour que vous la prodiguiez ainsi. Ce n’est pas que nous voulions vous préjuger contre qui que ce soit, vous rendre trop défiant ; non, nous vous conseillons seulement d'agir avec prudence. La raison, d’ailleurs, vous dit qu’en général il faut un certain temps pour juger du mérite et des dispositions d'un homme; que ce n’est pas par quelques paroles qu'il vous adresse en passant que vous pouvez l’apprécier avec justesse,
Cette tâche, avons-nous dit, est toute une étude. Or, nous concevons que tous ne sont pas capables de cette étude. A quel moyen faut-il donc recourir pour faire un choix judicieux d'amis politiques ? La réponse est toute naturelle. Dans les cas où vous vous voyez incompétents à faire ce choix, vous devez vous adresser à des hommes qui, par leur science, leur sagesse et leur expérience, pourront vous éclairer de leurs conseils. Les réflexions qui vont suivre pourront aussi vous être d’un grand secours.
La première qualité requise dans un ami du peuple est la probité. Par ce mot nous comprenons l’ensemble des vertus qui constituent
l’homme honnête, sincère, franc, en un mot le citoyen intègre. Il vous faut choisir, pour défendre vos intérêts généraux, des hommes cui aient joui de cette réputation de probité dans leur vie privée ; car on ne peut guère supprser que celui qui manque de cette probité dins ses transactions particulières, sé "mi phs honnête dans la vie publique: 45/7"
ua franchise, la sincérité qui fait towjo SUR pailer un homme conformément à sa penséé, est 1ne vertu indispensable à ceux qui prenneñt par: au gouvernement des peuples. Voici commert s'exprime à ce sujet un grand politique ; “ Bim penser, parler comme on pense, et agir comme on parle, ce sont là les trois qualités esseitielles à tout prince qui veut gouverner heurusement ses Etats.” Or, remarquez que ce qui est dit ici du prince doit s'appliquer à tous 108 homm:: publics, qui tous prennent part, plus ou moins, au gouvernement du peupk. Nous aurons occasion d'expliquer plus tard ce que l’on doit entendre par les premières parobs de cette citation, bien penser ; contentons-nous pour le moment de constater l’indispenséble nécessité de cette sincérité, de cette franchise, de cette droiture de conscience qui sont des vertus si rares aujourd'hui. +
Une chose, qu’on appelle diplomalie, a rem-
placé dans la société actuelle ces antiques vertus dont s'honoraient autrefois ceux qui gou vernaient les peuples, mais que l’on regard»
comme n'étant plus de mise dans ce siècle de lumière. On parlait bien autrefois aussi de ciplomatie, mais alors ce mot signifiait la sciense des rapports, des intérêts des Etats entre eut ; mais science basée toujours sur les lois immiables de la justice et de la morale. Aujourd’hui ce mot a une foute autre signification ; il est synonyme parfait d’intrigue, de fourberie, de malhonnèteté adroite et déguisées, Le meileur diplomate est celui qui sait le mieux dissimuler, couvrir le mensonge, arriver à son but par des voies détournées, mais toujours en sacriiant l'honnêteté. On se fait gloire de surprendre la bonne foi de ceux avec qui on est en rapport de négociation, d'exploiter leur noble simpliité. C’est même aujourd’hui le moyen de se faire une réputation, de passer pour habile, adroit. Triste habileté, triste adresse qui atteste de la dégradation du siècle où nous vivons et que les gens honnètes, qui ont encore de la noblesse de sentiments, doivent être loin d’envier.
Non, une bonne cause, une cause hounète n’a pas besoin du secours de la diplomatie, ainsi entendue, pour réussir. Ceux qui lemploientne peuvent manquer d’avoir desdesseins
perfides, d’étre les ennemis déguisés du peuple; ce sont des hommes qui travaillent, non dans l’mtérêt de leurs compatriotes, mais dans l’intérêt de leur bourse particulière. Leurdiplomatie peut bien dissimuler pour un temps, réussir à tromper ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, ellepourra même triompher et persécuter l’honnêteté, mais celle-ci finira toujours par prévaloir, parce qu’elle est fondée sur la justice, tandis que la première ne tire toute sa force que de la sagesse humaine. Oui, la meilleure diplomatie, à mon goût, est l’honnéteté ; on n’a jamais lieu de se repentir d'en avoir fait usage,
Ainsi pensait ce bon Roi de Pologne, Stanislas Ier, surnommé le Bienfaisant : “ Rien n’est plus propre, disait-il, à faire échouer la finesse et l’artifice que la candewr et la simplicité. La finesse avilit la politique, comme l’hypocrisie dégrade la dévotion” A ces paroles nous ajouterons celles d’un publiciste contemporain, que nous recueillons dans un journal : “ Malheureusement, dit-il, en politique, comme en tout, notre siècle a perdu le sens du grand et du simple. On ne vise aujourd’hui qu’à être fin! Or, cette finesse-là n’est qu’un piége grossier pour quiconque, souverain ou particulier, y met son espérance.” Combien plus
noble est la conduite de l’homme franc, honnête ; ses discours sont toujours conformes à sa pensée, pleins de candeur, de simplicité. On voit qu'il ne veut pas faire triompher sa canse par l'adresse, mais par l’unique force de la vérité. |
Autre qualité que vous devez rencontrer chez ceux que vous mettez au nombre de vos amis, que vous honorez de votre confiance, le désintéressement. L'homme qui cherche à promonvoir son intérêt personnel ou celui de sa famille, ne peut guère être dévoué aux intérêts publics; il est bien difficile de se partager ainsi, de servir deux causes à la fois avec tout l'ardeur et toute l'énergie désirables. Le désintéresment dont il est ici question, constitue le véritable patriotisme. Vous savez, mes amis, qu’on fait un grand usage de ce mot patriolisme par le temps qui court ; vous en trouvez peu parmi ceux qui viennent vous haranguer, ou bien qui viennent briguer vos suffrages qui ne fassent grand étalage de leur patriotisme. Oui, à les croire, la patrie est pour eux une idole, une divinité. Or voici un moyen facile de les bien connaître, d'apprécier l'étendue et la valeur de leur patriotisme ; c’est de leur demander de vous désigner les victimes qu'ils ont immolées à leur divinité, à la patrie; car c’est par là,
hon- 8 à &
On canse le la
chez emis, désinmounmille, blics; si, de ‘deur téresvériqu'on e par armi n qui ssent à les
une bien r de r de olées ar là,
par le sacrifice, qu’on témoigne de sa piété ef° de son dévouement.
Le véritable patriotisme consiste à s’oublier solkmême, à sacrifier son bien personnel au bien général de ses compatriotes. Chercher un moyen de subsistance dans les charges publiques, c’est servir en esclave, en mercenaire et non en patriote, en véritable ami de son pays. Il est probable que, en prenant le moyen que je vous indique ici, vous serez obligé de réduire considérablement le nombre de ceux que vous regardez comme vos amis. !élas! ce noble esprit de sacrifice s’efface peu à peu parmi nous, on n’en trouve presque plus de vestiges. Pourtant chez nos ancêtres, la noblesse des sentiments, la grandeur d'âme, le dévouement, le véritable patriotisme, en un mot, était quelque chose de caractéristique. Ces grandes vertus ont :mprimé un cachet particulier aux Canadiens d'autrefois. On retrouve plus tard parmi nos compatriotes, des exemples ravissants de cet esprit de sacrifice. Mais aujourd'hui, l’égoisme s'est emparé de tous les rangs de notre société surtout des rangs les plus élevés. On ne fait plus rien que pour de l'argent. On en est rendu à ne plus voir dans les charges publiques que le salaire. Autrefois le témoignage de con-
fiance que le peuple donnait à ceux qu'il chargeait de ses intérêts politiques, paraissait quelque chose de si honorable, qu’on regardait ce privilége d’être les élus du peuple comme une belle récompense, une digne rétribution pour les services qu'on lui rendait. 11 est vrai qu'au- Jourd’hui cette confiance n'existe plus, elle ne se donne plus ; on l’achète, ou plutôt on achète l'avantage d’avoir une majorité dans les élections, l'avantage d'occuper un siége dans le parlement ou dans le conseil législatif; cet avantage une fois payé, on est quitte de toute obligation, de toute redevance envers le peuple, Quel triste spectacle que celui d’un peuple chez qui le sens moral commence à s'affaiblir d’une manière aussi sensible.
Détournons nos regards, et pour faire diversion, ou plutôt pour établir un contraste frappant, nous allons nous reporter un instant vers le passé. Quand nous étions jeunes, et qu’on nous initiait à la connaissance de l'histoire, on ne manquait jamais d'offrir à notre admiration les plus beaux caractères de l'antiquité. Pour faire impression sur nos jeune imaginations et nous passionner pour le véritable patriotisme, on nous présentait souvent l'exemple d’un personnage dont le nom est passé à la postérité,
harpuelit ce une pour 1\'aue ne hète ‘lecs le
cet oute iple.
chez "une
[verrapvers u’on oire, nirauité.
in àatrinple à la
beaucoup de traits de dévouement ; si nous rap-
Cincinnatus était laboureur; on le tira de la charrue pour le faire Consul romain. Dans cette carrière, il fit preuve d’une profonde sagesse, d'urie rare prudence, d’une grande fermeté de caractère. Après avoir excité l’admiration générale pendant qu’il était au timon des affaires, le temps de sa retraite arrivé, il retourna labourer son champ. Plus tard, la république se trouvant en danger, on se rappela | les grandes qualités comme les grandes vertus de ce citoyen. Il fut créé dictateur, remporta une victoire éclatante sur les ennemis de sa | patrie, et conduisit à Rome leur général chargé id de fers. Il eut un triomphe et on lui offrit des richesses immenses, des terres, des esclaves, des bestiaux. Ce noble Pomain ne voulut rien accepter ; il sé regardait amplement récompensé de ses services par le bonheur qu'il éprouvait d’avoir pu se rendre utile à son pays ; il retourna à sa charrue. À l’âge de quatre- | vingts ans, la patrie l'appela de nouveau à son | secours, et après qu'il eût triomphé de ses ennemis, il abdiqua la dictature sans vouloir accepter aucune récompense.
Ce n’est pas que le paganisme nous offre
portons celui-ci, ce n’est pas que nous soyons bien enthousiaste des vertus de ces nobles Ro-
RH St 2 MS A à en! ©
mains ; nous le rapportons pour faire voir par ce fait isolé jusqu'où peut aller l'amour de son pays, l'amour du désintéressement.
Ce serait avoir un zèle bien mal éclairé que de vouloir prendre part au gouvernement d'un peuple, se charger de ses intérêts, sans avoir fait préalablement les études qu'exige cette éminente carriere. La science est donc une qualité qui doit se rencontrer dans ceux qui se présentent devant le peuple pour ‘obtemr ses suffrages, ou qui se donnent la mission de l'éclairer et de le guider dans ce quia rapport à ses intérêts politiques. Et quelle doit être la nature de cette science, et à quel degré doiventils la pesséder ? La nature de cette science ne consiste pas dans une connaissance plus ou moins superficielle des affaires de routine, des questions de politique locale quise débattent au sein de la législature, mais dans la connaissance des principes fondamentaux de la politique, de la doctrine et de l’enseignement du Catholicisme, afin de ne pas s’exposer à législater à l'encontre de cet enseignement, à mettre le peuple dans l'alternative ou de mépriser les lois de l’état, ou de fouler aux pieds les lois de l'église à laquelle il appartient.
Maintenant à quel degré faut-il posséder cette science? On distingue la science émi-
oo OO, bem mn"
nente et la science ordinaire. Il est certain que le peuple doit avoir, pour défendre ses intérêts, un certain nombre d'hommes qui possèdent la science à un degré éminent ; pour les autres la scie.1ce ordinaire leur est suffisante.
Ce court énoncé suffit pour vous faire comprendre quelle est la somme de connaissances requises dans ceux qui prennent part au gouvernement du peuple. Il est vrai que cette doctrine peut vous paraitre étrange, accoutumés que vous êtes à voir cheminer dans la carrière pohtique, desindividus qui ne se sont Jamais affaibh la vue dans les livres, dont le bagage scientifique se réduit a assez peu de chose : accoutumés que vous êtes à voir des médiocrités de collége, qui en ont quitté les bancs depuis quelques jours seulement, venir se poser en docteurs devant le peuple, et vouloir se donner la mission de lui tracer ses devoirs de citoyens et ceux de ses gouvernants. Cependant, 1ln’en est pas moins vrai de dire que cette mission est des plus importantes et qu'elle exige des études sérieuses et suivies.
Vous ne confieriez pas votre vie, pour traver. ser l'océan, à un homme sans science, sans expérience, qui ne connaîtrait même pas l'usage de la boussole; on pousse si loin la prudence, quand il s’agit de livrer sa pauvre individualité
aux caprices et aux éventualités de la mer, qu'on pense ne jamais pouvoir prendre trop de précautions. L’océan politique, mes amis, est bien orageux, bien fertile en naufrages, surtout à l'époque que nous traversons ; 1} est bien rare d’ailleurs qu'on y jouisse d’un calme rassurant. Et quand la tempête s'élève, quand les vagues sont poussées par les vents déchainés et qu’il s'y fait quelque naufrage, ce n'est pas seulement quelques centaines d'individus qui périssent, mais tout un peuple qui y passe. Il est donc de la plusgrande importance d’avoir, pour nous guider, des hommes expérimentés quisauront conjurer le danger, triompher de la tempête et nous faire arriver heureusement au port.
Une dernière qualité que vous devez exiger de ceux à qui vous donnez votre confiance est la fermeté de caractère et qu'ils soient hommes de principes. Il est des hommes d’une bonne nature, chez qui l'on trouve le germe de grandés qualités, pour qui la vertu a des charmes, qui se sentent enclins à opérer même de grandes choses, qui voudraient, ce semble, effectuer de grands sacrifices, des hommes, en un mot, qui ont tout ce qu'il faut pour fournir une noble et brillante carrière : une seule qualité leur fait défaut, la fermeté de caractère. L'exemple de leurs amis qui n’ont point de principes, qui
2er, foulent aux pieds les promesses faite au peuple ; de l'appas du gain, de l'argent, en un mot, toutes | est les machinations mises en œuvre de nos jours, out pour corrompre, exercent sur eux une funeste are influence et bientôt vous les voyez tourner à nt. tout vent de doctrine. Triste spectacle; dont les ues gens honnêtes ont trop souvent à gémir. Oui ! u’il combien qui, au début de leur carrière poliale- tique, donnaient les plus belles espérances, et pé- qui ont fini par une triste défection! Combien : est .. qui ont suivi le chemin de l'honneur tant que our leur vertu n’a pas été mise à l'épreuve, et qui sav: ont lâchement prévariqué à la première lutte em | -# qu'elle eut à soutenir! qui ont été les amis du ort. peuple au jour de la prospérité, et qui l'ont ger abandonné au jour de l’adversité! Ce n'est
est î donc pas parmi ces caractères faibles, ces
mes hommes sans principes que le peuple doit chernne | cher des amis qui, au moment du combat, lui | des tourneront le dos, ces hommes que la vue de | qui ; l'or et de l'argent fait fléchir et à qui elle fait | des \ sacrifier leurs devoirs les plus sacrés; mais | r de parmi des hommes d’une vertu épronvée, des
ot, hommes de principes, des hommes d’une pble ‘© 1” grande fermeté de caractère.
fait Ainsi, probilé, désintéressement, science, al-
de lachement inviolable aux bons principes, voilà les
qualités principales que le peuple doit ren-
contrer dans ceux à qui il confie ses intérêts politiques.
Et pour reposer en eux pleine confiance, ii faudrait en outre que ceux-ci fussent am's de sa nationalité, de sa langue, de ses mœurs, de sa religion, de toutes ses institutions les plus chères et qui sont les conditions de son existence comme peuple, disposés, à tout prix, à maintenir ses institutions et à les défendre contre toute tentative quel’on ferait pour les anéantir. Mais pour rechercher ainsi des partisans et des défenseurs de sa nationalité, il faut avant tout que le peuple lui-même y tienne à cette nationalité, qu'il y soit attaché de cœur et d'âme ; il faut que l'amour de cette nationalité soit pour lui un véritable culte. Car il est évident que si nous tenons peu à être Canadiens-Français, si nous nous soucions peu de parler notre langue maternelle, de conserver nos mœurs et nos usages, nous nous mettrons aussi peu en peine d’avoir des partisans de notre nationalité que nous finirons par voir s'étendre entièrement.
L’attachement à sa nationalité est pour un peuple un gage de salut, tandis que lindifférence qu’il a pour elle est un indice, chez lui, de l’affaiblissement du sens moral et d’une dé. plorable dégradation nationale. Quel motif
-plus puissant pour stimuler au bien, pour ré-
veiller dans l'âme toutes les nobles aspirations que le souvenir de ses ancêtres, des vertus dont il nous ont laissé l'exemple. Comme on aime à lire et à relire les pages qui nous retracent leurs grandes actions. On croit voir alors leurs ombres nous apparaître pour nous exhorter à suivre le sentier de l'honneur, de la vertu et du devoir et à nous montrer dignes de notre origine, Les traditions, voilà ce qui, dans une famille, propage la vertu. Mais quand, par l’apostasie de quelques générations, cette chaine des nobles traditions s’est rompue, et que les descendants ont perdu de vue leur noble originc, la vertu aussi a perdu laliment qui la nourrit ct lui donne toute sa vigueur.
Il en est ainsi des peuples. Un peuple qui souffre que le souvenir de son origine s’efface en lui, qui n’a pour sa nationalité que de l'in-. différence, qui perd, par sa propre faute, l’héritage que lui avaient légué ses pères, sa langue, ses mœurs, et tout ce qui lui constituait une nationalité propre, est un peuple bâtard ; il mérite d’être flétri de ce nom ignominieux et d’être regardé par les autres peuples avec un mépris souverain. Plus son origine était noble, brillante, plus il est méprisable, plus son apostasie est ignoble.
Et nous, Canadiens-Français, qui descendons d'une st noble souche, de l’une des plus grandes nations &e l'Europe, nous issus de l'élite de cette nation, pouvons-nous dire, car on sait avec quelle scrupuleuse attention la France fit un choix de sujets recommandables par leurs bonnes mœurs pour coloniser le Canada, nous dunt les pères ont conquis le droit de demeurer Canadiens-Français au prix de si grands sacrifices, nous, dis-je, nous montrer indifférents
pour la cause de la nationalité! ce serait la
plus honteuse de toutes les apostasies, et mériter de devenir les esclaves des autres races qui habitent le même sol que nous. Oui, dès le juur où les Canadiens-Francçais diront : “ Nous ne tenons pas à demeurer isolés, à faire une race à part, nous aimons tout autant nous con:fonare avec les nations de différentes origines qui ont choisi le Canada pour patrie, et ne faire avec elles qu’un seul peuple,” dès ce jour, nous nous mettons sous les pieds de ces nations étrangères et nous sommes anéantis. Car la nature nous a faits Canadiens-Français, et renoncer à notre nationalité, cest nous mettre ‘ dans un état anormal et nous donner, à nousmêraes la mort.
Maïntenant si cette question de nationalité est si importante pour nous, si tout notre ave-
mm
nir et notre vie comme peuple s'y rattachent, on conçoit qu’elle doit entrer pour beaucoup dans le choix de nos amis politiques. Toutefois, tout en admettant l'importance de cette question, son rapport intime avec le choix de ses amis politiques, le peuple ne manque pas de se tromper grandement dans l'appréciation qu'il fait de ces derniers. Parcequ’un homme est bon voisin, qu'il est honnête dans ses transactions, qu'on a reçu de lui quelques services, qu'il nous témoigne de l'intérêt, qu'il a de belles qualités sociales, on le juge de suite qualifié à défendre les intérêts du peuple, on est disposé à lui donner une large part dans la direction des affaires politiques, à lui confier dans le gouvernement du pays un emploi dela plus haute importance.
On fait voir par là que l’on confond deux choses bien défférentes : le citoyen privé avec l'homme public. Combien qui dans le commerce de la vie sont gens honnêtes, respectables, qui ont même d’excellents principes de moralité, et qui sur le terrain politique nous sont pour le moins hostiles, ennemis de notre nationalité, préjugés contre nous. Combien d'hommes à vues étroites qui sont incapables de s'élever au-dessus des préjugés de race et de raigion, et travailler pour l'intérêt commun.
Mais, dira-t-on, d'après vos principes, nous, Canadiens-Français, ne devrions sympathiser, en politique, qu'avec nos compatriotes de même origine que nous, à l'exclusion de tous autres. Mais obligés de vivre en rapports continuels avec d’autres races, habitant le même sol, soumis aux mêmes lois, emportant sur eux par le nombre, ne serait-ce pas profiter de notre supériorité numérique et nous montrer par trop exclusifs ? Je pourrais vous répondre qu'en cela vous ne feriez qu’imiter la conduite de vos amis d’autres origines qui se gardent bien, eux, de jamais donner leurs suffrages, là où 1ls sont en majorité, à un Canadien-Français, à un catholique. Ils ne pourraient donc pas vous taxer d’être exclusifs sans se condamner eux-mêmes.
De plus, en vous disant que vous re devez donner votre confiance qu’à des amis de votre nationalité, nous sommes loin de vouloir vous faire faire scission avec tout ce qui n'est pas Canadien-Français. Il se trouve en dehors de nos rangs des hommes qui nons ont donné depuis longtemps toutes leurs sympathies, qui n’ont aucuns préjugés contre nous et sur lesquels nous pouvons compter. De même que, et nous le disons à regret, il se trouve chez nous des gens qui, quoique Canadiens et catho-
liques de naissance et de nom, sont véritablement ennemis de notre nationalité. Et ceux-ci sont d'autant plus dangereux que nous sommes plus portés à nous faire illussion sur leurs véritables dispositions, et que nous nous défions moins de leur apostasie qu’ils ont toujours soin de cacher sous des dehors spécieux.
SN PC our D LS
ae
a + RE